Interview de M. Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité, à France Inter le 27 novembre 2008, sur l'augmentation du nombre de demandeurs d'emploi en septembre et l'ouverture des magasins le dimanche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité, à France Inter le 27 novembre 2008, sur l'augmentation du nombre de demandeurs d'emploi en septembre et l'ouverture des magasins le dimanche.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité ; FRANCE. UMP, secrétaire général par intérim;

ti : N. Demorand.- Les chiffres du chômage pour le mois de septembre seront mauvais, + 45.000 chômeurs, dit le site Internet "Rue89". Vous confirmez ce chiffre ?
 
Je ne confirme pas ce chiffre, les chiffres seront rendus publics ce soir, il ne s'agit pas d'être mystérieux, il y a tout simplement des procédures pour vérifier jusqu'au dernier moment, pour consolider les chiffres. Une chose est certaine, ces chiffres ne seront pas bons.
 
La barre des 2 millions sera-t-elle franchie ?
 
Je viens de vous le dire, nous ne connaissons pas les chiffres précisément. Nous savons bien, et le président de la République a toujours voulu tenir ce discours de vérité, s'il y a notamment une récession économique aux Etats-Unis, il n'est pas question de laisser à penser que ça va être comme le nuage de Tchernobyl à l'époque, ça ne va pas s'arrêter au milieu de l'Atlantique. Il y a donc des conséquences en Europe, en France ; des conséquences économiques et des conséquences sur le chômage.
 
Les Anglais, la Grande-Bretagne, baissent la TVA et augmentent les impôts des riches, pour le dire simplement, qui sont chez nous protégés par le bouclier fiscal. Est-ce qu'il ne faudrait pas aller vers ce type de mesure en France ?
 
Je ne pense pas que ce soit le moment de chercher à opposer les Français les uns entre les autres ou les uns aux autres...
 
"C'est une mesure de solidarité", dit G. Brown, "que tout le monde participe à hauteur de ses revenus".
 
Oui, n'oubliez pas que l'impôt en France, il est aussi progressif, plus vous gagnez de l'argent, plus vous payez d'impôts. La seule chose qui avait été décidée à l'époque, c'était tout simplement que vous ne travailliez pas plus d'un jour sur deux pour les impôts, pour payer vos impôts. Je vais vous dire une chose, je préfère aussi que ceux qui ont de l'argent le dépensent en France plutôt qu'ils le dépensent à l'étranger, comme ça a été le cas pendant des années. Mais il faut savoir qu'avec les différentes cotisations, quand on a les moyens, on paye davantage d'impôts et c'est normal.
 
Mais vous pensez qu'une mesure de ce type, c'est-à-dire de reprendre un certain nombre de dogmes ou un certain nombre d'habitudes, en situation de crise, que cela ne concerne pas la France ?
 
Je crois qu'en général, on nous dit plutôt qu'on est pragmatiques que dogmatiques en ce qui concerne le Gouvernement, et on l'assume. Notre philosophie politique, c'est la recherche de l'efficacité, l'efficacité maximum. Mais le sujet aujourd'hui, il est en même temps de partager des richesses dans une société qui est fragile, et on doit tenir absolument le cap de la cohésion sociale, voilà pourquoi on a décidé d'augmenter de façon importante le minimum vieillesse, d'augmenter les pensions de réversion, de permettre à ceux qui sont éloignés de l'emploi d'avoir ce versement de 220 euros dès le mois de novembre. Mais en même temps, il faut bien aussi les créer ces richesses, et on les créera par le travail et par l'entreprise, l'esprit d'entreprise. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que vous ne pouvez pas partager ce que vous n'avez pas, et qu'on doit aussi avoir conscience que c'est aussi par le travail qu'on s'en sortira. Et pour ceux qui sont éloignés du travail, là, c'est la solidarité qui doit jouer.
 
