Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à LCI.fr le 29 octobre 2008, sur les relations entre le gouvernement et la majorité parlementaire après la réforme constitutionnelle et sur la politique gouvernementale face à la crise financière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à LCI.fr le 29 octobre 2008, sur les relations entre le gouvernement et la majorité parlementaire après la réforme constitutionnelle et sur la politique gouvernementale face à la crise financière.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick.

FRANCE. UMP, secrétaire général

ti : LCI.fr - Depuis quelques semaines, l'articulation entre gouvernement et la majorité parlementaire se passe mal. Est-ce le résultat de la coproduction législative ?

Patrick Devedjian : Non, c'est le résultat d'une profonde transformation liée à la réforme constitutionnelle. La coproduction est d'abord constitutionnelle. L'ordre du jour de l'Assemblée et du Sénat sont partagés, selon la règle de droit. Alors maintenant comment s'organise-t-on ?

On est en ce moment dans la phase des essais. Donc parfois ça patine un petit peu mais c'est inévitable. C'est un changement profond qui est encore loin d'avoir produit tous ses effets.

A l'avenir, toutes les majorités vont devoir ajuster un nouvel équilibre dans le fonctionnement législatif. Ca ne marche pas toujours du premier coup. Cela prouve que la réforme se met en place.

LCI.fr - Mais que de couacs tout de même...

Il faut accepter ce changement de moeurs. Jusque là, les députés étaient au garde à vous. Un parlement vivant conduit à des débordements inévitables. C'est comme ça dans toutes les démocraties. Il y aura des initiatives parfois intempestives, mais il va enfin se passer quelque chose au parlement. Ce ne sera plus un théâtre d'ombres, il va redevenir progressivement le centre de la vie politique du pays. Cela va donc nécessiter l'engagement même du Premier ministre.

LCI.fr - C'est pour cela qu'il a recadré les députés UMP la semaine dernière ?

Il ne faut pas que cela parte dans tous le sens. En réalité, je pense que le partage de l'ordre du jour va conduire inévitablement à un renforcement du rôle parlementaire du Premier ministre. Jusque là, il suffisait d'un secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement qui fixait l'ordre du jour voulu par le gouvernement. Avec la réforme constitutionnelle, ça ne va plus marcher comme ça. Le système militaire et discipliné avec des parlementaires soldats est terminé.

Il va falloir les convaincre et coordonner leurs actions. Et il faut une autorité politique forte pour cela, sinon chaque député va vouloir faire la politique de la France... Comme la politique du pays est mise en oeuvre par le Premier ministre, c'est à lui d'animer et de convaincre les groupes parlementaires de l'Assemblée et du Sénat. Il est responsable devant la majorité et a l'autorité exécutive.

On a dit que la suractivité du chef de l'Etat conduirait à un effacement du Premier ministre. Moi je crois que la réforme institutionnelle le renforce au contraire mais elle modifie son rôle. Au lieu d'être le doublon du président, il en est le chef d'état-major.

LCI.fr - La crise est là et Nicolas Sarkozy est partout. Que répondez-vous à ceux qui disent que l'on n'entend pas l'UMP ?

Ceux qui disent cela sont malicieux. Tous les mercredi par exemple, nous organisons des Ateliers du changement, à suivre en direct sur notre site internet. Les débats sont riches et l'UMP est autrement plus présente que le PS car que propose réellement la gauche dans cette crise ?

LCI.fr - Quel va être le rôle du parti majoritaire dans les mois à venir ?

D'abord soutenir le gouvernement, ensuite relayer et faire de la pédagogie pour faire comprendre les mesures que nous prenons actuellement. Dans un second temps, nous militerons pour la mise en place d'un plan industriel car des pans entiers de la production ont disparu de notre pays, je pense notamment aux écrans-plats, aux motos, aux vélos, etc...

LCI.fr - Revenons à l'organisation de l'UMP. A chaque événement, vous êtes deux, trois voire plus à réagir au nom du parti. Le message ne manque-t-il pas de personnification ?

Vos reproches sont contradictoires. Vous disiez que l'on n'entendait pas l'UMP, et maintenant vous dites qu'on l'entend trop et que le message est brouillé. Je crois qu'il faut occuper le terrain et j'ai voulu avoir trois-portes-paroles. Ils vous saturent un peu ? Tant mieux (sourires). Ils sont convergents et occupent bien le terrain au quotidien.

LCI.fr - Selon Le Monde daté de mercredi, Nicolas Sarkozy aurait confié avoir commis une erreur en abandonnant la tête de l'UMP. Comment le prenez-vous ?

C'est vrai qu'il le pense et je suis profondément d'accord avec lui. En France, la Vé République a voulu couper le lien entre le parti et celui qui a les plus hautes responsabilités du pouvoir. C'est une erreur totale. Dans tous les autres pays du monde, le chef de l'exécutif reste le chef du parti. Il n'y a que chez nous que cette habitude a été prise et cela conduit à un paradoxe. Pour accéder aux responsabilités, il faut en France être chef de parti. Mais dès qu'on y accède, il ne faut plus l'être. La conséquence : celui qui dirige le parti, moi ou un autre, n'a pas la légitimité nécessaire

L'UMP, c'est d'abord l'adhésion de gens qui soutiennent la politique de Nicolas Sarkozy. Personne n'adhère à l'UMP pour Devedjian... ou presque. Ce n'est pas moi que les militants attendent, et ce d'autant moins que je ne suis pas candidat à la présidentielle. Moi je suis un chef de parti qui n'est pas présidentiable et qui ne veut pas l'être. Donc je ne suis que l'auxiliaire de Nicolas Sarkozy. Il y a donc un besoin de sa présence. Adhérer à l'UMP pour soutenir une personnalité que vous ne pourriez pas voir dans l'enceinte du parti est absurde.

