Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 2 septembre 2008, sur la rentrée scolaire, les effectifs des enseignants et les heures supplémentaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 2 septembre 2008, sur la rentrée scolaire, les effectifs des enseignants et les heures supplémentaires.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :
 
 
 
R. Sicard.- Bonjour à tous. Bonjour X. Darcos.
 
Bonjour.
 
C'est la rentrée pour douze millions d'élèves ce matin. Est-ce que vous êtes, comme la plupart d'entre eux, un petit peu stressé ou est-ce que, au contraire, vous êtes tout à fait zen ?
 
D'abord, je veux dire aux élèves qu'il faut qu'ils soient contents de rentrer, c'est une chance, et c'est leur avenir qui est entre leurs mains. Ils vont avoir un système éducatif performant, ils vont être bien accueillis par des professeurs compétents, et il faut qu'ils se rendent compte que cette chance, elle n'est pas partagée par tous les enfants du monde, il y a des millions d'enfants dans le monde qui ne vont pas à l'école. Alors, si je suis stressé, eh bien, je le suis aussi un peu comme papa, comme tout le monde, et puis, ça rappelle des souvenirs...
 
Vous allez accompagner vos enfants à l'école, non ? Ce n'est pas possible ?
 
Eh bien, hélas, non, parce que voyez, je suis ici. Aujourd'hui, j'ai une journée un peu chargée. Mais enfin, bon, je pense beaucoup à mon petit garçon Gabriel qui va rentrer ce matin. Et puis, en même temps, je ne suis pas si inquiet que ça, parce que vraiment, le système éducatif est un système très performant en France, très bien organisé, nous avons bien préparé cette rentrée. Nous allons avoir à cette rentrée un petit peu moins d'élèves par classe qu'à la rentrée dernière, au niveau national, contrairement à ce que j'entends dire. Les choses se présentent bien. Et je suis certain que la rentrée se passera très bien. Et on verra d'ailleurs du coup que les inquiétudes qui s'étaient manifestées, par exemple l'an dernier, n'avaient pas beaucoup d'objet. Je donne rendez-vous à la fin de la semaine pour le vérifier.
 
Je fais une petite parenthèse : vous avez des souvenirs de vos rentrées scolaires ?
 
Oui, j'ai des souvenirs de rentrées scolaires...
 
Et vous y alliez un petit peu le coeur gros ou le coeur léger ?
 
A l'école primaire, j'y allais plutôt de bon coeur. D'abord, on rentrait beaucoup plus tard qu'aujourd'hui, on rentrait vers le 20 septembre, et puis, l'ambiance à l'école primaire était plutôt bonne. Ensuite, au collège, et surtout au lycée, j'y allais avec un peu plus de fatalisme, là, il fallait le faire, n'est-ce pas. Bon, une fois qu'on y était quand même, on avait des copains, l'ambiance était très bonne tout de même.
 
Alors sur le fond, vous avez annoncé que dès cette année, il y aurait du soutien scolaire en anglais pendant les vacances de février, peut-être pendant les vacances de Pâques, vous nous le direz. Comment vous allez organiser tout ça alors qu'il y a moins de postes dans l'Education et pas plus de moyens ?
 
Il y a moins de postes, mais il n'y a pas plus de moyens. Nous avons choisi des politiques de soutien qui consistent au fond à donner à tout le monde ce que les fortunés s'offrent par ailleurs, du soutien scolaire, c'est-à-dire tous les jours, quatre jours par semaine, deux heures pour tous les collégiens de France, sans exception, qui le souhaitent, du soutien pour les élèves à l'école primaire, qui souhaitent des remises à niveau en CM1, CM2 en français, et puis évidemment aussi des stages pour les lycéens qui veulent se préparer à la rentrée. Mais aussi, nous constatons une chose qui ne va pas, c'est que les petits Français, les jeunes Français n'arrivent pas à maîtriser l'anglais. Or c'est un handicap considérable dans la compétition internationale. Donc nous avons décidé de faire un effort pour essayer de faire en sorte que, à la fin de leur scolarité, ceux qui arrivent en fin de lycée soient bilingues, en tous les cas, qu'ils parlent aisément l'anglais. Donc nous leur proposons...
 
