Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la crise du système financier international et les mesures de sauvegarde du système bancaire adoptées au niveau européen et en France pour le financement de l'économie et des PME en priorité, Marly-le-Roi (Yvelines) le 7 octobre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la crise du système financier international et les mesures de sauvegarde du système bancaire adoptées au niveau européen et en France pour le financement de l'économie et des PME en priorité, Marly-le-Roi (Yvelines) le 7 octobre 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

ti : Monsieur le Mairie de Marly-le-Roi, merci de m'accueillir dans votre

commune et merci des propos que vous avez tenus à l'instant. Merci

monsieur le président d'IXEA de m'avoir fait entrevoir en quelques

instants la réussite de votre entreprise et la qualité de la

technologie que vous mettez en oeuvre dans le monde entier. Merci aux

membres du comité Richelieu dont je veux dire à l'instant même que nous

allons prendre en compte l'ensemble des demandes qu'ils viennent de

formuler, je suis avec Hervé NOVELLI qui va s'appliquer avec vous à les

mettre en oeuvre.

Je suis venu vous voir aujourd'hui parce que nous sommes dans une

situation économique qui est extrêmement difficile, du fait de la crise

financière. Cette crise financière nous n'en sommes pas responsable,

elle est née de l'autre côté de l'Atlantique, pendant près d'un an nous

l'avons vu se développer en espérant qu'elle épargnerait le système

bancaire européen qui semblait ne pas avoir commis les mêmes erreurs,

en tout cas ne pas avoir pris les mêmes risques. Mais je crois que la

décision qui a été prise le 18 septembre dernier de laisser partir en

faillite une grande banque américaine, la cinquième banque d'affaires a

eu un effet inattendu, en tout cas inattendu du point de vue des

dirigeants américains, c'est de casser la confiance dans l'ensemble du

système financier international. Et nous avons vu depuis le 18

septembre s'accélérer en particulier en Europe la crise financière. Ces

derniers jours ce sont six banques irlandaises qui ont été menacées de

faillite et qui ont conduit le gouvernement irlandais à prendre les

mesures un peu extrêmes, qu'il a prises. C'est la plus grande banque

immobilière allemande que l'on croyait tirer d'affaire et qu'il a fallu

de nouveau aider à se redresser et quand je dis que c'est la plus

grande banque immobilière allemande, c'est en réalité la plus grande

banque agissant dans le secteur du mobilier en Europe. Nous avons vu

que le Royaume Uni après avoir nationalisé deux banques était de

nouveau aux prises avec de sérieuses difficultés, nous avons vu le

système financier islandais s'effondrer entraînant d'ailleurs des

conséquences au Danemark qui a du, lui-même prendre des mesures

unilatérales. Enfin nous avons vu au Benelux deux grandes banques,

FORTIS et DEXIA, menacées de disparition.

Face à cette situation, nous avons pris trois niveaux d'initiative. La

première initiative qui a été prise par le Président de la République a

été de demander d'urgence une réunion du G8 élargi, c'est à dire des

grands pays industrialisés, pour refonder le système financier

international. Dans un premier temps cette réponse a été accueillie

avec interrogation par les grands pays développés. Franchement

aujourd'hui qui pourrait encore penser qu'il n'est pas nécessaire que

les grands pays développés se rassemblent pour réfléchir à l'avenir de

notre système financier et en particulier à la rénovation des

institutions financières internationales.

La deuxième initiative que nous avons prise est au niveau européen, en

rassemblant samedi à Paris les quatre membres du G8 européen, c'est-à-

dire les quatre pays les plus importants sur le plan économique en

Europe. Le Président de la République a voulu que l'Europe s'exprime

d'une seule voix et pèse dans la négociation qui va s'engager au plan

international pour faire entendre sa vision d'un capitalisme régulé,

d'un capitalisme qui soit au service de l'économie et pas au service

simplement des seules institutions financières. Au-delà de cet

objectif, qui a été atteint, puisque les quatre pays, la Grande

Bretagne, l'Allemagne, l'Italie et la France, ont pris une position

commune en faveur de cette réunion du G8, nous avons obtenu notamment

grâce à la présidence de la Commission et de la Banque Centrale que

soit pris des décisions très importantes pour l'avenir du système

financier en Europe.

