Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la sauvegarde du modèle alimentaire et agricole sur les scènes nationale, communautaire et internationale, Rennes le 9 septembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la sauvegarde du modèle alimentaire et agricole sur les scènes nationale, communautaire et internationale, Rennes le 9 septembre 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration du 22ème SPACE 2008 ( Salon des productions animales - carrefour européen) à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 9 septembre 2008

ti : Monsieur le ministre, cher Michel,
Monsieur le Président, cher Jean-Michel,
Mesdames et Messieurs, les parlementaires,
Monsieur le président du Conseil régional,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,


Je voudrais d'abord vous dire combien je suis impressionné par la qualité de la manifestation que je viens de visiter. Elle compte parmi les plus grandes manifestations professionnelles nationales et au plan international. Et malgré ma proximité, c'est la première fois que je viens la visiter.

Alors naturellement vous pourriez me le reprocher, mais il y avait une bonne raison à cela, c'est qu'en général, la date du SPACE correspond à celle du Concours agricole des "4 jours du Mans". Je ne veux pas dire que cette manifestation soit aussi importante naturellement, mais enfin, pour l'élu sarthois que j'étais, elle était en concurrence.

En tout cas, l'inauguration du SPACE fait partie de ces grands moments où l'agriculture française célèbre ses performances et ses espoirs.

Et je veux m'y associer avec une fierté particulière.

Je sais que Michel Barnier partage mon plaisir, et je veux saluer devant vous, son dévouement et sa compétence. Je veux dire que nous avons besoin de lui pour promouvoir l'agriculture française et pour porter les intérêts de l'agriculture européenne !

La même reconnaissance va au président Lemetayer.

Je connais Jean-Michel depuis de nombreuses années ; la passion du monde agricole nous réunit - enfin le plus souvent - et je le dis franchement, je respecte la franchise avec laquelle il défend votre avenir !


Mesdames et messieurs,

Nous nous retrouvons à un moment clef pour la sauvegarde de notre modèle alimentaire et agricole, sur la scène nationale, sur la scène communautaire et sur la scène internationale.

En 2008, des émeutes de la faim ont eu lieu sur le territoire de notre planète. Ces émeutes de la faim ont rappelé les enjeux pressants de la sécurité alimentaire mondiale. Et elles sont venues confirmer au fond les analyses qui étaient celles de beaucoup d'entre nous, qui disaient depuis des années à ceux qui parlaient d'"agriculteurs jardiniers du territoire", à ceux qui parlaient d'"agriculteurs qui n'auraient plus qu'une espèce de mission accessoire d'entretien des paysages", que l'agriculture était une affaire stratégique. Elle était stratégique pour notre pays, elle était stratégique pour l'Union européenne, elle était stratégique pour faire face à la question de l'alimentation et de la sécurité alimentaire du monde.

Est-ce que l'agriculture sera capable de nourrir la planète ? C'est une question que beaucoup n'osaient pas poser, il y a encore quelques années, et qu'on pose aujourd'hui ? Le sera-t-elle toujours en 2050, quand notre planète portera 9 milliards d'habitants ?

Dans un monde qui se peuple, qui s'urbanise, qui se réchauffe, à une vitesse incroyable, la sécurité alimentaire est au premier rang des défis à relever.

Elle figure d'ailleurs en tête des débats politiques, dans les instances internationales, à Bruxelles, à Paris, ou encore, en juillet dernier, à Genève.

Que s'est-il passé au cours des négociations de l'OMC ?

Eh bien, tout simplement, des pays comme l'Inde, comme la Chine, ont voulu protéger leur agriculture.

Des pays ont refusé d'exposer leurs centaines de millions de paysans à un afflux soudain d'importations agricoles, dans certains secteurs stratégiques. Et c'est de leur différend avec les Etats-Unis qu'est venu l'échec, dont Jean Michel parlait à l'instant.

Vous connaissez la position de la France : un accord à l'Organisation mondiale du Commerce n'est acceptable que s'il est global et équilibré. Et nos partenaires soutiennent très largement cette position !

