Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à France 2 le 15 octobre 2008, sur la crise financière et le plan de sauvetage des banques, l'impact sur le budget 2009 et la mise en oeuvre du "Grenelle 2" sur l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à France 2 le 15 octobre 2008, sur la crise financière et le plan de sauvetage des banques, l'impact sur le budget 2009 et la mise en oeuvre du "Grenelle 2" sur l'environnement.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député

ti : O. Galzi.- Bonjour Monsieur le Président.
 
Bonjour.
 
Hier au soir, 224 députés ont voté en faveur du plan de sauvetage des banques, c'est moins d'un député sur deux, si on enlève les absents, les abstentionnistes et les votes contre. On est loin de d'unité nationale.
 
Ce n'est pas un scrutin solennel, c'est un scrutin qui a rassemblé beaucoup de monde à 23 heures 30 dans l'hémicycle. L'adhésion des députés est importante, puisqu'il y a certes des abstenions, mais il y a une très forte majorité, qui s'est dégagée hier. Et très peu de votes contre. Donc, ce n'est pas une unité nationale, je le regrette, mais c'est une volonté parlementaire qui est clairement exprimée. C'est dommage qu'il n'y ait pas eu d'unité sur une décision d'urgence où tout le monde reconnaissait qu'elle était nécessaire, y compris l'opposition.
 
Le président de la République vous avait reçu lundi, pendant une heure, pour préparer le passage de ce projet à l'Assemblée. Que vous a-t-il demandé concrètement ?
 
Il a demandé aux groupes de la majorité comme aux groupes de l'opposition de répondre favorablement à une exigence qui était celle et qui demeure celle de tout faire pour enrayer la crise financière, parce que derrière la crise financière, il y a nécessairement des conséquences économiques et sociales. Et donc c'est tout à l'honneur de la France, de la présidence française, la présidence assumée par N. Sarkozy, d'avoir réussi à rassembler les pays européens, à élaborer un plan qui est un plan extrêmement puissant, qui est 4 ou 5 fois plus puissant que celui mis en oeuvre par les Etats-Unis, et d'avoir jusqu'à présent en tout cas donné un signe qui fait que cette volonté se concrétise sur les marchés.
 
Il vous a demandé aussi, je crois, de réfléchir à des pistes pour refonder le système financier. Vous avez commencé à réfléchir, vous avez des hypothèses de travail ?
 
Il est vrai qu'il y avait une mobilisation pour qu'il y ait le plus large rassemblement possible, pour faire face et enchaîner cette décision de la présidence française. Et puis il y a également un souhait de la part de N. Sarkozy, c'est que les parlementaires apportent une contribution dans cette réflexion qui doit précéder la refondation des règles de la finance internationale, de telle façon qu'on ne se retrouve pas dans une économie de spéculation qui a naturellement contribué si ce n'est décidé de la crise dans laquelle nous nous trouvons.
 
Comment allez-vous fonctionner ? En groupe de travail toutes tendances confondues ?
 
Un groupe de travail Assemblée et Sénat, avec bien entendu la participation de tous les groupes politiques, animé par les rapporteurs et présidents de la commission des finances. Et d'ici la fin de la semaine, avec G. Larcher, nous aurons donné la composition de ce groupe de travail.
 
Vous aviez lancé l'idée en fin de semaine dernière d'un grand emprunt d'Etat et d'une amnistie fiscale d'ailleurs pour ceux qui ont des capitaux à l'étranger et qui étaient prêts à les investir. En avez-vous parlé ensemble avec le président de la République ou c'était une idée totalement personnelle ?
 
Non, c'était une idée personnelle. Bon...
 
Et quand vous l'avez vu lundi, vous en avez parlé, j'imagine ?
 
Non, non plus, non. Mais cette idée a été écartée. Néanmoins, l'appel à l'épargne des Français, nous l'avons voté hier avec les fonds pour lesquels on a autorisé la garantie de l'Etat. Quant à l'amnistie fiscale, c'est une idée qui a été écartée. Pourtant, elle a déjà utilisée trois fois depuis le début de la Vème République. Par Pinay et De Gaulle en 58, par Mauroy et Mitterrand en 82, et puis par J. Chirac en 1987. Et puis en Europe, elle a été utilisée par les Belges ; elle a été utilisée par les Italiens et par les Allemands.
 
Et vous continuez vous à considérer que ce serait une bonne idée ?
 
 
Je pense qu'elle a été écartée pour le moment, mais il ne faut pas avoir d'idées taboues et j'ai souhaité qu'on parle de tout. Si les parlementaires s'interdisent d'aller réfléchir sur un certain nombre de pistes, à un moment où nous sommes évidemment confrontés à des défis importants, ce n'est pas la peine d'être dans un pays démocratique. Nous devons pouvoir parler de tout.
 
Le 20 octobre, les députés vont examiner le budget 2009 de la France. Il a été construit sur une hypothèse de croissance. Tout le monde parle de récession aujourd'hui. Est-ce qu'il n'est pas, comme le disent les socialistes, caduc ce budget aujourd'hui ?
 
Bien sûr que cela va être difficile l'année prochaine, mais essayons de ne pas être plus pessimiste que les réalités aujourd'hui.
 
Mais là, ce sont des chiffres. 1 % de croissance, on ne l'aura pas. Est-ce qu'il ne faut pas revoir des chiffres ?
 