D'abord la modification des règles comptables qui était en train d'

entraîner notre système financier dans une chute extrêmement

dangereuse. Ensuite, la décision par la Commission de ne pas appliquer

aux Etats européens qui sont en train de sauver leur système bancaire,

les règles de la concurrence telles qu'elles sont appliquées aujourd'

hui en Europe, enfin la décision prise par la Commission et aujourd'hui

entérinée par les ministres des finances, de respecter le pacte de

stabilité dans son intégralité, c'est à dire en prenant également en

compte les circonstances exceptionnelles qui permettent de faire jouer

ce qu'on appelle les stabilisateurs automatiques car il ne faut pas

ajouter à une crise financière qui est déjà extrêmement sérieuse des

contraintes qui seraient excessives et qui en particulier nous

empêcheraient de venir au secours d'un système financier qui est

menacé.

Enfin, nous avons pris la décision au plan national de garantir la

continuité du système bancaire français. Nous l'avons fait de la façon

la plus solennelle qui soit, le Président de la République s'est

engagé, j'ai eu l'occasion aujourd'hui de répéter à l'Assemblée

nationale cet engagement. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ca veut dire

que nous n'entrons pas dans le débat sur la garantie des dépôts à 70

000 euros ou au-delà de 70 000 euros, nous garantissons 100 % des

dépôts puisque nous ne permettrons pas qu'une banque fasse faillite en

France. Nous ne le permettrons pas parce que nous pensons que les

déposants et l'économie française doivent être protégés. Nous ne le

faisons ni pour les dirigeants des établissements bancaires, j'ai envie

de dire même ni pour leurs actionnaires, même si ces actionnaires sont

nécessaires. Et nous avons choisi comme mode d'intervention le mode d'

intervention suivant : si les banques sont en difficulté, et qu'elles

demandent l'aide de l'Etat, à ce moment-là l'Etat entre dans leur

capital, l'Etat prend le contrôle temporairement de ces établissements,

l'Etat change si c'est nécessaire les dirigeants de ces établissements

s'ils n'ont pas réussi, met en place le management nécessaire pour

redresser la banque et une fois que ce redressement sera opéré, quand

la situation de l'économie internationale sera meilleure alors l'Etat

revend ses participations parce que l'Etat n'a pas vocation à gérer

dans la durée des établissements bancaires.

Voilà le choix que nous avons fait. Je pense que c'est le meilleur

choix qui pouvait être fait dans cette situation de crise, je pense que

c'est un choix qui est beaucoup plus sain et beaucoup plus juste,

beaucoup plus efficace que celui qui consiste à garantir les pertes des

banques, sans regarder comment elles sont gérées, sans remettre de l'

ordre dans leur organisation, sans demander à leur dirigeant de rendre

des comptes. Et à ceux qui pensent que ces engagements sont des

engagements verbaux, nous avons déjà commencé à agir puisque c'est

exactement ce que nous avons fait avec la banque franco-belge DEXIA, en

prenant la décision non seulement de monter au capital de cette

entreprise, de prendre la minorité de blocage, ce qui nous a conduit à

exiger le changement du management de l'établissement bancaire et ce

qui nous a conduit à nommer cette nuit un français Pierre MARIANI, l'un

des responsables de BNP Paribas à la tête de cet établissement parce

que nous voulons, avec le gouvernement belge, le redresser.

Voilà les mesures que nous avons prises mais ces mesures sont destinées

à éviter que se produise dans notre pays ce qu'on voit se produire dans

d'autres pays européens c'est-à-dire des faillites bancaires, mais ça

ne suffit pas à réalimenter la machine financière et en particulier ça

ne suffit pas à remettre en marche le marché inter bancaire. Aujourd'

hui les banques sont paralysées par le manque de confiance, elles ne se

prêtent pas entre elles et à partir du moment où elles ne se prêtent

pas entre elles on voit mal comment elles pourraient continuer à

financer l'économie.

Dans ces conditions nous avons estimé avec le Président de la

République qu'il fallait de manière urgente prendre des mesures pour

permettre d'alimenter les petites et moyennes entreprises et le

financement de ces entreprises. Ces mesures sont les 22 milliards d'

euros que vous avez à plusieurs reprises évoqués, ce sont d'abord des

mesures de renforcement massif des moyens d'intervention d'OSEO. Ces

moyens seront augmentés de 50 %, ils passent de 4 à 6 milliards. Il s'

agit de l'enveloppe qui est mise à la disposition par la CAISSE DES

DEPOTS, pour le financement des petites et moyennes entreprises. Nous

avons décidé de relever de 2 milliards d'euros la capacité d'OSEO à

garantir des prêts bancaires, et nous avons surtout décidé d'orienter

vers le crédit aux PME les excédents de collecte délivrée réglementée,

17 milliards d'euros supplémentaires au bilan des banques dont nous

allons nous assurer - je vais en dire un mot à l'instant - qu'ils sont

exclusivement destinés au financement des petites et des moyennes

entreprises.