LCI.fr - Dans le futur, souhaitez-vous laisser la place à quelqu'un d'autre pour ne plus cautionner cet artifice qui ne vous plaît guère ?

Moi je suis là pour aider le président et non pour avoir des états d'âme. Dans la vie politique, il n'y a pas que des choses agréables. Je conçois mon rôle avec une volonté de servir et pour être utile.

LCI.fr - Pensez-vous que d'autres ont des visées plus personnelles dans leur souhait de vous succéder ?

On voit bien pourquoi ceux qui veulent devenir président de la République veulent devenir patron de l'UMP. Moi je le suis pour servir la politique de Nicolas Sarkozy et conforter son action. C'est ma seule ambition comme secrétaire général du parti. Même s'ils l'habillent autrement, d'autres ont un projet plus personnel, après tout légitime, et ils ont envie de se servir du parti pour promouvoir leur propre carrière. Donc la bonne solution, c'est que Nicolas Sarkozy redevienne le chef officiel de l'UMP.

LCI.fr - Quand cela pourrait-il intervenir ?

C'est au président de voir et puis c'est l'évolution des esprits qui devrait le permettre. Ce serait beaucoup plus clair.

LCI.fr - Autre cas de figure... Serait-ce une erreur de mettre un présidentiable à la tête de l'UMP pour vous succéder ?

Comme le patron de l'UMP, c'est Nicolas Sarkozy, ce serait à lui de choisir mon successeur. Mais je pense que le parti doit rester sous son autorité. Il faut bien s'assurer que l'UMP reste loyale au président.

LCI.fr - Emplois aidés, entrée de l'Etat dans les banques, aggravation des déficits... Auriez-vous imaginé soutenir une telle politique il y a trois mois ?

Je ne l'avais pas exclu car je n'ai jamais sous-estimé la crise. Elle est d'une telle importance qu'il faut faire flèche de tout bois pour la supporter. Quand il y a le feu à la maison, on ne regarde pas sur les moyens. Cette crise mondiale est très grave et la France va devoir la supporter socialement. Nous allons avoir d'avantage de chômeurs et une baisse de l'activité. Il faut permettre aux gens de la supporter sur le plan humain. Ce sont des moyens exceptionnels pour une période exceptionnelle.

LCI.fr - Certains libéraux plaident à l'UMP pour que le retour de l'Etat soit bien temporaire...

Le débat est mal posé. La question est : que doit faire l'Etat ? Je déplore que l'Etat soit absent de là où il doit être. Le marché, c'est la condition pour créer de la croissance. Mais pour qu'il fonctionne, il faut l'Etat et des règles. Le libéralisme, c'est le droit. Le laisser-faire, c'est l'anarchie. La liberté est un produit de civilisation très précieux et difficile à réaliser. Si le marché n'est pas loyal, il faut l'intervention de l'Etat.

LCI.fr - Craignez-vous un retour de l'économie administrée ?

Je ne suis pas du tout favorable à l'économie administrée. Mais qu'a-t-on vu ? L'origine de la crise est l'absence de contrôle mondial sur le fonctionnement des marchés. Des opérateurs ont vendu n'importe quoi, des produits financiers avariés. On a donc besoin d'une police des marchés contre des gens qui sont à la frontière de l'honnêteté. Le rôle de l'Etat est de contrôler et de pallier les incendies. Lorsque le système dégénère, il ne retrouve pas son équilibre tout seul.

LCI.fr - Depuis le début, le sarkozysme est avant tout un optimisme volontariste. La montée du mécontentement populaire ne va-t-il pas remettre en cause cette philosophie de l'action ?

Non, les périodes de crise favorisent le changement. C'est l'occasion des réformes et des transformations. La peur voire la souffrance sociale vont faciliter la réforme de situations qui ne conviennent pas. La crise ne doit pas créer la sinistrose mais le volontarisme.

LCI.fr - Une partie de l'opinion est choquée par la réactivité européenne pour sauver les banques et le manque de réactivité pour relancer l'économie. Et vous ?

Ce n'est pas la même chose et ne représentent pas la même difficulté. Pour les banques, il fallait sauvegarder l'épargne des Français et éviter tout mouvement de panique. Deuxièmement, il fallait réinstaurer la confiance entre les banques car elles ne se prêtaient plus. Il fallait que l'Etat empêche immédiatement tout blocage de l'économie, tel un médecin qui débouche une artère. Tous les Français ont un compte en banque et peuvent donc se rassurer que leurs dépôts n'aient pas été dilapidés. Mais une fois l'incendie éteint, il faudra une phase de reconstruction avec une politique industrielle forte et innovante, ce qui n'a pas été fait depuis très longtemps.

LCI.fr - Les Echos ont révélé mardi que 7000 foyers aisés n'ont pas payé d'impôt sur le revenu en 2007 en raison des niches fiscales. Cela vous choque ?

Oui, ça me choque. Je suis favorable à un plafonnement significatif des niches fiscales mais encore faut-il savoir lesquelles ? Je pense que l'on est allé trop loin dans les avantages, même s'ils peuvent se justifier, consentis aux départements d'outre-mer, ce qui conduit parfois à l'exonération totale de certaines personnes aux revenus importants. Il va y avoir un débat au parlement sur les niches fiscales et on les étudiera. Mais pour moi, il ne faut pas toucher par exemple à la déduction des emplois familiaux car cela crée des emplois, voire régularise certaines situations.


Source http://www.u-m-p.org, le 31 octobre 2008

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