Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 3 septembre 2008, sur la rentrée scolaire, les effectifs des enseignants et les heures supplémentaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 3 septembre 2008, sur la rentrée scolaire, les effectifs des enseignants et les heures supplémentaires.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :
 
 
J.-M. Aphatie.- Bonjour, X. Darcos.
 
Bonjour.
 
12 millions d'élèves ont repris hier le chemin de l'école ; de votre point de vue, X. Darcos, la rentrée s'est-elle bien passée ?
 
Ecoutez oui, c'est un miracle d'organisation la rentrée scolaire, vous venez de le dire, vous avez donné les chiffres. Ca suppose une mobilité extraordinaire ; je rappelle que c'est un Français sur cinq hier qui est rentré à l'école ; et donc je voudrais dire très simplement et pas du tout par démagogie que ça montre quand même l'extraordinaire sens du devoir, l'extraordinaire professionnalité de nos personnels : les chefs d'établissement, des inspecteurs d'académie, évidemment les enseignants.
 
Il n'y a pas d'élèves sans professeur, ce matin ?
 
On va toujours trouver quelques cas difficiles d'élèves qui pendant l'été se sont inscrits au dernier moment, qui ont du mal à s'affecter. On va trouver des élèves qui vont regretter parce qu'ils étaient avec un groupe d'amis l'an dernier, qu'ils ne retrouvent pas complètement parce qu'ils ont changé de classe. On va trouver vraiment à la marge des petites difficultés que sans aucun doute, ici ou là, vos auditeurs diront. Mais fondamentalement, vu les chiffres que vous avez rappelés, tout à l'heure, on peut dire que c'est une rentrée réussie. Et je le répète, je veux saluer le travail de nos personnels pour cela.
 
Il n'y a qu'un point noir, c'est le climat. On annonce déjà une journée nationale d'action des professeurs le 11 septembre. Les fédérations de lycéens appellent à les rejoindre ; les parents d'élèves ne sont pas satisfaits ; ce sont bien sûr les suppressions de postes qui sont au coeur de ce mécontentement... C'est terrible ce climat.
 
Observez, J.-M. Apathie, que ces 11.200 postes qui n'ont pas été renouvelés l'an dernier et qui en fait représentent 3.500 personnes puisque nous avons organisé par des redistributions d'heures supplémentaires des services, n'ont eu aucun effet sur l'organisation scolaire de cette rentrée. Nous avons à peu près, même un petit peu une petite amélioration, nous avons à peu près les mêmes données que l'an dernier, les mêmes groupes classe, le même nombre de professeurs et des classes qui ne sont pas plus chargées. Donc cette critique, c'est une critique théorique que je peux comprendre mais elle n'est pas avérée...
 
Théorique !
 
Mais oui, parce qu'elle n'est pas avérée par les faits. La rentrée se passe bien...
 
Sur le terrain, les enseignants, vous étiez hier avec F. Fillon. Un enseignant dans un lycée vous dit : voilà on a perdu un professeur d'anglais ; nous sommes quatre ; nous devrons nous répartir 18 heures par semaine, et ça on ne sait pas comment le faire.
 
Si, ils le font, ils savent comment le faire, ils l'ont fait ; ils s'organisent différemment...
 
... au détriment peut-être de leur mission éducative !
 
Non, un professeur qui a 18 heures, qui fait deux heures supplémentaires, il fait 20 heures de cours. Il organise ça fort bien. Il faut vraiment pas présenter les choses de cette manière. Les élèves ne voient pas la différence et les enseignants sont volontaires pour 1/3 d'entre eux à accepter ces heures supplémentaires qui d'ailleurs améliorent très sensiblement leur pouvoir d'achat. Donc, nous avons amélioré la condition enseignante en leur permettant de faire des heures supplémentaires. Je trouve que cette espèce d'annonce préalable d'un mouvement ou d'une grève, ou d'une protestation avant même que la rentrée soit faite a un caractère un peu rituel qui ne repose pas sur un examen objectif des faits. Je viens de le dire, la rentrée se passe bien et grâce d'ailleurs à ces personnels.
 
Derrière la mécanique, il y a la qualité du travail fait. Vous-même, quelquefois vous semblez en douter, X. Darcos. Je lis, lors de votre conférence de presse de présentation de la rentrée, vous avez dit en évoquant les comparaisons internationales, les performances des systèmes éducatifs, vous avez dit à propos de l'éducation nationale : les statistiques sont alarmantes, déprimantes même.
 
Oui elles sont déprimantes, je vais vous dire pourquoi. Parce que, en particulier dans le premier degré, l'échec scolaire est complètement la corrélation de la situation sociale des familles. C'est-à-dire que si vous êtes un fils de cadre ou un fils d'enseignant, vous avez huit chances de plus de savoir lire en rentrant en sixième que si vous êtes un fils d'ouvrier. C'est ça qui ne va pas.
 
Et l'Education nationale n'arrive pas à corriger ?
 
