Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, à France 2 le 26 novembre 2008, sur l'élection de la secrétaire générale du PS, la grève dans les services d'urgence et le projet de loi "hôpital, patients, santé, terrtoires". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, à France 2 le 26 novembre 2008, sur l'élection de la secrétaire générale du PS, la grève dans les services d'urgence et le projet de loi "hôpital, patients, santé, terrtoires".

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative;

ti : R. Sicard.- Avant de parler des questions de santé, on va revenir sur le Parti socialiste. Est-ce que la pagaille au PS est tout bénéfice pour l'UMP et pour le Gouvernement ?
Oh, je pense que la pagaille dans un grand parti républicain, ce n'est jamais une bonne chose pour la vie politique. Le choix des militants socialistes n'était pas facile, ils avaient le choix entre deux purs produits de la nomenklatura énarchique, entre M. Aubry et S. Royal, pas vraiment de différence idéologique. Maintenant, effectivement, ce n'est pas une bonne chose que cette affaire, ils ont donné... le Parti socialiste a donné, vraiment, une mauvaise image de la politique.
Ça va porter le discrédit sur toute la classe politique, selon vous ?
Oh, je pense que globalement personne ne sort indemne du spectacle pathétique et regrettable qui a été donné par le Parti socialiste.
Il n'y a pas de bénéficiaire, F. Bayrou, O. Besancenot ?
Non, je ne crois pas.
La différence entre M. Aubry et S. Royal, pour vous, il n'y en a pas ?
Il n'y en a pas sur le plan idéologique. Ce sont des femmes qui sont toutes les deux des partisanes de l'Europe, toutes les deux partisanes de l'économie de marché, donc il n'y avait vraiment pas d'offre idéologique différenciée entre les deux femmes. C'était simplement une question de personnes. Ce sont les plus graves en politique. On peut s'entendre sur le plan des idées, on fait un programme, chacun y met un peu du sien ; quand la haine est une haine personnelle, c'est très dur de s'entendre. J'ai l'impression que ces haines personnelles, ces vieilles haines recuites ne sont par terminées. Bonne chance, hein !
Est-ce que l'UMP n'a pas quand même une leçon à tirer ? Parce que le PS, maintenant, est dirigé par une femme, et à l'UMP, aux postes de commande, il n'y a pas beaucoup de femmes. Est-ce que l'UMP ne doit pas se féminiser ?
On a des marges de progression. Le président de la République a commencé une action extrêmement volontaire, nous sommes sur les 15 femmes ministres... sur les 15 ministres - il n'y a pas encore 15 femmes - sur les 15 ministres pleins, il y a la parité, il y a 7 femmes et 8 hommes.
Mais à l'UMP, ce n'est pas le cas du tout.
Et... nous avons une secrétaire générale adjointe, avec N. Kosciusko- Morizet, aux côtés de X. Bertrand, et j'espère que... Il est question qu'il y ait une refonte de la direction de notre mouvement, je suis sûre que cette refonte fera une plus grande place aux femmes, ce que je souhaite.
Donc, l'UMP, selon vous, doit se féminiser.
Oui. Je le dis, il y a des marges de progression, même si beaucoup d'efforts ont été faits.
Sur la santé, hier, vous avez mis en garde contre des produits chimiques qui pourraient être dangereux pour les femmes enceintes, qui pourraient contribuer à la stérilité, qui pourraient être dangereux pour les nourrissons. Est-ce que de ce point de vue là, le danger est réel ?
Sur ces sujets de fertilité, de toxicité sur le foetus, ce sont des questions que je suis depuis très longtemps. On a mandaté beaucoup d'études, financé des études importantes, je pense par exemple à un perturbateur comme le chlordécone, sur lequel j'ai mobilisé 33...
Le chlordécone, qu'est-ce que c'est, ça ?
C'est un produit utilisé contre les charançons sur les cultures, en particulier aux Antilles, en particulier les cultures de bananes, et qui a été suspecté d'avoir des actions cancérigènes, d'avoir une action cancérigène. Mais il y a beaucoup d'autres substances, on pense aux phtalates, au bisphénol, enfin... La difficulté, c'est que les études ne sont pas évidemment conclusives, donc il faut faire jouer le principe de précaution, poursuivre les études scientifiques. Je souhaite que ces études scientifiques... bien sûr, continuer à les financer, avoir une information auprès des professionnels de santé, du grand public, inviter les fabricants, ils en sont d'accord, d'ailleurs ils ont exprimé leur accord à aller plus loin dans les études quand ils proposent des produits, on pense en particulier aux valisettes qui sont proposées aux jeunes mamans dans les maternités, et je veux apposer un logo sur un certain nombre de substances, où on n'a pas la preuve, parce que si on a la preuve, on interdit, évidemment, où il peut y avoir une suspicion, apposer un logo pour alerter les femmes qui pourraient l'utiliser.