Dans ces débats - je voudrais le redire à Anne-Marie Idrac, qui présidait au nom de l'Union européenne, et à Michel Barnier, combien leur travail a été exemplaire. Nous avons, avec Michel et avec Anne-Marie, eu, je crois, plusieurs conversations téléphoniques, chaque jour, pour suivre l'état d'avancement de ces négociations. Et je pense que la façon dont le président de la République, avec la franchise qui souvent le caractérise, avait posé les limites du débat, à la fois au regard de nos partenaires, et au regard des responsables de l'OMC, a pesé dans le résultat final.

Mais la question qui se pose aujourd'hui, c'est celle de savoir s'il faut reprendre les négociations comme si de rien n'était ? Cela fait six ans que ces négociations sont conduites et cela fait six ans qu'on ne trouve pas d'accord. Peut-être faudrait-il se poser la question de savoir si ce n'est pas la méthode de négociation qui est mauvaise ? Si ce n'est pas la manière d'approcher le sujet qui est mauvaise ? Si ce n'est pas la façon dont on délègue les pouvoirs, qui sont ceux des représentants des nations, ceux des représentants des grands ensembles régionaux, à des instances dont l'objectif est d'obtenir un résultat, qui pose aujourd'hui problème ?

Et donc, notre vigilance ne doit pas retomber. La détermination de certains à obtenir un accord à tout prix est intacte. Eh bien, je veux vous dire que vous pouvez compter sur le président de la République et sur le Gouvernement pour ne pas léser les intérêts de la France et de l'Europe. Nous aussi, notre détermination est intacte.

Ce même objectif de défense de notre agriculture, nous l'avons mis en oeuvre dans la loi de modernisation de l'économie.

Vous en connaissez le contexte : une forte hausse des prix des matières premières agricoles, suivie d'une envolée, la plupart du temps bien supérieure, des prix alimentaires.

Soyons clairs : après des décennies de baisse, la remontée des prix agricoles n'est pas une mauvaise nouvelle. Le problème, c'est que, quand vos prix baissaient, les produits alimentaires ne suivaient pas ; et qu'à présent, quand les premiers augmentent, les seconds s'affolent !
Et c'est là dessus que le Gouvernement a voulu intervenir, en introduisant plus de concurrence entre les enseignes, et plus de transparence dans la négociation commerciale entre les fournisseurs et les distributeurs.

Alors, je connais bien vos craintes, et Michel Barnier s'en est fait l'écho tout au long de la préparation de ce texte. Et d'une certaine manière, la concentration de la distribution dans notre pays, qui est un des points sur lequel nous nous battons, cette concentration de la distribution justifie largement vos craintes.

C'est pourquoi nous avons introduit des garde-fous, renforcé les sanctions des pratiques anticoncurrentielles, préservé les produits agricoles périssables, et notamment les produits de l'élevage et les viandes. La priorité du Gouvernement, malgré la difficulté de la conjoncture, c'est le pouvoir d'achat, et aussi le pouvoir d'achat des agriculteurs. Et le pouvoir d'achat des agriculteurs, ce sont vos débouchés !

Et je veux dire par rapport à l'Observatoire des marges, que l'Autorité indépendante de la concurrence que nous allons mettre en place, va être une vraie révolution dans notre organisation, puisque c'est la première fois qu'on aura une Autorité de la concurrence indépendante, avec des pouvoirs considérables. Je pense que c'est du côté de cette Autorité indépendante de la concurrence qu'il faut mettre en place cet Observatoire des marges.

L'agriculture est pour la France un actif stratégique.

Les scores à l'exportation le prouvent assez : quand notre déficit global atteint 40 milliards d'euros, le secteur agricole, agroalimentaire et des agro-industries, nous apporte à lui seul 9 milliards d'excédents ! Il assure l'emploi dans nos territoires, et il est rentré de plain pied dans la nouvelle révolution écologique.

Je veux prendre l'exemple des biocarburants. L'objectif actuel est d'incorporer 7% de biocarburants dans les essences d'ici 2010. Cet objectif, nous le respecterons, parce que sans les biocarburants, nous savons que nous n'avons aucune chance d'atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés au plan national et au plan européen en matière d'énergies renouvelables.

