Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à France-Inter le 25 septembre 2008, sur la crise économique et financière et la situation économique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à France-Inter le 25 septembre 2008, sur la crise économique et financière et la situation économique.

Personnalité, fonction : PARISOT Laurence.

FRANCE. MEDEF, présidente

ti :
 
 
 
N. Demorand.- On va essayer d'avoir un entretien aussi franc que l'allocution de G. Bush cette nuit aux Américains. La situation économique de la France, pouvez-vous nous la décrire aujourd'hui de votre point de vue, L. Parisot. Vraiment, franchement.
 
Franchement, c'est d'abord la situation économique du monde qui est préoccupante et forcément, à l'intérieur de cette situation, celle de la France l'est aussi. On peut peut-être même se demander si elle ne l'est pas plus encore qu'ailleurs parce que la France a tardé à mener un certain nombre de réformes ces dernières années, qui lui auraient peut-être permises d'affronter ces très graves difficultés, auxquelles nous devons faire face, dans des meilleures conditions.
 
Quel est le risque aujourd'hui pour notre pays ? C'est celui de la récession ? C'est quoi ?
 
Bien sûr que le risque, c'est celui de la récession et qu'il faut tout faire pour l'éviter, et je pense que nous pouvons l'éviter. Mais il faut être conscient du danger pour ne pas foncer dedans, si je puis dire.
 
Vous avez été reçu par N. Sarkozy hier à l'Elysée. Un communiqué de l'Elysée indique que vous avez échangé sur la situation économique de la France. Quelle est son analyse, à lui ?
 
Le président de la République, N. Sarkozy, connaît, comprend l'économie, j'insiste sur ce point parce que cela n'a pas été si fréquent chez nos dirigeants ces dernières décennies. Il est le premier à évaluer le danger que nous courons tous. Je crois qu'il a compris le rôle des entreprises pour faire face, et je dirais même, je pense, - et j'espère que c'est ce qu'il va dire cet après-midi -, je pense qu'il a compris que c'est par les entreprises qu'on trouvera la solution pour s'en sortir.
 
Qu'attendez-vous de ce discours, à part ce plaidoyer pour l'entreprise ?
 
Plus généralement, qu'ils donnent aux Français l'allant qu'il faut pour surmonter ces difficultés. Je trouve que le président de la République est quelqu'un qui est moderne, dynamique, jeune. Je dirais qu'il nous transmette cette énergie-là pour relever le challenge auquel nous devons faire face.
 
La presse, ce matin, est dubitative et dans l'attente - de toute façon, on verra bien à 18h30 - mais semble dire qu'à part un travail de pédagogie, d'explication, de remise en perspective d'un certain nombre de réformes économiques, il n'y aura pas d'annonces particulières. On n'a plus que le pouvoir de la parole aujourd'hui ?
 
Vous reconnaîtrez peut-être avec moi que d'une manière générale, la presse est toujours dubitative sur tout. Mais je crois que là, il faut se dire la chose suivante : la crise financière, qui est partie des Etats-Unis, c'est quelque chose d'extrêmement grave, c'est un 11 septembre de la finance. Cette crise financière peut provoquer une crise économique très dangereuse. Dans cette situation là, nous devons comprendre que nous sommes tous dans le même bateau, que nous devons être solidaire, que nous devons ramer ensemble pour s'en sortir. Ce que je veux dire par là, c'est que la façon de s'en sortir c'est moins d'imaginer une mesure par-ci ou une mesure par là, que de se mobiliser pour être efficaces, être performants. Je dirais, comme on dit en médecine, "d'abord ne pas nuire". Et d'abord ne pas nuire aux entreprises car elles seules peuvent créer des richesses.
 
L'Etat nuit aux entreprises en ce moment ou vient à leur secours ?
 
L'Etat pénalise...
 
Est-ce qu'il n'est pas à un moment où il faut changer peut être de lunettes pour regarder la réalité ? Cela semble être le cas aux Etats-Unis.
 
Regardons la réalité en face, il n'y a pas un pays au monde où les taxes de tout genre, c'est-à-dire tout ce qu'on appelle les prélèvements obligatoires, les "PO", pénalisent autant les entreprises qu'en France. Pour donner un ordre de grandeur, pour que chaque auditeur puisse comprendre - et c'est intéressant -, les prélèvements obligatoires sur les entreprises en Allemagne c'est 9 % du PIB de l'Allemagne - 9 %. En France, c'est presque le double, c'est 15 %. Vous voyez, quand on me demande parfois, "mais pourquoi les entreprises françaises ne sont pas aussi performantes que les entreprises allemandes pour exporter ?" Eh bien la seule bonne réponse, c'est ce fardeau fiscal et social qui pèse sur les entreprises.
 
Le déficit du commerce extérieur serait réglé par un allégement des charges sur l'entreprise ? Ce n'est pas un problème de compétitivité des entreprises ?
 
Si c'est un problème de compétitivité des entreprises...
 
...De savoir-faire, de produits à exporter ?
 