Mais est-ce que cette philosophie peut jouer et produire des effets en période de crise, quand on voit le chômage augmenter, les carnets de commandes des entreprises se vider, les heures supplémentaires, du coup, baisser. Cette philosophie qui a été pensée par le président de la République en campagne électorale, est-elle encore valide aujourd'hui économiquement ?
 
Vous devez en même temps que travailler plus faire travailler plus de monde et aussi veiller à ce que l'on travaille mieux. Les trois sont très étroitement liés, voilà notre philosophie.
 
Mais en période de raréfaction de l'emploi ?
 
Je vais vous expliquer en prenant un tout petit peu le temps. Il faut déjà bien voir comment on peut être efficaces en amont. On a déjà évité la crise financière totale, on a été à deux doigts de cela. Le système financier, le système bancaire a failli s'arrêter, toute l'économie aurait été plantée, c'est ce qu'on a connu en 1929. On a évité cela, grâce au volontarisme politique. Ensuite, il faut veiller à ce que la machine économique puisse rester en activité, et cela, c'est notamment des initiatives comme le fait de retirer de la taxe professionnelle les nouveaux investissements, c'est un message qui est adressé aux chefs d'entreprise...
 
"Investissez !"...
 
"Investissez, n'attendez pas 2010 pour investir". Si vous avez des carnets de commandes remplis aujourd'hui, les chefs d'entreprise sont tentés de ralentir parce que leur environnement ralentit. Et on leur dit, n'attendez pas 2010 ; dès 2009, si vous le faites, vous avez un avantage important. Quand l'Etat décide de financer 30.000 logements, ce n'est pas pour devenir promoteur immobilier, c'est parce qu'un logement, c'est deux emplois à la clé. Les initiatives qui ont été prises sur la voiture "décarbonée", la voiture propre, c'est le même esprit. Et vous voulez que je vous dise ? Nous n'allons pas rester les bras croisés ! Il y a justement ce plan de relance auquel nous travaillons, c'est la volonté aussi du président de la République. Parce que, aujourd'hui plus que jamais, il faut être à l'écoute, il faut être attentif comme jamais, mais il faut être aussi en initiative comme jamais. Et quand il y a des difficultés sociales, il y a des craintes sur l'emploi, c'est la logique du contrat de transition professionnelle qui est étendue. Parce que ce contrat de transition professionnelle, je me le suis fait expliquer par une bénéficiaire de ce CTP, à Vitré, chez P. Méhaignerie : la dame était dans le textile, son entreprise ferme, et en fin de compte ce qu'on lui propose c'est 80 % de son revenu brut. C'est-à-dire que, ce qu'elle m'a expliqué, du jour au lendemain, elle perd son emploi mais elle sait qu'elle n'a pas de questions à se poser pour savoir si elle peut payer son loyer, son revenu reste le même. Elle n'a pas de questions à se poser pour savoir si elle peut continuer à payer ses crédits. Et donc, elle a l'esprit plus tranquille pour rechercher un autre boulot. Mais c'est ça la logique de sécuriser les parcours professionnels.
 
Je vous repose la question tout de même : est-ce que le contexte économique ne doit pas, et vous avez parlé vous-même du pragmatique économique du Gouvernement, vous pousser à revoir la philosophie du "travailler plus pour gagner plus", qui est peut-être une philosophie des temps de croissance mais pas des temps de crise ?
 
Si vous voulez gagner davantage, comment vous faites si vous ne travaillez pas davantage ? Et je viens de vous le dire : c'est travailler plus, c'est faire travailler aussi plus de monde. Voilà pourquoi nous avons aussi pris d'autres initiatives. La question notamment du chômage partiel, c'est de dire que quand dans une entreprise il y a une mauvaise passe ou une très mauvaise passe, le salarié ne s'en va pas de l'entreprise, il reste dans l'entreprise, et dans ces conditions-là, on veut augmenter son revenu, au minimum le Smic, et augmenter le nombre d'heures, de façon à ce que ces entreprises ne soient pas tenues de faire sortir leurs salariés de l'entreprise. C'est ça l'important.
 
