Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à France 2 le 18 novembre 2008, sur la négociation des conflits sociaux et du travail à la SNCF, la retraite et l'âge de cessation d'activité , ainsi que sur le travail du dimanche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à France 2 le 18 novembre 2008, sur la négociation des conflits sociaux et du travail à la SNCF, la retraite et l'âge de cessation d'activité , ainsi que sur le travail du dimanche.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
F. Laborde.- Avec F. Chérèque ce matin, nous allons, oh ! surprise, parler social, et nous allons parler dialogue social plutôt que de grèves, parce que, finalement, la CFDT-Cheminots, les cheminots, ont donc décidé de repousser leur préavis de grève qu'ils avaient déposé. Racontez-nous comment ça s'est passé.
C'est la première fois que ça arrive à la SNCF : la CFDT et la FGAAC, qui est le deuxième syndicat, qui forment une alliance syndicale à la SNCF, a déclenché il y a quelques jours ce qu'on appelle, "une alarme sociale", dans le cadre de la loi, c'est-à-dire une menace de grève née avant la possibilité de négocier. Nous avons négocié tout le week-end avec la direction de la SNCF, je dis "nous", ce sont les syndicats de la SNCF. On est arrivés à un accord plutôt intéressant, c'est-à-dire...
Alors, il faut dire que le conflit porte sur le fret, sur les marchandises pas les voyageurs...
Oui, mais en même temps, c'est sur le fret et l'organisation du travail des cheminots qui travaillent sur le fret, en particulier la nuit. Mais on sait très bien que, demain, ce sera le cas pour les voyageurs. Donc, on est arrivés à un accord plutôt satisfaisant avec la SNCF, donc on a décidé, la CFDT, la FGAAC, de déplacer ce mot d'ordre de grève à la fin de la semaine, en attendant que le Gouvernement reprenne les éléments de la négociation dans un décret. Si le Gouvernement reprend les éléments de cette négociation dans le décret, vraisemblablement les cheminots décideront de ne pas faire grève, et on aura fait la démonstration, pour une fois, qu'à la SNCF, il vaut mieux négocier que faire grève, il vaut mieux une bonne négociation qu'une mauvaise grève, au bénéfice des cheminots qui auront satisfaction et qui ne perdront pas une journée de travail, mais surtout au bénéfice des usagers qui, eux, pourront prendre leur train pour aller travailler. Je crois que c'est une démarche moderne pour le syndicalisme.
Pourquoi SUD-Rails ne s'est pas associé à cette démarche ?
Parce que, je crois qu'à la SNCF, il y a des syndicats qui préfèrent cogner avant de débattre. Et nous, on préfère négocier plutôt que de faire grève systématiquement. Ce qui ne veut pas dire qu'un jour on n'aura pas besoin de faire grève.
Regardons le transport aérien : là, le Sénat a adopté cette nuit le décret qui permet, entre guillemets, aux pilotes et aux personnels navigants de rester à bord jusqu'à 65 ans, avec quand même des modifications...
Des modifications importantes, en particulier les sommes de départ à la retraite qui sont importantes pour les pilotes. Mais ce que je voudrais souligner par rapport à ce problème-là, là aussi c'était une grève qui aurait pu être évitée. Si le Gouvernement arrêtait un petit peu ce qu'il fait maintenant depuis plusieurs mois, c'est-à-dire de tout décider par des amendements au Parlement, et qu'il privilégiait la négociation, le dialogue, on pourrait éviter ce genre de grève. Or le Gouvernement a choisi de décider son mode de dialogue social, au lieu de passer par la négociation, il passe en catimini avec des députés ou des sénateurs la nuit, et il provoque des conflits dans les services publics.
Vous voulez dire que depuis quelques mois vous sentez un changement dans les méthodes justement de...
Quand le président de la République est arrivé, il a dit qu'il favoriserait le dialogue social, avec une loi qui dit : on passe par la négociation avant de changer la loi. Or, là, on assiste, petit à petit, à des amendements par les parlementaires, sans débats avec les partenaires sociaux - c'est le cas de ces fameuses retraites à 70 ans...
Oui, j'allais y venir...
...qui provoquent des conflits. On ferait mieux de revenir au dialogue et d'essayer de trouver des solutions par le dialogue.
Il y a certains secteurs où on a entendu, ici et là, des gens qui disent : mais après tout, oui, je ne suis pas contre l'idée de travailler jusqu'à 70 ans. C'est vrai, ce n'est pas vrai, c'est quoi... ?
Mais nous, on ne veut pas empêcher certaines personnes de travailler jusqu'à 70 ans. On nous parle de G. Roux et du professeur Montagnier ; arrêtons le ridicule ! On ne veut pas empêcher G. Roux...
Oui, ou R. Hanin qui est acteur à 83 ans.
