Interview de M. Gérard Larcher, président du Sénat, à Canal Plus le 24 novembre 2008, sur les pourparlers franco-allemands pour un plan de relance européen face à la récession économique, le travail le dimanche et l'audit sur les dépenses de fonctionnement du Sénat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Larcher, président du Sénat, à Canal Plus le 24 novembre 2008, sur les pourparlers franco-allemands pour un plan de relance européen face à la récession économique, le travail le dimanche et l'audit sur les dépenses de fonctionnement du Sénat.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard, ROUX Caroline, MERCADET Léon.

FRANCE. Sénat, président ; FRANCE. UMP, sénateur; ;

ti : M. Biraben, C. Roux & L. Mercadet M. Biraben : G. Larcher, le président UMP du Sénat est notre invité !
C. Roux : Le budget est en débat au Sénat, mais c'est le budget du Sénat qui a fait polémique, G. Larcher a baissé de 30 % ses indemnités et refuse que la Cour des comptes mette son nez dans les comptes du Sénat, alors que la majorité se prépare à une guerre de tranchée sur le travail le dimanche, même si on est loin, très loin des haines du PS.
M. Biraben : Bonjour G. Larcher.
Bonjour.
C. Roux : Bonjour.
M. Biraben : On va vous demander de choisir un camp avant de commencer l'interview. Est-ce que vous faites partie du camp de ceux qui se bidonnent franchement ou est-ce que vous faites partie du camp qui, faussement grave, dit : non, il faut que le PS soit fort ?
Ni faussement grave ni bidonné, j'allais dire, pour le PS, qui est un parti d'alternance, je trouve que c'est à la fois dérisoire par rapport aux temps que nous vivons, où nous parlons relance, où la préoccupation d'un certain nombre de salariés c'est aussi un éventuel plan de licenciements dans l'entreprise, avec des vraies interrogations, et en même temps, parce que le sujet, aujourd'hui, ce n'est pas le débat d'idées. Moi, je peux comprendre qu'à l'intérieur d'un Parti socialiste, on se pose la question de la refondation d'un socialisme face à la réalité aujourd'hui incontournable de l'économie de marché, mais j'ai l'impression que le débat, c'est d'abord une querelle de femmes, et que cette querelle-là ne suffit pas à faire rêver ceux qui ne partagent pas mes sentiment politiques, mais qui, dans une République, portent un certain nombre de valeurs.
C. Roux : Donc c'est une querelle d'ego ?
Oui, d'ego, et j'allais dire, un peu décalée par rapport au vécu de nos concitoyens...
C. Roux : Oui, mais ça, la droite l'a vécu aussi de la même manière, ça arrive dans la vie des partis...
Oui, mais là, on est vraiment dans une situation économique et financière qui nécessite que l'ego cède la place à l'intérêt collectif.
C. Roux : Très bien, l'intérêt collectif, on y vient, la relance, alors, N. Sarkozy reçoit aujourd'hui A. Merkel pour la convaincre de participer à un plan de relance économique européen. Et G. Brown, lui, annonce qu'il est prêt à baisser la TVA. Est-ce que c'est la bonne idée de baisser la TVA pour relancer la consommation et pour relancer l'économie ?
Je crois que les deux grandes nouvelles du jour, qui peut-être n'ont pas fait le scoop de ce matin, c'est à la fois ce Conseil des ministres franco-allemands - oui, dans Les Echos, mais j'ai entendu complètement tous les commentaires ce matin qui ne portaient que sur l'avenir du Parti socialiste - eh bien, je dois dire que... Conseil des ministres franco-allemands, un président de la République qui en président de l'Union européenne souhaite que l'Europe s'engage collectivement, ça a été...
C. Roux : C'est indispensable qu'il y ait un plan de relance européen, collectif ?
Oui, collectif, européen, d'ailleurs, c'est la demande y compris des pays qui sont hors de la zone euro. Nous étions réunis jeudi, les présidents de Parlements, avec le président du Parlement européen, pour parler du paquet énergie développement durable, et je peux vous dire qu'en coulisse, on parlait plan de relance économique, on parlait situation économique et sociale. Et puis, il y a G. Brown qui, lui, pose clairement, par la baisse de la TVA, certes dans une situation un peu particulière, parce qu'il a, lui, une baisse de consommation, une baisse de la valeur de la livre sterling - d'où l'intérêt de l'euro d'ailleurs - eh bien, G. Brown pose la question de la relance de la consommation avant les fêtes...
C. Roux : Alors, qu'est-ce que vous en dites, vous, est-ce que c'est une bonne idée de relancer la consommation ?
Je crois que d'abord relançons les investissements, d'une manière qui soit le plus immédiat possible, sur les projets qui sont prêts, en même temps, je crois qu'il ne faut rien s'interdire, si nous voyons que la consommation venait à baisser, il y a, là, des outils, et G. Brown, en tous les cas, en utilise un.
