Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement, à "LCI" le 6 octobre 2008, sur la gestion de la crise financière par la France, les initiatives du Président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement, à "LCI" le 6 octobre 2008, sur la gestion de la crise financière par la France, les initiatives du Président de la République.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement

ti : C. Barbier.- Les Bourses asiatiques sont en baisse, G. Bush prévient que le plan Paulson n'aura pas d'effet immédiat. Est-ce que l'électrochoc attendu n'est pas au rendez-vous ?

La crise financière que nous traversons aujourd'hui est pleine de rebondissements, d'incertitude, donc il faut rester extrêmement prudent. Il y a certains jours avec des hausses, d'autres jours avec des baisses. Ce qui est important c'est d'adopter une attitude de fond, structurelle, avec beaucoup de détermination et de volontarisme, et c'est ce que nous essayons de faire pour notre part.

Alors "attitude de fond", on a eu cette impression samedi avec le mini sommet, le G4 européen, à Paris. Et puis, voilà qu'hier BNP-Paribas rachète Fortis, et dont que le gouvernement belge devient le premier actionnaire de cette banque française. Est-ce bien dans l'esprit du Sommet européen ?

Complètement, complètement, puisque c'est l'idée de politiques coordonnées de nos établissements bancaires en Europe. Je crois que l'importance du sommet de samedi dernier, de ces quatre pays européens, c'était de se dire : nous sommes confrontés aux mêmes difficultés, nous avons globalement des économies qui ont les mêmes caractéristiques. Simplement, par le passé, sans doute, n'avons-nous pas assez coordonné nos politiques en la matière. Je crois que ce qui a été acté samedi est très important, c'est l'idée que nous n'allons pas exactement prendre les mêmes décisions au même moment dans chaque pays, mais nous nous concerterons à chaque fois, nous coordonnerons la mise en oeuvre.

L'Allemagne vient de trahir quand même cet engagement-là, parce que l'Allemagne désapprouvait l'Irlande, et puis, subitement, hier, sans prévenir personne, décide de faire la même chose, c'est-à-dire, garantir sans limite les dépôts des particuliers. L'esprit de coordination que vous évoquez, il a volé en éclats ?

Je crois que, là encore il s'agit de garantie. Quant il s'agit de garantie, c'est l'esprit même de la réunion de samedi dernier, à savoir que, l'Etat doit être là, aux côtés des banques, lorsqu'elles peuvent rencontrer des difficultés pour faire en sorte que, de toute manière, les clients finaux, vous, moi, les entreprises qui sont concernés, ne soient pas mis en grande difficulté.

A 100 %, en Allemagne... ?

Oui, mais c'est dans l'esprit de ce qui a été envisagé samedi, à Paris.

Alors, pourquoi l'Etat français tarde-t-il à annoncer la même chose, c'est-à-dire, que ce n'est plus un plafond de 70.000 euros qui est garanti, mais c'est 100 % des dépôts des particuliers ?

Mais d'abord, l'Etat français, il ne vous a pas échappé qu'il avait agi la semaine dernière, puisque N. Sarkozy, le Gouvernement, a pris la décision dans la nuit, de prendre une participation dans Dexia, qui est la banque des collectivités locales. Or, qu'aurait-on imaginé si Dexia avait été mise en liquidation, si l'ensemble des collectivités locales en France avait connu des difficultés de financement. Donc, l'Etat a pris ses responsabilités, il est intervenu directement, 1 milliard d'euros, et via la Caisse des Dépôts. Donc, c'est un bon exemple de réaction adaptée à la situation.

Et vous pouvez nous promettre que si une banque de dépôt par exemple était en faillite, eh bien chaque particulier retrouverait 100 % de son épargne grâce à l'Etat ?

Le président de la République s'y est engagé, à Toulon, puis à nouveau, samedi, à Paris, au cours de ce G4, en indiquant que, effectivement "c'était le rôle des Etats" de faire en sorte que le système financier européen, en l'occurrence français ne soit pas la victime de cette crise internationale, et à la fin, que ce soit le particulier, vous, moi, qui payons l'addition.

