Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la notion d'exception culturelle, l'écononomie de la culture et la décentralisation culturelle, Avignon le 17 novembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la notion d'exception culturelle, l'écononomie de la culture et la décentralisation culturelle, Avignon le 17 novembre 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Forum européen d'Avignon "Culture, Economie, Médias", les 17 et 18 novembre 2008 ; inauguration du conservatoire de musique "Olivier-Messiaen" le 17

ti : ...Cette inauguration, madame le député-maire, ma chère Marie-José ; les discours sont inutiles, il suffit simplement d'écouter la musique et d'admirer le talent de ceux qui y enseignent et qui y reçoivent un enseignement.

Je voudrais vous dire tout le plaisir qui est le mien d'être parmi vous aujourd'hui pour une inauguration, une journée avignonnaise qui est placée sous le signe de l'exception. D'abord un évènement exceptionnel, puisque s'ouvre aujourd'hui le grand forum Culture de la présidence française de l'Union européenne. Et c'est tout naturellement à Avignon que nous avons choisi de l'organiser. Une nouvelle fois, la ville d'Avignon est hissée au rang de capitale culturelle de l'Europe.

C'est en soi un message politique. Ici, en Avignon, la France marque sa conviction que l'Europe est beaucoup plus qu'une affaire économique, beaucoup plus qu'une affaire politique, c'est une civilisation. Et une civilisation se définit d'abord par son âme et par sa sensibilité artistique. Face aux risques d'une mondialisation uniformisée, standardisée, nous croyons à l'exception culturelle, et l'exception culturelle nous pensons que c'est le respect du génie propre de chaque peuple.

La France s'honore d'avoir été parmi les premières à défendre ce principe dans toutes les instances internationales. Nos efforts ont abouti en 2005 à la Charte pour la diversité culturelle de l'Unesco. Il y a dix ans, l'exception culturelle était à tort assimilée à l'exception française. Aujourd'hui, on doit parler des exceptions culturelles, celle de chaque nation, celle que chaque nation a le devoir et le droit de préserver et de promouvoir.

La troisième exception, c'est, chère Marie-José, l'exception avignonnaise. Avignon, ce n'est pas une ville de culture, c'est une ville culture. Je veux dire par là que c'est une ville qui a fait le choix politique de conjuguer son héritage patrimonial et les forces vives de sa création. C'est une ville qui a fait le pari gagnant de l'économie de la création.

Tout le monde connaît le festival d'Avignon, mais peu de gens savent sans doute dans notre pays et au-delà que ce rendez-vous rapporte 20 millions d'euros de retombées financières pour la ville.

La culture, c'est donc aussi une économie, c'est même une chance économique. Et si je veux insister sur ce point, c'est pour faire tomber une fois pour toute cette idée fausse et sclérosante selon laquelle la culture serait un monde clos et une affaire d'élite.

C'est aussi pour signifier que la culture, ce n'est pas un luxe, un luxe que l'on s'offrirait en temps de prospérité. C'est aussi un instrument pour aller à la conquête de la croissance. La culture c'est un enjeu vital, c'est un enjeu dans la cité, c'est un enjeu avec la cité et pour la cité.

Avignon a le privilège d'être doté d'un capital culturel exceptionnel : le plus grand palais gothique d'Europe, 60 monuments classés, l'héritage de Jean Vilar. Et ce capital vit parce qu'il s'inscrit dans une stratégie globale qui est fondée sur la production, sur l'investissement, sur la recherche, si j'en juge par le projet de votre université de créer un pôle d'excellence culturelle.

Avignon consacre à la culture plus de 30 millions d'euros, 18 % de son budget. C'est certainement un record pour une commune de cette dimension. Votre ville affirme sa présence dans toutes les disciplines artistiques, du théâtre jusqu'à l'art contemporain en passant par le jazz. C'est d'ailleurs cet effort qui vous a valu, en 2000, le titre de ville européenne de la culture.

L'exemple d'Avignon me conforte dans une conviction ancienne, l'avenir de la culture n'est pas et n'est plus dissociable de celui des collectivités locales. Bien sûr, nous sommes tous des héritiers de Malraux, nous devons porter un regard reconnaissant sur l'époque de la décentralisation culturelle mais il faut nous tourner à présent vers l'action culturelle des territoires, là où surgit la création, là où naissent les projets, là où s'inventent les nouveaux partenariats, là où le public s'approprie ces passions.

L'Etat portant la lumière des arts dans nos provinces, c'est désormais une image d'Epinal, une image sans lien avec la réalité de la France du XXIe siècle. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Si le budget du ministère de la Culture représente 2,7 milliards d'euros, les communes y consacrent à elles seules autant.

