Dialogue de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, avec les internautes du site internet de Matignon, le 16 octobre 2008, sur la fusion de l'ANPE et de l'ASSEDIC, les missions du nouveau Pôle Emploi et l'avenir du service public de l'emploi. | vie-publique.fr | Discours publics

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Dialogue de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, avec les internautes du site internet de Matignon, le 16 octobre 2008, sur la fusion de l'ANPE et de l'ASSEDIC, les missions du nouveau Pôle Emploi et l'avenir du service public de l'emploi.

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi

ti : Modérateur : Bonjour à tous, le chat commence dans quelques minutes. Posez dès maintenant vos questions...

polette : La fusion de l'ANPE et de l'ASSEDIC va-t-elle résoudre le problème du chômage ?

Laurent Wauquiez : Non, mais elle va y contribuer. Pour résoudre le problème du chômage, il faut déjà des emplois.

JJBB35 : Est-ce que L'ANPE est plus efficace et y a-t-il un meilleur contrôle des chômeurs ou des demandeurs d'emploi ?

L. Wauquiez : On considère que l'accompagnement par l'ANPE offre un gain d'efficacité de 20% pour trouver un emploi.

Max : Quelle sera la répartition des rôles entre le nouvel opérateur et les Maisons de l'Emploi ?

L. Wauquiez : Il faut dire les choses clairement. Les maisons de l'emploi ont été créées car on n'osait pas fusionner l'ANPE et l'ASSEDIC. Les maisons de l'emploi apporteront d'autres choses à travers les missions locales et l'orientation.

Laurent : Quel est le coût estimé de cette fusion ? Qui va payer ? : recherche d'un logo - recherche d'un nom - immobilier (nouveaux sites et sièges) - signalétiques - brochures - site internet - formations de plusieurs dizaines de milliers d'agents en vue de la polyvalence, etc.

L. Wauquiez : Tout d'abord le coût pour trouver le nom est de 135 000 euros. C'est un prix compétitif. On a vraiment essayé de faire au plus juste. Je suis auvergnat et nous avons la réputation de compter chaque sou. Donc j'essaie que la réforme soit bien ajustée en termes de dépenses. Bien sûr, cela a un coût car il faut former les agents. Mais c'est un investissement qui vaut la peine. Cela va améliorer leur efficacité et donc ce sont des gains à terme. Par ailleurs, il y a deux services de gestion des RH, deux services de compta, etc. Cela fait beaucoup de monde qui n'est pas au service des demandeurs d'emploi.

sophiebousquet : Quand la fusion sera-t-elle effective ?

L. Wauquiez : Mon travail est de m'impliquer et de faire en sorte que la fusion ait lieu le plus vite possible. Nous procédons à une première phase pour que les fondations administratives soient bonnes. À partir d'aujourd'hui, on entre dans une deuxième phase : faire en sorte que ça crache du résultat. Cela veut dire des guichets uniques, 100 à la fin de l'année, 30% à partir du premier trimestre 2009. Et je veux qu'on soit à 100% à la fin de l'année prochaine. Maintenant, on est vraiment dans la phase opérationnelle.

pourvoir : La fusion ASSEDIC-ANPE va-t-elle contribuer à ce que l'ANPE s'intéresse un peu plus au public des bénéficiaires des minimas sociaux (notamment RSA) et non pas uniquement aux demandeurs d'emploi indemnisés par l'ASSEDIC ?

L. Wauquiez : C'est une question importante car un des buts de la réforme est de savoir si cela va les aider ou non. Aujourd'hui, vous avez des aides à la mobilité aux ASSEDIC si vous entrez dans les cases. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir si on vous aide à trouver un job. Maintenant, on ne vous aidera pas en fonction de votre bon ou mauvais statut, mais parce que cela vous aidera à trouver un emploi.

isidore61 : C'est la 1re fois qu'une fusion entre 2 opérateurs qui ont des statuts et des missions différentes se réalise ; avez-vous vraiment pris la mesure de la complexité de la démarche ? Cette complexité ne pourrait-elle pas amoindrir, du fait des longues négociations et du coût, les bénéfices de la fusion ?