Pour le lancement et le développement des biocarburants, nous avons mis en place une incitation fiscale très importante. Après avoir aidé au démarrage de cette première génération de biocarburants, il faut maintenant, très progressivement pour ne pas déstabiliser l'ensemble de la filière, concentrer le système d'incitation fiscale sur les biocarburants de seconde génération, qui constituent, pour nous, une priorité.

Le Gouvernement a décidé d'accentuer l'effort de recherche qui leur est consacré. L'Ademe a lancé, fin juillet, un appel à manifestation d'intérêt, et des démonstrateurs technologiques doivent être soutenus dès les prochains mois.

Nous voulons une agriculture de production et nous nous engageons pour cela ! Nous voulons une agriculture décomplexée, efficace économiquement, mais aussi écologiquement et socialement !

Et je sais bien que vous n'avez pas attendu le Gouvernement pour vous engager dans cette voie. Votre ministre et moi, nous le constatons à chaque visite sur le terrain. Partout, nous rencontrons des hommes et des femmes qui innovent, et c'est évidemment ici peut-être que c'est le plus symbolique. Des hommes et des femmes qui concilient la performance économique et l'efficacité écologique. Et c'est d'ailleurs dans cet esprit que vous avez nourri le "Grenelle de l'environnement", et souvent, dans des débats qui étaient des débats extrêmement difficiles.

Eh bien, je veux vous dire que votre engagement a porté ses fruits. À moins d'un mois de la traduction législative de la seconde étape du "Grenelle" par l'Assemblée, des objectifs ambitieux attendent l'agriculture.

Je sais que vous êtes très attentifs au respect des engagements qui ont été pris et à la reconnaissance des progrès réalisés. Michel Barnier a proposé des plans mobilisateurs. Vous y avez apporté une contribution volontaire. Je veux vous dire que le Gouvernement veillera, sur la base des principes dégagés par le "Grenelle" à ce qu'ils soient dotés de vrais moyens.

Et je veux vous dire que mon rôle de Premier ministre, c'est de faire en sorte que les équilibres qui ont été dégagés dans le "Grenelle", et auxquels vous avez adhéré, soient absolument respectés dans leur traduction législative.

Votre génération n'est pas la première à mobiliser ses forces pour assurer la pérennité du monde agricole. Les performances de notre agriculture, nous les devons en très grande partie à la génération qui est aujourd'hui à la retraite.

Cette génération a connu des conditions de travail difficiles. Beaucoup ont, à juste titre, le sentiment que ses efforts n'ont pas été reconnus. Beaucoup estiment qu'une retraite décente serait un juste retour pour ces efforts. Depuis 1994, des efforts ont déjà été consentis par la solidarité nationale. Et, Jean-Michel s'en souviendra, lors de la réforme de 2003, je me suis battu pour que les retraites agricoles soient mensualisées.

Reste que les dispositifs de revalorisation ont laissé de côté un grand nombre d'anciens exploitants. Je pense aux poches de pauvreté où se débattent ceux qui n'ont pas pu justifier d'une durée de cotisation complète. Je pense aux veuves et aux conjoints.

Avec le Président de la République, nous nous sommes engagés à ce que ces injustices soient réparées. J'ai demandé à Michel Barnier de constituer, avec les associations de retraités et avec les organisations professionnelles, un groupe de travail.

Sur ses recommandations, nous allons mettre en place - c'est un engagement que je prends devant vous un véritable filet de sécurité, qui garantira un montant minimum de retraite à tous les non-salariés agricoles justifiant de plus de 17 ans et demi d'activité.

Ce dispositif ne sera pas soumis aux conditions du minimum vieillesse. Pour rester concentré sur ceux qui en ont véritablement besoin, il relèvera d'une condition globale de pension. Et il mettra fin à des situations que vous dénoncez à juste titre depuis longtemps :
- la minoration de 4% par année manquante qui s'applique aux revalorisations des pensions des agriculteurs ayant pris leur retraite avant 2002 ;
- le seuil d'accès aux revalorisations imposé aux veuves ;
- la nécessité de disposer d'une durée de cotisation de 22 ans et demi pour bénéficier de ces revalorisations.

