Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à Europe 1 le 8 septembre 2008, sur la croissance économique et le pouvoir d'achat, le service public de La Poste et le revenu de solidarité active (RSA). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à Europe 1 le 8 septembre 2008, sur la croissance économique et le pouvoir d'achat, le service public de La Poste et le revenu de solidarité active (RSA).

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
 
 
 
 
J.-P. Elkabbach Bonjour F. Chérèque.
 
Bonjour.
 
Quand la croissance tourne dans toute l'Europe autour de 1%, quand l'odeur de la crise se propage avec son cortège de déficits, d'inconnus et d'angoisse, est-ce que la rentrée sociale peut être très revendicative, musclée et agitée ?
 
Les salariés sont inquiets. On leur a dit depuis pas mal de temps que tout allait mieux, ou tout devait aller mieux, on a parlé, rappelez-vous, avant l'été des heures supplémentaires qui se multipliaient alors qu'on sait très bien qu'une économie en difficulté ne crée pas d'heures supplémentaires. Donc il y a une grosse déception, une grosse inquiétude. Ca peut se manifester dans les entreprises par de la revendication d'une façon importante.
 
Mais dans votre livre, vous recommandez de régler le plus de dossiers par la négociation plutôt que par la grève.
 
Mais les grèves, on sait très bien qu'il y en a de moins en moins mais ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de conflit dans les entreprises et il y a de plus en plus de conflits localisés sur des problèmes locaux : conditions de travail, emplois, temps de travail, heures supplémentaires. Et c'est ça aussi l'action syndicale dans les entreprises.
 
Alors on prend les dossiers un par un. La Poste, elle concerne 240.000 salariés, des millions et des millions de citoyens. Pour se développer et faire face à la concurrence européenne, elle veut ouvrir son capital en restant un service public national. Est-ce que la CFDT est au moins d'accord sur le principe de lui donner des moyens ?
 
Donner des moyens à La Poste, personne ne peut être contre mais il me semble que le débat est mal posé. Le vrai débat aujourd'hui c'est : qu'est-ce que la mission de service public pour La Poste ? Quel est le service qu'on va rendre à tous les citoyens, 60 millions, qui attendent de savoir quelle est la façon dont on va répondre à leurs besoins en zone rurale, en zone urbaine ? Ensuite, deuxième question, quel est l'avenir de ces 240.000 salariés, 160.000 fonctionnaires, 80.000 salariés du privé ?
 
Mais s'ils sont victimes de la concurrence internationale, les professionnels, ils perdraient davantage s'il n'y avait pas d'ouverture du capital ou moyens donnés à l'entreprise.
 
Qu'il faille aider cette entreprise avec de l'argent...
 
...3 milliards et demi.
 
Oui on le sait, mais d'où doit venir cet argent ? Est-ce qu'il doit venir de l'Etat, est-ce qu'il doit venir de La Caisse Des Dépôts, est-ce qu'il doit venir par une privatisation partielle qui est la proposition ? C'est ce débat-là.
 
Quelle est votre proposition à vous ?
 
Notre proposition c'est d'abord débattre du service rendu aux usagers. C'est l'élément important. Regardez la SNCF actuellement. Le débat que vous aviez ce matin. On a parlé bien souvent de la concurrence, on n'a pas parlé des moyens qu'on donnait à la SNCF.
 
Air France aura ses propres TGV. Je veux dire, on est entré dans une concurrence même nationale.
 
Oui elle aura ses propres TGV mais en même temps, il y a les caténaires qui se cassent la figure et les trains ne circulent pas. Donc quel est l'objectif que l'Etat va donner à cette entreprise et dissocions le débat du service public du débat du statut. Ensuite on parlera du statut.
 
Et si l'Etat garantit qu'il resterait majoritaire ?
 
Oui mais qui peut le croire ? Rappelez-vous -et je l'explique dans mon livre - N. Sarkozy, ministre du Budget, annonçait une privatisation partielle de Gaz De France. N. Sarkozy, président de la République, a privatisé Gaz De France.
 
Donc c'est un problème de confiance ?
 
Mais comment voulez-vous avoir confiance dans les responsables politiques qui ont fait, dans les années qui viennent de se passer, l'inverse de ce qu'ils avaient promis ? Là il y a un problème de confiance pour l'avenir de cette entreprise.
 