L. Wauquiez : C'est vrai, c'est une très grosse opération. C'est 45 000 agents, 1 500 sites sur le territoire. On demande un gros effort aux agents. Souvent, le travail fait par les agents ASSEDIC est caricaturé et à tort. C'est parce qu'ils ont fait ce job que pour le Pôle Emploi, je suis confiant. Je ne veux pas que ce soit juste la réforme d'une usine à gaz administrative, mais je veux qu'on améliore le service rendu.

Béatrice : À ce jour, les agents ANPE étaient assimilés fonctionnaires. Avec la fusion, quel sera notre nouveau statut ? Pourrons-nous être licenciés comme dans le secteur privé ?

L. Wauquiez : Les agents sont en cours de négociation sur leur convention. Une nouvelle convention doit être faite. L'engagement qu'on a pris, c'est qu'il ne faut pas qu'il y ait de perdant. Jusqu'à maintenant, personne n'a été licencié.

Béatrice : Les métiers des agents ANPE et ASSEDIC sont très différents. Chacun va-t-il devoir apprendre le métier de l'autre ?

L. Wauquiez : Oui, en partie. D'abord, c'est un métier qui est complexe dans lequel il y a une vraie spécialité. Quand vous êtes ASSEDIC, il faut connaître le domaine juridique. Mais il faut que tous les agents pour l'emploi puissent être en lien avec les demandeurs d'emploi. Derrière, il y a des tâches plus spécialisées avec des agents plus spécialisés. Une formation sera faite pour les agents afin de leur permettre de mieux se connaître. C'est un beau défi, dans une vie professionnelle, de pouvoir moderniser le travail qu'on rend. L'accompagnement pour les demandeurs d'emploi, c'est un beau défi !

Tengaar : Les agents Pôle Emploi auront-ils plus de temps pour s'intéresser aux entreprises et les mettre plus en relation avec les demandeurs d'emploi ?

L. Wauquiez : C'est une question très importante car le service public de l'emploi est là pour s'occuper des demandeurs d'emploi, et aussi pour récupérer les offres. Un des gros avantages de la création de Pôle Emploi, c'est qu'on va mettre la culture et les compétences ensemble. Je souhaite qu'on développe des partenariats avec les entreprises sur la durée, que nous les accompagnions vraiment, en leur proposant les personnes, les formations, etc. C'est dans cette logique qu'il faut créer une force de prospective pour aller chercher les emplois un à un.

leberger : La fusion des deux entités de régimes différents se traduira par quel statut pour les personnels ? Public ou privé ? Est-ce que les avantages obtenus par les salariés de l'ASSEDIC seront accordés à ceux de l'ANPE ?

L. Wauquiez : Ce qui a été inscrit dans la loi, c'est un droit d'option qui permet de choisir entre les deux : soit le nouveau statut, soit l'ancien. Normalement, le nouveau statut sera plus intéressant. Le but est aussi d'avoir une partie de la rémunération en fonction de la performance des équipes.

christandebeziers : L'UNEDIC est bénéficiaire cette année mais le « bénef » a été retiré pour financer autre chose, pourquoi ?

L. Wauquiez : L'UNEDIC est bénéficiaire certes mais ce n'est pas fait pour ça. On a suffisamment de choses à faire, comme bien accompagner les gens et arriver à financer tous nos défis. Une partie de l'argent de l'UNEDIC, 10%, sert à financer cette réforme. C'était déjà le cas avant, il s'agit de financer l'amélioration pour les demandeurs d'emploi.

Karim : Quand est-il de la mobilité des demandeurs d'emploi après l'expérimentation ?

