Déclaration de M. Gérard Larcher, président du Sénat, sur les relations entre protestantisme et laïcité et sur la notion de laïcité "ouverte", Ermont le 11 octobre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Larcher, président du Sénat, sur les relations entre protestantisme et laïcité et sur la notion de laïcité "ouverte", Ermont le 11 octobre 2008.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard.

FRANCE. Sénat, président ; FRANCE. UMP, sénateur

Circonstances : Inauguration du nouvel espace protestant Cap Espérence au temple d'Ermont (Val d'Oise) le 11 octobre 2008

ti : Monsieur le Sénateur-Maire,
Monsieur le Secrétaire général de la Fédération Protestante de France,
Madame la Présidente du Conseil Presbytéral,
Monsieur le Pasteur,
Monseigneur,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Mesdames et Messieurs,


Permettez-moi de vous remercier de m'avoir associé à l'inauguration du nouveau Temple que vous avez bâti. Je suis heureux de participer à cet événement qui traduit la vitalité de votre communauté. Je vous remercie de m'y avoir convié, et tout particulièrement, Hugues PORTELLI, mon collègue, grand spécialiste de notre Constitution, qui m'a éclairé ces mois qui viennent de s'écouler et sur qui je sais pouvoir compter.

Je reviens de Colombey les Deux Églises où, avec le Président de la République et la Chancelière de l'Allemagne, nous avons salué deux Hommes d'Exception et d'Espérance, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, deux Chrétiens, qui ont définitivement tourné le dos à la guerre ! Voilà, ici à Ermont comme à Colombey, une journée d'Espérance.

Mes nouvelles fonctions me conduisent à parler de la Laïcité avant de doubler le cap de Bonne Espérance !

« Si je désire ardemment la séparation des Églises et de l'État, c'est pour qu'elle soit une cause de paix sociale et politique. Elle ne peut l'être qu'à condition d'être réalisée dans la justice et la liberté. » (Jean-Marie Mayeur La séparation des Églises et de l'État Paris 2005 p. 41)

C'est dans ces termes que Raoul Allier, Professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de Paris s'exprimait, en 1904, peu de temps avant le vote de la loi portant séparation des Églises et de l'État, où le rôle du Sénat fut essentiel.

L'inauguration du nouvel temple « Cap Espérances », qui est l'un des premiers actes publics que j'accomplis en qualité de Président du Sénat, constitue, pour moi, l'occasion de rappeler les liens privilégiés que le protestantisme français a entretenu avec notre conception si singulière de la laïcité.

Les protestants français qui ont connu des heures si difficiles dont nous gardons tous le souvenir ont éprouvé, pour ainsi dire, une sorte d' « affinité historique » avec la laïcité. Au fil des temps, cette affinité s'est transformée en attachement. Je me sens au confluent de cette double tradition spirituelle et républicaine.


I - Une affinité historique

L'affinité du protestantisme français et de la laïcité, comme ont l'entend dans notre pays, est le produit de l'Histoire.

Remontons au début de la IIIème République , en 1879, à l'époque des Pères fondateurs, au moment où les vrais républicains ont mis fin à la « République des Ducs », où Jules Grévy a succédé au Maréchal de Mac Mahon à l'Elysée.

A cette époque, le premier ministère de la « République des Républicains » a comporté de nombreux protestants au point qu'un grand journal, L'Univers , blâmait, alors, je cite, « ce ministère de protestants, de libre penseurs et de francs-maçons qui est bien républicain » (Cité par Patrick Cabanel dans Le Dieu de la République)

Les temps ont, heureusement, changé. Nul ne songe plus, désormais, à proférer ce genre d'imputation. Mais nous devons en conserver la mémoire car elle fait partie de l'héritage d'une communauté et de la tradition de notre nation.

Cet Héritage, c'est : une laïcité qui ne soit pas hostile aux religions mais qui ménage un espace public dans lequel les fidèles puissent, chacun selon leur conscience, exercer leur culte sans qu'aucune religion ne s'arroge le droit de définir les règles applicables aux autres.

Les protestants ont aspiré à une laïcité résultant non pas de la « tolérance » (Rabaud Saint Etienne - Etats Généraux) - mot dangereux, car il désigne un pis aller- mais fondée sur la liberté et l'égalité, ces deux mots qui figurent dans notre devise nationale.

C'est précisément sur ces fondements, me semble-t-il, que s'est bâtie la relation du protestantisme et de la laïcité dans notre pays.


II - Un attachement à la laïcité

Si l'Histoire peut, doit même, être invoquée, elle ne constitue pas une fin en soi. Nous devons l'utiliser pour comprendre le présent et anticiper sur l'avenir.

Aussi, voudrais-je insister, après avoir évoqué ces origines, sur l'attachement des protestants français au principe de laïcité. Plusieurs autorités réformées l'ont publiquement revendiqué.

Cet attachement s'explique d'ailleurs, tout naturellement, si l'on se réfère aux principes qui constituent les fondements mêmes du protestantisme :

- l'autonomie de conscience qui est le pendant de la liberté de conscience dont nous avons hérité grâce aux Lumières ;

- le respect de la morale et l'exigence individuelle de conformer sa vie aux principes de la Loi ;

- enfin, oserais-je dire, le « sacerdoce universel », ferment d'un sens de la responsabilité personnelle puisqu'il fait en sorte que chacun est appelé au salut de tous, comme au sien propre, sans médiation par un quelconque clergé.