Aujourd'hui, constater... N'ayons pas une anticipation pessimiste. Bien sûr que s'il y a des difficultés, il y aura des adaptations à apporter. Mais néanmoins, ce n'est pas la peine de dire : oh ! Ce n'est pas la peine d'y aller, c'est déjà perdu. C'est une attitude que je n'accepterai jamais.
 
Alors, des adaptations, où est-ce qu'il faudra les faire, selon vous ?
 
C'est peut être des choix dans des décisions, des redéploiements de crédits. Chacun doit faire des efforts.
 
Monsieur Balladur, par exemple, a évoqué l'idée de ne peut-être pas commencer à s'intéresser tout de suite à la suppression de la publicité à la télévision qui va coûter de l'argent. Il dit que ce n'est pas forcément une urgence. Vous seriez d'accord avec une hypothèse comme celle-ci ?
 
Il y a de nombreuses idées. Cette idée n'a pas été retenue par l'exécutif, mais il y a aussi d'autres pistes.
 
Vous en pensez quoi, vous ?
 
Moi, je pense que c'est une idée et il y en aura d'autres.
 
Elle est bonne ?
 
Encore une fois c'est une idée. Le Gouvernement n'a pas décidé de la retenir et cette réforme est en oeuvre.
 
Autre piste aussi, certains des députés de la majorité l'évoquent : le Grenelle de l'environnement finalement ce n'est peut-être plus une urgence dans ce contexte de crise. Il est discuté en ce moment à l'Assemblée. Ce ne sera pas un petit peu compliqué ?
 
Non, je ne suis pas d'accord. Je pense que changer notre regard sur l'environnement, développer une économie respectueuse de l'environnement, économiser les énergies, c'est bien entendu ce qu'il faut faire, même si nous sommes aujourd'hui dans la difficulté économique, cela s'impose parce que c'est une tendance lourde. La planète ne peut pas continuer à supporter ce qu'elle supporte. Par conséquent, il faut changer nos habitudes.
 
On parle, par exemple, de milliards d'euros ne serait-ce que pour mettre aux normes énergétiques les bâtiments publics. Pensez-vous que cela va rester une priorité des priorités dans ce contexte ?
 
En tout cas, c'est une loi de programmation, donc ça donne des implications, ça donne des tendances. Que l'on doive améliorer ici les performances énergétiques, c'est une évidence. Maintenant, les délais pour le faire, c'est quelque chose qui nécessairement peut être adapté aux difficultés.
 
Donc, ça pourrait être reporté éventuellement la mise en moyen ?
 
En fonction des disponibilités. Mais en tout cas, l'orientation elle n'est en aucune façon remise en cause, elle ne peut pas l'être.
 
Ce qui est en ce moment en discussion à l'Assemblée, c'est justement l'orientation. Le Grenelle 2, les moyens ce sera pour quand ?
 
Le Grenelle 2 de toute façon s'inscrira dans nos nouvelles pratiques, c'est-à-dire celles de l'évaluation, des études d'impact des textes, et le Gouvernement a prévu dans les mois à venir l'examen de ce second texte. Mais nous demanderons...
 
Les mois à venir, ce sera avant la fin de l'année, début 2009 ?
 
Le calendrier est extrêmement chargé. Mais nous demanderons à l'Assemblée nationale une évaluation précise, des études d'impact, précisément pour répondre à la question que vous posez, c'est : avec quoi finance-t-on les mesures ?
 
En parlant de faire des économies, cela va être nécessaire un peu partout. Vous avez renoncé à l'augmentation budgétaire de l'Assemblée nationale. Un parlementaire socialiste dit ce matin que la présidence de la République elle ne donne pas l'exemple. Selon lui c'est un gouffre, un budget en augmentation de 11 %. Comment réagissez-vous ?
 
Ce que je constate surtout, c'est que la présidence française qui en plus assure la présidence européenne, est d'une activité extrêmement instance et de surcroît avec des résultats remarquables. C'est la première fois que le président de l'Union européenne en exercice, actuellement N. Sarkozy, c'est la première fois que l'Europe met au point un plan efficace qui permet d'espérer que nous allons sortir de la crise, un plan reconnu par tout le monde comme étant particulièrement adapté à la situation. Donc, il est bien nécessaire que lorsque l'on travaille, on ait les moyens de travailler.
 
La réforme constitutionnelle prévoit que désormais le président de la République peut, quand il le souhaite, s'adresser aux parlementaires réunis. Vous êtes le président de l'Assemblée nationale. Vous auriez aimé hier soir que N. Sarkozy vienne pour la première fois justement utiliser ce droit, parce qu'on ne vote pas tous les jours 360 milliards d'euros quand même ?
 
Je crois qu'actuellement ça n'est pas justifié qu'il vienne. Et d'ailleurs, ce sera sa décision, quand il le voudra.
 
C'est un grand moment, un temps fort de la vie politique, hier soir.
 
Ces sommes ce sont des sommes qui sont garanties. Il faut bien comprendre que c'est une garantie.
 
Ce n'est pas forcément dépensé ?
 
Voilà. Et loin de là.
 
Merci. Donc vous n'auriez pas souhaité qu'il vienne ?
 
Oh ! Ecoutez, moi je pense qu'il y aura d'autres occasions qui justifieront un message plus large.
 
Merci beaucoup, monsieur le président de l'Assemblée nationale. Merci à vous
 
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 16 novembre 2008
 

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