L. Wauquiez : C'est un sujet qui me tient très à coeur. Je viens d'un département plutôt rural, la Haute-Loire, dans lequel les questions de mobilité ne sont pas négligeables. Si vous n'avez pas des aides pour la mobilité, vous ne pouvez pas y arriver. Quelqu'un qui n'a pas son permis de conduire a des chances réduites d'accéder à un emploi. Cela vaut donc la peine d'investir là-dessus. Je préfère financer le permis de conduire, ou le prêt d'une voiture plutôt que de laisser galérer quelqu'un.

Mr Douh : La crise financière va-t-elle impacter l'emploi ? Est-ce que la fusion va apporter un plus dans cette gestion de crise ?

L. Wauquiez : Oui, elle va impacter l'emploi. Ce ne serait pas honnête de dire l'inverse. Par contre, mon travail est d'essayer de protéger le plus possible le secteur et d'amortir le choc. C'est ce qu'on essaie d'ailleurs en créant Pôle Emploi. C'est ce qu'on essaie aussi de faire en travaillant sur la formation professionnelle pour qu'elle bénéficie à ceux qui en ont vraiment besoin. Hier, par exemple, on a signé une convention avec BNP Paribas pour développer des emplois dans le service. J'aime bien quand les banques s'occupent de ça. C'est aussi en allant chercher les nouveaux emplois, je pense aux emplois verts pour le développement de l'écologie ou le secteur du service à la personne. Je suis très intéressé que les internautes posent des questions là-dessus. Ma vision de la politique de l'emploi, c'est de préférer des mesures pragmatiques plutôt que des grosses usines à gaz. Aider, par exemple, quelqu'un à passer son permis de conduire, c'est lui permettre de trouver un emploi près de chez lui. Je crois beaucoup à ces mesures concrètes, très pragmatiques.

agentanpe37 : Pourquoi ce nom de « Pôle Emploi » ? Y aura-t-il d'autres pôles ?

L. Wauquiez : Pourquoi Pôle Emploi ? Il y a eu d'autres noms évoqués, qui étaient juste des sigles. J'ai été favorable pour un nom qui ait du sens. Il y avait des sigles un peu trop marketing. Il y a le mot « emploi » dedans, et c'est clairement dit. Il s'agit d'aider les gens à trouver un emploi. Pour « Pôle » : le but est que dans un seul endroit, vous trouviez tout. Et c'est facile à retenir. C'est bien pour le site internet.

lalay : Que devient l'AFPA ? Sa situation vis-à-vis de la mise en concurrence instituée par l'Europe ?

L. Wauquiez : Il y a effectivement une difficulté et un gros enjeu sur l'AFPA. L'AFPA s'occupe de financer de la formation, par exemple d'aide soignante, de conducteurs d'engin, de secrétariat, etc. La commission européenne considère qu'il y a aussi des entreprises privées et que la règle de concurrence doit être saine. Cela représente un gros défi pour l'AFPA. Je suis attaché à ce que l'on garde une AFPA présente sur tout le territoire, capable d'apporter une offre de formation pour tout le monde. Notre but est donc d'aider l'AFPA à faire les investissements nécessaires pour continuer à être notre colonne vertébrale de la formation.

brigitte : Je déplore un peu que les agents de l'ANPE nous envoient des offres qui ne correspondent absolument pas à notre profil ?

L. Wauquiez : Je comprends ce que dit Brigitte. En même temps, il ne faut pas jeter la pierre à l'ANPE, ils gèrent beaucoup d'emplois et beaucoup d'employeurs. Parfois, quand on est employeur, on se retrouve avec des piles d'offres. Cela fait partie des secteurs où l'on a une marge d'amélioration, cela fait aussi partie des sujets sur lesquels on veut passer des partenariats pour les techniques de recrutement. Une technique de recrutement que j'aime bien... C'est de faire des recrutements en regardant le profil des gens, ce qu'ils ont au fond d'eux-mêmes, s'ils peuvent devenir de bons collaborateurs. Ce n'est pas le diplôme qui compte.