Enfin, les veuves obtiendront désormais la reversion de la retraite complémentaire obligatoire, acquise à titre gratuit par leur conjoint.

Ces mesures devraient profiter à près de 350.000 retraités et leur coût est estimé à près de 200 millions d'euros. Nous assumerons leur financement dans le cadre du rééquilibrage du FFIPSA que nous sommes en train de préparer avec Eric Woerth et Michel Barnier.

C'est ce même lien entre les générations qui nous fait un devoir de défendre les jeunes agriculteurs. Soutenir les jeunes, c'est miser à long terme sur la vitalité des territoires ruraux. C'est oeuvrer pour que la France ne soit jamais coupée en deux mondes : d'un côté, un chapelet de zones urbaines, où se concentrent toutes les activités ; et de l'autre, le désert rural !

Nous savons bien que nous avons échappé à ce risque qui nous menaçait dans les années 60 et 70. Mais en même temps, ce risque reste toujours présent et l'agriculture reste un des meilleurs moyens d'assurer l'activité du monde rural.

Pour prévenir ce risque, mais aussi parce que la sortie annoncée du dispositif des quotas laitiers nous impose une réflexion sur le lien entre les territoires, les bassins de production, de transformation ou de consommation, je demande à Michel Barnier et à Hubert Falco d'évaluer comment, dans la suite qu'on va donner aux Pôles d'excellence rurales, cette problématique pourra être beaucoup mieux prise en compte.

Ici, en Bretagne, chacun sait que votre modèle d'agriculture a été un facteur déterminant de la vitalité des zones rurales de l'Ouest. Vous avez très souvent montré l'exemple. Eh bien, cela ne nous dispense pas de poursuivre l'amélioration de nos pratiques, et de nous mobiliser pour répondre aux préoccupations environnementales que rencontre l'agriculture bretonne.

Nous avons engagé ensemble le combat pour améliorer la qualité des eaux et pour diminuer les pollutions azotées. Dans certaines zones, les résultats ne sont pas en rapport avec l'ampleur des efforts qui ont été accomplis par les éleveurs. Mais il ne faut pas baisser les bras. Il faut persévérer.

Qu'est-ce que les agriculteurs doivent au reste de la population ? Produire, produire pour la France, produire pour réduire l'insécurité alimentaire dans le monde ! Mais aussi garantir l'excellence sanitaire ! Une alimentation saine ! La préservation des milieux ! La qualité de vie !

Et en retour, quels sont nos devoirs vis-à-vis des agriculteurs ?

Eh bien, la réponse se définit aujourd'hui ; et la gestion des risques agricoles en est un bon exemple.

Notre agriculture traverse en permanence des zones de turbulences.

Je dis souvent à Michel Barnier qu'il est le ministre de l'urgence, beaucoup plus que la plupart des autres membres de mon Gouvernement. Si j'en juge d'ailleurs par le nombre de messages qu'il m'adresse tout au long de la semaine et en particulier le mercredi midi, dont l'addition chaque fois impressionne mes collaborateurs - je veux dire l'addition de la mise en oeuvre des recommandations qu'il préconise - c'est bien parce que l'agriculture est soumis en permanence à ces crises.

Michel doit répondre aux situations d'urgence de la fièvre catarrhale ovine ; au gel qui a frappé, en avril dernier, l'arboriculture de la vallée du Rhône ; aux difficultés qui vous touchent directement, dans les secteurs du porc, de la volaille, du lapin, de la filière ovine, ou dans le secteur légumier, dans le secteur de la pêche...

L'exposition aux risques des entreprises agricoles ne pourra que s'accroître avec le développement des échanges, avec le réchauffement climatique, avec l'apparition de nouveaux agents pathogènes. Et pourtant, les outils de couverture des risques adaptés continuent de leur faire défaut.

Regardons ce qui s'est passé avec la FCO.

En 2007, l'extension du sérotype 8 a été spectaculaire.

En devançant tous nos partenaires pour passer un appel d'offres de 40 millions de doses de vaccin, nous avons pu être les premiers à déclencher une campagne de vaccination massive.

