Déclaration de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, sur le secteur de la presse écrite, la presse gratuite, la diffusion et les enjeux économiques et culturels, Lyon le 21 novembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, sur le secteur de la presse écrite, la presse gratuite, la diffusion et les enjeux économiques et culturels, Lyon le 21 novembre 2008.

Personnalité, fonction : ALBANEL Christine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Clôture du 16ème congrès de la Fédération nationale de la presse française à Lyon le 21 novembre 2008

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Je suis très heureuse d'être présente parmi vous aujourd'hui et je tiens à remercier Alain Metternich de son accueil. J'en profite, Monsieur le Président, pour vous féliciter de votre récente élection à la tête de la Fédération nationale de la Presse Française.

Depuis la Libération, la Fédération nationale de la presse française a porté les enjeux de ce secteur et questionné son avenir.

Ce 16e Congrès intervient à un moment particulièrement important, un moment de profonde mutation pour la presse écrite dans son ensemble.

L'apparition des journaux gratuits, le développement accéléré d'Internet, les modifications des comportements - notamment chez les plus jeunes qui paraissent s'éloigner de l'écrit -, tout cela nous oblige aujourd'hui à réinventer de nouveaux modèles, à réinventer aussi le rapport aux lecteurs.

Nous en sommes tous conscients : il n'y aura jamais de retour en arrière. Une page s'est tournée, pour la presse écrite comme, d'ailleurs, pour la télévision. La caractéristique des médias, aujourd'hui et demain, c'est la pluralité, la diversité. Jamais l'offre n'a été aussi abondante : dans le monde, la production d'information augmente de 30% chaque année !

Face à l'arrivée de nouveaux acteurs, vous avez des atouts de choix, des atouts historiques : une expertise unique dans le traitement de l'information, dans sa collecte, son analyse, sa hiérarchisation ; une capacité à restituer dans leur ampleur leur complexité et leur justesse, les grandes questions de société, à répondre à toutes les préoccupations particulières que suscite la crise aujourd'hui. La presse écrite, parce que son rapport au temps est différent de celui de l'audiovisuel, a un rôle très spécifique à jouer pendant cette période. Ce rôle, c'est aussi celui de la distraction et de l'évasion dont nous avons besoin. Elle peut donc tirer parti de ces aspirations renouvelées, et nouer avec le lecteur un vrai dialogue, sur tous les registres. Tout cela est irremplaçable.

D'ailleurs, l'offre s'enrichit et le développement des gratuits a bien montré que la presse pouvait attirer de nouveaux lecteurs.

Et dans la profusion d'informations disponible aujourd'hui sur tous les supports, vos titres agissent comme des marques, des référents, des gages de qualité et de crédibilité.

Vous êtes d'ailleurs tous très présents aujourd'hui sur Internet. Vous avez su en faire un véritable relais de croissance, un nouveau moyen de diversifier vos revenus et d'asseoir votre marque au-delà de l'imprimé. Mais aussi une occasion de vous adresser différemment aux lecteurs - particulièrement aux plus jeunes -, en leur permettant de participer davantage, de réagir à travers vos forums en ligne.

Alors oui, le secteur traverse aujourd'hui une crise grave, mais la presse peut la surmonter. J'en ai la conviction, en s'appuyant sur ses atouts, En s'appuyant aussi sur votre capacité à innover, à trouver des solutions inédites, audacieuses pour rencontrer les lecteurs. Les Trophées de l'innovation remis à l'occasion de ce Congrès montrent bien que vous avez des réponses.

Depuis des années, vous êtes engagés dans un processus de profonde modernisation qui touche l'ensemble de la chaîne de production et de distribution. La diffusion en kiosque ou par portage se sont déjà considérablement développés. Je sais tous les efforts des NMPP dans ces domaines.

Mais aujourd'hui, face à la crise, nous devons aller encore plus loin. Il s'agit d'appréhender les problèmes, d'examiner les éventuels blocages et de chercher ensemble les meilleures solutions. Loin de paralyser la volonté de changement, cette crise encourage la réforme. C'est cette réforme dont il s'agit de trouver les voies.