Alors, "le Président a été imprévoyant, brouillon, incohérent", c'est B. Delanoë qui l'a affirmé hier au Grand Jury LCI-RTL. Que lui répondez-vous ?

J'engage B. Delanoë à relire les discours de campagne de N. Sarkozy ; j'engage B. Delanoë à prendre connaissance du courrier que N. Sarkozy avait adressé en août 2007 à A. Merkel et à G. Brown, sur sa volonté de davantage transparence dans le monde financier. Qui a évoqué pendant la campagne présidentielle ce sujet d'une nécessaire refondation du système financier, de plus de transparence, si ce n'est N. Sarkozy ! Il avait été le premier. Et nous aurions bien aimé qu'il y ait en France d'autres formations politiques pour débattre de cette question. J'observe qu'aujourd'hui, qu'y a-t-il comme alternative aux propositions faites par N. Sarkozy ? Il n'y en a pas en France, et je n'en observe pas beaucoup d'ailleurs dans le monde. Donc, ce que je crois c'est que, on a la chance d'avoir un président de la République qui longtemps, depuis longtemps a mis ce sujet sur le tapis, et qui a fait des propositions très concrètes, qui trouvent un écho, voire le sommet qui s'est déroulé samedi.

En matière d'économie, on trouve une alternative au sein même de l'Elysée, puisque, d'un côté, C. Guéant nous dit hier "tenir les dépenses reste une priorité", le secrétaire général de l'Elysée, et jeudi, H. Guaino, conseiller spécial, déclarait que ce n'était pas du tout la priorité. Alors ?

D'abord, H. Guaino s'est exprimé à titre personnel. Ensuite, vous savez...

A titre personnel ! Quand on est dans le bureau d'à coté du Président, ça prend un sens ?

Oui, mais on ne peut pas reprocher à un conseiller, et c'est son rôle, d'avoir des idées, de faire des propositions au Président, c'est son rôle, et il est pleinement dans son rôle. En même temps, ce qui compte ce sont les faits. J'observe que le budget, la loi de Finances, qui a été adopté par le Conseil des ministres, qui va être présenté au Parlement dans les prochaines semaines, il prend en compte globalement les critères de Maastricht...

Ah... ?

...Oui, il les prend en compte, on ne va pas au-delà.

Les faits ne donnent pas raison à H. Guaino ? Parce qu'on renonce à 0 % en 2012, on est à 0,5, on lâche sur les déficits ?

Non, en même temps si vous voulez, on n'a pas la même situation économique. Si vous êtes à 4 % de croissance, avec les rentrées fiscales que ça entraîne, on ne serait pas dans la même situation qu'aujourd'hui. Donc, ce qui a été décidé samedi, je pense que c'est juste, c'est un assouplissement de ces critères, ce n'est pas un chèque en blanc, et ce n'est pas... nous n'avons pas une nouvelle règle. Simplement, un assouplissement qui nous permet, si c'était nécessaire, de pouvoir tenir compte de la réalité de la situation économique actuelle.

N'y a-t-il pas eu aussi un couac samedi avec l'absence de F. Fillon ? Pourquoi le Président l'évince-t-il de ce mini sommet ?

Non, non. Vous savez, le G4 était réuni en format du G8, c'est-à-dire, les chefs d'Etat, premièrement. Deuxièmement, F. Fillon a été étroitement associé à la préparation de ce sommet, jusque quelques heures avant ; il était le soir au dîner des chefs d'Etat. Donc, il a été complètement, étroitement associé à la préparation, à la réalisation de ce sommet.

Souhaitez-vous que le président de la République aille devant le Congrès pour faire le bilan de cette crise financière ?

C'est à lui de le décider, je pense que c'est à lui de savoir à quel moment. Je crois qu'il avait choisi le bon moment pour parler aux Français, c'était à Toulon il y a dix jours. C'était effectivement le bon moment parce que la crise était suffisamment engagée, mais en même temps, il était temps de prendre des initiatives. Donc, c'est à lui de décider s'il pense utile d'aller devant le Parlement sur ce sujet.

