Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à La Chaîne Info le 3 novembre 2008, sur la possibilité pour les salariés de travailler jusqu'à 70 ans, la réforme du statut des enseignants chercheurs et l'engagement d'avoir 50000 nouveaux étudiants boursiers pour l'année universitaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à La Chaîne Info le 3 novembre 2008, sur la possibilité pour les salariés de travailler jusqu'à 70 ans, la réforme du statut des enseignants chercheurs et l'engagement d'avoir 50000 nouveaux étudiants boursiers pour l'année universitaire.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti : C. Barbier .- Travailler jusqu'à 70 ans, cette possibilité offerte aux salariés par un amendement, ne cache-t-elle pas la volonté, d'abord de baisser le niveau des retraites, et ensuite, donc, d'obliger les gens à travailler jusqu'à 70 ans s'ils veulent avoir une retraite décente ?
 
D'abord, je crois qu'on ne peut pas faire le reproche au Gouvernement de se cacher quand il souhaite faire une politique. En général, quand il veut faire des choix, il les assume et il en fait la pédagogie. Là, je crois que sur cet amendement, qui est un amendement d'origine parlementaire, je crois que ce qui a voulu être dit, c'est : nous voulons laisser le libre choix et la possibilité. Nous sommes plutôt défavorables à ces pratiques de retraites couperets qui empêchent les personnes qui ont besoin et qui ont envie de travailler plus longtemps, de rester en poste. Mais cet amendement me fait beaucoup réfléchir en tant que ministre des Universités, il me fait réfléchir à ces fins de carrières justement. Parce que je crois qu'on n'aborde pas forcément la question des fins de carrières dans son intégralité. Je souhaiterais que les salariés en fin de carrière puissent venir enseigner à l'université, notamment pour les formations des cadres, qu'ils puissent enseigner en centre de formation d'apprentis pour des métiers plus manuels. Je crois que nous abordons mal, j'allais dire, le capital connaissance qu'ont ces salariés en fin de carrière, nous l'utilisons mal et nous devrions faire des passerelles entre les centres de formation et les entreprises pour avoir des fins de carrières beaucoup plus épanouissantes pour les salariés.
 
Pour vos ouailles, pour les enseignants et les chercheurs du supérieur, jusqu'où aller ? On se souvient du Pr. Montagnier obligé de partir aux les Etats-Unis pour continuer son activité...
 
Alors, vous savez que les professeurs statutaires, les enseignants chercheurs statutaires, ont un statut dérogatoire, puisque eux peuvent travailler jusqu'à 68, 69 ans, et ils sont très nombreux à demander cet éméritat. En revanche, pareil, si je veux prendre un professeur associé ou un maître de conférence associé, qui est quelqu'un qui vient du secteur privé, qui viendrait faire des cours à l'université, la barrière c'est 65 ans et pas au-dessus. Ce qui ne me paraît pas conforme à l'esprit qui est le nôtre, qui serait d'encourager le travail des seniors.
 
Menace de grève à Air France, parce que les pilotes pourront piloter jusqu'à 65 ans, les personnels de cabines également. Faut-il revenir sur cette réforme, rabaisser l'âge de départ à la retraite des pilotes et des personnels navigants ?
 
Je ne connais pas les pré-requis qu'il y a pour être personnel navigant d'Air France. Je ne sais pas si en termes de santé il peut y avoir des problèmes d'âge. Mais s'il n'y en a pas, je ne vois pas pourquoi on traiterait les personnels d'Air France différemment, s'il n'y a pas de problèmes spécifiques à leur métier.
 
Est-ce que les parlementaires de la majorité, plus libéraux peut-être que le Gouvernement, ne profitent pas de la crise actuelle pour faire passer des mesures anti-acquis sociaux ?
 
