Interview de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, à Radio Classique le 14 novembre 2008, sur le budget du ministère de la culture, le Forum d'Avignon et le projet de loi de réforme de l'audiovisuel public. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, à Radio Classique le 14 novembre 2008, sur le budget du ministère de la culture, le Forum d'Avignon et le projet de loi de réforme de l'audiovisuel public.

Personnalité, fonction : ALBANEL Christine, HEES Jean-Luc.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti : J.-L. Hees.- C. Albanel, soyez bienvenue sur Radio Classique. Je rappelle que vous êtes ministre de la Culture et de la Communication, c'est un ministère où on ne s'ennuie jamais et où on ne dort pas beaucoup non plus, puisqu'on vous voit en photo ce matin à l'heure du bouclage du Parisien, il devait être autour de minuit. Je voudrais qu'on parle du Forum d'Avignon, parce qu'on compare ça souvent au Davos de l'économie. Alors, on apprend surtout des choses qui sont assez étonnantes dans cette période de récession, où les gens s'inquiètent, c'est que c'est un immense marché la culture. Je sais que c'est un peu prosaïque de parler comme ça des belles choses de la culture, mais c'est très, très, très important. Il faudrait pousser cette croissance.
Absolument, vous avez tout à fait raison, je crois que le Forum d'Avignon, c'est une première, ça va permettre de mettre ensemble finalement beaucoup de gens qui se connaissent peut-être mais qui ne se parlent pas, aussi bien, bien sûr, des politiques, aussi des personnalités européennes, comme V. Redding, des politiques, comme le ministre allemand, des élus, de grands élus locaux qui ont vu leur vie transformée par la culture, je pense par exemple au maire de Bilbao, des grands patrons, bien sûr, des Télécom, ou du côté de la télé, des grands créateurs. Evidemment, un panel qui est tout à fait international. Justement, pour se dire : quels sont les rapports de l'économie et de la culture ? Et vous avez raison de le souligner, aujourd'hui, la culture au sens large c'est 500.000 emplois en France, directs, c'est probablement plusieurs millions d'emplois indirects, c'est 5 millions en Europe, c'est près de 30 milliards de chiffre d'affaires, tout confondu. Enfin, c'est un objet, en tout cas un facteur de développement et d'un développement très humain, qui est très proche des rythmes des hommes et des femmes.
Alors, est-ce que tout le monde comprend cela, même autour de vous ? Parce que, souvent, on a l'impression que c'est un peu, pardonnez-moi l'expression, "une danseuse" la culture, c'est-à-dire, ça coûte cher, et donc ce sont en général les premiers budgets aussi qui souffrent un peu en période de récession ?
Pas trop quand même j'ai trouvé, parce que, au fond, il y a comme une volonté du Président, du Premier ministre, de garder cette espèce d'exception française qui fait que, même dans un budget extrêmement serré, j'ai eu quand même un plus, + 2,6, avec des ressources extrabudgétaires dedans, mais quand même, un plus. Donc, je crois que la culture n'est pas mal traitée. Mais c'est vrai qu'il faut le faire comprendre, et en même temps, on s'aperçoit que l'année où il y a des grèves dans les grands festivals...
Avignon, on s'en souvient.
...en 2003, c'est le moment où tout à coup vous avez une situation à Avignon catastrophique, à Aix, partout, et vous vous apercevez que ce sont des villes dont une part de l'économie repose entièrement, en effet, sur leur dimension culturelle. Si demain, vous prenez Bilbao, vous fermez le Musée, vous voyez... Bilbao redeviendra cette ville grise que personne ne connaissait. Regardez les projets aussi, en termes de rayonnement, d'Abou Dhabi, notre Louvre qui s'exporte comme ça, et qui devient vraiment observé du monde entier. Je crois que c'est aussi une façon de montrer notre savoir-faire et on peut gagner beaucoup de marchés au plan culturel.
Il y a un danger aussi à ce que notre ministre de la Culture devienne un chef d'entreprise, non ?
