Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Europe 1 le 4 novembre 2008, sur la conférence de Vichy et la politique européenne d'intégration des immigrés légaux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Europe 1 le 4 novembre 2008, sur la conférence de Vichy et la politique européenne d'intégration des immigrés légaux.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire

Circonstances : Conférence européenne sur l'intégration des immigrés légaux avec les 27 ministres européens de l'Intérieur et de la Justice, à Vichy (Allier) les 3 et 4 novembre 2008

ti : J.-P. Elkabbach.- En direct de Vichy, la ville qui porte depuis près de 70 ans la malédiction de l'histoire, nous sommes avec B. Hortefeux. Vichy : c'est ici que la France s'est rendue responsable de la déportation des juifs. Est-ce que vous croyez que le temps peut tout effacer ?
 
Le temps n'efface rien, naturellement. Et on a tous un devoir de mémoire, que ce soit à Vichy ou ailleurs. Mais simplement, il y a une réalité, c'est que l'Etat français a, à juste titre, reconnu ses responsabilités, et donc, chacun maintenant connaît le poids. J'ai une troisième réflexion : j'ai souhaité effectivement organiser une conférence à Vichy parce que je suis un élu régional, et comme élu régional, j'ai à coeur de défendre les intérêts, l'image, la force de ma région. Et c'est pour ça que Vichy, qui les capacités hôtelières... Vous évoquiez l'histoire mais c'est vrai, il y a 68 ans, c'était Clermont qui était envisagée, et en fait, Clermont-Ferrand n'avait pas la capacité hôtelière, je vous le dis très honnêtement, ça n'a pas changé depuis. Et donc, nous nous retrouvons aujourd'hui à Vichy. Mais je vous pose aussi à mon tour une question : est-ce que c'est gênant d'organiser des conférences internationales à Moscou, sous prétexte qu'il y a eu Staline ou à Rome, ou à Berlin, ou tout simplement même dans des hôtels parisiens, qui ont aussi leur part d'histoire ? Non. Il aurait été totalement injuste de faire porter la responsabilité des vichystes sur les Vichyssois d'aujourd'hui, et il est donc juste de corriger.
 
Vous pensez que le temps va permettre à Vichy d'inventer, d'incarner, un autre symbole ?
 
Je souhaite que Vichy incarne le symbole d'un dynamisme. Vous savez, les stations thermales, il y a eu un débat la semaine dernière sur le remboursement des cures thermales, les stations thermales doivent s'adapter, doivent évoluer, et le maire de Vichy, C. Malhuret, a su faire évoluer sa ville en un grand centre thermal.
 
Alors, la conférence de Vichy sur l'intégration : 27 ministres de l'Europe vont, autour de vous, publier cet après-midi une déclaration pour mieux intégrer les immigrants légaux. Pour tous ces pays, c'est peut-être la chance de voir émerger un jour un Obama ?
 
D'abord, vous avez raison parce que, Obama est lui-même un fils d'immigré, et donc c'est un symbole très fort. Et mon rôle, quel est mon rôle ? Je suis le ministre de l'Immigration et de l'Intégration, c'est-à-dire que j'ai la responsabilité, notamment, d'aider les immigrés légaux, c'est-à-dire ceux qui partagent...
 
...Oui, mais avant qu'ils soient légaux, ne sacrifiez ni un Mozart (sic), ni un Obama...
 
...Mais ma responsabilité, c'est de permettre à la population immigrée légale, précisément, d'accéder aux responsabilités. Et peut-être y aura-t-il un jour un Obama en France.
 
Un contre sommet, des petits groupes manifestent en ce moment à Vichy, tout près de Vichy, et ils reprochent à l'Union européenne de construire une sorte de forteresse et de faire le tri de ceux qui peuvent y entrer, et le jour même où les Américains vont élire probablement un président Noir ou métis.
 
Oui, c'est sans doute faute d'information, parce que, précisément, quelle est la politique que je mène ? D'un côté, je cherche à organiser les flux migratoires, c'est-à-dire organiser la migration légale, lutter contre l'immigration illégale et faire que l'Europe et la France soient fidèles à sa tradition d'asile. Ça, c'est le premier plateau d'une même balance. Et puis, de l'autre côté, il y a les questions d'intégration. Aujourd'hui, les politiques d'intégration ont globalement échoué, partout en Europe. La réunion qui nous rassemble à Vichy, c'est une réunion effectivement des 27 ministres, plus d'ailleurs des pays qui sont proches de l'Europe... de la Communauté européenne. Mais...
 
Vous voulez dire qu'ils ont tous le même problème ?
 