Comment ça va s'organiser, pendant quelles périodes, avec quel argent, avec quels enseignants ?
 
Ça va s'organiser sur trois niveaux, d'abord au collège...
 
Dès cette année.
 
Dès cette année. D'abord, au collège, dans le cadre de l'accompagnement éducatif dont je viens de parler, c'est ce temps que nous passons dans l'après-midi avec les collégiens, nous mettrons de l'anglais. Nous allons aussi créer un dispositif qui permette d'avoir de l'e-learning, c'est-à-dire d'apprendre par son ordinateur de l'anglais, avec des logiciels et des systèmes que nous mettrons en place sous label de l'Education nationale. Et puis, nous allons organiser des stages pour les lycéens, aux vacances de février, début juillet, fin août, d'une semaine...
 
Pâques, ce n'est pas acquis ?
 
Mais Pâques, nous avons déjà des stages pour les lycéens qui veulent se remettre à flot pour préparer le baccalauréat, donc il faut que nous voyions, mais ce n'est pas exclu. Et donc...
 
Mais c'est les profs, c'est les profs qui vont faire ça ?
 
Ce sont les professeurs, s'ils sont volontaires, qui le feront en heures supplémentaires s'ils le souhaitent. Ce sont des répétiteurs, ce sont des personnalités anglaises, des locuteurs natifs, comme on dit, qu'importe. L'essentiel c'est que ce soit des gens qui puissent permettre aux élèves d'avoir de l'anglais oral soutenu. Au fond, nous allons donner à tout le monde ce que les familles plus aisées offrent à leurs enfants en leur payant des séjours linguistiques à l'étranger.
 
Et pour ceux qui font de l'allemand en première langue, par exemple ?
 
Eh bien, on les incite à continuer, mais nous avons privilégié dans cette affaire l'anglais. Il s'agit de considérer l'anglais comme un outil de communication internationale qui est aujourd'hui indispensable à la réussite professionnelle, ce qui ne sous-estime pas les autres langues, et même qui les maintient comme nécessaires, puisque vous savez que la totalité pratiquement des élèves français ont deux langues vivantes ; et donc l'allemand, l'espagnol, que sais-je, seront évidemment maintenus.
 
Alors les sujets qui fâchent maintenant, avec d'abord les réductions de postes, 11.200 cette année, je crois, 13.500 l'année prochaine. Comment ça va se passer ? J. Lang, par exemple, ancien ministre de l'Education, dit que vous avez abandonné l'école, et vous ne lui avez pas vraiment répondu là-dessus ?
 
Parce que je ne veux pas aider monsieur Lang à faire sa rentrée médiatique, et parce que je ne suis pas, moi, membre du Parti socialiste, je ne suis pas représentant d'une tendance pour le futur congrès de Reims, donc je laisse monsieur Lang faire les opérations médiatiques qui le concernent. Je rappelle que ces 11.200 postes, ce ne sont pas 11.200 personnes qui s'en vont, c'est une réorganisation de nos services, et comme nous avons perdu beaucoup plus d'élèves que nous ne l'imaginions, nous allons avoir à cette rentrée un peu moins d'élèves par classe qu'à la rentrée précédente. Ce qui montre bien que ces 11.200, tels que nous les avons gérés, ne portent pas du tout atteinte à l'efficacité du système éducatif. Et quant aux 13.500 que nous devrons aménager ou supprimer pour l'année 2009-2010, c'est-à-dire dans un an, nous ferons porter ces réductions d'emplois sur les professeurs qui ne seront pas devant les élèves, nous ne ferons pas porter ces réductions d'emplois sur l'offre éducative. Donc à la rentrée prochaine, il n'y aura aucune différence en matière d'offre éducative, notamment au lycée.
 
Et pourtant, les profs sont très critiques, ils appellent déjà à une journée d'action le 11 septembre.
 
Vous me permettrez de trouver d'ailleurs étrange qu'avant même que la rentrée soit faite, alors que les enfants préparent leur cartable et que les parents s'apprêtent à accompagner leurs enfants, que les professeurs commencent à faire leurs cours - et les professeurs le font avec beaucoup de zèle et de conscience professionnelle - les syndicats préparent déjà les mouvements de protestation contre la rentrée avant même qu'elle ait lieu. Je trouve qu'il faudrait un peu devenir raisonnable vis-à-vis de tout cela.
 
