Interview de M. Hervé Morin, ministre de la défense et président du Nouveau Centre, à Europe 1 le 28 novembre 2008, sur le terrorisme, l'attitude du Nouveau Centre face au Modem et à l'UMP et sur la politique gouvernementale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé Morin, ministre de la défense et président du Nouveau Centre, à Europe 1 le 28 novembre 2008, sur le terrorisme, l'attitude du Nouveau Centre face au Modem et à l'UMP et sur la politique gouvernementale.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

ti : J.-P. Elkabbach.- L'actualité c'est bien sûr cette nouvelle vague de terrorisme, en Inde, sur laquelle beaucoup de questions se posent. Mais cette région d'Asie du Sud-est est bien la plus dangereuse au monde ?
 
La menace terroriste c'est une menace pour le monde entier, c'est une menace qui frappe partout, qui frappe en Asie, qui frappe en Afrique ; on voit se développer un réseau terroriste qu'on appelle AQMI, c'est-àdire Al Qaïda dans le Maghreb, qui est extrêmement inquiétant. Et personne, aucun pays, aucune démocratie, aucun régime, aucun système n'est à l'abri d'un attentat terroriste.
 
Aujourd'hui, on voit l'Inde accuser le Pakistan. Que faut-il redouter de cette montée de la tension entre deux nations qui possèdent, je le rappelle, l'arme nucléaire ?
 
La rivalité entre l'Inde et le Pakistan c'est une rivalité ancienne, qui date déjà de plusieurs décennies. Ce qui est certain c'est que, si vous me le permettez - ça me permet de me raccrocher à notre présence en Afghanistan - c'est que nous sommes en Afghanistan depuis 2001, nous y sommes pour lutter contre le terrorisme puisque l'Afghanistan c'était la base arrière du terrorisme, que si vous ne luttez pas là où se préparent les terroristes, un jour ou l'autre ils sont chez vous ; que nous y sommes pour établir la démocratie et pour faire en sorte que l'Afghanistan soit en paix. Et l'Afghanistan dans cette affaire, c'est un des pions de la région, d'un arc de crise, dont on voit qu'il y a tous les facteurs de déstabilisation dans le monde.
 
Donc, on y reste ?
 
On y restera aussi longtemps que les Afghans ne seront pas capables d'assurer par eux-mêmes leur sécurité. Mais ça n'est pas simplement qu'une solution militaire.
 
La France prend garde de ne pas faire le jeu des talibans qui sont engagés également dans une guerre de communication contre les forces occidentales. Même démarche, j'imagine, avec les preneurs d'otages aux motivations crapuleuses. Mais comment réagissezvous à la vidéo montrant l'otage français, D. Egreteau, un humanitaire qui a été enlevé début novembre à Kaboul ?
 
J'ai constaté comme vous, mais on est dans une campagne de communication ; les talibans savent très bien qu'une des grandes faiblesses, le talon d'Achille des démocraties occidentales, ça peut être la faiblesse de l'opinion publique.
 
Vous dites que les ravisseurs sont liés à un groupe islamiste ?
 
Je n'en sais rien, mais tout ça, vous le voyez bien, c'est avant tout un moyen pour essayer d'affaiblir la volonté de la communauté internationale.
 
Peu de journaux ont publié la photo de l'otage sous la contrainte, mais on le voit quand même ce matin par exemple dans France- Soir...
 
Je crois qu'elle est sur le Net partout.
 
... oui, avec donc, des armes braquées contre son visage. Un commentaire ?
 
Sinon, que je pense que moins on en fait en la matière pour participer à la promotion de ces hommes-là, mieux c'est.
 
Vous attaquez votre ancien ami, F. Bayrou, "l'imprécateur médiatique, qui a besoin du PS", dites-vous. Mais vous, sans l'UMP, que devenez-vous ?
 
Mais attendez, moi je n'ai aucun souci en la matière. J'ai clairement indiqué, c'est le choix que nous avons fait, de créer une formation politique qui veut faire revivre l'UDF, c'est-à-dire une formation de centre, centre-droit, en disant clairement que, la 5ème République c'est un système bipolaire, et moi je suis dans la majorité. Et ce qui est intéressant au-delà de tout cela c'est que, la campagne à laquelle on a assisté au sein du Parti socialiste, et les discussions entre M. Aubry, S. Royal, sur "est-ce qu'on forme la gauche pour ensuite s'ouvrir, ou est-ce que, d'ores et déjà on discute avec le MoDem", c'est qu'on voit le puzzle de 2012 se mettre en place, et on voit le pôle de gauche se constituer ; le pôle de gauche, avec le PS et le MoDem, et de l'autre, l'UMP, et l'UMP qui aura besoin, et qui a besoin d'une formation de centre et de centre-droit.
 
Avec quelles libertés pour vous ?
 
Avec la liberté de celles et ceux qui défendent un certain nombre d'idées et qui ne veulent pas faire des coups. Si on a décidé de soutenir N. Sarkozy entre les deux tours, c'est qu'on a pensé, et que je pense, et les 18 mois me donnent raison, qu'il nous fallait un changement et une rupture profonde dans le pays.
 
D'accord, mais pour exister, il faut s'émanciper. Donnez-nous des exemples, là, ce matin. Alors ?
 
Je vais vous donner deux exemples : nous voulons être, et je veux que notre parti soit le défenseur des libertés.
 
