Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 19 novembre 2008, sur la situation des étrangers sans-papiers et le rôle d'alerte des médias et des associations. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 19 novembre 2008, sur la situation des étrangers sans-papiers et le rôle d'alerte des médias et des associations.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour B. Hortefeux.
 
Bonjour J.-M. Aphatie.
 
T. Prouteau de la rédaction d'RTL a raconté, hier, ici même, l'histoire de Victorine Dikobo, une jeune femme camerounaise arrivée en France en 2001. Elle a accouché en janvier 2004 d'un enfant conçu avec un homme de nationalité française, et elle a obtenu ainsi un titre de séjour sur le territoire. Cet enfant est mort trois mois plus tard. Elle a eu ensuite deux autres enfants avec un autre homme qui, lui, n'est pas Français. Début novembre 2008, la préfecture des Hauts-de-Seine considérant, je la cite, que "son enfant est décédé" a souhaité son départ du territoire national. Cette décision préfectorale a suscité une grande émotion ; et vous avez décidé vous-même, B. Hortefeux, hier soir, d'annuler la décision du préfet des Hauts-de-Seine. Avait-il commis une erreur d'appréciation, B. Hortefeux ?
 
D'abord, en termes d'erreur, je voudrais soulever juste un point de forme. Les médias, les journalistes ne sont pas le plus souvent d'ailleurs à juste titre, avares de critiques ou de remarques qui sont dans leur rôle concernant le fonctionnement des responsables publics. Moi je voudrais juste formuler une remarque sur ce que j'ai entendu, hier matin, à l'antenne. Sur l'antenne RTL. Qu'est-ce que j'ai entendu ? Qu'est-ce que les auditeurs ont entendu ? Une affirmation assénée... assénée concernant effectivement la situation d'une jeune femme étrangère. Affirmation assénée sans vérification préalable, sans contact avec les services préfectoraux des Hauts-de-Seine comme vous venez de le citer, sans interrogation auprès de mon ministère et un reportage donnant la parole à tous, sauf à l'Administration. Alors, comprenez-moi bien, M. Aphatie, il ne s'agit surtout pas de dire ou de considérer que RTL serait une station partiale. Mais à tout le moins sur cette affaire, un peu partielle.
 
Alors, juste une réponse puisque vous mettez en cause le travail de T. Prouteau, qui s'en expliquera. Nous avons raconté l'histoire de Victorine Dikobo, telle qu'elle s'est produite puisque vous-même vous avez souhaité surseoir à la décision du préfet des Hauts-de-Seine. La politique que vous menez touche des cas individuels. Nous le racontons sur l'antenne. Si c'est fait imparfaitement, T. Prouteau s'en expliquera sans doute tout à l'heure au micro. Mais en tout cas, nous le faisons avec le souci d'être justes dans la relation des histoires que nous racontons sur l'antenne.
 
Vous avez raison de le préciser et je pense que j'ai aussi raison d'indiquer la perception que j'ai eue en écoutant un reportage qui ne donnait pas la parole à l'Administration qui était décisionnaire.
 
Alors sur le fond, pourquoi avez-vous suspendu la décision du préfet des Hauts-de-Seine ?
 
Sur le fond, vous avez récapitulé très bien la situation. Il s'agit effectivement d'une jeune femme qui est venue, il faut le préciser, en 2001 sur le territoire français sans visa, c'est-à-dire sans autorisation, de manière illégale et irrégulière. Cette femme a un enfant avec un Français, Français d'origine camerounaise, Français, et cet enfant - c'était en 2004- cet enfant malheureusement décède. Ce qui est naturellement un drame terriblement éprouvant, quelques mois après. Quelle est la loi ? Quels sont les principes ? C'est que quand on est parent d'un enfant français, et d'ailleurs quand on s'occupe effectivement de cet enfant, on bénéficie d'une autorisation de séjour. C'est-à-dire que contrairement à ce qui a été affirmé, hier matin, cette jeune femme a donc eu une autorisation de séjour confirmée après le décès de l'enfant.
 
Absolument.
 
Alors vous me dites qu'il y a eu... enfin vous m'interrogez sur les raisons qui m'ont amené à préciser les choses. Vous savez, c'est très simple. La réalité, c'est que cette autorisation a été administrativement remise en cause alors qu'à mes yeux, il n'y avait pas d'élément nouveau. Quel est le rôle d'un responsable public ? Quel est le rôle d'un ministre ? C'est naturellement de jeter les bases, le socle des principes d'une politique à la demande du président de la république et du Premier ministre ; mais c'est aussi de corriger les dysfonctionnements de l'administration quand il y en a...
 
Là, il y en avait un, B. Hortefeux.
 
...Il faut le faire calmement, il faut le faire avec sérénité, il faut le faire avec le souci de justice et d'humanité ; et j'ai donc décidé de confirmer l'autorisation de séjour de l'intéressée.
 
Il y avait donc un dysfonctionnement de la préfecture des Hauts-de-Seine ?
 
