Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "CFDT Magazine" du 10 novembre 2008, sur la crise économique et financière, les élections prud'homales et l'âge possible de la retraite à 70 ans. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "CFDT Magazine" du 10 novembre 2008, sur la crise économique et financière, les élections prud'homales et l'âge possible de la retraite à 70 ans.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :


L'Assemblée nationale a voté un amendement, sans concertation, portant l'âge possible de la retraite à 70 ans... Est-ce une manière de préparer les salariés à des décisions unilatérales ?

Le gouvernement veut donner le sentiment qu'il laisse le choix aux salariés, mais derrière ce message qui peut paraître à première vue positif, il y a un changement de règle dangereux. Tant que les questions de pénibilité et de niveau des pensions ne sont pas résolues, le choix de partir ou de rester après 65 ans n'existe pas. C'est un choix illusoire pour ceux et celles qui ont eu des carrières interrompues ou tardives. C'est une imposture. Comment peut-on dire que les salariés peuvent travailler jusqu'à 70 ans, alors qu'aujourd'hui, beaucoup d'entreprises ne maintiennent pas les seniors jusqu'à 60 ans ? C'est absurde ! D'autant qu'avec la crise, ce sont les seniors et les jeunes qui en sont les premières victimes. Sous couvert de droit individuel du salarié, on détricote les droits collectifs. La CFDT le refuse.

Il semble que nous sortons de la crise financière et que nous entrons dans la crise de l'économie réelle, voire dans la récession. Les plans sociaux se succèdent. Que dit la CFDT sur l'emploi ?

A la CFDT, nous refusons de mettre toutes les difficultés sur le dos de la crise. Il y a des entreprises, comme la Camif, qui, pour cause de mauvaise gestion, de changement de comportement du consommateur, sont contraintes de licencier. D'autres, cyniques, profitent de la crise pour supprimer des emplois. Et enfin, celles qui sont touchées par une crise qui est aussi environnementale. Je pense à l'automobile qui est impactée par les questions de pollution et d'énergie.
En premier lieu, notre rôle est d'être auprès des salariés pour apporter des réponses au cas par cas en tenant compte de la situation réelle de chaque entreprise. Il faut investir dans la formation des salariés, anticiper la sortie de crise. Nous demandons également la mise en place d'un plan de relance coordonné au niveau européen.

Les mesures sur les emplois aidés, l'assouplissement des CDD sont-ils de nature à enrayer le chômage ?

Le gouvernement a voulu faire croire que nous entrions dans la fin du chômage de masse. En 2002, François Fillon, alors ministre des Affaires sociales a supprimé le traitement social du chômage que Jean-Louis Borloo a été contraint de réintroduire, en 2005, dans son plan de cohésion sociale. Et bis repetita, le même Fillon, Premier ministre, supprime à nouveau les emplois aidés pour y revenir aujourd'hui. Avec deux millions de salariés privés d'emploi, le chômage de masse n'a pas disparu ! Enfin, j'insiste : le budget 2009 est en baisse sur l'habitat, la politique de la ville et sur l'emploi. Ce budget doit être revu.

Le président veut, par la loi, assouplir les règles sur le travail le dimanche. Est-ce bien le moment lorsqu'il y a une crise de la consommation liée au pouvoir d'achat ?

Les salariés n'ont pas besoin d'une journée supplémentaire pour consommer. Ils ont besoin de plus de pouvoir d'achat. Ce 7e jour n'apportera rien si ce n'est une concurrence féroce entre grandes et petites enseignes dont on sait qui sortira vainqueur.

Comment peut-on nous dire que travailler le dimanche relève d'un choix individuel ? Là aussi, c'est une illusion. A l'embauche, celui ou celle qui refusera ne sera pas retenu. Chacun sait que la relation entre le salarié et le patron n'est jamais égalitaire, la notion de volontariat est donc fictive. Le gouvernement donne des droits sociaux qui sont illusoires. Enfin, cette question pose le problème de l'organisation de la société. Ouverts le dimanche, les magasins devront être approvisionnés, cela veut dire que les transporteurs devront faire travailler leurs salariés, les centres de distribution et de logistique aussi. Et comment feront les mères de familles ? Les services publics, les crèches, devront-ils aussi ouvrir le dimanche ? Je ne crois pas que les collectivités territoriales soient en mesure de faire travailler leurs agents le dimanche ! Tout cela est le résultat d'une annonce sans concertation.

La loi sur la représentativité entre en vigueur. Qu'en attends-tu ?

Le principe est simple. Il s'agit de fonder la représentativité sur les élections dans l'entreprise. La représentativité syndicale se mesure donc au plus près de la réalité des entreprises et des salariés. C'est la démarche la plus démocratique qui puisse exister.

J'entends dire que ceux qui ne sont pas, ou peu présents dans les entreprises se sentent en danger. On ne peut pas se sentir en danger par la démocratie. C'est par une plus forte syndicalisation et des implantations plus nombreuses que nous renforcerons notre représentativité.

La CFDT considère que les élections prud'homales ne sont pas un test de représentativité, mais on ne pourra pas empêcher les commentateurs de le faire ?

Oui, effectivement. C'est la raison pour laquelle ces élections sont si importantes. On n'empêchera pas les commentateurs d'y voir un test de représentativité ou en tout cas d'analyser la place des organisations dans le paysage syndical. D'où la nécessité pour la CFDT d'obtenir un bon score le 3 décembre.

A quelques jours de la consultation prud'homale et après ton tour de France, quel message la Confédération veut-elle transmettre aux adhérents de la CFDT ?

J'ai pu mesurer la capacité extraordinaire des militants à mener à bien des actions qui apportent un mieux-vivre pour les salariés. J'ai été émerveillé par ce qu'ils font et je regrette que cela ne soit pas assez connu en dehors de l'entreprise. Aux adhérents, je veux dire combien cette action quotidienne est importante. Les salariés bénéficient de cette action inlassable des militants de la CFDT. Il serait naturel que, le jour venu, le 3 décembre, ils l'expriment en retour.

Lors de mes meetings, j'ai apprécié cette volonté collective d'agir ensemble, le plaisir d'être ensemble, cet enthousiasme et cette détermination à réussir.


Propos recueillis par Corinne Grincourt et Henri Israël


source http://www.cfdt.fr, le 26 novembre 2008

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