Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la lutte contre la violence dont sont victimes les femmes et sur les mesures envisagées pour y remédier, Paris le 25 novembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la lutte contre la violence dont sont victimes les femmes et sur les mesures envisagées pour y remédier, Paris le 25 novembre 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le 25 novembre 2008

ti : Chère Valérie Letard,
Cher Lester Bilal
Mesdames et Messieurs,


Tout d'abord, je voudrais remercier du fond du coeur Lester Bilal pour ce morceau poignant que nous venons d'entendre. Merci d'avoir su exprimer, en quelques mots et en quelques notes de musique, la gravité de la cause qui nous réunit aujourd'hui. Comme vous le dites, "les hommes n'ont pas d'excuses, et cette chanson n'en est pas une". Les hommes n'ont pas d'excuses et nos sociétés n'ont pas d'excuses : la violence faite aux femmes est profondément, répugnante, intolérable, insupportable.

Etat, collectivités, particuliers, associations, artistes, nous devons tous nous sentir concernés par la lutte contre ce fléau.

Toute violence est odieuse, mais la violence faite aux femmes est une forme particulièrement abjecte de violence. Aucune société ne peut accepter cette forme de lâcheté !

C'est la mission fondamentale de l'Etat de protéger les plus faibles, ceux qui n'ont aucune autre protection que celle de la loi pour voir leurs droits fondamentaux respectés, en premier lieu leur droit à l'intégrité physique.

C'est une cause éminemment noble mais aussi incroyablement récente, tant il est vrai qu'on a longtemps refusé de regarder les choses en face, de prendre la mesure de ce problème obscur qui traverse les sociétés humaines depuis si longtemps, et qui renvoie l'homme à ses paradoxes les plus honteux et les plus dérangeants.

Que, dans une société qui se veut civilisée, la pulsion barbare puisse se nicher au creux d'un foyer voisin, à deux pas de sa porte, voilà qui nous a longtemps paru impensable. Que des femmes puissent, à quelques encablures de nos vies tranquilles, subir en silence les assauts du sadisme et de la brutalité, voilà ce qu'on a longtemps refusé d'admettre.

Mais le temps du déni, de la négligence coupable est aujourd'hui dépassé ! Une prise de conscience se lève, année après année, jour après jour. Et je voudrais rendre hommage à l'action déterminée de Valérie Létard, qui a fait de ce combat un des axes forts de son action. Je voudrais aussi saluer et remercier toutes les associations et les acteurs de terrain, dont beaucoup sont ici représentés, qui, de façon, anonyme et désintéressée s'engagent tous les jours pour cette cause. La noblesse et la justesse de leur engagement les honorent.

On a enregistré ces dernières années, une hausse spectaculaire du nombre de faits de violences faites aux femmes. C'est un défi majeur. Cette hausse est dramatique, mais elle montre que de plus en plus de femmes ne renoncent plus à déclarer les violences qu'elles subissent, ce qui est, en soi, déjà un progrès considérable. A partir du moment où on brise le mur du silence, à partir de l'instant où l'on sort de la peur, on franchit une étape décisive. Une étape qui permet de se libérer et de se reconstruire. Mais beaucoup reste à faire. D'abord, une proportion encore beaucoup trop faible de victimes dépose plainte. Il faut tout faire pour que cela évolue. Je sais que cela est extrêmement difficile pour certaines victimes. Je sais que le choix du silence cela résulte souvent d'une peur d'aggraver la situation. A nous d'informer les victimes ; à nous de leur apporter le soutien dont elles ont besoin ; à nous de rappeler que le coupable doit être condamné et qu'il le sera ! Prévenir, anticiper, accompagner, et aussi sanctionner : tant de choses restent à améliorer !

Valérie Létard vient de vous présenter un premier bilan d'étape du plan triennal. Certains éléments sont encourageants. Mais nous devons aller plus vite et plus loin dans sa mise en oeuvre. Et cela notamment sur trois aspects.

Premièrement, la constitution d'un réseau de référents locaux, pour accompagner et orienter les femmes victimes de violence. C'est une des innovations les plus intéressantes du plan triennal. Mais son déploiement est encore trop lent : seuls 9 référents seront mis en place en 2008. On est bien loin d'un maillage du territoire ! Il faut accélérer leur déploiement. Je demande que, d'ici la fin du premier semestre 2009, chaque département se soit doté d'un tel référent local.

Deuxièmement, l'agrément de familles d'accueil, pour l'hébergement temporaire des femmes victimes de violence. C'est à mon sens une autre des grandes innovations du plan. Nous avions tablé sur une expérimentation avec l'agrément de 100 familles d'ici 2010. D'ores et déjà 15 départements procéderont à des agréments d'ici la fin de l'année. Je souhaite que d'ici la fin 2009 chaque département ait agréé au moins une famille pour garantir une couverture totale du territoire.

Troisièmement, la campagne de communication. Celle qui a été lancée en octobre est un premier pas. Mais cette communication doit aussi prendre plusieurs formes pour mieux répondre à l'ensemble des situations. Les associations doivent avoir toute leur place dans ce volet préventif. Et je sais, pour en avoir discuté avec elle, que Valérie Létard y est très attentive.

C'est pour cela que j'ai choisi dès à présent d'attribuer à la lutte contre les violences le label de « Campagne d'intérêt général » pour l'année 2009. Ce label permettra une diffusion plus facile et plus large des campagnes d'information sur les radios et télévisions publiques. Cet agrément sera aussi l'occasion pour le secrétariat d'Etat d'accompagner et de soutenir les associations dans leurs actions de communication. C'est pour cela aussi que je vous invite, vous les associations les plus actives, à vous constituer en collectif ad hoc, pour ouvrir la voie à la reconnaissance comme « grande cause nationale » pour 2010.

Mesdames et Messieurs, Il faut que nous restions tous mobilisés. Les résultats sont encourageants mais d'immenses progrès restent possibles, restent indispensables. Je renouvelle mes remerciements à tous ceux qui ne comptent pas leur temps et leurs efforts pour combattre les violences faites aux femmes. Je veux leur dire que les pouvoirs publics sont à leurs côtés. Je suis à leurs côtés ! Le Gouvernement est totalement engagé. Vous pouvez compter sur son écoute et sa détermination.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 27 novembre 2008

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