Ces mesures ne sont pas des mesures à long terme ou à moyen terme,

elles sont immédiates, puisque dès jeudi prochain ces 8 milliards d'

euros qui seront directement injectés dans le financement des PME, dès

le 15 octobre c'est 9 milliards d'euros supplémentaires et dans les

deux semaines qui viennent c'est l'ensemble de l'enveloppe qui sera

disponible. Il faudra d'ailleurs y ajouter une partie de l'enveloppe

qui a été décidée par les ministres des finances de l'Union Européenne,

dans le cadre de la Banque européenne de développement, c'est 30

milliards d'euros au total, donc à peu près 6 milliards d'euros pour la

France qui là encore sont réservés au financement des petites et des

moyennes entreprises.

Alors bien entendu nous allons nous assurer que ces financements

aboutissent bien aux PME. Comment est-ce que nous allons faire ? D'une

certaine façon en suivant les propositions que vous venez à l'instant

de présenter. Nous suivons déjà de manière trimestrielle le niveau des

concours des établissements bancaires aux PME. Ce n'est pas suffisant,

ce suivi trimestriel, nous allons le descendre à un suivi mensuel. Nous

allons d'abord obtenir des établissements bancaires un engagement que

la totalité de ces sommes, que l'intégralité de ces sommes sera

affectée au prêt aux PME. Et puis ensuite nous allons vérifier de deux

manières par des contrôles et par la vérification chaque mois de la

réalité des volumes qui sont affectés aux petites et moyennes

entreprises. Et de ce point de vue là le travail que vous nous avez

proposé de faire en collaboration correspond parfaitement à ce que nous

souhaitons.

Ces mesures viennent s'ajouter à celles que nous avions déjà prises

depuis 18 mois et que nous allons renforcer. Je rappelle que c'est 1

milliard d'euros qui ont été investis dans le capital des PME grâce à

la mesure qui a été prise sur l'impôt sur la fortune. Je le dis d'

ailleurs au passage à ceux qui veulent que nous revenions sur ces

mesures - c'est une drôle d'idée - qui conduirait naturellement à

enfoncer un peu plus l'économie française. Par exemple revenir sur la

déduction fiscale sur les heures supplémentaires. On a du mal à voir

quel pourrait être l'impact de cette mesure, l'impact positif de cette

mesure sur l'économie française. Ou encore revenir sur une mesure qui a

conduit à orienter 1 milliard d'euros de l'ISF vers les petites et

moyennes entreprises. C'est d'ailleurs la preuve que lorsqu'on offre

des choix comme ceux là à ceux qui ont la chance de gagner beaucoup d'

argent, eh bien ils sont prêts à aider au développement de l'économie

de notre pays, franchement je préfère qu'ils investissent dans l'

économie française plutôt qu'ils investissent dans les économies de nos

voisins.

Nous avons décidé une réforme du crédit impôt recherche qui a conduit à

tripler son montant. Je pense qu'aujourd'hui tout le monde reconnaît

que nous avons le système d'aide à la recherche dans les entreprises

privées le plus performant des pays européens et sans doute des pays de

l'OCDE, j'ai bien entendu qu'il y avait encore un obstacle à franchir

qui était celui de la durée de versement de ce crédit impôt recherche,

nous allons avec Hervé NOVELLI et avec Christine LAGARDE tout mettre en

oeuvre pour que les délais soient respectés, c'est-à-dire les délais que

nous avions nous-mêmes fixés.

Nous avons engagé un effort sans précédent de réduction de délais de

paiement grâce à la loi de modernisation de l'économie, c'est

évidemment pour les PME un gain de trésorerie considérable, et donc il

faut que la LME soit appliquée, strictement, naturellement ici ou là on

peut tenir compte des difficultés de telle ou telle filière, enfin l'

objectif c'est bien d'éviter ce que vous avez vous-même dénoncé c'est à

dire que les PME soient les banquiers du reste de la filière. Nous

avons mis en place le statut de l'auto-entrepreneur pour les très

petites entreprises, et puis nous avons engagé la suppression de l'

impôt forfaitaire annuel, qui aboutit à faire payer des impôts à des

entreprises qui ne gagnent pas d'argent. Cet impôt sera supprimé en

trois ans et dès 2009 toutes les entreprises dont le chiffre d'affaires

est inférieur à 1 million et demi d'euros, c'est un peu plus de 200 000

entreprises seront concernées et puis ensuite l'année suivante les

autres. Et enfin nous avons engagé comme vous l'avez souligné un effort

pour orienter les marchés publics vers les PME.