Ce qui est certain, c'est que la réforme institutionnelle a donné au Parlement, j'allais dire, la plénitude de ses pouvoirs de législateur, et donc, le droit d'amendement est un droit imprescriptible dans la République et il faut qu'il s'exerce. Alors, après, à nous de convaincre notre majorité, pour tel ou tel amendement, que nous ne souhaitons pas qu'il passe.
 
H. Guaino, le conseiller spécial du Président, a soufflé hier le chaud et le froid. Faut-il, oui ou non, ouvrir le capital de La Poste ?
 
Il y a une réforme qui se profile, qui est celle de l'ouverture à la concurrence en 2011. Je crois que le changement de statut de la Poste est en train de se faire, il est sur le métier, la commission va rendre son rapport d'ici à la fin de l'année. La réforme, ce n'est pas... La crise ne rend pas la réforme moins nécessaire. Après, il y a les modalités de cette réforme, et elles peuvent être impactées par la crise.
 
Les modalités, par exemple, ça pourrait être de mettre beaucoup d'argent public dans La Poste pour qu'elle affronte cette concurrence inévitable plutôt que de faire appel à l'épargne privée ?
 
Mais ça, le Gouvernement en décidera en temps et heure, c'est-à-dire quand le rapport de la commission sur La Poste, sur l'avenir de La Poste lui aura été rendu.
 
Vous publiez, vous avez transmis aux syndicats, le décret sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs. Alors, 1.607 heures obligatoires d'activité, vous allez provoquer la révolution !
 
1607 heures d'activité qui se décomposent en un mi-temps recherche, et un mi-temps enseignement, en 800 heures, en heures d'enseignement, c'est 128 heures de cours présentiels (sic) devant les élèves, parce que nous prenons en compte, évidemment, la préparation des cours, la correction des copies, et tout ce qui va avec la pédagogie.
 
Avez-vous les moyens de votre politique ? Il y a une manifestation aujourd'hui devant l'Assemblée nationale, à l'occasion du débat sur votre budget, pourtant en hausse. Il y a un malaise sur les moyens ?
 
L'augmentation des moyens du ministère depuis deux ans est inédite. Cette année, nous augmenterons de 6,5 % le budget de l'enseignement supérieur. Pourquoi ? Tout simplement, parce que le Président a décidé que ce serait la priorité des priorités financières pour le budget. Parce qu'il a regardé l'exemple des Américains, l'exemple des Japonais. La crise rend mon budget encore plus d'actualité, parce que la recherche, l'innovation, la formation des étudiants, c'est des armes anticrise, c'est des armes qui permettent de rebondir quand il y a des difficultés économiques. Donc mon budget n'est pas remis en cause, c'est le premier budget en augmentation de l'Etat, et il s'accompagne de réformes profondes, pour la gestion des personnels notamment, une gestion plus personnalisée, une gestion qui valorise le mérite. Parce qu'on ne peut pas donner l'argent sans faire la réforme, et je crois que ça c'est très important. Si on augmentait le budget de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, sans faire les réformes avec, on arroserait le sable.
 
Primes au mérite dans la fonction publique, ça va devenir une possibilité générale. Vous voulez être à l'avant-garde de ce combat ?
 
Aujourd'hui, nous avons une bataille de l'intelligence qui est mondiale ; nous avons une guerre de la matière grise ; on vient débaucher nos enseignants-chercheurs et nos chercheurs dès leur plus jeune âge, c'est-à-dire dès la sortie du doctorat, voire parfois avant. La question du mérite doit se poser, de l'excellence, et la valorisation de l'excellence doit se poser d'abord dans les métiers de la recherche et de l'intelligence.
 
Alors, plutôt que de donner des primes à certains, les syndicats réclament des augmentations pour tout le monde.
 