Arrêtons le ridicule ! Qu'est-ce qui est en train de se passer avec cette histoire de retraite à 70 ans ? Qui, je rappelle, à l'inverse de ce que dit monsieur Bertrand, on n'en a jamais parlé, jamais parlé ! Qu'est-ce qui est en train de se passer ? C'est un faux choix qu'on va donner à certains salariés. On va avoir de plus en plus de salariés qui vont arriver à 65 ans, avec une toute petite retraite, et à ces personnes-là on va leur dire : vous avez deux choix, ou vous restez pauvres et vous arrêtez de travailler, ou vous continuez à travailler jusqu'à 70 ans pour améliorer vos retraites. Nous ne pouvons pas accepter cette disposition tant qu'on n'aura pas réglé le problème des basses pensions. Or le Gouvernement refuse de régler le problème des basses pensions et fait diversion sur ce sujet.
Donc, vous, ce que vous dites, c'est qu'en fait, ceux qui travaillent à 70 ans, c'est parce qu'ils n'ont pas les moyens de faire autrement ? Ce n'est pas comme dans les professions libérales où certains exercent très, très tard ?
On peut très bien, branche par branche, décider des professions qui peuvent travailler jusqu'à 70 ans pour des raisons d'intérêt, en particulier intellectuel. Mais nous...
On peut cumuler aussi parfois retraite et autre activité...
Mais tout ça est dans la loi. Mais là, on est en train de faire croire que c'est un choix qu'on offre, mais c'est un faux choix. Il y a des personnes, en particulier celles qui sont actuellement au chômage, qui sont victimes de la crise, qui n'auront pas une carrière complète. Elles vont se retrouver à 65 ans avec des retraites de 500-600 euros. Quel va être le choix de ces personnes-là ? ! Nous préférons régler le problème dans le niveau de pension et on verra après le problème des 70 ans et le choix.
D'autant qu'aujourd'hui, en France, l'âge réel de la cessation d'activité, je ne parle même pas du départ à la retraite, c'est plutôt en dessous de 60 ans qu'à 65 ?
C'est le côté ubuesque de cette disposition. Notre souci syndical aujourd'hui, c'est que les salariés travaillent au moins jusqu'à 60 ans. Actuellement, les salariés, et on voit la crise économique, que font les entreprises ? On est en train d'évacuer les salariés de plus de 55 ans des entreprises. Donc, préoccupons-nous des salariés de 55 à 60 ans, réglons le problème des basses pensions, et on verra le travail jusqu'à 70 ans après.
Oui, parce que ça va concerner une toute petite minorité de personnes...
Oui, mais surtout, on est dans un gouvernement qui nous dit actuellement : "si vous voulez avoir un meilleur salaire, travaillez le dimanche ou faites des heures supplémentaires. Si vous voulez avoir une bonne retraite, travaillez jusqu'à 70 ans. Si vous voulez une bonne santé, prenez une bonne mutuelle". On est sur des droits sociaux en kit, on a le minimum par la loi et le maximum, à condition qu'on fasse des efforts individuels. On est en train de transformer notre système social et c'est ça le plus contestable actuellement.
Alors, vous évoquiez justement le travail du dimanche, on voit que le Gouvernement a l'intention de faire passer un décret assez rapidement, dans la première quinzaine de décembre. Et on entend, ici et là, un certain nombre de salariés qui dit : "mais moi, je suis pour travailler le dimanche, ça m'arrange, je suis payé plus, je fais des études, je suis étudiant, c'est épatant..."
Il y a des salariés qui travaillent le dimanche aujourd'hui. Il y en a. Donc, là aussi, ne faisons pas croire que les syndicats sont totalement contre le travail du dimanche. Moi, je viens du secteur hospitalier, je sais très bien ce que c'est que travailler le dimanche. Mais petit à petit, on est en train de changer la société. On est en train de faire du dimanche un jour ordinaire. Mais derrière le travail du dimanche des magasins, vous allez avoir des transports, des transports de marchandises, donc le fait que les camions vont devoir rouler le dimanche. Il va y avoir les services publics, les transports publics, il va y avoir les crèches, il va y avoir petit à petit toute une activité qui va se faire le dimanche, et le dimanche ne sera plus un jour ordinaire (sic). Or dans notre société, le dimanche est un jour particulier. Et c'est de cela qu'on veut débattre. Une fois qu'on aura débattu de ce problème-là, il doit y avoir des négociations entre partenaires sociaux sur comment on règle le problème du travail du dimanche. On va avoir dans notre pays certains qui vont travailler le dimanche, payés double, et d'autres qui ne le seront pas. Donc, on ne peut pas, encore une fois, régler ce problème de société en catimini par une loi qui passe à la va-vite au Parlement.
Est-ce que ce n'est pas plus difficile en terme de crise, c'est-à-dire où on voit que l'activité économique est totalement contractée, d'avoir des revendications sociales, parce qu'on se dit : franchement, ce n'est peut-être pas l'urgence à demander autre chose.
Notre travail c'est d'être auprès des salariés pour les aider dans leurs difficultés, c'est ce qu'on fait dans les entreprises qui sont en difficulté. Mais en même temps, on ne peut pas accepter un discours qui nous dit : si vous voulez vous en sortir dans votre vie, travaillez le dimanche, ou bien consommez le dimanche. Ce dont ont besoin les salariés, ce n'est pas d'un septième jour pour consommer, c'est plus de pouvoir d'achat. Donc, là, on a, je dirais, une diversion par un discours qui n'est pas juste socialement, de la part du Gouvernement et parfois du patronat.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 18 novembre 2008
 

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