Mais une autre souche, le sérotype 1, est apparue en fin d'année dans le Sud-ouest ; et elle gagne aujourd'hui du terrain.

Cette évolution inquiétante a conduit le ministre de l'Agriculture à prendre des mesures rapides, pour étendre la zone de vaccination obligatoire, qui concerne aujourd'hui 18 départements. Dès que j'ai eu connaissance de cette situation, j'ai décidé d'engager les négociations pour la signature immédiate d'un nouveau marché, qui permettra de vacciner aussi rapidement que possible une large zone indemne, et de lutter contre la maladie.

Je crois pouvoir dire que le Gouvernement a été au rendez-vous de cette crise.

Et pourtant, on le voit bien, nos outils ne sont pas encore à la hauteur de vos risques.

Nous devons sortir de la politique du "coup par coup". Il faut mieux prévenir, mieux gérer et mieux réparer. Nous devons entrer dans une politique de responsabilisation.

Responsabilisation, cela ne veut pas dire, Jean-Michel, "dérégulation", comme je l'entends ici ou là. Cela veut dire clarifier le rôle de chacun, cela veut dire donner à chacun les outils d'une réaction efficace, pour sortir de l'éternelle logique d'indemnisation publique !

. Pour le faire, nous allons mettre en place une "déduction pour aléas", qui répondra à une véritable logique d'entreprise. Cette "épargne de précaution", destinée aux jours sombres, sera adoptée dès cette année.
. Dès 2009, nous allons renforcer notre soutien à l'assurance contre les risques climatiques. Michel Barnier l'a fait inscrire dans le premier pilier de la PAC. C'est une première étape qui pourrait permettre d'évoluer un jour, vers un dispositif de couverture des risques de l'entreprise, auquel je sais que vous êtes attachés. _ . Nous allons aussi créer un fonds sanitaire. Et je peux vous rassurer, cela ne se traduira pas par un désengagement des pouvoirs publics en cas de catastrophe du type de ce que nous avons connu avec l'ESB ou avec la grippe aviaire ! Au contraire, avec le bilan de santé de la PAC, en 2010, nous allons pouvoir encore améliorer notre dispositif d'indemnisation.
. Enfin, nous allons engager toutes les filières dans l'organisation de la prévention et de la gestion des risques. Alors, vous allez me dire, c'est mal parti avec ce qui se passe dans la filière laitière... Eh bien non ! C'est avec la volonté de conforter les relations contractuelles entre les producteurs et les transformateurs que j'ai demandé à Michel Barnier, à Christine Lagarde et à Luc Chatel de réunir l'ensemble des acteurs dans un groupe de travail. Je le dis très clairement devant vous, c'est l'interprofession qui est le lieu de l'échange entre les transformateurs et les producteurs. C'est bien dans l'interprofession que les familles doivent réfléchir au suivi des marchés, à leur évolution, et aux attentes de consommateurs. C'est bien dans l'interprofession que se décide l'avenir de la filière, sinon, je ne sais pas à quoi servent les interprofessions !

Ma commande est donc claire : concevoir des accords interprofessionnels propres à fixer les modalités de détermination des prix payés aux producteurs et à maintenir un niveau de production compatible avec le marché, tout en respectant les règles de la concurrence ! Je veillerai à ce que l'on réponde à cette commande. Et je veux vous rassurer en vous disant que le rôle de l'Etat dans cette affaire, ce n'est pas de déréguler, c'est de créer, au contraire, les conditions sécurisées de la contractualisation !

Cette démarche s'inscrit entièrement dans le mémorandum que la France a déposé en début d'année auprès de la Commission pour consolider les interprofessions et pour sécuriser leurs interventions.

Vous le voyez, sur pratiquement tous les sujets, notre volonté nationale converge vers des solutions européennes.

D'où l'ambition que nous avons affichée pour le bilan de santé de la politique agricole commune !

D'où notre volonté de préserver à l'avenir une politique agricole en Europe !

Que vous disait ici même le Président de la République, il y a un an, au sujet des négociations des 27 ? Il vous disait : "Nous n'attendrons pas 2013".