Mais je fais les deux, monsieur Barbier. Je fais les deux, parce que... Enfin, j'augmente en tout cas l'attractivité de toutes les carrières, parce que je crois qu'il y a des moments dans la carrière d'enseignant-chercheur, qui étaient aujourd'hui des goulots d'étranglement. Le recrutement, les promotions au grade de professeur et de directeur de recherche et les fins de carrières. Donc j'améliore les carrières pour tout le monde, on recrutera désormais les enseignants-chercheurs avec un salaire de 12 à 25 % supérieur. Mais on fera aussi une gestion individualisée, évaluée, avec des primes d'excellence pédagogique et des primes d'excellence scientifique. Et je veux que l'enseignement soit valorisé de la même façon que la recherche.
 
50.000 nouveaux boursiers : l'Unef vous accuse de ne pas avoir atteint cet objectif. Que répondez-vous ?
 
J'aurai les chiffres ce matin, parce que pour l'instant les remontées des CROUS ne sont pas faites. Nous nous sommes engagés à avoir 50.000 nouveaux étudiants boursiers. S'il le faut, nous remonterons les plafonds de ressources. J'ajoute que l'Unef a dit que ces plafonds de ressources étaient trop bas, aujourd'hui, nous sommes à un plafond de ressources de 27.000 euros de revenus imposables avant abattement.
 
50.000 boursiers, vous les ferez ou pas ? Vous avez quelques indications quand même ?
 
Non, pour l'instant je n'ai pas d'indication. Mais vous savez, c'est très difficile de savoir exactement quel est l'impact quand on bouge les curseurs. Nous avons remonté le plafond de ressources, je vous dis, à 27.000 euros annuels...
 
Et vous pouvez le monter encore, si nécessaire ?
 
Et si l'objectif n'est pas atteint, nous réviserons éventuellement ce plafond.
 
L'Unef menace néanmoins d'organiser des AG dans les facs, elle donnera sa réponse aujourd'hui. Craignez-vous ce mouvement, et allez-vous rencontrer les syndicats étudiants ?
 
Je les rencontre en permanence, ma porte est toujours ouverte, nous nous sommes déjà vus deux fois depuis la rentrée. Mais ce que je veux dire, c'est que jamais un gouvernement n'a pris autant la mesure des questions de vie étudiante. Nous avons remonté, donné des bourses, pardon, plus généreuses pour davantage d'étudiants, les 100.000 étudiants les plus défavorisés ont vu leur bourse augmenter de 10 % en deux ans ; 5 %, pour les autres, c'est énorme, ça ne s'était jamais vu. Et j'ajoute que, en ce qui concerne le budget de l'université, l'Etat a dépensé 7.500 euros il y a deux ans, aujourd'hui c'est 8.500 euros en 2009. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire simplement que nous avons 1.000 euros sur la table en deux ans pour les étudiants et uniquement pour eux.
 
Vous êtes candidate à la tête de liste UMP en Ile-de-France pour les élections régionales de mars 2010. Souhaitez-vous que ces élections soient repoussées pour laisser au Gouvernement le temps de réformer les collectivités territoriales ?
 
Je crois que la réforme des collectivités territoriales est un impératif, je crois qu'il faut aller vers plus de simplification, plus de rationalisation. Mais je crois qu'il ne faut jamais changer les changer les calendriers électoraux, les Français n'aiment pas ça, ils ont l'impression que c'est un hold-up sur le suffrage universel.
 
On attend un code de bonne conduite qui doit être établi pour les primaires au sein de l'UMP. Il y en a besoin, vous craignez les coups bas de R. Karoutchi ?
 
Non, je crois qu'aujourd'hui il commence à y avoir une vraie maturité des partis politiques, et les primaires s'organisent de manière, je dirais, naturelle.
 
Souhaitez-vous, comme P. Devedjian le souhaite, que N. Sarkozy reprenne les rênes en direct de l'UMP ?
 
Pour moi, le président de la République est au-dessus des partis, j'ai une vision très gaullienne de sa fonction. Mais en même temps, c'est évident que l'UMP reste orpheline de N. Sarkozy.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 7 novembre 2008

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