Alpharad : L'accompagnement renforcé des demandeurs d'emplois n'est-il pas une manière cachée de pouvoir accroître le nombre de radiations ? (pièges à radier)

L. Wauquiez : Ce n'est pas le but, mais le but est quand même, même en période de crise, de refuser ceux qui abusent du système. On veut mieux accompagner ceux qui cherchent un job. Il y a des gens qui sont indemnisés en France, et qui travaillent en Belgique. Je ne peux pas accepter ça. Ces gens prennent l'argent qui pourrait être mieux utilisé pour ceux qui cherchent de l'emploi. On n'accepte pas tout et n'importe quoi.

Malik34 : Je suis agent ANPE, à quand l'objectif fixé par Mme LAGARDE de 30 demandeurs d'emplois à suivre par conseiller ? J'en ai actuellement 140 à suivre par mois.

L. Wauquiez : Pardonnez-moi, ce n'est pas à moi de le dire car vous connaissez mieux votre métier que moi, mais la moyenne de demandeurs d'emploi suivis par conseiller est de 80 aujourd'hui. Mais si on vous met des personnes vraiment éloignées de l'emploi, c'est impossible. Sur ces 80, s'il y a des cadres, il n'y aura pas de problème à le faire. En Suède par exemple, 80 demandeurs d'emploi sont suivis, mais ils arrivent à mieux spécialiser les accompagnements. Cela aboutit à une efficacité plus importante. Je raisonne plus dans l'objectif de « faciliter votre travail ».

lbcind : En quoi la fusion ANPE/ASSEDIC est-elle de nature à favoriser la situation des demandeurs d'emploi de plus de 50 ans ? Des quinquas dans les ANPE/ASSEDIC ? Un exemple d'accompagnement effectif : 5 entretiens avec un conseiller en 30 mois de chômage pour cause de priorité aux jeunes.

L. Wauquiez : Depuis le 1er janvier 2008, on a fait monter en puissance des clubs seniors. Quand vous êtes senior, plus de 50 ans sur un CV, c'est une discrimination à l'embauche. C'est un scandale dans notre pays. On met donc en place un accompagnement dès le premier jour. Et quand on est seniors, on a des conseillers qui sont mieux formés. Cela doit nous permettre de faire plus du cas par cas. Avant, ce n'était pas le cas, on était plus sur la logique de masse. Avec « Pôle Emploi », on peut être capable de faire plus de sur-mesure. Mais ce qui compte derrière, c'est les offres d'emploi, car si les entreprises ne se bougent pas, rien ne va bouger. C'est aussi mon travail avec Xavier Bertrand dans le cadre du PLFSS. Quand vous êtes chez Air France, hôtesse de l'air, plus de 55 ans, que vous le souhaitiez ou non, on vous met dehors. Je n'accepte pas ça.

Michel49 : Pourquoi les agents ANPE qui placent les chômeurs ne sont pas issus du monde actuel de l'entreprise ? Car hélas, beaucoup ne connaissent rien au monde actuel.

L. Wauquiez : Tous les agents du futur Pôle Emploi méritent mieux que la caricature. Il y en a plein qui viennent de l'entreprise. Donc il y a un vrai brassage. Ce n'est pas les agents qui sont mauvais, c'est le système qui n'était pas bon. Les coupables, c'est nous les politiques.

Rj : Va-t-on vers une privatisation du service public de l'emploi ?

L. Wauquiez : Non. Parce que le service public de l'emploi, ça fait partie de la colonne vertébrale de l'emploi. Je suis attaché à ce que ça reste une politique nationale. Je n'ai pas envie que ce soit démembré. Je suis attaché à une colonne vertébrale en termes de service public de l'emploi. Une privatisation, non, c'est hors de question !

agentanpe37 : Qui doit dire aux gens que le marché de l'emploi est souvent fort différent des désirs de réalisation personnelle ?