C'est très simple, hier ceux qui se sont exprimés, soit ils ont les mêmes problèmes - problèmes d'émeutes de banlieue, problèmes de ségrégation en matière de logement par exemple. Nous, on sait que les logements des populations immigrées sont plutôt à la périphérie des villes, dans d'autres pays, c'est au contraire au coeur des villes. Il y a tout ceux qui sont déjà confrontés à ces sujets. Et puis, il y a tous les autres, qui se sont exprimés en disant : nous ne sommes pas encore concernés mais nous le serons, et nous devons tous assez rapidement réfléchir ensemble.
 
C'est pour cette raison que les 27 devraient adopter cet après-midi ce que vous appelez "les meilleurs outils", pour favoriser l'intégration. Et vous mettez en tête la connaissance de la langue mais le candidat à l'immigration et plus tard à l'intégration, il doit apprendre la langue française et les valeurs de la République déjà dans son propre pays. Est-ce que son propre pays est équipé pour lui apprendre le français ?
 
D'abord, il y a une première réalité qui est incontournable, c'est que si l'on veut faire progresser l'intégration des immigrés légaux, il faut s'en donner les moyens. Pour réussir l'intégration, je ne connais pas cinquante méthodes. La connaissance de la langue est indispensable. Sans pratiquer la langue du pays d'accueil, comment voulez-vous discuter avec vos voisins ? Comment voulez-vous faire vos courses ? Comment voulez-vous comprendre la scolarisation de vos enfants ? Comment pouvez-vous imaginer avoir des relations avec les administrations ? Comment, enfin, pouvez-vous imaginer de trouver un travail ? ! Tous ceux-ci, ce sont des obstacles qui peuvent être surmontés par la connaissance de la langue. Et je vous signale que, aujourd'hui, le tiers de ceux qui arrivent sur le territoire français, ne parle pas la langue française.
 
Donc, on leur apprend le français ici ?
 
Donc, il faut que l'on soit capables en amont d'enseigner, de faire le test, un test de français. La mesure que j'ai prise, c'est une mesure simple et de bon sens : ceux qui sont candidats au regroupement familial passeront un test de français sur le terrain...
 
Mais on les formera chez eux ?
 
Exactement. Si ce test n'est pas bon...
 
Et vous dites, "il faut les moyens". Vous aurez ou ils auront les moyens ?
 
...si ce test n'est pas concluant, ils suivront une formation, l'assiduité sera d'ailleurs un des critères essentiels pour permettre de venir, de manière à ce qu'ils arrivent sur le territoire français en ayant déjà des rudiments de français.
 
La conférence de Vichy devrait décider cet après-midi, que "les nouveaux arrivants doivent apprendre l'hymne national, son histoire, et son texte aussi". Donc la Marseillaise ?
 
C'est un débat, il y a des pays qui ont commencé, comme l'Allemagne, comme le Royaume-Uni, comme un certain nombre d'autres pays moins importants démographiquement, ou d'ailleurs même importants démographiquement, comme les Pays-Bas. Si vous voulez, moi, ma conviction, elle est très simple, et je pense qu'elle est partagée d'ailleurs par les Français, c'est qu'aujourd'hui, l'hymne national n'est trop souvent perçu, entendu, que comme une simple mélodie. Et je crois qu'il faut que l'on aille davantage vers la pédagogie.  Qu'est-ce que c'est que la Marseillaise ? Quand est-ce que ça a été retenu ? Quand est-ce que ça a été composé ? Quelles sont les conséquences de la Marseillaise, en termes de valeurs de société, en termes de démocratie, en termes d'égalité, en termes de droit à la scolarisation ? Bref, il faut je crois passer à une étape de pédagogie de la Marseillaise.
 
Vous pensez que c'est le meilleur moyen de ne plus chahuter l'hymne ?
 
Je pense que c'est un des moyens. Vous savez, on est toujours plus respectueux de ce que l'on comprend.
 
Et ça veut dire que, s'il y a l'accord cet après-midi, à partir de janvier de l'année prochaine, le problème se posera pour la Marseillaise, il faudra connaître la Marseillaise ? Et je lis ou j'entends que, "pour ceux qui demanderont au bout de cinq ans une carte de résident, il leur faudra aussi une connaissance approfondie de la Marseillaise".
 
Ce sont des pistes qui sont engagées. Et je crois qu'effectivement, il faut, au-delà de la Marseillaise, faire un effort de pédagogie, aussi pour nos institutions, aussi pour nos valeurs. Qu'est-ce que c'est que les valeurs de notre République ? C'est la démocratie, c'est l'égalité hommes-femmes, c'est le droit à la scolarité, c'est la laïcité.  Et aussi, comme vous le dites, l'hymne national. Je crois qu'il faut que l'on avance vers une meilleure connaissance des valeurs de notre République, qui, si on les connaît mieux...
 
