Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, lors du point de presse conjoint avec M. Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, sur les progrès de la sécurité en Cisjordanie et la volonté de l'UE de contribuer au processus de paix israélo-palestinien, Ramallah le 4 octobre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, lors du point de presse conjoint avec M. Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, sur les progrès de la sécurité en Cisjordanie et la volonté de l'UE de contribuer au processus de paix israélo-palestinien, Ramallah le 4 octobre 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Tournée de Bernard Kouchner au Proche-Orient du 3 au 5 octobre 2008 : rencontre avec le président palestinien Mahmoud Abbas à Ramallah le 4

ti : Merci Monsieur le Président,


J'ai en effet passé la journée avec nos amis palestiniens et je serai demain en Israël avec nos amis israéliens.

J'ai vu avec le Premier ministre combien la situation avait changé profondément changé à Jenine ; pas seulement parce que la sécurité est assurée par les Palestiniens, dont certains ont été formés par l'Union européenne ou par la France, mais parce que le comportement, les relations entre les Palestiniens, nos relations avec les personnes dans la rue ont changé. La confiance a été rétablie.

Je crois que le sentiment est partagé par toute ma nombreuse délégation et je dirai partout que les choses changent, je le dirai demain en Israël et je le dirai aux ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne à l'occasion de la réunion prévue le 13 octobre prochain.

Je suis très heureux et très fier que l'Union européenne, que la France préside pour encore trois mois, ait participé à ce changement, à la formation des officiers de sécurité ainsi qu'à d'autres projets, comme le président de l'Autorité palestinienne vient de le dire.

Rien ne remplace la réalité, le contact physique avec les gens, la parole échangée avec eux. De loin, nous ne nous en rendons pas compte ; les visions théoriques et les idéologies ne rendent pas compte de la réalité et de la vie.

J'ai également rencontré le ministre des Affaires étrangères. Nous avons déjeuné ensemble et nous avons beaucoup discuté de la réalité européenne, des possibilités de l'Union européenne de répondre aux appels, aux sollicitations, de participer politiquement au processus de paix.

Avec M. Abou Ala et M. le Président, nous avons parlé de la nécessité de poursuivre.

Vous savez, nous venons régulièrement vous rendre visite, apprendre de vous et rencontrer la réalité. Parfois, on est pessimiste, découragé. Et puis parfois, comme aujourd'hui, eh bien on trouve qu'il y a de la vie et beaucoup d'espoir !

Je remercie le président de l'Autorité palestinienne de nous avoir dits qu'il continuait. Il y aura, je l'espère au plus vite, un gouvernement en Israël qui peut changer. La volonté de paix, la volonté de construire un Etat palestinien demeure et c'est à cela que nous sommes attachés.


Q - (A propos du rôle des Etats-Unis dans la région)

R - Il n'y a pas d'absence mais un probable changement d'administration aux Etats-Unis. Il est vrai que le rôle de l'Amérique sera sans doute moins évident pendant les quelques mois qui viennent. Les élections auront lieu le 4 novembre, ensuite il y a un changement en février.

Je répète qu'il ne s'agit pas d'être contre les Américains mais d'être avec eux. L'Union européenne propose de jouer un rôle politique plus important dans la région, celui que les protagonistes, c'est à dire les Palestiniens et les Israéliens - peut-être aussi les Américains qui sont à l'origine du processus, de la démarche, à partir d'Annapolis - peuvent nous demander et nous y répondrons positivement.

Notre position est simple et nous la formulerons d'ailleurs très précisément après les élections américaines.

L'Union européenne acceptera certainement de prendre part, pas seulement en donnant de l'argent mais aussi politiquement, à tout ce qui peut favoriser la naissance d'un Etat palestinien démocratique, indépendant, vivant à côté d'un Etat israélien et lui assurant par-là même sa sécurité. Ces deux Etats sont nécessaires, indispensables dans cette région.

Q - Redoutez-vous que Tzipi Livni ne parvienne pas à former un gouvernement et qu'il y ait des répercussions sur le processus de paix ?

R - Je ne sais pas ce qui se passe précisément entre les partis israéliens. C'est à Madame Tzipi Livni et aux autres partenaires de le dire, mais je n'ai pas peur qu'elle abandonne le processus de paix car je pense qu'elle veut la paix et un Etat palestinien. Je la connais bien et j'ai été heureux qu'elle soit choisie au sein du parti Kadima.

Il y aura certainement une période un peu difficile pour que la situation politique en Israël se stabilise mais, comme le président vient de le dire, ils continueront à parler avec le Premier ministre qui formera un gouvernement en Israël. Je pense que c'est une garantie supplémentaire.

Je voudrais saluer le courage d'Ehud Olmert et ce qu'il vient de dire sur la réalité du processus de paix et la nécessité d'un compromis et, donc, de sacrifices des deux côtés. Je pense que c'est très courageux de sa part et que c'est tout à fait exact. C'est la vision très juste d'un homme politique conscient et de grande envergure.

Q - (à propos d'un éventuel déplacement du ministre à Gaza)

R - Vous savez, il m'est souvent arriver de visiter Gaza. J'ai été médecin à l'hôpital de Gaza. Je peux aller à Gaza si c'est utile mais, là aussi, il ne s'agit pas d'adresser à l'Union européenne - qui accepterait volontiers d'y répondre - des demandes susceptibles de contrarier les efforts qui sont faits. Si on lui demande, il est évident que l'Union européenne peut jouer un rôle à Gaza, mais pour le moment il y a les Egyptiens et ce serait contre-productif.

C'est la même chose à l'égard du processus de paix. L'Union européenne veut que la réconciliation et la paix soient établies dans ce Moyen-Orient difficile. Si nous pouvons y participer, si nous devons y participer, si on nous le demande, nous adresserions évidemment une réponse positive.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 octobre 2008

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