L. Wauquiez : C'est ce qui rend très difficile le métier de conseiller. Vous avez en face de vous quelqu'un qui a un rêve... Je vais très souvent dans les guichets de Pôle Emploi... Quelqu'un qui rêvait de faire du tuning de voiture, dans son département, c'était dur d'en faire un job durable. C'était dur pour le conseiller de lui dire qu'il n'y avait pas de chance que cela aboutisse. Mais c'est indispensable. Il ne faut pas laisser partir les jeunes dans des rêves qui aboutissent à des lendemains qui déchantent. Mais ce n'est pas facile à faire.

R1 : La nouvelle entité aura-t-elle recours à des sous-traitants pour le placement des demandeurs d'emploi ? Dans quelles conditions ?

L. Wauquiez : C'est le cas déjà, et depuis longtemps. Il y a des partenariats avec des sous-traitants. Mais pour moi, le Pôle Emploi, c'est la colonne vertébrale. C'est en complément que l'on travaillera avec des gens qui ont d'autres spécialités.

Mahmoud : Bonjour, je voudrais savoir s'il existera des services payants ou les services du Pôle Emploi seront-ils toujours gratuits ?

L. Wauquiez : Je n'ai pas l'intention de vous faire payer. Quand on est demandeur d'emploi, on a besoin d'aide. Mais je demande qu'on cherche vraiment un emploi. Il y aura un centre d'appel et je ne veux pas que ce soit un 08 et que vous y laissiez toute une partie de votre argent. On verra si on le fait gratuit, cet appel, mais en tout cas pas un 08.

dejour : Depuis plusieurs années et compte-tenu des objectifs fixés à l'ANPE, de nombreux demandeurs d'emploi ne sont pas mobilisés vers la requalification par la formation. Ne faut-il pas mobiliser le nouvel opérateur pour construire un service public de l'emploi et de la formation ?

L. Wauquiez : En France, on a trop laissé de côté la formation professionnelle pendant trop longtemps pour les demandeurs d'emploi. Par exemple, une entreprise en Alsace, un laboratoire d'analyses, qui avait des besoins d'embauche, mais qui n'arrivait pas à trouver. Cela suppose d'utiliser la formation, et c'est ce qu'on va faire. Ils ont dit : on va prendre des gens qui n'ont pas la bonne formation, on leur paie la formation pendant six mois et on fait d'eux des manipulateurs de laboratoire. C'est dur car il y a beaucoup de corporatisme en la matière.

edgard : Comptez-vous transformer l'organisation des services pour améliorer la qualification des agents : par exemple, spécialiser la moitié des agents sur les demandeurs non-qualifiés et répartir l'autre moitié en petites équipes spécialisées par secteur d'activité (hôtellerie, spectacles, etc.) ?

L. Wauquiez : Aujourd'hui, quand vous êtes un agent ANPE, vous avez une double casquette. Vous aidez les demandeurs d'emploi et vous êtes en prospective pour chercher les emplois dans les secteurs. Souvent, il y a déjà une spécialisation par domaine. Je suis assez attaché à ce qu'un agent fasse les deux. Cela donne bien les deux facettes. Réussir un retour à l'emploi, c'est être sur les deux. Cela ne veut pas dire que derrière, on ne peut pas aller plus loin dans la spécialisation, mais c'est important de garder les deux cultures.

catiana12 : Vu le nombre de CDI sur le marché : allez-vous limiter les CDD car la précarité s'accroît en France et le nombre de boîtes d'intérim se multiplient ?