On en est quand même loin, je dois dire. Je crois qu'il est excellent en effet, de montrer qu'il y a ce lien économie et culture. Pour autant évidemment, nous ne sommes pas...et ça doit faire partie d'ailleurs des débats, c'est-à-dire, mettons le marché et la culture. On sait qu'il y a certains domaines, comme le marché de l'art, c'est compliqué. On sait par exemple, qu'il y a beaucoup de spéculation, et qu'en même temps, il y a aussi des grands créateurs. Donc, jusqu'où faut-il aller justement, pour quand même ne pas perdre son âme ? Mais enfin en France on est quand même loin, parce que nous avons aussi une grande tradition d'une politique d'Etat et de collectivités de soutien à la culture, ce qui fait que la culture donne beaucoup, rapporte beaucoup, mais on lui donne aussi beaucoup, et on crée les conditions. Notre but, aujourd'hui, c'est de créer les conditions du développement, et particulièrement des petites maisons. Je trouve qu'il y a des... j'essaye de vraiment pousser cela, c'est-à-dire, tous les indépendants...
Qui souffrent beaucoup de la numérisation, je pense à l'industrie du disque, par exemple.
Bien sûr, qui souffrent beaucoup du piratage, du téléchargement. Dans le secteur de la musique, 98 % des maisons ont moins de 20 salariés, on est en fait dans un univers de PME. Vous avez tout le secteur du cinéma, tous ces gens qu'on voit au générique en fait à la fin de chaque film. Il y a beaucoup, beaucoup d'indépendants, mais on est très performants en France. On a par exemple, le secteur de l'animation, des dessins animés, les premiers au monde, on ne le sait pas assez. Et je crois qu'il faut créer les conditions favorables de développement pour tous ces secteurs. C'est le plan du livre, c'est le plan marché de l'art, voyez, ce sont toutes ces actions.
Ce qu'on ne sait pas non plus, par exemple, c'est que les Etats-Unis, la principale exportation des Etats-Unis, ce sont les produits audiovisuels, avant l'aviation, avant Boeing...
On a toujours dit que le cinéma damnait le pion de loin à l'industrie automobile, même quand elle se portait bien.
Même quand elle se portait bien. Alors, les sujets qui fâchent, il y en a quelques-uns tout de même. Par exemple, vous souhaitez... enfin, j'imagine que vous souhaitiez aussi, comme la patronne de la Comédie Française, un peu décentraliser cette belle maison de Molière, et de l'amener à Bobigny, et ça coince de partout.
C'est-à-dire... Je continue... Je pense que c'est un beau projet, c'est vrai qu'il y a cette idée que la Comédie Française ait une deuxième grande salle, qui permette d'étendre son activité, de travailler autrement, de travailler aussi avec les jeunes, beaucoup plus, de rencontrer de nouveaux publics. Donc, il y a eu cette idée effectivement de franchir le périphérique et des installations à terme ailleurs, à Bobigny - ça avait été la proposition effectivement qui avait été faite, et discutée en conseil d'administration en mai dernier. Moi, j'avais trouvé que c'était une proposition très belle, très intéressante, on l'a expertisée, on a travaillé, on a réuni ensuite toutes les collectivités, la maire, qui est une maire communiste, on a vu monsieur Bartolone. Et tout le monde était absolument d'accord pour ce projet.
Pourquoi ça coince alors ?
Ça coince...
Ça n'illustre pas une certaine méfiance quand même du milieu théâtral vis-à-vis de votre ministère ou du Gouvernement.
Bien sûr, Bien sûr. P. Sommier, qui dirigeait la MC93 a été, bien sûr, prévenu ; L. Schweitzer, qui préside... avait aussi prévenu en temps et heure, et en disant bien à tous qu'on entrait dans une phase qui allait prendre deux, trois ans. Nous ne sommes pas dans un système où on dit : "Attendez ! Demain matin, ça y est, révolution, tout est changé". On dit : il faut construire ensemble quelque chose, mais c'est intéressant, tout le monde peut être demandeur. Alors, c'est là où après il peut y avoir des tensions, des incompréhensions peut-être.
Il y en a...
Oui, il y en a forcément, et dans le spectacle vivant que vous connaissez, c'est plus simple de ne rien bouger, franchement. Si on veut avoir une paix complète, il ne faut pas avoir de projet. Là, je continue à penser qu'il y a un projet, il y a peut-être des explications à avoir, avec la troupe notamment, qui, pourtant, connaissait le projet, le Comité des sociétaires l'avait approuvé, mais il y a sûrement encore des discussions à avoir.
Projet pas abandonné, en tout cas, donc il faut réfléchir.
Pas abandonné, je trouve que c'est un beau projet.