Vous nous dites, ici, à Vichy, que la connaissance de la Marseillaise devient à la fois un acte et une preuve d'identité, peut-être de citoyenneté française ?
 
En tout cas, ça s'inscrit dans les valeurs de la démocratie.
 
La crise frappe les pauvres des pays aisés, et les pauvres des pays pauvres. Dans toute l'Europe, les immigrés sont deux fois plus touchés par le chômage, même quand ils sont diplômés, et les femmes trois fois plus pour obtenir l'égalité des chances. Est-ce que vous allez appliquer la discrimination active, positive, pour ne pas que les immigrés souffrent eux aussi en première ligne, avec les jeunes, du chômage qui s'annonce ?
 
Il y a une réalité qu'on ne peut pas passer sous silence, ou qu'on ne peut pas se cacher, c'est que dans tous les pays d'Europe, effectivement, le taux de chômage est de deux à trois fois supérieur à celui de la communauté nationale concernée. Cela veut dire qu'il faut que nous fassions des efforts, précisément en termes de formation, et c'est pour ça que j'ai imaginé, ce qu'on appelle "un bilan de compétences" pour aider, comprendre, orienter et ainsi de suite. Mais il est évident que nous sommes aujourd'hui dans une crise financière, une crise financière qui se généralise, nous n'en sommes pas encore à la crise économique, mais chacun sait que si cela devait se transformer...
 
Elle s'annonce...
 
...en crise économique, cela aurait des conséquences sur l'emploi, et naturellement, la population immigrée serait touchée comme la communauté nationale.
 
Est-ce que vous attendez, vous, pour toute l'Europe, à des séries de vagues d'immigrés clandestins ?
 
Non, au contraire. Avec le Pacte européen que l'on a adopté, à l'initiative de la France, qui est devenu maintenant un Pacte pour tous les Européens, adopté, encore une fois - je le souligne, parce que c'est important - à l'unanimité, quelles que soient les situations géographiques, Sud, Nord, Est, Ouest. Adopté aussi quelle que soit la sensibilité politique du gouvernement. C'est quand même inouï, incroyable ! Il y a quelques années, c'était impensable d'avoir une politique commune de l'immigration. Aujourd'hui...
 
Non, mais voyons ce que vous faites, vous ?
 
...les gouvernements communistes, socialistes, du centre-droit, sont tous rassemblés pour organiser l'immigration légale.
 
D'accord, d'accord, mais vous-même, vous-même ? Cette immigration, là, illégale, vous la réglez à coups de reconductions à la frontière. L'objectif pour 2008, que vous a donné F. Fillon, c'est 2006 (sic), est-ce que vous allez les atteindre ?
 
D'abord, pourquoi fixer des chiffres ? Parce que, si je dis tout simplement : attention, quand on vient sur le territoire français sans y être autorisé, ou en mentant sur les motifs de sa venue, naturellement le message est inaudible. Quand je dis : attention, il y aura un certain nombre qui sera directement concerné, et que l'on fixe un chiffre, cela a une signification. C'est un message qui est entendu sur le territoire français, et qui est entendu aussi sur le pays terre d'origine. Cela permet de dissuader mieux ceux qui voudraient tenter la folie de venir illégalement sur un territoire, avec tous les risques que cela...
 
Combien il y en aura en 2008 d'expulsés ? Vous avez dit en septembre, c'est-à-dire au bout de neuf mois, 23.000. C'est-à-dire ?
 
D'abord, puisque vous voulez des chiffres, je vous rappelle que l'année dernière, il y a 1.800 personnes qui sont officiellement décédées en tentant de venir illégalement sur le territoire, sur le continent européen. C'est un chiffre, c'est celui-là qui est le plus important. Deuxième élément, concernant ceux qui sont reconduits, c'est-à-dire, ceux qui sont venus sans respecter les règles, sans nous demander notre avis, on en est, sur les neuf premiers mois de l'année, à peu près à 23.000. Mais j'insiste sur un point, c'est qu'il y a un véritable changement, une véritable rupture. C'est que le tiers de ces reconduites se fait de manière volontaire. C'était 7 % il y a deux ans, aujourd'hui, c'est le tiers, c'est un changement phénoménal, ça prouve que...
 
On va terminer, parce qu'on est à Vichy. Les patrons fraudeurs, vous les saquez aussi ?
 
Bien sûr ! Et sur les neuf premiers mois de l'année, 2.317 ont été interpellés, la justice doit être la même pour tous.
 
Vous allez quitter votre ministère bientôt. Est-ce qu'il disparaîtra le ministère pour autant ?
 
Je souhaite qu'il reste parce que c'est un facteur d'équilibre de notre société.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 7 novembre 2008
 

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