L. Wauquiez : C'est un vieux débat. C'est un sujet que je ne prends pas à la légère. Je demande vraiment à surveiller tous les indicateurs d'intérim, de temps partiel et de CDD. Pour l'instant, on n'a pas d'augmentation des emplois précaires, ça reste constant. Et je veux qu'on améliore le service à la personne car ce sont des emplois de service sur lesquels je veux qu'on fasse un effort pour les améliorer. Quand vous faites du service à domicile, vous devez être garanti d'un volume d'heures satisfaisant.

fred de Chartres : Plus de financement pour la formation professionnelle, comment aider les chômeurs à se reconvertir, en 10 ans on a vu une réduction budgétaire sans précédent sur la formation professionnelle... Cela va-t-il s'améliorer ?

L. Wauquiez : La formation professionnelle, c'est un budget de 26 milliards d'euros en France. C'est juste une montagne astronomique. Mais ces 26 milliards, je ne les vois pas sur le terrain. Quand on a besoin de financer une formation, on n'arrive pas à boucler. Le budget est plutôt resté constant, voire a augmenté, mais il n'est pas bien mobilisé. On a besoin de clarifier tout ça, et de s'assurer que l'argent va bien là où il doit aller.

qsdqsdqs : Pouvez-vous en dire plus sur la réforme de la formation pro ? Notamment en termes de délai ! ! !

L. Wauquiez : On demande aux syndicats que leurs négociations soient stoppées à la fin de l'année. Dans une période où pour l'emploi c'est dur, on ne peut pas reculer la réforme. Aujourd'hui, la formation professionnelle, c'est le système aspirateur. Là où vous aspirez de l'argent, l'argent, vous le redistribuez. C'est un système qui n'est pas structuré en fonction de ceux qui en ont besoin, mais qui a la tête complètement à l'envers. C'est stupide. En plus, il est inique, injuste. Quelqu'un qui a un MBA, une formation, il a plus de chances d'accéder à une formation qu'un tourneur qui en aurait pourtant plus besoin. Quelqu'un qui est dans une PME a moins de chance d'avoir une formation que quelqu'un qui est dans un grand groupe. Et ce n'est pas juste. Cela fait aussi partie de ce qu'il faut changer.

christelle2 : Sur la formation pro des demandeurs d'emploi, quel rôle pour les Régions face au nouvel opérateur ?

L. Wauquiez : D'abord, ce n'est pas face à, j'aimerais que ce soit avec. Les régions ont une compétence pour l'accompagnement et aussi pour les appels d'offres pour l'AFPA. C'est un partenaire. Mais je ne peux pas accepter que, selon la région dans laquelle vous êtes, vous ayez un bon ou un mauvais traitement. J'ai quand même un problème, c'est qu'il y a des régions qui refusent de financer des formations qui ne se déroulent pas dans la région. Ce n'est pas ma conception de la République. On a besoin de financer des formations à l'échelon national. Il existe des centres utiles pour plusieurs régions. Je ne veux pas que chacun gère ses ouailles et qu'on perde le sens de la solidarité nationale.

camerata : L'ANPE a décentralisé certains de ses services grâce a la signature d'une convention avec les collectivités territoriales. Cela va-t-il continuer ?

L. Wauquiez : D'abord, ce n'est pas une décentralisation, je suis très attaché à ça. C'est une politique nationale. Un demandeur d'emploi a besoin d'être traité de la même manière, qu'il soit à Caen ou à Mulhouse. Mais on a besoin de faire des politiques très ancrées dans leurs territoires, adaptés aux bassins d'emplois. On essaie de faire des partenariats avec les collectivités locales, avec les entreprises, les Chambres de Commerce et d'Industrie.

Guizm000 : La loi sur les heures supplémentaires n'a-t-elle pas détruit des emplois ?

L. Wauquiez : C'est un vieux débat. Il renvoie au fantasme des 35h. Les 35h, c'était dire qu'il fallait couper des parts de plus en plus petites du gâteau des 35h. On n'a jamais créé autant d'emplois qu'entre octobre et juillet, c'est-à-dire dans la phase où on a développé les heures supplémentaires. Actuellement, les heures supplémentaires baissent mais l'emploi aussi. C'est la crise économique. En Espagne, ils n'ont pas fait les 35h et pourtant ils ont perdu de l'emploi.

howard : Pôle Emploi est-il toujours considéré comme un opérateur, dont les objectifs sont assignés par l'État et qui doit rendre des comptes ?