C'est beaucoup plus un problème de compétitivité que de savoir-faire. Notre compétitivité est moindre, parce que sur un produit identique que je fabrique en Allemagne ou que je fabrique en France, il coûtera 10, 20, 30, 40 % plus cher en France qu'en Allemagne. Donc forcément, j'ai plus de difficultés à l'exporter. Il faut donc avoir une vision de moyen terme pour dire, "progressivement, nous devons faire baisser les PO, les prélèvements obligatoires sur les entreprises".
 
Est-ce que vous dites pour autant "merci l'Etat", aujourd'hui, dans cette crise financière, L. Parisot ?
 
Je ne suis pas sûre de bien comprendre le sens de votre question.
 
On voit, aux Etats-Unis notamment, que c'est l'Etat qui vient au secours d'un système capitaliste, pour le dire dans mes mots de profane, "devenu fou". En tout cas, de l'extérieur ça ressemble à cela.
 
Si on parle...
 
Mais sur l'Etat, répondez-moi...
 
Quand on est libéral, comme je le suis, on dit la chose suivante : on dit l'Etat doit être là. On ne dit pas, on ne doit pas avoir d'Etat, parce que ce n'est pas être libéral, c'est être anarchiste. On dit l'Etat doit être là et il doit être là pour donner les règles et que ces règles soient claires, lisibles, comprises de tous. Et l'Etat doit être là aussi pour être un recours en dernier ressort, en dernier ressort. Si l'Etat est là "en premier ressort", si je puis dire, c'est-à-dire au premier plan, l'Etat se trompe également aussi beaucoup.
 
"En dernier ressort", cela veut dire "la privatisation des gains, socialisation des pertes", selon le vieil adage libéral.
 
Mais contrairement à ce qu'on est en train d'expliquer en France, ce que fait ou ce que prépare l'administration américaine pour sauver la finance et Wall Street, ce n'est pas du tout ce que vous venez de dire. Ce qui est envisagé aujourd'hui dans le fameux plan Paulson, c'est de dire il y a un certain nombre d'actifs qui sont aujourd'hui détenus par les banques et qui ne sont pas liquides, c'est-à-dire qui ne sont pas vendables sur le marché, mais qui, en soit, ont une valeur. Ils ne sont pas liquides aujourd'hui parce qu'il y a une gigantesque crise de confiance. Donc ce que propose l'Etat américain, c'est de se porter garant pendant un certain temps - un an, deux ans ou trois ans - sur ces actifs, le temps qu'ils redeviennent liquides, pour les vendre, pour les remettre sur le marché.
 
L'Etat va revenir tout de même en première ligne. On emploie beaucoup le verbe du premier groupe "réguler" en ce moment. Et un autre verbe, "punir", "payer", que les responsables et les coupables payent ce qu'ils ont fait. Cette dimension, comment la recevez-vous, en tant que patronne des patrons ?
 
Il y a deux choses. S'il y a eu des fraudes, si les acteurs américains de cette affaire de l'agence immobilière qui a vendu des crédits à des ménages qui étaient à peine solvables, jusqu'à certains responsables d'activité de marché, s'ils ont enfreint les règles de la Réserve fédérale ou la loi américaine, il est évident qu'il faut aller jusqu'au bout, et j'ai trouvé presque comme une bonne nouvelle que le FBI annonce toutes les investigations qu'ils sont en train de faire. Cela c'est une chose. Au-delà de ça, est-ce qu'on peut isoler des responsables dans cet enchaînement qui a produit cette catastrophe ? Je ne suis pas certaine. Est-ce que, par exemple, on considère que l'ancien patron de la Réserve fédérale américaine, A. Greenspan est responsable de cette situation ? Il y a beaucoup d'économistes qui vont vous dire que oui, que c'est parce qu'il a pendant des années pratiqué une politique de taux d'intérêt bas, qu'il y a eu ainsi des excès dans tous les sens.
 
Donc, tout le monde est responsable mais personne n'est responsable.
 
Il y a plusieurs responsabilités et ensuite un enchaînement de facteurs qui a créé une catastrophe. Est-ce que les chefs d'Etat qui se réunissent une fois par an dans le cadre du G7 ne sont pas aussi responsables de ne pas avoir eu le courage à un moment ou à un autre de dire : il faut provoquer une grande réunion, un sommet internationale pour redéfinir le système monétaire internationale, refaire un nouveau Bretton Woods. Parce qu'il faut quand même que les auditeurs sachent bien que dans les milieux professionnels, dans les milieux bancaires en particulier, cela fait deux ans, trois ans que de nombreux professionnels sont inquiets et estiment qu'il y a un danger. Dans certains milieux politiques aussi... Je vais vous faire une petite confidence, je me souviens très bien d'avoir eu une conversation avec E. Balladur, il y a un peu plus d'un an et demi où celui-ci me disait : "la grande inquiétude qui pèse aujourd'hui sur nous, c'est le système monétaire international".
 
Donc, les gens savaient ?
 
Non, on ne sait pas qu'une catastrophe va se produire. On sait qu'il y a des risques, on sait qu'il y a des dangers mais peut-être qu'à partir de là, on n'en a pas assez parlé.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 25 septembre 2008
 

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