Parce que nous ne voulons pas nous laisser surprendre, comme à chaque fois, par une négociation qui butte sur une deadline et qui oblige chacun à des compromis qui sont des compromis dont on est incapable d'évaluer la réalité des conséquences. Nous n'allons pas attendre ! Dès le bilan de santé, nous voulons réorienter cette politique agricole européenne. C'est dans l'intérêt des agriculteurs, et c'est indispensable à la pérennité de la PAC !

Nous l'avons constaté : tous les choix que nous avons faits en France lors de la réforme de 2003 ont fini par priver la politique agricole d'une partie de son sens.

Leur complexité - et sans doute aussi un manque de pédagogie dont nous portons collectivement la responsabilité - ont rendu de moins en moins lisibles aux yeux des Français les progrès réalisés par les agriculteurs à l'occasion de cette réforme ; et notamment les progrès accomplis en faveur de l'environnement à travers la conditionnalité des aides.

Mais depuis un an, je veux vous le dire, les choses ont bougé. Et sous notre présidence, les grands projets ne manquent pas :
. Nous voulons doter la boîte à outils de la PAC d'autres dispositifs que les DPU - à commencer par des dispositifs de gestion des risques, comme je l'ai dit il y a quelques instants.
. Nous voulons pouvoir réorienter le soutien entre les productions pour assurer un équilibre économique des exploitations sur l'ensemble du territoire !
. Nous voulons maintenir, en les adaptant, les outils de gestion des marchés. Nous en avons besoin, je le dis sans complexe, même si cela déplait aux partisans de la table rase !

Sur tous ces points, la négociation est largement engagée, et c'est maintenant dans la dernière ligne droite que la présidence française doit dégager des compromis pour conclure avant la fin de l'année, même si je veux dire à Jean-Michel que l'idée qu'il y aurait une sorte d'attraction pour les vacances en fin d'année est une idée que ne connaissent ni les membres du Gouvernement ni les chefs d'Etats européens, et ni les agriculteurs naturellement.

Alors quand nous arriverons à dégager ces compromis, viendra le temps des discussions franco-françaises pour améliorer la légitimité des soutiens et l'efficacité de la Politique agricole commune, en préparant 2013. Et on voit bien d'ailleurs comment se coordonnent les choses, comment s'engage cette dynamique que nous voulons créer, le bilan de santé de la politique agricole commune. On commence la discussion sur les orientations d'une nouvelle politique agricole européenne et en même temps, à la lumière de ces orientations, on adapte notre organisation nationale. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que je suis un homme de l'Ouest et que toutes les filières que vous représentez ne me sont pas inconnues, et que j'ai l'habitude de mettre mon énergie à la disposition de ceux qui les défendent. Je sais bien, à travers cette expérience, qu'il y a quelque chose d'essentiel pour assurer l'avenir de l'agriculture française, pour assurer l'avenir de l'agriculture européenne, c'est l'unité du monde agricole. Je veux vous dire que je veillerai personnellement à ce que les décisions prises soient acceptables par l'ensemble des filières, des hommes et des territoires.

Cette unité autour d'un projet commun pour l'agriculture française et européenne sera indispensable pour aborder au mieux, pour aborder avec toute notre force, les débats sur la politique agricole de l'avenir.

L'horizon de ces débats, c'est un projet alimentaire et un projet territorial européen soutenu par une politique commune et par une préférence communautaire rénovée.

Je veux vous dire, Mesdames et Messieurs, mes chers amis que nous n'avons pas à nous excuser d'être Européens et nous n'avons pas à nous excuser de préférer l'Europe.

La préférence européenne, ce ne sont pas que des mots !

Vous avez entendu le Président de la République rappeler que cette préférence européenne recouvrait une réalité quotidienne : cette réalité, c'est l'alimentation de 495 millions d'Européens et c'est la défense de leur cadre de vie. Eh bien, il faut pouvoir garantir aux consommateurs européens que les produits importés répondent aux mêmes exigences que celles auxquelles sont soumis nos propres produits. Et c'est tout le sens du mémorandum que nous avons déposé à Bruxelles, sur lequel nous attendons des conclusions pour la fin de l'année.