Je crois qu'il y a deux leçons à tirer : une leçon pour vous et une leçon pour nous. La leçon pour vous, c'est que la vérité n'empêche pas la rigueur. Et une leçon pour nous, c'est que la fermeté ne s'oppose pas à l'humanité.
 
La rigueur est toujours présente sur l'antenne d'RTL, c'est pour cela que je vais reformuler la question : il y a une erreur d'appréciation de la part du préfet des Hauts-de-Seine, B. Hortefeux ?
 
Il n'y avait pas d'élément nouveau ; donc, il n'y avait pas de motif à une évolution de la décision concernant l'autorisation de séjour. C'est pour cela que j'ai décidé de la corriger, et de corriger ce dysfonctionnement.
 
Donc, la médiatisation de l'affaire a au moins servi à comprendre que la préfecture des Hauts-de-Seine, sur ce dossier, avait pris une mauvaise décision.
 
Les médias comme les associations ont un rôle que je suis heureux de saluer à nouveau.
 
Nous apprécions que vous le saluiez. Un autre dossier difficile d'expulser est sur votre bureau, B. Hortefeux : il s'agit de cette trentaine d'Afghans que vous aviez prévus de reconduire à Kaboul, en compagnie d'autres immigrés afghans qui venaient de Grande- Bretagne ; et puis, le charter qui devait les ramener, vous avez décidé finalement de ne pas le faire décoller lundi. Que vont devenir ces Afghans qui sont actuellement en situation illégale à Calais, B. Hortefeux ?
 
C'est effectivement la situation de 37 Afghans qui étaient sollicités par le Royaume-Uni pour participer à un vol retour conjoint. Cela permet de préciser un peu les choses. D'abord, la première chose c'est que ces Afghans ne souhaitent pas demeurer en France. Il ne faut pas que l'opinion publique croie qu'ils veulent se cramponner en France. Pas du tout. Sur ces 37 Afghans, il y en a un seul, un seul, qui a demandé le statut de réfugié. Les autres, pour des raisons sans doute de proximité familiale et autres, linguistiques parfois, souhaitent impérativement partir au Royaume-Uni.
 
En Grande-Bretagne.
 
Deuxième élément : les Britanniques organisent régulièrement des retours. Par exemple, depuis fin septembre, ils en ont organisé quatre. Et d'ailleurs, il faut savoir que 4 millions d'Afghans sont revenus sur le territoire afghan depuis la chute des Talibans. Donc pour notre pays, c'est très simple. A la demande du Président de la république et du Premier ministre, avec B. Kouchner, nous avons décidé d'adopter une ligne simple, claire, compréhensible : nous suivrons ce que le Haut Commissariat aux Réfugiés décidera. S'il considère que ces retours peuvent être organisés, nous le ferons. S'il considère qu'il y a des zones sécurisées, nous participerons à ce retour. S'il considère que ce n'est pas le cas, nous ne le ferons pas. C'est une ligne simple, claire et compréhensible.
 
Un point de détail sur ce dossier. On dit que l'Azerbaïdjan ne souhaitait pas que l'avion survole son territoire et que c'est ce qui a pu, lundi, motiver l'annulation du vol. C'est vrai ?
 
En tout cas, concernant la position française, ce qui a décidé l'annulation du vol, c'est ce principe, cette politique : nous suivons le Haut Commissariat aux Réfugiés.
 
Et on ne parlera pas de l'Azerbaïdjan, ce matin.
 
Décision avec B. Kouchner.
 
D'accord. D. de Villepin est traduit en correctionnelle pour l'affaire Clearstream. Un commentaire, B. Hortefeux ?
 
Ah ! De ce que j'ai lu dans la presse de ce matin, c'est que les deux juges ont signé l'ordonnance de renvoi en tribunal correctionnel. La justice doit poursuivre son cours et à son rythme. Pas d'autres commentaires.
 
C'est ça. On appelle ça de la langue de bois. On dit qu'au début de l'année prochaine, vous ne serez plus ministre de l'Immigration ; mais que vous serez peut-être -vous le souhaitez depuis longtemps- ministre de l'Intérieur, c'est vrai ?
 
Ecoutez, j'assume aujourd'hui la mission qui m'a été confiée par le président de la république avec passion et équilibre. Il faut les deux parce que ça touche à la personne humaine et donc cela conditionne l'avenir aussi de notre société. Pour le reste, je vous renvoie à l'académicien Bourbon Busset qui disait que "le sens de la mission doit toujours précéder l'ambition".
 
Académicien bien connu ! B. Hortefeux qui a salué le travail des médias dans les dossiers d'immigration -il fallait le souligner- était l'invité d'RTL.
 
V. Parizot : Voilà. Cela dit, pour être vraiment complet, je précise que nous étions prêts à vous donner la parole hier matin, on vous avait d'ailleurs appelé, assez tôt... Oui, mais après le reportage, pas pendant le reportage.
 
V. Parizot : Oui, oui, on vous invitait à réagir. Voilà. Merci Monsieur le ministre.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 20 novembre 2008
 

Rechercher