Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à RTL le 8 septembre 2008, sur la contribution des entreprises aux frais de transport des salariés, le projet de généralisation du revenu de solidarité active (RSA) et le fichier de personnes Edvige. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à RTL le 8 septembre 2008, sur la contribution des entreprises aux frais de transport des salariés, le projet de généralisation du revenu de solidarité active (RSA) et le fichier de personnes Edvige.

Personnalité, fonction : PARISOT Laurence.

FRANCE. MEDEF, présidente

ti :
 
 
 
J.-M. Aphatie.- Bonjour, L. Parisot.
 
Bonjour.
 
Invitée du "Grand Jury", hier soir, sur RTL, C. Lagarde, ministre de l'Economie, a confirmé

l'intention du Gouvernement de faire prendre en charge par les entreprises 50% du titre de

transport de leurs salariés dans les grandes agglomérations - ceci existe déjà en région

parisienne, et serait étendu à l'ensemble du territoire - et aussi de faire contribuer les

entreprises sur la base du volontariat pour aider les salariés qui se rendent à leur travail

avec leur voiture. Vous aviez déjà dit, L. Parisot, que ce projet ne vous plaisait pas ;

mais visiblement, vous n'allez pas y couper ?
 
Cette affaire n'est pas raisonnable. Et d'ailleurs, je crois que c'est une erreur de

raisonnement de la part du Gouvernement. Tout d'abord, il faut bien comprendre qu'aujourd'

hui, les entreprises françaises ne peuvent pas supporter un centime d'euro de charges, en

plus. Savez-vous qu'au cours du premier semestre de cette année, il y a eu plus de 50.000

dépôts de bilan !
 
C'est plus que d'habitude ? Plus que les autres années ?
 
C'est beaucoup plus que l'année précédente, c'est le chiffre le plus élevé depuis plus de

dix ans.
 
Et le Gouvernement n'est pas conscient de cette réalité des entreprises, selon vous, L.

Parisot ?
 
Je pense qu'il y a une forme de conscience. J'ai entendu, hier, le Premier ministre parler

de la compétitivité des entreprises ; mais je crois qu'il faut aller jusqu'au bout de ce

diagnostic et bien comprendre ce que cela veut dire. Deuxièmement, sur cette affaire de

prime transport, il ne faut pas oublier que le prix de l'essence est composé à 65% de taxes.

65% du prix de l'essence, ce sont des taxes. Donc, qu'est-ce qu'on est en train de faire ?

De faire une taxe sur les taxes ? Ca, ce n'est pas raisonnable non plus.
 
Mais vous n'allez pas y couper. C'est ce que je disais. C'est-à-dire que le Gouvernement a

dit : à partir du 15 septembre, on attend les propositions des partenaires sociaux. Donc ce

matin, sur RTL, vous dites : nous, on n'a pas de proposition à faire ?
 
Nous allons écrire au Premier ministre pour lui expliquer notre position et pour rappeler

également...
 
Il la connaît, L. Parisot.
 
... Oui, mais je voudrais que tous les Français comprennent pourquoi nous avons cette

position. Et je voudrais, par exemple, que chaque Français sache bien que tous les

transports collectifs urbains sont financés principalement par les entreprises. Nous sommes

le premier contributeur au développement de ces transports collectifs : entre 4 et 5

milliards d'euros, chaque année. C'est dire que nous ne partons pas de zéro, c'est dire

que... Je crois que la vraie réflexion, elle doit être beaucoup plus générale, beaucoup plus

globale. Oui, il y a pas mal de salariés qui souffrent de l'augmentation du prix de l'

essence. La réponse à cela : c'est une politique économique qui booste la croissance et

parce qu'elle aura boosté la croissance, va permettre une augmentation sérieuse du pouvoir

d'achat des salariés qui, ensuite, feront leurs propres arbitrages. Certains voudront

effectivement dépenser un peu plus en essence, d'autres en logements, d'autres pour la garde

leurs enfants, que sais-je !
 
Vous dites votre opposition, ce matin, sur RTL, L. Parisot, à la prime-transport. Mais vous

savez, je l'ai dit, je le redis, que vous n'y couperez pas.
 
Je ne sais pas à quoi nous n'allons pas couper. Moi, j'attends toujours les annonces

officielles et je ne peux pas me contenter des rumeurs ou des scoops, même s'ils sont bien

fondés, des journaux. Donc, j'attends la position officielle du Gouvernement qui, lui-même,

de toute façon, attend les réponses définitives des différents partenaires sociaux,

syndicats et patronat d'ici le 15 septembre.
 