La loi sur l'audiovisuel public ?
Alors, elle commence ; rendez-vous le 25 novembre.
Là aussi, on sent une grande interrogation des personnels, qui craignent un plan social, à France Télévisions. On ne sait pas trop comment on peut financer tout ça surtout en période de crise. Les députés, de droite ou de gauche, ont du mal à imaginer de quel côté il faut aller pour financer... Enfin, faut-il taxer les autres chaînes. C'est compliqué là.
Ce qui est certain c'est que, c'est la plus importante réforme depuis plus de 20 ans, ça c'est sûr, donc il est...Vraiment, ça va être un vrai, vrai changement. Donc, c'est normal qu'elle suscite... on est dans cette phase juste d'avant, le jour d'avant, donc, il y a forcément des inquiétudes ou autres. Mais ce que je veux dire c'est que, ce qui est prévu...bon, la suppression de la publicité pour avoir encore une fois des horaires différents de diffusion : 8 heures et demi, début des émissions, 10 heures et quart, deuxième partie de soirée, vraie deuxième partie de soirée, ne plus...moins dépendre quand même de l'image, d'aller plus loin, du côté des émissions culturelles, de pouvoir aller plus loin vers plus de films, plus de fictions, il y a beaucoup d'engagements...
C'est compliqué la culture aussi ? Regardez les efforts faits, je pense à des émissions littéraires ça ne marche pas très très bien.
C'est vrai, mais il faut d'ailleurs garder... Il faut laisser aussi du temps pour voir si les émissions s'installent ou pas, il faut bien sûr garder de la souplesse et de la réactivité, il faut pouvoir inventer. Donc, je trouve qu'il y a quand même tout ce projet, avec des financements malgré tout qui sont garantis. Or actuellement, précisément sur fond de crise, quand on discute bien sûr avec toutes les télés, toutes les radios, et on sait bien, il y a vraiment des grandes craintes autour du marché publicitaire, et là, c'est au contraire des ressources garanties par l'Etat, et garanties à partir d'estimations faites au fond en 2007, à un moment où le marché publicitaire se portait bien. C'est dire que, je pense que ce n'est pas du tout, du tout, une mauvaise affaire.
Il y a une question de fond, tout de même, c'est que beaucoup de gens dans ce métier, et des citoyens aussi, se disent : qui est directeur des programmes de France Télévisions ? C'est N. Sarkozy, c'est le ministre de la Culture, c'est... ? Je dis ça parce que, vous avez vous-même critiqué - je pense à J. Courbet dans une émission...
Oui, mais ça, je regrette vraiment. J'avais répondu à une question une fois, ça a été après toute une polémique qui s'est instaurée qui, vraiment je l'ai dit, n'a pas lieu d'être, et je regrette d'avoir blessé J. Courbet.
Je parle de...
Il n'y a pas de... Clairement, les personnes qui font les programmes ce sont les programmateurs de France Télévisions, et je pense que ce sont les seules personnes qui peuvent faire les programmes et qui ont vocation à les faire. Maintenant, dans le cahier des charges, nous exprimons effectivement des attentes pour, par exemple, plus diversité, ça va être un...c'est un thème, pour, c'est vrai, plus de place pour certaines émissions culturelles, pour le spectacle vivant en direct. Il y a une série d'attentes qui sont se sont exprimées, pour le nombre de films qui a tendance tout de même aussi à baisser, avec ce qui peut donner envie de faire des films. On exprime des attentes pour qu'aussi on invente derrière et qu'on propose des choses.
N'est pas Pivot qui veut non plus, enfin, je pense aux émissions littéraires...
Voilà, non, non, il faut trouver sans doute les nouvelles personnalités, et ces attentes, les dirigeants de France Télévisions répondent par des engagements, c'est-à-dire, c'est vraiment le fruit d'un dialogue. Et clairement, les programmes sont faits par les dirigeants de France Télévisions et par nul autre.
Donc, P. de Carolis et P. Duhamel...
Oui, bien sûr...
...vont mener jusqu'au bout...
Bien sûr, la loi prévoit d'ailleurs que... la loi dit explicitement qu'elle ne met pas fin au mandat des présidents en cours, et qu'il y a une réforme à mener, il s'agit maintenant de la mener.
On leur souhaite de passer un bon week-end et à vous aussi Madame, merci beaucoup.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 14 novembre 2008

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