Venons-en au problème, ou à la question, ou au dossier, je ne sais pas ce qu'il faut dire, du travail le dimanche... Ça va se faire ou pas ?
 
Oui.
 
Ça va se faire ?
 
Oui, ça va se faire de façon à ce que le texte puisse être discuté en premier à l'Assemblée avant la fin du mois de décembre.
 
Et qu'importe, comment dire, les contestations qu'on entend au sein même de l'UMP ?
 
C'est un vrai débat de société, c'est vrai. Je partage une conviction avec notamment un certain nombre des signataires de ce texte, à savoir que le dimanche n'est pas un jour comme les autres, et que le principe du repos dominical est un principe important. Mais qu'est-ce que nous voulons faire ? Nous voulons tout d'abord protéger les salariés qui, travaillant aujourd'hui le dimanche dans ces secteurs-là, se trouvent aujourd'hui menacés, parce que les enseignes en ont marre de payer des astreintes, des astreintes astronomiques, parce que la réglementation est à bout de souffle. Et vous le savez, que ce soit dans le Val-d'Oise l'autre jour, les enseignes, on ne va pas les citer, mais 100.000 euros par dimanche, elles ont dit "terminé, on ferme !". Et dans ces cas-là, les salariés concernés, eux, vont perdre entre 15 et 20 % de leur salaire, je ne le veux pas. Les étudiants, qui font le choix justement de travailler le dimanche parce qu'ils ne veulent pas travailler tous les soirs, eh bien eux, on doit aussi leur garantir qu'ils pourront continuer à travailler. Le texte vise à mieux définir les choses dans les zones touristiques, détermine aussi des grandes zones d'attractivité commerciale. Il ne s'agit pas de faire travailler tout le monde, tous les dimanches.
 
Le Credoc publie aujourd'hui un rapport sur les habitudes de consommation, et pose la question à un certain nombre de consommateurs, du travail du dimanche : "nous ne consommerons pas plus", disent-ils, en substance, "ce que nous consommons la semaine, nous le consommerons le dimanche", donc il n'y a pas de gain à espérer de ça pour les consommateurs. Les économistes disent aussi que le travail le dimanche est plus cher, et que ce coût sera répercuté nécessairement sur les prix, et donc sur le consommateur au final. Toutes ces critiques qui sont tout de même fondées, fondées sur des enquêtes, vous les recevez comment ?
 
Cela montre quoi ? C'est qu'il ne s'agit pas de généraliser le travail le dimanche dans toute la France, et tous les dimanches. Mais reconnaissez quand même que quand vous êtes en région parisienne, avec les délais de transport, ce n'est pas le soir que vous faites vos courses. Et si les deux parents ne sont pas ensemble le samedi, ce n'est pas non plus le samedi. Et vous avez des achats aussi que vous faites en famille, si la famille est réunie - par exemple, vous achetez des meubles, vous refaites complètement votre intérieur - eh bien, c'est ensemble que vous pouvez y aller, et il n'y a que le dimanche pour le faire. Alors, je ne veux pas que les gens aillent dans les magasins de 8 heures du matin à 20 heures le soir, mais je veux qu'ils aient aussi ce choix dans des endroits où il y a des problèmes spécifiques. Les évolutions de consommation sont là, bien concrètes, bien réelles. Voilà pourquoi on a ciblé ça sur ces grandes zones d'attractivité commerciale.
 
Une dernière question plus politique : c'est M. Aubry, "la dame des 35 heures", qui est désormais premier secrétaire du Parti socialiste. Ça vous inspire quel commentaire ?
 
Franchement, aucun commentaire. Parce que je ne me tromperai pas, à un moment comme celui-ci, où on a besoin d'être très attentifs aux inquiétudes des Français et à apporter des réponses aux problèmes qu'ils peuvent rencontrer, il ne s'agit pas de tomber dans la politique politicienne. Il n'y a vraiment aucun commentaire à faire sur ce qui se passe aujourd'hui au Parti socialiste.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 novembre 2008

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