Il va aujourd'hui devant les ouvriers de Renault de Sandouville, vous l'accompagnez, vous êtes Secrétaire d'Etat à l'Industrie. Tout ça, c'est pour nous préparer à de mauvaises nouvelles en matière d'emploi ?

Non, c'est pour porter des messages forts. Le message fort, qui consiste à dire que l'industrie automobile en France ce n'est pas fini et ce n'est pas foutu. Simplement, l'industrie automobile traverse une période difficile, qui est liée à la conjoncture internationale. Ce qui est intéressant dans l'automobile, c'est que c'est, à la fois, un marché qui est très porteur structurellement, il y a des marchés émergents qui sont très porteurs, qui vont se développer, et il y a en Europe un marché de renouvellement important. Et en même temps, elle travers une conjoncture difficile, parce qu'elle est directement liée à la croissance, et parce qu'il y a une concurrence féroce. Donc, il faut s'adapter, il faut en permanence assumer ces mutations, les accompagner, et c'est ce que le Gouvernement fait au quotidien.

Tous secteurs confondus pour mieux accompagner ces mutations, pourquoi le Gouvernement hésite à prononcer le mot de "récession". On est en récession ?

Non, le Gouvernement regarde la situation avec lucidité. Nous traversons une période économique très difficile, qui a un impact sur la croissance, on a eu effectivement un premier trimestre et le deuxième qui ont été en recul, nous attendons les chiffres du troisième trimestre. Ce qui est important c'est que, sur l'ensemble de l'année 2008, nous n'aurons pas de récession, au sens que l'année 2008 sera négative. On aura une croissance qui sera autour de 1 % peut-être un peu en dessous. Donc, sur la distance, la dernière année de récession ça a été l'année 1993. Par contre, c'est vrai, nous regardons la réalité de face ; c'est une période difficile, et raison de plus pour prendre des initiatives, et pour s'adapter à la fois à la situation du moment, agir au quotidien, les décisions que nous avons prises en Conseil des ministres la semaine dernière ça vise les plus démunis d'entre nous. Et en même temps, refonder en profondeur ce système qui a connu des défaillances.

Alors, au Conseil des ministres demain sera abordé le cas des moins démunis, c'est-à-dire, les patrons qui touchent des parachutes dorés, comme on dit. Le Medef rend publiques aujourd'hui ses propositions. Qu'attendez-vous des patrons, qu'attendez-vous du Medef ?

Nous attendons des propositions fortes, parce que, vous savez, là aussi, c'est un sujet sur lequel N. Sarkozy s'est engagé depuis longtemps. Nous pensons que c'est injuste, inacceptable, choquant que, lorsqu'un patron a mis en faillite son entreprise, lorsque il n'a pas été à la hauteur de sa responsabilité, eh bien qu'il puisse bénéficier d'une prime exceptionnelle de sortie, c'est-à-dire, un parachute doré.

Alors, le critère de performance retenu ça sera l'évolution du cours en Bourse sur la période, c'est un peu léger, non ?

Alors, d'abord, j'attends, nous attendons tous les propositions du Medef qui interviendront aujourd'hui, et ensuite le Gouvernement se prononcera sur cette base-là. Encore une fois, ce qui est important, c'est qu'on ne puisse pas gagner à tous les coups. Ce qui est choquant, c'est que les Français qui nous regardent...

Bien sûr, mais avoir préservé l'emploi, par exemple, c'est un critère performant même si ça nuit aux cours normaux en Bourse ?

Non, mais il y a plusieurs critères qui peuvent jouer sur ce sujet. Ce qui est choquant, ce sont les exemples que nous avons vécus, où une entreprise est mise en difficulté, où elle est mise en faillite, où elle perd de l'argent, où elle licencie fortement, et que le patron part avec un parachute doré. Ça, c'est un cas extrêmement choquant et c'est ce à quoi nous voulons nous attaquer.

En un mot, grève demain pour demander une hausse du pouvoir d'achat. Est-ce que le service minimum sera appliqué dans les transports et à l'école ?

Oui, le service minimum sera appliqué dans les transports, il a été voté, et à l'école... Pour ce qui me concerne, par exemple, dans ma ville de Chaumont, je mettrai en place le service minimum d'accueil.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 14 octobre 2008

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