D'abord dans la loi de modernisation, s'agissant des marchés publics de

haute technologie, j'ai entendu que vous vouliez qu'on fasse un peu

plus, donc on va avec Hervé NOVELLI regarder comment on peut faire un

peu plus. Surtout on est en train de négocier dans la cadre de l'Union

européenne, en profitant de la présidence française de l'Union

européenne, dont je dois dire au passage que les Français peuvent être

fiers, que ce soit dans la gestion d'une crise internationale, comme

celle de la Georgie ou que ce soit dans les initiatives qui viennent

d'être prises.

S'agissant de la crise financière nous sommes en train de négocier un

système de small business act à la française, et là encore, les esprits

évoluent sous le choc des évènements. Les Etats européens qui ne

voulaient pas entendre parler de cette idée d'une préférence aux

petites et moyennes entreprises, au motif que ce serait contraire à je

ne sais quel principe en matière de concurrence, refusant d'ailleurs de

reconnaître que les Etats-Unis et le Canada, qui ne sont pas forcément

les pays qui avaient le système économique le plus contrôlé,

fonctionnaient déjà de cette manière. Eh bien ces pays là se rendent

aujourd'hui à l'évidence , nous avons besoin de soutenir nos pays. Ce

sont les organes vitaux de notre système économique. Aujourd'hui,les

risques de fermeture du crédit agissent, comme au fond, le manque de

sang dans le système sanguin de l'économie française et de l'économie

européenne. Nous devons donc tout faire pour maintenir ouvert les

canaux de financement des PME. C'est ce que nous avons décidé. Ce plan

sera mis en oeuvre sans délai, et je veux tout de suite ajouter que au

fur et à mesure de l'évolution de cette crise nous sommes prêts

naturellement à adapter chacune de nos mesures pour qu'elles soient

réellement efficaces pour les entreprises.

On est dans une situation d'urgence et dans cette situation, nous avons

une priorité : faire en sorte que les PME continuent de fonctionner et

faire en sorte - mais ce n'est pas le lieu pour l'évoquer - que les

ménages et en particulier les ménages qui cherchent à se loger puissent

bénéficier de crédit dans des conditions acceptables. C'est le deuxième

volet du plan que nous avons décidé de mettre en oeuvre.

Voilà, je terminerais simplement en vous disant que c'est difficile, il

y a beaucoup de gens qui donnent des conseils, on les écoute tous

naturellement, parce que quand une crise est aussi difficile que celle

là, les conseils, d'où qu'ils viennent sont bons à prendre. Mais il y a

une chose qui est nécessaire c'est d'agir. Et d'agir sans tarder. Et

justement, l'une des forces des initiatives prises par le Président de

la République au plan européen c'est de bousculer les systèmes, c'est

de bousculer les traditions, c'est de ne pas attendre la réunion de tel

ou tel conseil pour prendre des décisions, parce que l'économie ne

pouvait pas le supporter, parce que notre système financier ne l'aurait

pas supporté. Et ceci me conduit pour conclure à vous demander au fond

de réfléchir à une question qui est une question fondamentale pour l'

avenir de l'Europe et donc pour l'avenir de nos pays : qu'est-ce qui se

serait passé si la présidence de l'Union européenne n'avait pas été

entre les mains d'un pays qui avait d'une certaine manière les moyens

d'agir ? Et si elle n'avait pas été entre les mains d'un homme d'Etat

qui ne s'est pas embarrassé de trop de précautions pour prendre des

décisions. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que l'Union européenne a

besoin d'un leadership, ça veut dire que l'Union européenne comme une

entreprise a besoin d'une présidence stable et d'une présidence forte.

C'est ce que nous réclamons en particulier avec le traité de Lisbonne,

un système dans lequel l'Union européenne change de présidence tous les

six mois, dans deux mois ça ne sera plus la France, ce sera un autre

pays, naturellement chacun des pays membres de l'Union européenne a le

droit de participer à la direction de l'Union. Et enfin dans une

période de crise on a besoin d'une ligne directrice, on a besoin d'

avoir quelqu'un à la barre et c'est la raison pour laquelle nous allons

continuer à défendre cette idée que l'Union européenne a besoin d'une

présidence stable et d'une présidence forte.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 9 octobre 2008

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