Ici, en Avignon, force est de reconnaître que l'Etat n'a pas toujours pu être à la hauteur des enjeux de financement les plus lourds. Et je sais par exemple que Marie-Josée Roig est très fière de la part prise par les collectivités locales dans l'entretien des remparts.

Mais l'Etat ne doit pas s'en complexer s'il admet simplement qu'il ne peut plus faire tout tout seul en matière culturelle, non pas qu'il doive se désengager, bien au contraire. Mais qu'il commence par reconnaître une réalité, que nos vieilles habitudes centralisatrices ont, pendant très longtemps, masquée. Cela fait longtemps que les acteurs locaux sont passés du OFF au IN.

Moi, j'ai été longtemps un élu local, et parmi les nombreuses initiatives que j'ai eu l'occasion de soutenir, j'ai une tendresse particulière pour le festival de Sablé-sur-Sarthe. Je ne peux pas ne pas en parler ici, puisque avant d'être le directeur du conservatoire d'Avignon, votre directeur a été professeur de danse à l'école intercommunale de Sablé-sur-Sarthe. Il a même d'ailleurs enseigné la danse à ma fille. Cela n'a pas été une franche réussite puisqu'elle est devenue avocate et pas danseuse étoile, mais c'est dire la fierté de l'ancien maire de Sablé de savoir que le directeur du conservatoire d'Avignon a été formé à Sablé-sur-Sarthe.

En tout cas, en tant que maire, puis président du Conseil général du département de la Sarthe, j'ai porté sur les fons baptismaux ce grand rendez-vous de la musique baroque, qui nous avions créé à une époque où les baroqueux étaient des doux marginaux et qui étaient très mal en cour, surtout à Paris.

Trente ans plus tard, Sablé peut se flatter d'une belle dynamique culturelle, avec des retombées conséquentes. Et tout cela n'aurait jamais existé sans l'esprit visionnaire de quelques passionnés et sans le travail des élus locaux.

Les conservatoires sont une illustration tout aussi parlante de cette énergie culturelle qui se noue sur le terrain. En moyenne, l'Etat ne contribue qu'à hauteur de 9 % dans les budgets de ses conservatoires. Et d'ailleurs, ces crédits devront être transférés aux départements et aux régions en vertu de la loi de décentralisation de 2004.

C'est dire la responsabilité que la Nation confie désormais aux communes et à leur groupement en la matière. C'est dire la fierté qui peut être la vôtre quand vos efforts en faveur de votre conservatoire sont récompensés par un rayonnement régional, passer du statut départemental au statut régional, c'est désormais jouer dans la cour des grands.

Ce succès qu'Avignon vient de remporter ne tient pas simplement au fait que nous célébrons l'année Messiaen, vous le devez à l'engagement de votre ville qui a été l'une des premières villes de province à créer une Ecole de musique au début du XIXe siècle. Vous le devez à votre département de danse qui peut s'enorgueillir d'être l'un des tout premiers, autant par son offre pédagogique que par la qualité des cursus qu'il propose. Vous le devez à votre département de théâtre qui se distingue en délivrant de véritables diplômes et en étant labellisé "Pôle pilote" par l'Etat. Vous le devez au travail que vous effectuez en matière de musique, notamment en élargissant l'offre pédagogique à des disciplines nouvelles : l'accompagnement, la direction d'orchestre, les musiques actuelles, le jazz ou les disciplines vocales.

Je n'oublie pas aussi les liens anciens que vous avez su bâtir avec l'école. Nous savons tous combien il peut être contraignant pour des élèves et pour leurs parents de conjuguer scolarité et conservatoire. Mais là encore, c'est un domaine dans lequel vous avez su innover, en permettant à une forte proportion d'élèves d'être en classe à horaires aménagés, même pour le théâtre à partir de cette année.

Eh bien, je veux dire aux élèves comme aux professeurs, vous avez beaucoup de chance de pouvoir vous épanouir dans cette maison, au coeur d'une ville qui mise sur vous. Je vous souhaite à tous, que vous soyez professionnels ou que vous soyez simples débutants, que vous soyez passionnés de longue date ou amateurs d'un jour, d'être les acteurs engagés et enthousiastes des spectacles vivants.

La culture, comme le plaisir des sens, sont bien plus qu'une parenthèse éphémère, c'est une façon de célébrer la vie, c'est une façon de l'approfondir, c'est une façon de la partager. Les belles choses que je viens d'entendre me disent que vous avez choisi la bonne voie. Aussi, je veux vous dire, au nom de l'Etat, merci de tout coeur pour votre accueil et pour la qualité du travail qui est fait ici.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 20 novembre 2008

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