Mais vous dites « s'il y a un risque »... S'il y a logo, c'est qu'il y a un risque potentiel, dans ce cas-là il faut interdire, non ?
Non, il y a une suspicion. Les interdictions se prennent sur le plan européen, donc il faut un accord de l'ensemble de la communauté européenne, mais il faut surtout apporter une preuve scientifique. On ne peut pas interdire un produit, comme cela. Regardez, par exemple, les Canadiens qui ont interdit le bisphénol, qui est un produit utilisé dans certains biberons, les études qui ont été menées, aussi bien au niveau européen que par la très rigoureuse FDA, qui est l'Agence américaine de sécurité des aliments et des produits pharmaceutiques, ont conclu à l'innocuité de ce produit, aux conditions et aux doses normales. Donc, c'est très compliqué, donc il faut avoir une démarche de précaution très active, très proactive, c'est ce que nous menons.
Lundi, il y a une grève qui s'annonce dure dans les services d'urgences des hôpitaux. Les urgentistes disent qu'ils sont débordés, épuisés, qu'ils ne peuvent plus faire face. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Oui, alors, c'est vrai que les services d'urgences ont vu leur fréquentation augmenter, c'est la raison pour laquelle je veux mener une action globale sur ce sujet. C'est trop souvent les difficultés de la médecine de ville, au niveau de la permanence des soins, les difficultés dans la démographie médicale, qui fait qu'on se tourne vers les services d'urgences. On estime que 80 % des malades qui se présentent aux services d'urgences pourraient être traités dans la médecine de ville. C'est toutes ces questions de démographie médicale que je vais traiter et que nous commençons bien sûr à traiter, mais auxquelles je vais
donner des outils dans la loi que je vais présenter au Parlement début janvier.
On va y revenir, mais cette grève des urgences, est-ce qu'elle aura un impact ? Est-ce qu'elle aura des conséquences sur les malades ?
D'abord, je veux vous dire qu'en général il y a une grève des services d'urgences, chaque début décembre et à l'entrée de l'été. Il ne faut pas qu'il y ait un impact. Il y a un certain nombre de mesures qui permet les assignations des médecins urgentistes et je condamne...
Elles seront respectées ?
Et je condamne les propos irresponsables qui ont été tenus, en faisant une menace sur le fait qu'il y aurait des morts. Ces propos ont été sévèrement condamnés et à juste raison, par le Conseil de l'ordre et j'appelle chacun à ses responsabilités dans ce domaine.
Sur le projet de loi sur l'hôpital, le projet de loi qui s'appelle donc « Hôpital, patient, santé, territoire » et qui sera présenté à la rentrée, les adversaires du projet disent qu'il y a une logique financière qui passe avant la logique médicale. Qu'est-ce que vous répondez à cette accusation ?
C'est un slogan qui n'a pas de fondement, puisque, d'abord, ce n'est pas une loi financière, les finances ça se voit dans la loi de financement de la Sécurité sociale. C'est une loi d'organisation. Moi, ce que je veux, c'est répondre aux problèmes des Français. Les problèmes des français c'est quoi ? C'est le sentiment qu'ils ont pas un médecin à certaines heures du jour ou de la nuit ou à certains moments du week-end, donc, traiter la question de la démographie médicale en ville. Ils ont le sentiment que la filière de soins n'est pas... la gradation des soins n'est pas assurée dans notre système hospitalier. Ils ont le sentiment qu'il y a des lits inoccupés en cours séjours et qu'on ne trouve pas de place pour une personne âgée atteinte d'Alzheimer. Tout ça, nous allons le traiter à travers la loi, sur le fondement d'un pilotage qui sera unifié, responsabilisé et qui sera donc territorialisé. Tout ne sera plus décidé au niveau du ministère de la Santé, mais sera décidé au niveau régional.
Il y aura des regroupements de services, c'est-à-dire que les petits hôpitaux vont perdre des services qui seront regroupés dans les grands hôpitaux. Ça ne pose pas un problème d'accès aux soins ?
Mais au contraire, ce qui est nécessaire c'est d'avoir des soins de qualité. Vous n'avez aucune raison, parce que vous habitez à la campagne, d'être assigné à résidence et condamné à des soins de moindre qualité. Ce que nous voulons, ce que je veux, c'est garder les hôpitaux de proximité, ils sont absolument indispensables, avoir une gradation des soins : à l'hôpital de proximité, les urgences, les soins courants, les soins de longue durée, des plateaux techniques efficaces. En deuxième recours, des grands centres hospitaliers. Chacun, dans notre pays, a droit à des soins de qualité.
Merci R. Bachelot.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 novembre 2008

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