Alors l'Education nationale fait tout ce qu'elle peut. Mais il faut qu'elle s'organise différemment pour y arriver. Et ce n'est pas simplement en ajoutant des enseignants, même si ça pourrait être utile ; c'est en organisant différemment l'accompagnement de ces enfants. En consacrant du temps lorsqu'ils sont en difficultés, leur consacrer ces deux heures que nous avons mis en place ; en leur donnant de l'accompagnement éducatif, en leur donnant des stages de remédiation quand ils arrivent en CM1 et CM2 et qu'ils ont beaucoup de mal à lire. Bref, en s'occupant différemment d'eux comme font d'ailleurs les gens qui ont les moyens de le faire. Que font les familles aisées lorsque leur enfant a une difficulté ? Eh bien, ils vont voir des officines privées, ils les accompagnent à tel ou tel club de sport ou club culturel. Bref, ils leur donnent cette espère d'environnement qui permet le développement de l'enfant et qui lutte contre leurs échecs. Donc l'obsession du ministre de l'Education nationale, ce n'est pas d'embêter les personnels, c'est la justice sociale. Et donc ce que nous avons mis en place est de nature, je le pense, à renverser ce fatalisme.
 
Votre action rencontre des adversaires résolus : J. Lang est sans doute le premier d'entre eux. "On nous massacre l'école de la République", dit-il.
 
Oui, oui, écoutez J. Lang, il fait monter les attaques ; moi je le les écoute avec une certaine gourmandise.
 
Il a de l'audience, il est entendu.
 
Oui évidemment, J. Lang est entendu. Vous savez très bien de quoi il s'agit. Bon après soutenu le Gouvernement dans la réforme institutionnelle, il faut aujourd'hui qu'il redonne des gages à gauche, donc il fait une espèce de derviche tourneur de la rentrée. Il court les plateaux pour dire des horreurs. Il éructe, il fait de l'imprécation. Mais fondamentalement, il ne dit rien qui touche à l'essentiel. Il dit même d'ailleurs des âneries. Dire, par exemple, que dans les programmes, il n'y a rien qui renvoie la manière dont il faut enseigner l'écriture et la lecture, c'est ignorer qu'à côté des programmes, il y a des documents pédagogiques qui permettent de le faire et que ce n'est pas la vocation des programmes. Il me dit qu'il faudrait qu'on soit moins par classe ; nous sommes légèrement moins par classe que nous n'étions lorsque lui-même était ministre.
 
C'est-à-dire vous supprimez des postes et les enseignants ont moins d'élèves par classe ?
 
Parce que nous avons moins d'élèves. Nous avons calculé cette rentrée, à l'école primaire, en nous disant nous aurons 25.000 élèves de plus. Et nous avons donc créé, créé des postes pour le primaire, pour l'école publique primaire et en fait nous avons eu 960 élèves de moins. Donc en fait nous n'avons pas, d'ailleurs les parents le voient autour d'eux, nous n'avons pas des effectifs si pléthoriques que ça. L'organisation scolaire ressemble tout à fait à ce qu'elle était l'an dernier.
 
Vous avez écouté, X. Darcos, avec attention mais sans manifester de sentiment particulier, l'éditorial d'A. Duhamel, l'affaire Rossi, ce fonctionnaire de police muté pour n'avoir pas su empêcher l'occupation de la villa de C. Clavier. F. Bayrou a dit ceci : "Après le crime de lèse majesté, on vient d'inventer le crime de lèse copain de sa majesté".
 
Oui écoutez moi, je ne suis pas d'accord du tout. Ce n'est pas parce que la victime est une amie, un ami du président de la République qu'il y a là une circonstance atténuante ; une faute est une faute. En plus, quand A. Duhamel décrit cette espèce de pique-nique party... Enfin, il ne s'agit pas de ça du tout, il s'agit de vandales qui rentrent dans une propriété...
 
... Mais des vandales en Corse, ça fait vingt ans que ça existe ; on n'a pas vu de mutation de policier...
 
Alors qu'est-ce qu'il faut dire ? Il faut accepter le vandalisme ? Qu'on rentre dans des propriétés, qu'on saccage tout, qu'on se lave dans les piscines, qu'on aille déféquer dans les chambres ? Et qu'on dise "oh, très bien, ce n'est pas très grave ?".
 
Pourquoi il n'y a pas eu avant ce type de sanction ?
 
Ce qui est certain, c'est que d'après ce que je sais, c'est que le responsable de la police et la coordination des services de l'Etat dans ce domaine a été prévenu, qu'il a reçu une note, qu'il a considéré qu'il n'avait pas à y réagir. Il a été sanctionné par Madame M. Alliot-Marie parce qu'il a commis une faute. Une faute est une faute, et je le répète, que la victime soit l'ami du président de la République n'est pas une circonstance atténuante. Le vandalisme, c'est le vandalisme.
 
Vous avez une villa en Corse, X. Darcos ?
 
Non. Hélas !
 
X. Darcos, qui n'a pas de villa en Corse, mais qui va rester avec les auditeurs ici sur RTL.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 septembre 2008
 

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