Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur l'enseignement français à l'étranger, Paris le 2 octobre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur l'enseignement français à l'étranger, Paris le 2 octobre 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Etats généraux de l'enseignement français à l'étranger : allocution de clôture de Bernard Kouchenr le 2 octobre 2008 à Paris

ti : Tout d'abord, je voudrais vous dire que je connais l'excellence de ce réseau. Il représente un sujet de très grande satisfaction. De vos débats je retiens d'ailleurs que toutes ces appréciations vont dans le même sens.

La notion de service public que vous avez évoquée, c'est exactement ce que le président de la République a tenu à souligner quand il a dit que l'on doit pouvoir bénéficier d'un enseignement à l'étranger de la même manière que l'on en bénéficie en France, c'est-à-dire sans payer lorsqu'on est un citoyen français. Nous avons commencé par la terminale, puis la première, etc...

Cela soulève un certain nombre de problèmes. Malgré ce que j'ai dit des convictions qui sont nécessaires pour prendre une position, cela ne suffit pas, c'est à vous de me fournir des arguments.

Nous ne savons pas exactement si nous allons être pénalisés par le dispositif adopté et jusqu'où le poursuivre. Jusqu'où assurer la gratuité ? Est-ce que l'ensemble du dispositif de l'éducation va pouvoir être gratuit ? Personnellement, j'en doute.

Vous avez rapproché les points de vue en disant qu'une étude pourrait être faite, que vous n'êtes pas tout à fait convaincus de la pertinence de l'augmentation des frais de scolarité. Il me paraît cependant difficile de les faire baisser, franchement, surtout dans cette période. De plus, la qualité de l'enseignement français est reconnue par tous et la fréquentation des établissements scolaires français ainsi que les demandes d'inscription sont en augmentation ; tout cela est satisfaisant.

Est-ce que cela va ou non pénaliser les élèves, les étudiants étrangers ? Je le pense. Dans quelle mesure ? Je n'en sais rien. Il faut une période d'attente et d'études afin de voir si le nombre d'inscriptions d'élèves étrangers chutent. Je ne peux pas témoigner mais j'ai cru comprendre que la tendance s'inscrivait quand même à la baisse de la fréquentation. Pourquoi voulez-vous pénaliser les élèves étrangers par rapport aux citoyens français qui vont dans un établissement français ? Il est légitime, après tout, que les citoyens français fréquentent un établissement français ; ils reçoivent ainsi un enseignement qui s'approche le plus possible de la gratuité et qui est le moins pénalisant possible pour les familles qui n'ont pas les mêmes revenus.

Il s'agit donc d'aller dans le sens du service public mais en réalité, à l'étranger, ce n'est pas tout à fait comparable. Les revenus des Français à l'étranger peuvent être très différents et tout ce qui peut permettre d'équilibrer ces différences me paraît aller dans le bon sens - bourse ou pas bourse, gratuité ou pas gratuité. Vous pourriez proposer un dispositif de bourses tenant compte des revenus afin de permettre le rattrapage ou le gommage des aspérités des équilibres financiers qui font que la vie n'est pas aussi belle pour les uns que pour les autres. Et puis, il faut voir ce que l'on peut faire en terme de gratuité. Je ne vois pas très bien comment vous allez faire mais il va falloir peut-être trouver une sorte de complémentarité entre les deux. Si les militants absolus de la gratuité et ceux qui pensent que le système précédent était plus juste trouvaient un accord et pouvaient se rassembler, je serais très satisfait. Nous ne sommes absolument pas obligés de prendre une décision aujourd'hui.

Je suis, je crois, un des interlocuteurs capables d'expliquer au président de la République que son système doit être un tout petit peu modifié. Pour cela, je veux que vous me fournissiez des arguments. Si vous pouvez me les fournir à l'unanimité ou à une large majorité, avec une véritable détermination à aller dans le sens de l'égalité et de la moindre discrimination, je serais prêt à m'engager dans une nouvelle démarche. Il faudra que je le fasse assez vite. La dernière fois que je lui en ai parlé, le président semblait comprendre qu'il y avait une petite réflexion qui était menée.

Nous pensons donc qu'il faudrait équilibrer le système. Je suis donc tout à fait désireux d'une position un peu équilibrée. Même si on n'arrive jamais à la perfection dans un tel domaine, nous pourrions, quand la crise sera passée et j'espère qu'elle passera vite, aller ensemble exposer au président de la République notre souci de voir les choses se présenter sous de meilleurs auspices.

J'attends tout cela avec beaucoup d'impatience, impatience tempérée par le fait qu'il faut réfléchir et avoir une position commune. S'il n'y a pas de position commune, cela ne marchera pas parce que si vous n'êtes pas capables de vous entendre, je pense que cela ira au président de la République et nous n'aurons plus rien à dire une fois que la décision sera prise.

Je suis à votre disposition. Je ne sais pas comment cela pourrait se passer mais je serais très heureux en effet que l'on puisse avoir un service public différent, forcément différent. Il faut en même temps disposer d'un service qui pourrait prendre en charge les Français et offrir aux élèves étrangers une possibilité d'accès à l'enseignement supérieur, à notre culture, à nos entreprises aussi, dans le monde du travail. C'est cela l'objectif. Je ne voudrais pas que l'on écarte ou même qu'il y ait une diminution du nombre d'inscriptions des élèves étrangers.

Ce qui est intéressant aussi dans un établissement français, c'est la mixité des élèves. Si l'on provoque une baisse du nombre d'élèves étrangers, cela me semble préjudiciable. Je serai à votre disposition pour l'exposer et je pense que nous irons l'exposer ensemble autour d'un consensus qui sera forcément un compromis de part et d'autre.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 octobre 2008

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