Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à La Chaîne Info le 16 septembre 2008, sur l'intervention française en Afghanistan et sur l'application des mesures adoptées lors de la réforme de la Constitution. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à La Chaîne Info le 16 septembre 2008, sur l'intervention française en Afghanistan et sur l'application des mesures adoptées lors de la réforme de la Constitution.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, BARBIER Christophe.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : C. Barbier.- Sur ordre du président de la République, l'armée française a libéré cette nuit, par les armes, les deux Français retenus par des pirates en territoire somalien. Faut-il toujours procéder avec une telle fermeté, agressivité ? N'est-ce pas risqué ?
 
Bien sûr qu'il faut le faire ! D'abord, je voudrais dire que je suis très heureux de ce dénouement, très admiratif du professionnalisme de nos militaires. Et enfin, je voudrais dire que je vois à travers ça, que le président de la République, dans ses diverses missions, il a aussi celle de protéger les Français menacés où qu'ils se trouvent dans le monde. Et je voudrais le dire à l'occasion de ce que nous avons vécu là. C'était un sujet important, et pour bien le connaître, je sais que dans ces domaines, il ne lâche jamais rien.
 
Les députés UMP se sont rebellés contre le financement du Revenu de solidarité active par une ponction fiscale sur les revenus du capital. Alors, qu'allez-vous proposer à la place à l'Assemblée, ou en complément ?
 
On va le voir. D'abord parce que le débat commence ; je réunis cet après-midi les députés de mon groupe pour commencer à y travailler...
 
Il paraît que R. Soubie en a déjà vus quelques-uns, à l'Elysée, le conseiller social du Président, et que c'est tranché...
 
Oui, enfin...Non... Bien sûr qu'il les a vus, et que c'était important que cette réunion ait lieu. Moi, je suis en contact, bien sûr, avec les uns et les autres, on va voir les différentes solutions. Si on n'en trouve pas une tout de suite, ce sera pour les mois qui viennent. La seule chose que je peux vous dire, c'est que ce qu'il faut, en tout état de cause, c'est qu'on évalue le dispositif du RSA tous les ans pour voir son efficacité et que dès que les choses commenceront à aller mieux, il faudra prévoir clairement de supprimer cette taxe. Cela ne se fait pas en France...
 
Vous avez la garantie du Gouvernement... ?
 
...et il faudra le faire. ...sur cette méthode ? Evaluation tous les ans et sortie dès que l'on peut, vous avez la garantie ? L'objectif n'est pas d'avoir une garantie, je ne connais de gouvernement qui puisse refuser de l'évaluer. Et puis vous savez, maintenant la Constitution prévoit que le Parlement dans ce domaine a des compétences, il est normal que celui-ci les exerce.
 
Sortir cette contribution du bouclier fiscal, n'est-ce pas négociable ?
 
Non, et puis c'est surtout une très mauvaise idée. Le bouclier fiscal, par définition, c'est là pour dire qu'aucun Français ne doit payer plus de 50 % de ce qu'il gagne. Si on commence à faire des dérogations, il n'y aura plus de bouclier fiscal.
 
Il y aura également une nouvelle fiscalité écologique, qui est à l'étude en ce moment du côté de chez J.-L. Borloo. Ça vous inquiète, vous avez eu la liste entre les mains des nouveaux produits touchés par les bonus-malus ?
 
Pas encore de manière exhaustive, et c'est pour cela que nous allons rencontrer J.-L. Borloo pour en parler avec lui. Je mets effectivement en garde, il faut faire attention à ne pas multiplier le sentiment, ou la réalité d'ailleurs, de taxes qui ne seraient pas toujours bien comprises. Donc on va en parler tranquillement.
 
Alors, vous mettez en garde, mais il y a un nouvel à-coup très grave dans la crise bancaire mondiale ; on sent qu'en France, la rigueur va s'imposer...
 
Ce sont deux choses différentes. Mais en ce qui concerne la crise financière que nous voyons, elle est effectivement extrêmement préoccupante, et puis, ce qui est intéressant, c'est de voir que parfois on ne tire pas les leçons du passé. Parce que les crises financières, quelle que soit leur nature, ont toujours le même processus : euphorie excessive, absence de contrôle, opacité...
 
Bulle...
 
