Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à La Chaîne Info le 1er octobre 2008, sur la situation financière des banques françaises, la limitation des "parachutes" des dirigeants de grandes entreprises, le train de vie du Sénat et de l'Assemblée nationale et le rapprochement de certaines collectivités locales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à La Chaîne Info le 1er octobre 2008, sur la situation financière des banques françaises, la limitation des "parachutes" des dirigeants de grandes entreprises, le train de vie du Sénat et de l'Assemblée nationale et le rapprochement de certaines collectivités locales.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député

ti : C. Barbier   "Il n'y aura pas de faillite de banques françaises", assure le   Premier ministre ce matin dans Les Echos. Est-ce que ce n'est pas   un peu de la méthode Coué, quand on voit l'enchaînement dans les   autres pays ?  
 
Non, pas du tout, pour deux raisons : d'abord, parce que les banques   françaises sont des banques de dépôts qui prêtent de l'argent qu'elles   possèdent. Cela n'a rien à voir avec le système bancaire américain ou   d'autres pays. Et deuxièmement, parce que l'Etat s'est d'ores et déjà   porté garant, le Président à Toulon l'avait déjà dit, le Premier ministre   le rappelle.  
 
On n'a pas les moyens de se porter garant pour X faillites   bancaires, on n'a pas les 700 milliards de dollars des Américains !  
 
Encore une fois, le risque n'existe pas en France, mais comme en   matière de crise financière, ce qui compte c'est d'être sécurisé, de   prévenir la panique, eh bien il est important de rappeler que l'Etat s'est   porté garant.  
 
Les banques prêtent mais elles ne prêtent pas beaucoup en ce   moment et le Président a suggéré d'utiliser les surplus du Livret A   des Français pour fluidifier le crédit. Est-ce que ce n'est pas faire   courir un risque à cette épargne ?  
 
Non, certainement pas. Actuellement, il n'y a pas de liquidités. Chacun   sait, les entreprises, les collectivités, qu'il est difficile d'emprunter pour   investir et donc il est tout à fait normal, il est même tout à fait heureux,   que puisqu'il y a beaucoup de liquidités qui rentrent, la hausse des   dépôts dans les Caisses d'épargne atteint 350 % par rapport à la même   période de l'année dernière, eh bien utilisons ce surplus pour donner un   peu de marge de manoeuvre et qu'il soit possible d'emprunter, c'est-à-dire   de continuer à faire fonctionner l'économie.  
 
Justement, la Caisse d'épargne chercherait 6,5 milliards d'euros,   comme l'affirme Le Canard enchaîné ; la banque dément, avez-vous   des informations ?  
 
D'abord, je n'ai pas d'informations particulières, par contre j'ai   tendance à croire ce que disent ceux qui s'expriment, il y a un démenti   d'une part, et d'autre part, je viens de vous le dire : la Caisse d'épargne   ne pose pas de problème pour la bonne raison qu'en plus, elle recueille   une masse de dépôts en ce moment, une masse d'épargne considérable.   Elle est à l'abri de tout problème et ses dirigeants l'ont confirmé.  
 
On voit bien que la méfiance règne. Le Parti socialiste réclame un   débat parlementaire sur cette crise, des communistes veulent même   une commission d'enquête sur les responsabilités politiques.   Accéderez-vous à leur requête ou l'Assemblée va-t-elle rester unie ?  
 
D'abord, l'Assemblée a déjà procédé hier à l'audition du ministre des   Finances, C. Lagarde qui est venue s'exprimer à huis clos devant les   membres de la commission des finances.  
 
Pourquoi à huis clos ?  
 
Parce que c'est la liberté des commissions de décider la publicité ou   pas la publicité.  
 
Vous avez peur que la vérité cause la panique ?  
 
Mais les commissaires sont de la majorité et de l'opposition. Nous   avons, à chaque fois que cela ne présente que des avantages, l'habitude   de donner une publicité extrêmement large, les parlementaires peuvent   d'ailleurs très librement s'exprimer maintenant. Mais le ministre et le   président de la commission - je vous rappelle qu'il est membre de   l'opposition - ont pensé que ce serait encore plus fructueux d'avoir cet   échange à huis clos, et après d'en faire la communication que les uns et   les autres jugeraient utiles.  
 
Pas besoin de commission d'enquête, pas besoin de débat   parlementaire ?  
 
Malheureusement, le problème ne relève pas d'une commission   parlementaire française. Il n'y a pas de responsabilités particulières, de   fautes particulières qui apparaissent dans notre pays à l'origine de cette   crise. Le président de la République, quant à lui, a clairement, à   l'inverse, indiqué qu'il y avait probablement des causes c'est-à-dire une   défaillance à l'égard du respect des valeurs qui doivent être toujours   sauvegardées, une sorte de fuite en avant spéculative, où on a fini en   Amérique, et dans bien d'autres pays, par privilégier le capitalisme   spéculatif au capitalisme d'investissement, celui qui donne du travail,   qui crée des richesses et permet de les partager.  
 
Souhaitez-vous que le président de la République vienne devant le   Congrès s'exprimer, puisque la Constitution rend cela maintenant   possible ?  
 
Vous avez raison, il peut le faire à tout moment. Pour le moment, il a   choisi de s'exprimer et il l'a fait à Toulon ; il a un important rendez-vous   européen et n'oublions pas que la France préside l'Europe pour   six mois et de l'avis des dirigeants des 27 pays, c'est une excellente   chose que ce soit N. Sarkozy, avec son courage et son volontarisme, qui   puisse préserver l'avenir. Et donc, il est en ce moment... Il a parlé à   Toulon ; il va échanger avec les Européens, arrêter un certain nombre   de dispositions et s'il le souhaite, il peut intervenir à tout moment   devant le Parlement.  
 