L. Chatel reçoit aujourd'hui même les syndicats, bientôt les élus locaux. S'il démontre ou il arrive, je ne sais pas, à démontrer qu'ouvrir le capital n'est pas privatiser et livrer l'entreprise au marché ?
 
Je vous dis : on a besoin d'un débat au Parlement sur qu'est-ce que l'Etat demande à cette entreprise en terme de service public ? Une fois que la mission de service public sera négociée d'une façon précise, on débattra du financement de l'entreprise et du statut de l'entreprise.
 
Alors il y a un référendum d'initiative populaire - au passage et le paradoxe, c'est qu'il est proposé souvent par les adversaires de la Constitution rénovée - vous êtes d'accord pour un référendum ?
 
Non, la CFDT ne soutient pas l'idée de ce référendum. Quelle va être la question ? Vous avez vu les problèmes qui étaient posés ? La question ce sera : est-ce que vous êtes pour ou contre la privatisation ? Ou la question sera-t-elle : quelle est la mission de service public ? Ou la question sera-t-elle : quel est le statut du personnel ? Ou la question sera-t-elle : est-ce que vous êtes pour ou contre le maintien de votre Poste dans votre village ? On voit bien que ce problème est tellement complexe qu'on ne peut pas y répondre par oui ou par non.
 
Un dernier mot sur ce sujet de La Poste, le patron de La Poste, J.-P. Bailly, a l'image d'un grand patron social. Vous le croyez lui, vous avez confiance en lui ?
 
Mais ce n'est pas lui qui décide. Ce qui est surprenant dans ce débat-là, c'est que l'Etat qui est le propriétaire de cette entreprise ne s'est toujours pas exprimé. Donc ça nécessite un débat, au minimum au Parlement sur l'avenir du service public de La Poste.
 
Dans une semaine, lundi 15, vous les partenaires sociaux, vous devez proposer au Gouvernement Fillon vos solutions sur la prime transport. Qu'est-ce que vous, CFDT, vous prévoyez, vous proposez ?
 
J'ai écrit au Premier ministre deux propositions très simples. La première c'est qu'on étende ce qui se passe en Ile-de-France par rapport à la Carte orange, c'est-à-dire le ticket transport qui soit remboursé à 50% par l'entreprise. Deuxième proposition, que ce montant qui est remboursé pour l'entreprise lorsque le salarié ne peut pas prendre le train ou les transports en commun, pour des raisons évidentes, on lui verse la même somme en bons d'essence. C'est simple, c'est rapide, c'est décidé d'en haut, c'est appliqué en bas.
 
Il est question d'une prise en charge forfaitaire sur la base d'un volontariat avec exonération des charges fiscales et on dit 200 euros et pas obligatoire.
 
Oui mais ça ne marchera pas. Le Premier ministre, à juste titre, a critiqué l'ancien dispositif parce qu'il était sur le volontariat. Si c'est pour refaire le même pour une partie des salariés, c'est injuste. En plus, vous allez encore avoir les grandes entreprises qui vont négocier une aide aux transports et tous les salariés des petites entreprises n'auront que couic. Donc maintenant il serait temps de faire en sorte quand il y a des mesures qui sont décidées, elles s'appliquent aussi à tous les salariés.
 
Vous allez avoir que couic parce que L. Parisot répète que les entreprises ne peuvent plus supporter un centime d'euro de plus et qu'il ne faut pas affaiblir leur compétitivité. Mais alors qui, quel argent, qui ?
 
Non, mais attendez, attendez. Pourquoi une entreprise en Ile-de-France peut payer 50% du ticket transport et que cette même entreprise en province ne pourrait pas le payer ? Ce qui est possible en Ile-de-France doit être possible partout en France.
 
La polémique autour du fichier informatique Edvige qui a été lancé ici même par F. Bayrou, elle prend une dimension politique. Elle provoque même un malaise au sein du Gouvernement entre H. Morin et M. Alliot-Marie. Vous, vous êtes un chef syndicaliste. Vous vous sentez déjà épié, surveillé, même sur le plan privé ?
 
On n'a pas attendu que monsieur Bayrou réagisse. Au mois de juillet, la CFDT a fait un recours au Conseil d'Etat contre ce fichier. Il est totalement inadmissible et je ne vois pas l'utilité d'un fichier où on indique l'appartenance syndicale, les orientations sexuelles, les maladies etc., etc., dans un fichier. Je ne vois pas à quoi sert ce fichier si ce n'est contrôler d'une façon inadmissible les citoyens de notre pays.
 