C. Roux : Vous, vous y seriez favorable ?
En tous les cas, ça mérite une analyse, il ne faut rien s'interdire, car nous ignorons la situation qui sera celle dans un mois par exemple, si la crise venait à durer...
C. Roux : Alors, pourquoi prend-il la décision, lui, aujourd'hui ?
Parce que lui, il a une baisse de consommation, parce que lui, il a une monnaie qui s'est affaiblie.
C. Roux : D'accord. Donc si la consommation en France marque le pas, il faudra baisser la TVA ?
Je ne dis pas qu'il faudra baisser la TVA, il faudra examiner les moyens de mesure de relance de la consommation, il y a d'autres leviers, vous savez, que la TVA...
C. Roux : Lesquels ?
Il y a aussi le levier des salaires, la réflexion sur le salaire minimum, est-ce qu'il y a un coup de pouce ou est-ce qu'il n'y a pas un coup de pouce, il faudra l'évaluer aussi par rapport à la situation des entreprises, pour ne pas aggraver la situation sociale. On sait que le coup de pouce a parfois des effets négatifs sur l'emploi ; voilà des vraies interrogations.
C. Roux : Est-ce que ce n'est pas le moment de trancher, de prendre ce genre de décision ?
Je crois que le moment de trancher, c'est le plan de relance économique, voilà pourquoi le président de la République est dans le bon tempo.
C. Roux : Est-ce qu'il a besoin absolument d'A. Merkel, comment il va faire ?
On ne peut pas imaginer une politique en Europe sans le couple franco-allemand. C'est, je crois, la préoccupation permanente du président de l'Union en exercice, du président du Conseil de l'Union en exercice, c'est une nécessité pour aujourd'hui et pour demain, en même temps, la France est...
C. Roux : Comment on fait - pardon, mais - pour faire un plan de relance sans A. Merkel, parce qu'elle n'a pas l'air totalement décidée ?
Vous verrez qu'il y aura un plan de relance en Allemagne, parce que l'Allemagne en a besoin, troisième trimestre de récession en Allemagne, l'Allemagne aussi en a besoin, en tous les cas, c'est ce que nos collègues parlementaires allemands ont laissé croire, quelle que soit leur sensibilité, quand nous étions dans les couloirs du Parlement européen, à Strasbourg.
C. Roux : Alors, vous, qui avez la chance d'être dans les couloirs du Parlement européen, est-ce que vous avez une idée du calendrier ou est-ce qu'il y a un calendrier que vous souhaitez voir mettre en place, est-ce qu'il faut aller vite sur la relance ?
Oui, je pense qu'il faut aller vite, que le premier trimestre doit être celui de l'engagement de ce plan de relance avec sans doute des procédures qu'il faudra accélérer, car le plan de relance, notamment par des investissements portant sur les infrastructures, les campus universitaires, la recherche, si on utilise des procédures classiques, de marchés publics, nous mettrons des mois et des mois, il nous faudra sans doute un outil d'accélération, c'est en tous les cas ce que je prône, moi, personnellement, parce que je vis le concret, je représente les collectivités territoriales au Sénat, et que nous savons la lenteur des procédures.
M. Biraben : On va passer au travail le dimanche, Caroline.
C. Roux : Mais oui, il y a une pétition qui a été signée par une cinquantaine de parlementaires, et qui fait polémique, qui sont opposés à l'idée du travail le dimanche. Déjà, vous, très personnellement, est-ce que vous êtes favorable à l'idée de travailler le dimanche ?
Moi, j'étais ministre du Travail...
C. Roux : Ben oui, on s'en souvient !
J'ai commandé le rapport au Conseil économique et social, il y a une réalité aujourd'hui : trois millions et demi de nos compatriotes travaillent le dimanche, sept millions, occasionnellement. C'est une réalité, c'est un mode de vie qui a changé. En même temps, le travail du dimanche, qui fut jadis celui du lundi, parce que les laïcs l'ont appelé la Saint Lundi jadis - donc le temps de repos est un acquis social très ancien - il a pris la voie des églises, donc on ne peut pas ne pas considérer qu'il s'agit, là, d'un choix de société, et qu'en même temps, la protection des salariés doit être faite. J'ai encore génétiquement des réactions de ministre du Travail. Ça veut dire : est-ce que la liberté...