Bulle, et explosion de la bulle. On l'a connu avec Internet, c'était la dernière grande crise, on l'avait connu avant avec la crise asiatique, au milieu des années 1990. La seule chose que je veux dire c'est que, là, effectivement, la situation financière mondiale est très préoccupante. Et pour ce qui me concerne, je me réjouis que nous prenions toute une série de mesures de réformes structurelles ; je pense en particulier d'adaptation de notre système de travail, c'est indispensable de le faire. Et j'invite la gauche à méditer sur ce qui se passe ailleurs. Et personnellement, je suis de plus en plus à inviter les uns et les autres à regarder ce qui se passe dans le reste du monde au lieu d'avoir un débat franco-français, idéologique, qui n'a plus rien à voir avec ces réalités.
 
On regarde les Etats-Unis, on a vu des baisses de taux d'intérêt ; faut-il baisser les taux d'intérêts en Europe ?
 
En tout cas, ce qui compte ce n'est pas la baisse des taux d'intérêt, c'est le différentiel entre les taux d'intérêt américains et les nôtres. Ce différentiel aujourd'hui est important. Vous savez que sur ce point je suis souvent un peu réservé sur le fait de trop jouer avec les outils monétaires. La seule chose que je peux vous dire sur ce point, c'est qu'il faut maintenant qu'on fasse attention à nos systèmes de contrôle. Aujourd'hui, parce que les produits sont sophistiqués, nous découvrons que nos entreprises, nos banques, nos compagnies d'assurance ont investi dans des actifs à risques, ailleurs, et notamment aux Etats-Unis mais pas seulement. Je pense qu'il faudra tirer de tout cela beaucoup de leçons.
 
Le groupe UMP, c'est une grande première, auditionne aujourd'hui le chef d'état-major des Armées, le général Georgelin. Pourquoi ? Cherchez-vous à déminer avec lui le futur débat, celui du lundi 22, sur l'Afghanistan à l'Assemblée ? Vous allez briefer le général ?
 
Non, il y a eu une révision de la Constitution extrêmement importante, qui a acté, entre autres, que désormais, il n'y a plus de domaine réservé sur la politique étrangère, un événement majeur. Et j'ai souhaité, évidemment en liaison étroite avec le président de la République, que dès maintenant, les députés, dans quelle que commission qu'ils soient, et pas seulement les spécialistes des Affaires étrangères ou de la Défense, puissent maintenant prendre part à ce débat. Pour une raison simple : nous allons désormais voter pour l'envoi des troupes, ce qui veut dire que nous sommes en responsabilité, c'est considérable ! Et sur ce sujet de l'Afghanistan, comme sur toutes les grandes crises internationales - à titre personnel je suis cela de très près et depuis longtemps -, je souhaite beaucoup prendre position dans ces domaines et veiller à ce que mes amis députés puissent se prononcer en connaissance de cause. Et l'événement aujourd'hui, effectivement, c'est que pour la première fois, le chef d'état-major des Armées va se rendre devant le groupe de la majorité pour parler librement avec les députés de la nation de ces questions d'engagement militaire, la stratégie, les moyens, et puis aussi la suite des choses. Et je crois que c'est quelque chose de très important. Le tout, avec cette idée de base fondamentale, c'est que nous sommes aux côtés du président de la République dans un engagement qui vient, là encore, pour protéger les Français. Ce qui m'amène à rappeler combien dans ce domaine de la protection des Français nous devons être très, très vigilants.
 
Socialistes et centristes sont d'accord pour confirmer la présence française en Afghanistan, en échange de moyens renforcés sur place et d'une stratégie plus claire à moyen et à long terme. C'est votre point de vue ?
 
D'abord, permettez-moi de vous dire que ce sont les mêmes, je pense en particulier aux socialistes, qui étaient particulièrement réservés et critiques sur la décision du président de la République d'envoyer des renforts de contingents, 700 hommes, au mois d'avril dernier...
 
Parce que ça semblait lié à l'OTAN, au retour dans l'OTAN, et donc...
 
Reconnaissez avec moi, qu'en quatre mois, ces yoyos n'ont plus rien à voir avec une réflexion responsable que l'on doit avoir.
 
Il faut clarifier la stratégie française ?
 