L'UMP amendera le budget pour limiter les parachutes dorés.   Quelle sera la limite ? Si c'est un million d'euros, comme le   proposera le rapporteur G. Carrez, cela reste un parachute très   doré quand même !  
 
Vous avez raison d'aborder cette question. Il y a des pratiques de   rémunération pour certains dirigeants - pour certains - qui méritent   certainement d'être contrôlés, encadrés par la loi, surtout quand on vit   la crise actuelle.  
 
1 million, 500.000 euros, 2 millions ?  
 
Le débat le précisera.  
 
Election de votre homologue au Sénat aujourd'hui, le président.   Appelez-vous A. Lambert, UMP dissident, à retirer sa candidature   face à G. Larcher, le candidat officiel ?  
 
Vous ne me ferez pas m'immiscer dans les affaires du Sénat.  
 
Pas du Sénat mais de l'UMP. Là, il y a un dissident, est-ce   acceptable ?  
 
Chacun sait qu'il y a eu primaire au sein du groupe UMP, qui est le   groupe majoritaire au Sénat. Donc il y a 99 chances sur 100 pour que   A. Lamb... G. Larcher soit élu.  
 
Lapsus révélateur, non ? Polémique autour de l'appartement de C.   Poncelet. Et là, ce n'est pas l'affaire du Sénat, c'est les affaires des   citoyens. Le président Poncelet doit-il rendre son appartement de   fonction maintenant qu'il n'est plus président du Sénat ? Le garder   jusqu'à la fin de son mandat, comme il le souhaite, ou voire jusqu'à   sa mort ?  
 
Je fais confiance à G. Larcher qui a dit qu'il regarderait attentivement   chacune de ces dispositions. Pour ce qui concerne l'Assemblée   nationale, les choses sont très claires, si cette disposition a pu être   proposée ou exister il y a une dizaines d'années pendant quelques mois   ou quelques années, elle a été supprimée immédiatement après, c'est-à-dire   en 2002 je crois. Et j'ai voulu que toutes les dispositions   favorables qui étaient réservées aux anciens présidents de l'Assemblée,   notamment, une mise à disposition de véhicule, soient supprimées.   C'est-à-dire que lorsque la présidence cesse pour un président de   l'Assemblée nationale, il redevient une personne comme une autre. S'il   est député, il est député. S'il n'est pas député, il est un citoyen comme   un autre.  
 
Au-delà de cette appartement, souhaitez-vous que G. Larcher   mette tout sur la table : le train de vie du Sénat, le patrimoine   immobilier, les rentes ?  
 
Moi, je suis pour la transparence. Nous avons entrepris à l'Assemblée   un audit par la Cour des comptes. Nous faisons tout ce que nous   pouvons pour gérer au mieux l'argent public qui fait fonctionner   l'Assemblée nationale. Il y aura toujours certains qui voudront aller   plus loin. Mais croyez-moi, il y a des efforts qui sont faits.  
 
Est-ce qu'il faudrait, comme le souhaite J.-F. Copé, président du   groupe UMP, plus de moyens, plus de collaborateurs pour les   parlementaires, qui ont une nouvelle mission depuis la nouvelle   Constitution ?  
 
Je ne crois pas que nous ayons besoin de davantage de moyens   financiers. Par contre, que nous utilisions mieux les moyens qui sont   mis à disposition par l'Etat, et nous faisons de gros efforts là-dessus,   puisque la dotation pour l'Assemblée nationale que nous demanderons   sera la même et strictement la même que les dernières l'année dernière,   c'est-à-dire qu'en euro constant, elle va diminuer quelque peu. Et puis   ce que peut faire l'Etat par contre, qui dispose d'un certain nombre de   fonctionnaires des grands corps de contrôle de l'Etat, qui ne sont pas   tous occupés, ceux-là, effectivement, nous allons réfléchir aux moyens   de pouvoir disposer de leurs compétences, qui sont grandes, puisqu'ils   sont déjà rétribués par l'Etat.  
 
Il y aura deux nouvelles commissions à l'Assemblée nationale.  
 
Oui.  
 
Est-ce qu'il faut confier la présidence de l'une d'entre elles au   Nouveau centre, votre allié majoritaire ?  
 
Ce n'est pas au Président de l'Assemblée de régler les questions   d'équilibre politique. C'est un débat entre les formations de la majorité.  
 
Vous y êtes favorable, comme ancien président du groupe UMP ?  
 
Je suis toujours favorable à la diversité au sein d'une majorité comme   au sein d'une Assemblée.  
 
Faut-il fusionner Régions et Départements ?  
 
Nous avons, avec 7 niveaux et même huit - quand on va dans le détail -   administratifs en France, une déperdition d'énergie et d'argent, et donc   un surplus de dépenses publiques et donc d'impôts, une perte   d'efficacité, qui sont un vrai problème. Donc, il faut certainement   clarifier les compétences, rapprocher des collectivités, peut-être les   départements avec les régions. En tout cas, il faut certainement évoluer   sur cette situation.  
 
Pour que cela se fasse sereinement, repoussons les régionales de   2010 à 2011 comme le propose Copé ?  
 
Je ne suis pas favorable à ce qu'on change les dates des élections,   qu'on change les règles du jeu, mais en tout cas il faut travailler à   améliorer le rendement de notre découpage administratif.  
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 octobre 2008
 

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