L. Wauquiez : Oui, et je souhaite que ce soit renforcé, je trouve que le politique n'assume pas ses responsabilités. Par exemple, améliorer l'accompagnement des seniors, faire en sorte qu'on ait de plus en plus de jeunes qui bénéficient de formations. On est en train d'élaborer un cahier de résultats qui fera l'objet d'un partenariat signé avec Pôle Emploi. Notre politique de l'emploi était absurde car il n'y avait pas de pilote dans l'avion. C'est par ailleurs une reconnaissance du travail des agents de dire : « ce que vous faites m'intéresse » ; et dans l'année, on regarde les résultats acquis.

liliane : Une grande partie du budget de Pôle Emploi sera un pourcentage de la recette des cotisations d'assurance chômage : cette recette sera moins élevée quand le chômage augmentera, alors même que le Pôle Emploi sera plus sollicité. N'est-ce pas paradoxal ?

L. Wauquiez : Le budget, c'est 4,5 milliards d'euros. L'UNEDIC représente 10% de ces ressources. C'est une question très intelligente et très précise. Contrairement à une idée reçue, même si on a une crise importante de l'emploi, l'UNEDIC garde des ressources fortes : 4 mds d'excédent. Nous aurons donc les moyens de bien fonctionner.

viki27 : J'ai n'ai aucune indemnité, je n'arrive pas à trouver un emploi et je n'ai pas droit à une formation, que pouvez-vous faire pour moi ?

L. Wauquiez : La question est intéressante, c'est exactement le problème du vieux fonctionnement ANPE/ASSEDIC. À Lille, un demandeur d'emploi galérait mais avait trouvé une entreprise qui voulait bien l'embaucher à condition de faire une formation de cariste, mais il n'était pas dans les cases. La seule question qui compte, c'est : si ça vous aide à trouver un job, on y va !

catiana12 : Pensez-vous que les contrats aidés soient aimés par les employeurs ?

L. Wauquiez : C'est marrant comme question... Je ne me l'étais jamais posé comme ça... Je souhaite que les emplois aidés soient utiles, que ça aide les gens en galère. Or aujourd'hui, ça ne fonctionne pas bien. On vous met dans une voie de garage. Quand on prend quelqu'un en contrat aidé, c'est aussi une responsabilité, et la responsabilité, c'est de se demander ce qu'il va faire quand le contrat aidé va s'arrêter. Ces questions-là se posent, et au premier plan pour les employeurs publics, notamment l'Éducation nationale.

alfredob : Comment peut-on privilégier le sauvetage des banques à la précarité et au chômage ? Je trouve ça inhumain.

L. Wauquiez : Bien sûr que les chiffres annoncés donnent le vertige avec tous ces milliards d'euros. Il faut comprendre que ce n'est pas de l'argent qui sort, c'est un engagement, une signature faite par l'État destinée à redonner confiance. C'est une erreur d'opposer le secteur économique et financier et le job que vous aurez. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de sauver les banques pour sauver les banques, mais pour sauver les emplois. Mon job est surtout de m'occuper de l'emploi et de ceux qui en cherchent un. Il faut qu'on garde espoir, qu'on se batte, il y a une tempête, il faut tout faire pour essayer d'amortir la crise. Mes derniers mots seront pour les gens de « Pôle Emploi », pour leur dire qu'aujourd'hui, c'est un jour important. Ils changent de nom et on leur demande beaucoup d'efforts. Je voulais les remercier de toute l'énergie qu'ils vont développer, car leur job est très beau. Ils peuvent redonner de l'espoir à des gens.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 23 octobre 2008

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