Parce que c'est un enjeu économique, mais aussi et surtout un enjeu intellectuel, culturel et démocratique.

Cette crise est ressentie dans tous les pays, mais nous savons que le contexte français est très particulier : l'Etat joue en effet depuis toujours un rôle très important à vos côtés.

Et il est aujourd'hui totalement engagé avec vous dans ce combat de modernisation, de rénovation et de refondation.

La première forme de cet engagement, c'est l'ampleur des moyens consacrés au soutien de la presse écrite. En 2008, les crédits alloués à la presse dans le budget de l'Etat ont atteint un niveau historique, avec 285 millions d'euros. Cet effort sera consolidé en 2009. Mais en même temps, nous savons tous que ce système d'aide, pourtant unique au monde ne suffit pas. Et que l'ampleur des problèmes qui se posent aujourd'hui exigeait d'autres réponses. D'où l'idée des Etats généraux de la presse écrite que le Président de la République a tenu à lancer lui-même le 2 octobre.

Ils visent à ouvrir un vaste espace de dialogue avec l'ensemble du secteur, avec l'ambition d'établir collectivement un diagnostic des problèmes, des handicaps et des éventuels blocages et de créer des conditions propices à son développement et à son renouvellement.

C'est un vrai défi collectif et pour y répondre, nous avons voulu faire appel à des personnalités reconnues et non à des institutions en tant que telles. Nous voulions des groupes de parole libres, des discussions franches qui dépassent les blocages institutionnels.

C'est bien ce qui se passe depuis plus d'un mois et vous avez pu vous en apercevoir mercredi en accueillant la première journée publique des Etats généraux. Je veux d'ailleurs remercier les 150 professionnels qui se sont engagés dans les groupes en donnant beaucoup de leur temps et de leur énergie

Depuis plus d'un mois, les auditions se sont enchaînées, les contributions publiques ont été largement reprises dans les commissions. Le rythme même des séances amène la réflexion à être la plus opérationnelle possible. Je ne vais pas vous parler du contenu ni du point d'aboutissement car nous sommes en plein processus

Ce n'est évidemment pas mon propos aujourd'hui d'anticiper sur les résultats d'un travail qui est en marche, mais je voudrais dire quelques mots de ce que sont mes attentes, qui sont fortes.

Les grandes questions se précisent de plus en plus.

Ainsi pour le pôle processus industriel présidé par Arnaud de Puyfontaine, il traite de l'ensemble de la chaîne de production des journaux, depuis la fabrication, leur distribution et leur diffusion, en passant par le sous-financement des entreprises de presse. Les questions qui se posent sont connues : comment faire pour que les entreprises de presse retrouvent des marges de manoeuvre pour investir et innover ; pour que la presse soit distribuée de manière beaucoup plus efficace et aille vraiment vers les lecteurs ; de quelle façon de redéployer les aides de l'Etat afin que la presse puisse faire face à ses nouveaux besoins, et notamment aux défis des nouvelles technologies. Comment encourager le portage qui ne représente pas le même enjeu pour les différentes catégories de presse.

D'autres problématiques sont aussi essentielles : comment renforcer les fonds propres des groupes de presse ? Comment accompagner le développement d'entreprises de presse multimédias ?

Le pôle « nouveaux modèles : le choc Internet », présidé par Bruno Patino, place l'innovation permanente au coeur de la démarche et s'interroge sur toutes les mutations de la presse écrite à l'ère du numérique. Ce qui induit de multiples questions.

Qui aujourd'hui est blogueur, qui aujourd'hui est journaliste professionnel ? Comment se situe un journaliste multiplateforme ? Qui aujourd'hui peut avoir la carte de presse ? Qu'est-ce qu'un site de presse ? Comment le distinguer des sites de communication, des blogs ?

Voilà, parmi beaucoup d'autres, quelques une des questions qui se posent. Le groupe travaille sur des propositions concrètes pour que la révolution numérique ne soit pas subie mais s'intègre avec toutes ses conséquences dans le quotidien et dans les stratégies de vos groupes.

Les interactions entre Presse et société sont essentielles, elles ont conduit à la constitution d'un groupe de travail à part entière présidé par François Dufour, chargé de réfléchir aux attentes des lecteurs et des citoyens, à la crise de l'offre et du contenu dont beaucoup de professionnels ont conscience.