Les profs ne sont pas raisonnables ?
 
Je n'ai pas parlé des professeurs, je distingue très clairement l'appareil syndical, qui me paraît toujours enfermé dans une vision conflictuelle et vaine des relations avec le ministère, et les enseignants qui, dans leur immense majorité, sont extrêmement dévoués, font leur travail, même si parfois ils râlent un peu, ce qui est tout à fait compréhensible, et qui sont généralement aimés des élèves et des parents, qui ont grande confiance en eux.
 
L'autre sujet délicat, c'est le passage à la semaine de quatre jours, 24h de cours au lieu de 26. Le problème, est-ce que ce n'est pas que les heures de cours vont être trop concentrées sur un certain nombre de jours trop limités ?
 
Alors, puisque nous sommes aux "4 Vérités", permettez-moi d'ailleurs de tirer un coup de fusil sur ce canard, cette contre-vérité, puis-je rappeler...
 
Je ne suis pas le canard...
 
Non. Puis-je rappeler que l'an dernier, tous les élèves de France faisaient 6 heures par jour, ils avaient 26 heures, et donc ils avaient la même journée scolaire que celle qu'ils vont avoir cette année, non seulement l'an dernier, mais ça, depuis trente ans...
 
On disait déjà que c'était beaucoup...
 
Ça, depuis trente ans.
 
Mais on disait déjà que c'était beaucoup.
 
Soit, mais enfin, il n'y a pas de différence par rapport à l'an dernier, je ne sais pas pourquoi on me dit : cette année, ils vont avoir une journée beaucoup plus chargée ! Ils vont avoir la même journée que l'an dernier, et depuis des dizaines d'années. Et je rappelle aussi, Monsieur Sicard, que l'an dernier, et dans les années qui précèdent, plus de 30% des écoles en France étaient à la semaine de quatre jours, et on n'a pas constaté qu'il y a un tiers des enfants de France qui allaient si mal que ça. Donc ne disons pas qu'il va y avoir une pression plus grande. Le phénomène nouveau, c'est qu'il faut trouver deux heures pour les élèves qui ne vont pas bien, il faut arriver à les trouver.
 
Et justement, tout le monde dit : mais on ne sait pas où on va les mettre, ces deux heures-là.
 
On va y arriver. D'abord, la majorité des écoles ont déjà répondu à cette solution, les deux tiers ou les quatre cinquièmes, et donc il en reste quelques-unes qui ont des difficultés, qui sont surtout des écoles rurales, parce qu'il y a des problèmes de ramassage scolaire, etc. On va trouver le temps. Il ne s'agit pas de donner une cuillère de soupe de plus à ceux qui n'aiment pas la soupe. Il ne s'agit pas de faire à tout prix du cours en plus. Il s'agit de trouver un peu de temps, une demi-heure par-ci, une demi-heure par-là, pour s'occuper différemment des enfants qui ne vont pas bien, pour parler avec eux, pour les accompagner, pour les mettre en confiance, pour leur donner un peu de retour sur les devoirs qu'ils n'ont pas réussis. Il s'agit, autrement dit, d'une relation plus personnelle.
 
Juste une question politique. Vous faites partie des sept ministres que N. Sarkozy reçoit à l'Elysée, sans F. Fillon, il parait que ça irrite beaucoup F. Fillon ?
 
Non, je crois que ce qui irrite F. Fillon, à juste titre, c'est que certains s'en gargarisent...
 
Il n'y a pas un "contre gouvernement" ?
 
Mais pas du tout, et certains s'en gargarisent et en parlent. Moi, je vois le Premier ministre aussi, séparément ou en petit groupe, et je ne préviens pas la presse. Je crois que le président de la République a besoin de parler en confiance avec quelques ministres, c'est une affaire qui le concerne, et il n'y a aucune raison de communiquer là-dessus abusivement.
 
Merci X. Darcos.
 
C'est moi qui vous remercie.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 4 septembre 2008
 

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