J'ajouterai, au surplus, à cette liste des principes qui expliquent votre -notre- attachement à la laïcité, la conception ecclésiologique si particulière d'Eglises qui se conçoivent elles-mêmes comme toujours à réformer puisqu'elles estiment accompagner des communautés humaines en marche sans détenir, par elles-mêmes, une vérité, hormis la Bible.

L'affirmation doctrinale et la mise en oeuvre quotidienne de ces principes expliquent pourquoi la communauté protestante est si bien insérée dans l'espace public français.

Ceci n'exclut nullement l'affirmation de principes et de valeurs spécifiques propres à chaque religion et à chaque confession. J'en veux pour preuve le fait que sur le propre site Internet de la Paroisse d'Ermont, sont rappelées les valeurs qui sous-tendent votre action aussi bien en matière politique qu'en matière d'éthique.

Le paysage religieux de la France se modifie. L'inauguration du nouvel Espace protestant « Cap Espérances » marque d'ailleurs une nouvelle étape qu'ont précédé la construction de la Chapelle de Taverny en 1921, l'extension de la Paroisse d'Ermont en 1947, et la construction de nouveaux locaux en 1965.

Ces transformations nous amènent tous à nous interroger sur l'interprétation qu'il convient, compte tenu de l'expérience du passé, de donner pour l'avenir, au concept de laïcité.

Le Président Sarkozy a d'ailleurs placé ce sujet au centre du débat public. Il m'apparaît devoir être évoqué devant vous.


III - Pour une laïcité ouverte

Que n'a-t-on dit, voici quelques mois, lorsque l'expression de « laïcité positive » a été prononcée par le Président de la République !

Pour lever toute équivoque, je choisis celui de laïcité « ouverte » afin de montrer l'esprit qui inspire la lettre de sa dénomination.

Laïcité :

Le mot est propre à la France. Il serait incompréhensible pour un allemand, compte tenu des liens privilégiés des églises avec l'Etat outre-Rhin. Il appartient cependant, tout comme le beau mot de « République », au patrimoine commun de notre nation. Il ne saurait être question de le remettre en cause tant il exprime notre conception particulière des relations entre l'Etat qui doit rester neutre et les religions.

Mais la laïcité peut-elle être « fermée » ?

On comprend qu'au début du XXème siècle, lorsque l'objet même de la dispute entre les républicains et les conservateurs était l'établissement et le renforcement de la République , on peut comprendre, dis-je, que d'aucuns aient voulu briser dans l'oeuf toute velléité d'instaurer une religion dominante.

La situation est-elle la même aujourd'hui ?

Le refus idéologique, voire sectaire, des religions, qui sont un facteur d'intégration sociale, peut-il nous tenir lieu de politique ?

Je suis convaincu qu'un esprit exclusif et jaloux de la laïcité, arc bouté sur des querelles du siècle dernier, atteint, pour ainsi dire, d'une forme de « rachitisme » de l'esprit républicain, aboutit à une caricature de la liberté.

Au sein de la République , ne craignons pas d'exercer la liberté instituée par la Loi.

Telle est, selon moi, la feuille de route des pouvoirs publics au cours des prochaines années. C'est précisément pourquoi je crois que nous devons avoir une interprétation « ouverte », accueillante, bienveillante, de la laïcité.

Nous ne transigerons pas sur l'essentiel : la liberté de conscience, la liberté d'expression, l'égalité des citoyens, et plus spécialement l'égalité des hommes et des femmes.

Pour le reste, je suis convaincu qu'il appartient aux pouvoirs publics, en général, et aux détenteurs de mandats publics, en particulier, d'entretenir des relations avec les différentes religions, dans une France où toutes doivent pouvoir faire entendre leur voix. Et pour ma part, il ne me gêne nullement que les Religions interviennent dans le débat public.

L'Espérance

Voici le crédo que j'ai prononcé, il y a deux semaines, devant mes collègues :

Je crois à une société où l'homme est le coeur des préoccupations, où l'on est attentif à l'Autre. Je crois en une société où l'on est solidaire. Je crois en une société où l'énergie de la liberté économique se trouve régulée par le souci à long terme des intérêts collectifs. Je crois au dialogue parce qu'il est source des consensus sans lesquels rien de grand et de durable ne peut se construire .

Je crois en la République parce qu'elle nous unit. Je crois en l'action publique parce que c'est elle qui peut permettre de construire la société où nos enfants et nos petits-enfants pourront s'épanouir.

Je crois à la démocratie et donc au Parlement.

Ces principes sont « Mon Espérance » pour la mission qui est la Mienne. Il y a aussi d'autres Espérances.

Tombé un peu par hasard (ou grâce à la Providence ) sur des textes de Armand Abécassis, Philosophe et Rabbin, j'y ai découvert une grille de lecture, la sienne que je vous invite à partager.

Selon Armand Abécassis, « Le Politique » rend possible la réalisation de nos valeurs morales au travers du « vivre ensemble » sans pour autant pouvoir atteindre l'absolu. C'est la citoyenneté et le contrat social qui engage les citoyens, c'est la réalité en vérité !

L'Apôtre Luc parle de « La Bonne Nouvelle partagée entre nous et avec le monde » , pour ensemble « proclamer aux captifs la libération » . Le rôle du Politique, « c'est de Proclamer aux captifs la libération ». libération de la pauvreté, libération de l'Oppression, libération par la Dignité.

Toujours Luc au chapitre 8, verset 12

« Ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui entendent la parole dans un coeur loyal et bon, qui la retiennent et portent du fruit à force de persévérance ».

Persévérance, Audace, Espérance. Ces mots vont ensemble.


source http://www.senat.fr, le 24 octobre 2008

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