C'est toute la problématique du rapport entre le public et l'information. Comment anticiper et prendre en compte les nouveaux usages, notamment ceux des jeunes ?

Ne faut-il pas que la presse investisse davantage dans les domaines des études et de la recherche, mette en place des mécanismes pour partager les bonnes pratiques ? Il existe des initiatives internationales dans ces domaines dont la France pourrait s'inspirer utilement.

Comment de façon plus générale, restaurer la confiance qui est une composante essentielle de l'information ? Cette confiance passe-t-elle par un comité d'éthique, des chartes de qualité. Au plan économique n'y a-t-il pas la nécessité d'une plus grande transparence de l'actionnariat ?

Enfin, il y a toutes les problématiques liées au métier des journalistes. C'est l'objet de groupe présidé par Bruno Frappat qui travaille sous tous les aspects du métier de journaliste avec trois axes majeurs : la formation, le statut et la déontologie.

Comment encourager des formations initiales et continues de qualité. Face à la multiplication des filières de formation ces dernières années, faut-il renforcer la place, le statut et les moyens de financement des établissements reconnus par la profession ? Faut-il spécialiser certains cursus ou encourager la polyvalence ?

Quelle réponse équilibrée apporter enfin à la question du droit d'auteur des journalistes ? Réponse qui ne peut passer que par le respect de deux principes fondamentaux : la sécurité juridique de l'éditeur et la garantie des droits et de la rémunération appropriée des journalistes quelque soit le support. Pour réussir ce pari, il faudra de toute évidence mettre l'accent sur le dialogue et à la concertation. Editeurs et journalistes doivent parler d'une même voie dans l'intérêt du public et de l'avenir de leur outil de travail.

Le passage de la presse sur les écrans rend plus aigu encore la question de la déontologie, c'est-à-dire celle du souci de vérité, d'objectivité et de vérification de l'information. Même lorsqu'il est « blogueur », un journaliste n'est pas un « blogueur » comme les autres. Il a des droits, que nous sommes en train de renforcer avec les nouvelles dispositions sur la protection des sources. Il a aussi des devoirs.

Voilà quelques-unes des très nombreuses questions que les professionnels soulèvent en ce moment dans le cadre des Etats généraux de la presse écrite. Ce ne sont que des questions. On ne peut encore anticiper les réponses.

Les discussions se poursuivent et les Etats généraux donnent d'ailleurs rendez-vous le 1er décembre pour une seconde journée de débat publique. Débat public qui traitera plus spécifiquement des deux pôles qui concernent les rapports entre la presse et la société et le métier de journaliste. J'entends les messages et j'encourage les associations de journalistes qui se sont récemment exprimées, à participer à ce débat.

Les Etats généraux de la presse écrite sont entrés dans une phase particulièrement productive : la réflexion arrive à maturité, des tabous sont tombés et la plupart des groupes ont entamé la deuxième partie de leurs travaux.
C'est une situation de risque pour toutes les parties : l'Etat, les éditeurs, les journalistes.

Les recommandations seront rassemblées et présentées, d'ici la fin de l'année dans un « Livre vert ».

Avec la publication de ce livre, le Gouvernement engagera un dernier processus de réflexion à l'issue duquel il fera connaître ses décisions, vers la fin du mois de janvier. Le Gouvernement prendra ensuite ses responsabilités comme l'ensemble des parties prenantes.

La tâche est immense, les volontés intactes, l'attachement à notre forme de presse indéfectible. Il faut aller ensemble jusqu'au bout de la démarche. Les Etats généraux sont l'occasion unique de poser les questions essentielles. Je le répète, chacun devra prendre ses responsabilités : les éditeurs, les journalistes, l'Etat.

Le gouvernement aura le courage d'agir. Les temps sont mûrs pour cela. Agir pour une presse vivante, pluraliste, capable de remplir toutes ses missions, reflet de toute la société.

Une presse qui aide la société à évoluer, c'est en effet une belle ambition que porte aussi votre Congrès.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 25 novembre 2008

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