Exemple ?
 
Eh bien, vous m'avez, je crois, entendu au moment du fichier Edvige...
 
F. Bayrou l'avait dit, avant vous-même, alors...
 
Oui, enfin, d'accord, il prêchait peut-être, moi j'ai posé un certain nombre de questions, et vous aurez remarqué que les choses progressaient.
 
D'accord, mais demain, deuxième exemple pour demain ou aujourd'hui ?
 
Si vous me laissez le temps, deuxième exemple : nous avons été ceux qui, depuis 15 mois, avons en permanence expliqué que les niches fiscales étaient source d'injustice ; par la voix de notre groupe, par F. Sauvadet et C. de Courson. Nous n'avons cessé d'expliquer que tous les Français devaient payer des impôts, et notamment ceux qui gagnaient beaucoup d'argent, qui, grâce aux niches fiscales pouvaient être exonérés d'impôts sur le revenu.
 
Oui, bon, la loi a été modifiée.
 
La loi a été modifiée. Je pense...
 
Faut-il augmenter les impôts des Français les plus riches, par exemple, aujourd'hui ?
 
Ce que nous pensons c'est que, personne ne doit être exonéré d'un effort, voilà, c'est tout. Ce n'est pas d'augmenter les impôts des plus riches, c'est que, à travers les niches fiscales, nous pensons qu'il y avait là une source d'injustice, une inéquité.
 
Alors, vous allez présenter demain, au Nouveau Centre, un projet économique alors que...
 
Nous avons le conseil national, demain, à Issy-les-Moulineaux. ...
 
le chômage s'emballe. Faut-il envoyer un chèque de l'Etat aux ménages modestes, l'idée est à l'étude à Bercy en ce moment ? Est-ce que vous êtes pour ?
 
Pour... Nous avons eu d'abord une crise financière, puis une crise bancaire, aujourd'hui c'est une crise économique, et cette crise économique s'annonce lourde. Et donc, il faut absolument relancer l'activité. Pour cela, et parmi les propositions que nous allons faire : un, il faut que la Banque centrale européenne baisse massivement ses taux d'intérêt, on voit bien qu'il n'y a aucune raison aujourd'hui de craindre l'inflation, certains parlent même de déflation. La deuxième chose, c'est qu'il faut permettre de pouvoir relancer l'investissement public, et moi je préconise et je propose que l'Etat annonce aux collectivités locales qu'elles pourraient être subventionnées pour toute une série de projets, parce que le problème c'est que vous annoncez des mesures mais qu'elles sont longues à mettre en oeuvre compte tenu des procédures publiques, etc. Les collectivités locales ont plein de projets dans les tiroirs qu'elles ne peuvent pas financer, et ça, ce serait un moyen. Cela suppose, je dis une troisième chose, qu'on modifie les règles, notamment des marchés publics pendant un certain temps pour nous permettre d'être réactifs, parce que l'heure est grave et que l'heure mérite de pouvoir agir rapidement.
 
Alors, N. Sarkozy a annoncé dès hier des allégements pour les collectivités locales.
 
Quatrième idée, par exemple, un grand emprunt d'Etat qui permettrait de pouvoir recycler une partie de l'épargne liquide pour financer l'accès des entreprises, les PME, pour financer toute une série de projets.
 
Bon, on cherche toujours des signes d'émancipation, H. Morin...
 
Mais je ne cherche pas...
 
Par exemple, est-ce que la loi sur l'audiovisuel public est une erreur politique pour vous ? Vous êtes très critiqué par les députés du Nouveau Centre ? Alors, une erreur politique, oui ou non ?
 
Les députés du Nouveau Centre : un, je pense que l'idée de ne pas avoir de publicité c'est une très bonne chose.
 
Mais fallait-il faire cette loi aujourd'hui ?
 
Je me permets de vous signaler que ceux dont vous parliez, PS et F. Bayrou, avaient dans leur programme présidentiel la suppression de la pub sur France Télévisions, je vous le rappelle au cas où vous l'auriez oublié. Deux, je...
 
Bien sûr, mais ça s'accompagnait d'autres propositions pour le financement et la garantie du service public.
 
Vous m'interrompez plus que ne le ferait J.-P. Elkabbach !
 
Ah ben, il revient lundi... Vous reviendrez !
 
Deux, est-ce qu'il faut améliorer la gouvernance de France Télévisions ? C'est une évidence. Trois, comment finance-t-on France Télévisions ? C'est là où je dis aux députés du Nouveau Centre qui critiquent l'idée d'une nouvelle taxe et d'un nouvel impôt, je leur dis : faites preuve d'inventivité et d'imagination pour trouver un nouveau financement. Ils y travaillent et ils vous feront des propositions la semaine prochaine.
 
Les rumeurs de remaniement vont bon train. Est-ce que vous êtes inquiet pour votre sort au ministère de la Défense ?
 
Eh bien, non ! Je ne suis pas inquiet par nature, parce que de toute façon, rien ne sert d'être inquiet en la matière. Mais vous, vous voyez, vous êtes un peu comme les amoureux du foot, vous les journalistes : c'est-à-dire qu'en permanence, en permanence, vous êtes en train de vouloir refaire l'équipe de France.
 
Ah, non, non, non. La rumeur, la rumeur...
 
Je ne m'appellerai pas R. Domenech en la matière.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 28 novembre 2008

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