Mais aujourd'hui, la stratégie française est parfaitement claire ! Et je voudrais quand même rappeler qu'elle s'inscrit, un, dans une démarche de l'ONU ; deux, dans une démarche européenne et trois, naturellement, dans le cadre de l'OTAN. L'histoire c'est l'histoire, il faut naturellement clarifier les choses, mais enfin il faut quand même avoir à l'esprit que tout ça n'est pas né du hasard et que ce qui compte aujourd'hui, c'est une organisation militaire suffisamment structurée pour aller aux résultats. Et je veux que chacun se pose la question de fond : que se serait-il passé si nous étions pas allés ? Quelle serait la situation en Afghanistan ? Accessoirement sur d'autres grands théâtres et grands sujets, nous voyons l'importante de la diplomatie et de la part de l'Europe - regardez sur la Géorgie. Ce sont des sujets sur lesquels on est très engagés et il faut continuer à l'être pour protéger les Français.
 
Et faut-il un calendrier de retrait des troupes, programmé, comme l'a souhaité D. de Villepin ?
 
Pour ce qui me concerne, je suis un peu réservé sur l'annonce d'un calendrier, parce que ce serait un message à l'endroit de nos ennemis qui serait tout de même un peu contre-productif par rapport à ce que nous voulons faire.
 
Dans une interview à paraître cette semaine dans L'Express, vous récusez le terme de "vice-Premier ministre" pour votre poste, mais vous voulez faire la coproduction des lois, donc vous êtes "vice- Premier ministre" ?
 
Je n'aime pas le terme, parce que "vice-Premier ministre", ça donne le sentiment qu'il y a une hiérarchie entre le chef du Gouvernement et le responsable de la majorité au Parlement.
 
En fait vous êtes au-dessus, vous vous considérez plus légitime parce que les parlementaires... ?
 
Mais ni au-dessus, ni au-dessous ! La séparation des pouvoirs depuis Montesquieu n'a pas spécialement changé. L'idée c'est que ce sont deux pouvoirs, bien distinctement positionnés, qui ont vocation à travailler ensemble pour le bien de la France.
 
À égalité ?
 
Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, tout simplement, en ce qui me concerne, avec la nouvelle Constitution, ma responsabilité de l'animation de la majorité c'est de veiller à ce que toutes les nouvelles dispositions puissent maintenant entrer dans les moeurs et que les députés, si je puis dire, s'en emparent. De telle manière, qu'ils se sentent responsabilisés. Je prends juste un exemple concret, la fabrication de la loi : désormais, la moitié de l'ordre du jour c'est le Gouvernement, l'autre moitié, c'est les députés. Eh bien ça veut dire qu'on va devoir apprendre à rédiger des lois. Et donc, ça veut dire se réorganiser en conséquence.
 
Question politique, réponse rapide : qui soutenez-vous pour la présidence du Sénat : Raffarin, Larcher, un autre ?
 
La question est très rapidement posée, et la réponse je ne vous la ferai pas. Pour une raison simple, c'est que je connais bien le Sénat, et que la compétition y est rude mais interne. Et que, pour ce qui me concerne, j'ai beaucoup de sympathie pour les deux hommes, mais j'ai appris depuis longtemps à ne me mêler que des combats dans lesquels je peux avoir à titre personnel un poids, et dans le cas d'espèce, je n'en ai aucun.
 
Eh bien, en voilà un : qui soutenez-vous pour soutenir la liste UMP aux régionales de 2010 en Ile-de-France ? Pécresse, Karoutchi, vous-même ?
 
Je n'ai pas encore choisi ; là encore, il faut laisser les choses se décanter. Je ferai naturellement mon choix. Je suis l'élection régionale d'Ile-de-France de très près, vous savez que je fus candidat en d'autres temps, et pour ce qui me concerne, je regarde tout ça de très près et je vous dirai le moment venu ce que j'en pense, sachant que tout ça doit être déterminé aussi par une réflexion plus globale que j'ai évoquée dans L'Express, qui concerne la réorganisation des collectivités locales.
 
Alors, justement, il va y avoir aussi un redécoupage des circonscriptions. Vous allez les surveiller, de l'intérieur des députés ?
 
Ça va de soi.
 
Vous êtes inquiet ?
 
Non, non, je ne suis pas inquiet, non. En revanche, c'est vrai que sur l'organisation des collectivités locales, départements et régions, c'est typiquement un sujet dont les députés doivent s'emparer dans le cadre de la nouvelle Constitution. Cela peut avoir des incidences sur la situation même de l'Ile-de-France, avec "le Grand Paris". Donc, tout ça doit être intégré dans nos réflexions.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 16 septembre 2008

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