Je veux dire qu'aujourd'hui, un grand nombre de nos partenaires se retrouve sur cette vision de la préférence européenne, parce qu'elle conjugue la protection de nos consommateurs, et en même temps la réduction des distorsions de concurrence pour nos entreprises.

Bien sûr, cela ne signifie pas, ce serait trop simple, qu'il y ait unanimité en Europe sur la politique agricole de demain.

A Genève, à la fin du mois de juillet, on a bien vu qu'il y avait deux conceptions de l'agriculture qui s'affrontaient.

D'un côté, celle qui fait de l'agriculture une simple activité marchande, et de l'autre, celle qui reconnaît son caractère stratégique pour les nations, pour l'équilibre des territoires, pour l'environnement et pour la santé...

Je veux constater avec plaisir que la vision minimaliste, la vision d'une agriculture qui ne serait qu'une activité économique comme les autres, est désormais minoritaire en Europe !

Le Conseil informel d'Annecy, dans 15 jours, tombe à point nommé pour en débattre.

La ligne de conduite de la Présidence française, c'est de trancher, bien avant les échéances budgétaires un certain nombre de questions cruciales et non pas de faire l'inverse, ce qui était la tradition. Ces questions, ce sont les suivantes :
- d'abord, pour clarifier l'évolution de notre agriculture : partageons-nous le même diagnostic ?
- ensuite, pour clarifier les objectifs de la politique agricole commune : sommes-nous d'accord sur la sécurité alimentaire de l'Union ? Sommes-nous d'accord sur les équilibres de nos territoires, sur l'amélioration de l'environnement et sur notre participation aux équilibres alimentaires mondiaux ?
- enfin, pour clarifier les conséquences sur nos outils de politique agricole : que faisons-nous de la préférence communautaire ? Que faisons-nous des DPU ?

Bon, le débat, Michel, va être rude.

Je souhaite qu'il soit efficace et je souhaite en tout cas que vous puissiez dégager ensemble des axes forts de consensus.

Ces axes seront précieux pour notre agriculture. Ils seront précieux pour l'identité même de notre pays et pour la vitalité de notre continent !

Mais je suis optimiste parce que j'ai pu constater en faisant - avec le Président de la République, nous nous étions partagé le travail -, le tour des 27 pays européens pour présenter les objectifs de la Présidence Française - ce qui ne s'était jamais fait... Je pense que, rarement, une présidence a été préparée de façon aussi soigneuse. Le Président de la République et moi sommes allés dans tous les pays européens pour présenter nos objectifs et en particulier celui de la Politique agricole commune. J'ai constaté que si, souvent, on nous voyait arriver avec ces objectifs comme si nous étions simplement préoccupés de préserver une Politique agricole commune qui aurait eu d'abord un intérêt pour la France plutôt que pour les autres pays européens, chacun désormais a compris qu'il s'agissait bien d'un objectif collectif, d'un objectif européen et même d'un objectif mondial : celui d'assurer la sécurité alimentaire.

Voilà, Monsieur le Président, voilà Mesdames et Messieurs. Je connais l'intensité de votre engagement.

Je connais la difficulté, la rudesse et la passion de votre métier.

Au cours des trente dernières années, notre agriculture a du relever une succession de défis. Beaucoup avaient pronostiqué sa banalisation ; d'autres annonçaient son déclin. Mais le monde agricole s'est métamorphosé, le monde agricole s'est modernisé, le monde agricole s'est, plus peut-être que beaucoup d'autres secteurs de l'activité économique européenne, adapté aux enjeux d'aujourd'hui !

C'est le résultat d'une volonté farouche, la vôtre, la volonté des hommes et des femmes qui croient dans ce qu'ils font et dans ce qu'ils aiment.

C'est aussi le résultat d'une nation qui sait que son avenir se confond avec le vôtre. Cet avenir est exigeant et nul ne doit croire qu'il se bâtira sans effort et sans ténacité. Il faut agir ensemble. J'ai confiance en vous, je crois en vous et c'est ce message de respect et d'audace que je voulais, à l'occasion de cette magnifique manifestation, vous adresser personnellement.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 10 septembre 2008

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