C. Roux : Ça veut dire que vous n'êtes pas favorable...
...Est-ce que la liberté des salariés est respectée, est-ce que les temps de repos nécessaires seront assurés pour ces salariés ? Mais il y a une réalité, vous savez, aujourd'hui, tout le monde braconne, depuis des années, et je pense que l'intérêt de la proposition de loi, à l'issue du rapport du Conseil économique et social, c'est tenter d'organiser les choses plutôt que de feindre les ignorer. Et donc je pense que l'intérêt c'est d'ouvrir le débat entre ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, ceux qui souhaitent quelque chose de plus aménagé, et c'est l'intérêt du Parlement, on est toujours parfois scandalisé parce que le Parlement serait godillot, et dès qu'il y a débat au Parlement, on dit : c'est la fracture...
C. Roux : Non, c'est juste que la majorité est censée suivre à un moment le Gouvernement, c'est juste ce qu'on avait compris...
Eh bien, la majorité débat, et puis, à un moment, quand les choses essentielles sont en cause, elle est totalement loyale au Gouvernement, mais c'est un sujet qui mérite débat.
M. Biraben : Léon, il a une question pour vous de la part d'un téléspectateur.
L. Mercadet : Oui, Monsieur le Président, vous n'échapperez pas à la question sur le niveau de vie du Sénat, une question de Ouane (phon) : pourquoi les contribuables subventionnent les billets de train, la moitié des billets d'avion, les whiskys à 50 centimes à la buvette du Sénat, alors que le sénateur touche une indemnité mensuelle de 11.540...
Le sujet, pardonnez-moi, on le prend par le petit côté du verre...
L. Mercadet : Je suis d'accord...
Le vrai sujet, c'est qu'il faut un Parlement qui ait les moyens de travailler, et que le Parlement, il est fait pour quoi ? Il est fait pour voter la loi, pour contrôler le Gouvernement, et il est fait pour tracer les perspectives, j'allais dire, du futur, et notamment au travers de propositions, réfléchir à ce que sera le monde de demain. Voilà pourquoi j'ai décidé de recentrer le Sénat sur ces missions-là, voilà pourquoi j'ai décidé, avec le soutien du bureau du Sénat, et après un travail des questeurs, à ce que le budget 2009 ne soit pas supérieur en euros constants au budget 2008 ; voilà pourquoi j'ai décidé de réduire 34 appartements de fonction pour les transformer en lieux nécessaires pour accomplir les missions, parce que vous verriez les bureaux des sénateurs, moins de neuf mètres carrés pour certains d'entre eux, avec deux collaborateurs, ça n'est pas la description de l'espèce d'Eden qu'on laisse parfois accroire. J'ai décidé en même temps de réfléchir, parce qu'on ne peut pas voter le Grenelle et ne pas en tirer les conséquences sur le pôle automobile, on essaie d'être cohérent, en même temps, un Parlement qui a les moyens de travailler pour exprimer la démocratie.
C. Roux : Pourquoi est-ce que vous avez choisi de faire un audit privé, pourquoi est-ce que vous ne faites pas confiance à la Cour des comptes ?
Attendez, il y a un principe de séparation des pouvoirs, je le rappelle, la Cour des comptes dépend de l'exécutif...
C. Roux : On va rappeler que la Cour des comptes a examiné les comptes de l'Assemblée nationale...
La Cour des comptes certifie, je mettrai à la disposition - j'ai dit que ce serait le 16 décembre - au second bureau une procédure de contrôle qui sera absolument transparente, qui reprendra d'ailleurs ce qu'a engagé le Sénat depuis deux ans, parce que je ne suis pas en train d'inventer ce qui a déjà été construit. Et chacun des Français pourra connaître les comptes de notre Assemblée d'une manière fiable.
C. Roux : Pourquoi vous ne faites pas confiance à la Cour des comptes ?
Je fais confiance à la Cour des comptes. D'ailleurs, je vais lui demander de nous aider pour les études d'impact législatives, parce que ça, c'est sa mission, on a une espèce de sentiment que la Cour des comptes viendrait comme une gourmande vérifier les comptes des Assemblées, moi, je veux les comptes...
C. Roux : C'est juste son rôle, non ?
Non, ce n'est pas son rôle numéro un. Je veux des comptes transparents, des comptes clairs, connus des Français, et à ce moment-là, vous verrez qu'il n'y aura plus de questions. Et la seule vraie question c'est : à quoi sert le Parlement, à quoi sert le Sénat ? Et j'entends bien que sur ce point, on s'investisse totalement.
M. Biraben : Merci beaucoup G. Larcher, vous êtes en forme, le matin, vous !
C. Roux : Merci.
Merci à vous. Ah, ben, moi, je me lève très, très, très tôt !
M. Biraben : Vous êtes du matin !
C. Roux : Il se réveille à 05h30 tous les matins !
Normalement, à cette heure-là, c'est mon troisième petit-déjeuner, paraît-il. En tous les cas, mon quatrième rendez-vous. Bonne journée !
M. Biraben : Bonne journée à vous.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 24 novembre 2008
 

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