L'Assemblée nationale étudiera à la fin du mois de septembre le projet de RSA, porté par M.

Hirsch. Tout le monde est d'accord sur la finalité du RSA : aider ceux qui sont le plus en

difficulté à retrouver un emploi. Mais là aussi pour financer, c'est une taxe qui va être

créée sur les revenus du capital. Si vous étiez députée, L. Parisot, vous voteriez ce RSA ?
 
D'abord, ce n'est pas une taxe qui concerne directement les entreprises. Donc, ce qui me

trouble dans cette affaire, c'est plutôt la méthode. Comme vous l'avez souligné, je crois

que le RSA est une bonne approche ; et sachez que le Medef a participé à toutes les

expérimentations. Mais je regrette - première remarque sur la méthode - que le Gouvernement

et le Haut commissaire, M. Hirsch, n'aient pas tout d'abord rendu compte de l'

expérimentation et n'aient pas présenté une évaluation de ces expérimentations. Et

deuxièmement, sur le mode de financement. On nous dit : cela représente un besoin de 1,5

milliard d'euros. 1,5 milliard d'euros, si je ne me trompe pas, c'est un peu moins de 0,5%

du Budget de l'Etat. Est-ce qu'il ne valait pas mieux, couper un certain nombre de dépenses,

redistribuer ou optimiser un certain nombre de programmes déjà existants pour ainsi affecter

1,5 milliard d'euros plutôt que de créer une taxe et une recette supplémentaires.
 
Vous avez toujours été plutôt sympathique avec le Gouvernement, je le disais au début.

Toutes ces taxes qui sont créées, ces projets du Gouvernement vous amènent à réviser votre

position vis-à-vis de lui ou pas ?
 
Je crois que la question n'est pas tellement une question de sympathie ou d'antipathie. Il

me semble que le président de la République donne une vraie modernité à notre pays et met en

chantier beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses qui étaient jusqu'alors laissées dans les

tiroirs ou les placards. Et aujourd'hui, c'est le temps du débat. Et ce débat est d'autant

plus crucial -oui, c'est le temps du débat, ce dont on est en train de parler...
 
La prime transport : il n'y a plus de débats, par exemple. Et RSA, non plus il n'y a plus

beaucoup de débats.
 
Et ce sont des choses qui doivent être votées par l'Assemblée nationale et le Sénat. Ce sont

des choses qui vont être intégrées soit dans le projet de loi de finances, soit dans le

projet de loi de financement de la Sécurité Sociale. Il va donc y avoir encore pendant les

deux mois qui viennent débats. Donc, je crois que c'est pour ça qu'il est important... Il ne

faut pas faire de l'économie un débat de politique partisane. Les Français sont en train de

gagner une nouvelle maturité économique. Alors, donnons-leur le temps de comprendre et

faisons la pédagogie pour qu'ils aient tous le sentiment de participer aux décisions.
 
Jugement de M. Rocard, hier, dans le Journal du Dimanche : "N. Sarkozy partage avec F.

Mitterrand une méconnaissance et un mépris tragique pour l'économie".
 
Je crois que M. Rocard n'a pas du tout la même approche de l'économie que le président de la

République. Et croyez-moi, le président de la République est peut-être un des hommes

politiques qui comprend le mieux l'entreprise et les enjeux de l'entreprise. M. Rocard a un

talent, en revanche, sur la conception macro-économique des choses.
 
Vous serez, L. Parisot, dans le fichier Edvige avec tous les responsables syndicaux,

politiques. Ca vous choque ? Un ministre a dit, hier, que ça le choquait. Ca vous choque,

vous L. Parisot ?
 
C'est quelque chose qui me gêne beaucoup. Je suis assez troublée par ce que nous sommes en

train de découvrir. Je note que nous n'avons pas été consultés alors que nous sommes

concernés en tant que militants de l'entreprise. Et je souhaiterais que la ministre de l'

Intérieur donne des explications. Je ne crois pas du tout que M. Alliot-Marie puisse être

liberticide ; donc, je crois qu'il faut que nous en sachions plus sur ce dossier qui est

effectivement très, très important.
 
 
Je vous donnerai le numéro de téléphone de M. Alliot-Marie, puisqu'elle se plaint qu'on ne

l'appelle pas assez pour savoir ce qu'il y a dans le fichier Edvige. L. Parisot, invitée de

RTL ce matin. Bonne journée.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 8 septembre 2008
 

Rechercher