Entretien de M. Hervé Morin, ministre de la défense, dans "Direct Soir" du 1er octobre 2008, sur les militaires français en Afghanistan et sur la défense européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Hervé Morin, ministre de la défense, dans "Direct Soir" du 1er octobre 2008, sur les militaires français en Afghanistan et sur la défense européenne.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

ti : Q - Un nouvel accrochage samedi a fait quatre blessés parmi les soldats français en Afghanistan. Vous refusez toujours de dire que nous sommes en guerre ?

R - Nous ne sommes pas en guerre contre l'Afghanistan. C'est une mission de pacification menée à la demande du gouvernement afghan et sous mandat des Nations unies.

Rappelez-vous la situation en Afghanistan sous le régime des talibans en 2001 : les petites filles ne pouvaient plus étudier dans les écoles. Pire, les talibans leur coupaient les doigts lorsqu'elles portaient du vernis à ongles, l'accès aux soins médicaux était très difficile... La liste serait longue si nous la voulions exhaustive.

Notre objectif, qui n'est pas uniquement militaire, consiste à sécuriser l'Afghanistan pour deux raisons majeures : d'une part pour assurer notre propre sécurité qui se joue en Afghanistan, d'autre part pour que ce pays retrouve la voie du développement économique, qui demeure la réponse de fond contre le terrorisme.

Q - On a beaucoup reproché la communication du ministère de la Défense au sujet de cette embuscade. Justifiez-vous toujours cette stratégie?

R - Oui. Je veux juste rappeler que dans pareille situation, il faut du temps pour recueillir les informations, vérifier les sources, croiser les témoignages pour connaître la réalité précise des faits. Le pire aurait été qu'en communiquant trop rapidement, nous soyons amenés à nous rétracter.

C'est parce qu'il y a eu chaque jour des rumeurs scandaleuses mêlées à de la désinformation et de la propagande que nous avons voulu apporter des précisions et des démentis, tout en gardant à l'esprit la nécessité absolue de préserver la sécurité de nos soldats et l'intimité des familles.

Q - Certains ont stigmatisé le manque d'équipement. Est-ce pour cela que vous envoyez du nouveau matériel ?

R - Sur le plan de la sécurité, la situation en Afghanistan évolue en permanence, c'est pourquoi les conditions d'engagement de nos militaires changent aussi progressivement. Ainsi, la région centre où s'est produite l'attaque était considérée jusqu'au 18 août comme relativement calme. Nous complétons nos équipements en fonction des besoins opérationnels et des risques qui évoluent. Je tiens à préciser que tous les équipements du monde ne réduiront pas à zéro le risque pour nos soldats. Ils le savent, car ce sont des professionnels.

Q - En augmentant son budget, la France veut-elle se positionner en leader de l'Europe de la défense ?

R - C'est un signe important. Je vous rappelle que la France et la Grande-Bretagne sont les deux seuls pays de l'Union européenne à soutenir un véritable effort de défense.

Nous sommes convaincus que le monde actuel nous oblige à ne pas baisser la garde. Les Européens seront d'autant plus forts qu'ils agiront ensemble. C'est pourquoi la construction de l'Europe de la défense est une des priorités de la présidence française.

Q - Mais après quinze ans, le concept paraît au point mort.

R - Beaucoup de projets sont en cours de construction. Pour un Européen convaincu comme moi, qui considère que nous avons des intérêts et un destin communs, qui pense que nous devons les défendre ensemble, ça ne va pas assez vite. Dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, j'ai d'ailleurs pu vérifier auprès de tous nos partenaires européens l'existence d'un consensus sur certains projets concernant la défense.

Q - La création d'une armée européenne est-elle utopique ?

R - Elle n'est pas à l'ordre du jour car il n'existe pas un Etat européen. Toute une série de projets et de propositions nous permettent d'avancer de façon pragmatique dans le sens d'une défense commune. Je pense notamment au groupe aéronaval européen, la flotte commune d'avions de transports militaires, mais également au programme satellitaire européen.

Nous mettons au point un plan d'évacuation des ressortissants européens sur des théâtres de crise. Nous proposons un réseau commun de surveillance maritime en temps réel des côtes européennes, pour mieux en assurer la sécurité et lutter contre les trafics et l'immigration clandestine.

Q - Il est aussi question de faciliter la formation des officiers à l'échelle européenne.

R - Les Etats européens proposeront des modules de formation pour les officiers en prenant exemple sur le programme Erasmus, dont on connaît le succès auprès de tous les étudiants. Nous voulons harmoniser nos cycles de formation pour qu'un officier puisse suivre une partie de sa formation dans une école militaire d'un autre pays de l'Union.

C'est un enjeu important pour le développement de la conscience européenne des futurs cadres de l'armée. C'est ainsi que l'idée d'une défense européenne progressera.

Q - Le commandant de l'Eufor, la force européenne présente au Darfour, a répété que les soldats partiront au printemps prochain. Quoi qu'il arrive ?

R - Je vous rappelle que l'ONU a confié à l'Union européenne un mandat d'un an. Nous réfléchissons en ce moment aux modalités de transfert et d'adaptation de nos moyens dans la perspective de la relève prévue par l'ONU en mars prochain.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 octobre 2008

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