Et quelles garanties vous demandez ?
 
On demande que ce fichier n'existe pas. Je ne vois pas pourquoi la France aurait un fichier où on indique l'appartenance syndicale.
 
Mais il existait déjà avec les Renseignements généraux et on ne le savait pas.
 
Ce n'est pas parce que ça existait et que c'était honteux qu'il faut l'officialiser.
 
Vous demandez à M. Alliot-Marie, à F. Fillon de le déchirer, de le supprimer ?
 
Je demande simplement que ces références ou appartenances syndicales, sexuelles ou autres ne soient pas dans le fichier et qu'on revoie le problème, parce que je rappelle que ce fichier est aussi ouvert pour tous les enfants à partir de 13 ans, alors que c'est éventuellement des enfants non délinquants. Donc, non, ce fichier ne doit pas exister dans un pays démocrate.
 
Le RSA, le revenu de solidarité, quelles sont la position et la demande finale de la CFDT ?
 
La CFDT soutient depuis le début le RSA, première chose. Deuxième chose, on est d'accord sur la taxation du capital à condition que ce soit hors bouclier fiscal pour que ceux qui ont les plus hauts revenus financent de la même façon. Et on souhaite qu'il y ait une évaluation annuelle de ce système pour que s'il y a des effets pervers, en particulier un abus de temps partiels, on puisse rectifier ou faire en sorte que les entreprises soient contraintes à ne pas privilégier systématiquement le temps partiel.
 
Et sur le financement ?
 
Je l'ai dit, sur le financement, on est favorable au type de financement, à condition que ce soit hors bouclier fiscal. Je prends un exemple. Récemment j'ai vu une patronne d'une grande chaîne de magasins qui avait eu une ristourne de 7 millions d'euros au-delà de son bouclier fiscal. Elle avait payé 7 millions d'euros en trop. Vous imaginez le montant. Sur ces 7 millions d'euros, elle ne paiera rien sur la solidarité pour les gens du RSA. Ce n'est pas normal, ces personnes-là doivent payer comme les autres.
 
La prime à la cuve a été confirmée. Elle passerait de 150 à 200 euros. Est-ce qu'avec ça, le Gouvernement n'encourage pas et ne finance pas une dépense d'énergie et la pollution au lieu d'aider le bâtiment à jouer le développement durable ?
 
Je rencontre normalement cette semaine monsieur Borloo pour parler de ces sujets-là. Lorsqu'on aide les personnes, prime à la cuve, ou éventuellement pour le transport, pour prendre leur voiture pour ceux qui n'ont pas de transports en commun, il faut en même temps travailler pour qu'on les aide à changer le type de chauffage ou qu'on les aide à la construction de transports en commun pour qu'ils ne prennent pas leur voiture. Il faut faire les deux.
 
Est-ce que vous croyez, vous, à la révolution verte à la Borloo pour doper la croissance ?
 
Oui. Nous avons soutenu le Grenelle de l'environnement. C'est bon pour la sauvegarde de la planète pour les générations futures mais ça peut être bon aussi au niveau économie. Il y a des emplois à créer dans le développement durable.
 
Dans votre livre d'entretien avec C. Barjon, notre consoeur, « Si on me cherche, on me trouve », vous y allez sans chichi, sans fioritures. Est-ce que Guy Bedos ou Agnès Jaoui vous ont déjà écrit ou téléphoné ?
 
Non, ils n'ont certainement pas lu le livre mais je parle du problème des intermittents du spectacle et la façon dont on finance ce système-là mais je suis prêt à en débattre.
 
Vous les allumez ; ils vous ont indigné et scandalisé. Pourquoi ? Et en particulier Agnès Jaoui. Elle est devenue l'icône des intermittents et ça vous reste là.
 
Je m'adresse à la chef d'entreprise, qui est une patronne du secteur et qui fait financer, en fait, son secteur par l'assurance chômage. Et je pense qu'il faut que ça évolue.
 
C'est-à-dire que d'une façon générale, vous critiquez l'ambiguïté, l'hypocrisie des patrons dits sociaux, qui ne balaient pas devant leur porte ?
 
Mais je critique cette démarche de la part de tout le monde, qu'il soit patron, syndicaliste ou politique.
 
Bonne journée, F. Chérèque.
 
Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 8 septembre 2008
 

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