Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "Europe 1" le 15 septembre 2008, sur la multiplication des actes de piraterie à l'encontre de bateaux de pêche ou de plaisance et les mesures de précaution souhaitables. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "Europe 1" le 15 septembre 2008, sur la multiplication des actes de piraterie à l'encontre de bateaux de pêche ou de plaisance et les mesures de précaution souhaitables.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel, FOGIEL Marc-Olivier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche;

ti : M.-O. Fogiel.- Bonjour M. Barnier. Vous êtes le ministre de l'Agriculture et de la Pêche. Un thonier de Concarneau a déjoué samedi une attaque de pirates au large de la Somalie. C'est la huitième attaque depuis début juillet, la vingt-quatrième depuis le premier semestre 2008. On rappelle que, par ailleurs, deux Français qui naviguaient sur un voilier sont toujours en otages dans la région. Alors, M. Barnier, vous avez demandé hier au Premier ministre d'organiser une réunion interministérielle d'urgence à propos de la piraterie maritime. Comment peut-on assurer la sécurité des thoniers qui travaillent près de la Somalie ?
 
D'abord, ces actes de piraterie se multiplient, vous l'avez dit, huit attaques en quelques mois, et pas seulement contre des marins pêcheurs. Il y a eu des attaques contre des bateaux de plaisance et pas seulement dans l'Océan indien ; en Asie, il y a également de telles attaques, qui montrent à la fois une multiplication des risques et puis des pirates qui n'hésitent pas à s'attaquer à des bateaux qui ne sont pas de petits bateaux. Les bateaux dont nous parlons, qui pêchent le thon tropical dans l'Océan indien, ils font 70, 80 mètres ; ce sont des thoniers senneurs congélateurs, de gros bateaux.
 
Et l'équipage est nombreux, 20 hommes à bord. Est-ce que l'armée française doit assurer leur protection ?
 
Alors, j'ai demandé au Premier ministre, compte tenu de la multiplication de ces risques, qui touchent maintenant des marins professionnels dont je suis le ministre, de réunir les ministres concernés. Il y a le ministre de la Défense, il y a le ministre des Affaires étrangères et puis le ministre du Tourisme et des Transports. Il y a plusieurs actions possibles, je le pense. Ce qu'il faut mettre en ordre maintenant, c'est une action diplomatique vis-à-vis des pays qui sont riverains de ces mers et où se réfugient à coup sûr ces pirates. Donc, une première action vers ces pays. Une action européenne. Dans les 55 navires européens qui pêchent actuellement en Océan indien le thon tropical, il y a des bateaux espagnols, des bateaux français.
 
Donc, vous voulez une action de l'Union européenne dans ce dossier ?
 
Je vais poser cette question au niveau de l'Union européenne, notamment pour qu'on agisse dans le cadre d'une organisation internationale, qui s'appelle l'Organisation maritime internationale, ou au Nations Unies pour mener un programme de lutte contre la piraterie dans ces eaux.
 
Mais sur l'armée française, vous voulez qu'elle assure la protection ?
 
Oui, je pense que l'armée doit se sentir concernée. En tout cas, nous allons poser cette question. Il s'agit des eaux internationales. Donc, c'est moins facile que, par exemple, dans les eaux autour de La Réunion ou en Guyane. J'ai moi-même vu la Marine française agir très efficacement contre un autre risque qui est celui de la pêche illégale, et ave des moyens lourds.
 
Mais, M. Barnier, dans certaines régions du monde, on a réussi à mettre fin à la piraterie ; dans le détroit de Malaga, les pays côtiers, la Malaisie, Singapour, ont créé des systèmes de gardes-côtes ; ça a marché, la piraterie a diminué. Faut-il mettre en place des forces internationales dans ces régions ?
 
Vous l'avez dit vous-même, on ne peut pas se passer des pays riverains, qui sont soit dans leurs eaux internationales, soit dans la proximité de leurs eaux internationales. Je pense qu'il y a plusieurs méthodes pour limiter ou maîtriser ces risques. D'abord, il faut que ces bateaux pêchent de manière un peu plus collégiale, et non pas de manière isolée. Je pense qu'on peut, avec des moyens dont nous disposons, par exemple à Djibouti ou La Réunion, dans certains endroits - il faut faire attention aux distances - faire des surveillances aériennes ; peut-être, pour certains convois, faire comme on le fait dans le cadre de convois humanitaires, une protection, des missions de protection. En tout as, je veux que cette question soit posée, d'abord au sein du Gouvernement français - c'est ce que va faire le Premier ministre...
 
Quand aura lieu cette réunion interministérielle d'urgence ?
 
Elle aura lieu dans les jours qui viennent.
 
Très bien. Est-ce que vous réclamez aussi une opération navale préventive ?
 
Cela dépend si vous avez repéré où se trouvent les gens qui veulent vous attaquer. Moi, je pense davantage à des missions de surveillance, et de surveillance aérienne notamment.
 
Donc, pour terminer, le conseil aux pêcheurs qui pêchent du thon au large de la Somalie ?
 
Ecoutez, ce sont des professionnels. On a vu d'ailleurs qu'avec beaucoup d'intelligence, le patron de ce navire, le Drennec, avait su déjouer ces actes de piraterie. Peut-être essayer de pêcher ensemble et pour l'instant, prendre toutes les précautions nécessaires. Mais nous allons être solidaires, comme j'ai voulu le dire par cette demande de réunion interministérielle.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 15 septembre 2008
 

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