Entretien de M. Hervé Morin, ministre de la défense, dans "Le Journal du Dimanche" du 30 novembre 2008, sur la lutte contre le terrorisme et sur la sécurité des Français à l'étranger. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Hervé Morin, ministre de la défense, dans "Le Journal du Dimanche" du 30 novembre 2008, sur la lutte contre le terrorisme et sur la sécurité des Français à l'étranger.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

ti : Q - Sommes-nous plus menacés aujourd'hui ?

R - Nous l'étions avant Bombay, nous le sommes après, ni plus, ni moins. Aucun pays n'est à l'abri d'un attentat. Si vous prenez les grands foyers de terrorisme islamiste vous quadrillez la planète. Un de mes collègues, ministre de la Défense d'un pays asiatique m'a raconté qu'un attentat majeur, dans le métro de sa capitale, a été déjoué récemment. Donc, l'idée qu'on pourrait s'épargner des risques en se faisant oublier est une idée fausse. Quand les Taliban disent qu'un retrait français d'Afghanistan nous protégerait, c'est faux. Al Qaïda Maghreb, notre principale menace, parle de la France comme de son "ennemi numéro un". Les groupes terroristes islamistes considèrent qu'il y a un djihad contre l'Occident, en général... contre les démocraties.

Q - Et comment les démocraties se défendent-elles ?

R - Par l'intelligence et le renseignement. Il n'y a jamais eu autant de collaboration entre tous les pays. Chaque semaine des hommes se préparent à faire un coup, sont arrêtés. La coopération de la France avec les pays du Maghreb est exceptionnelle. Elle répond au développement d'Al Qaïda Maghreb, dans la zone sahélienne : notre menace la plus préoccupante.

Q - La sécurité des Français à l'étranger - singulièrement au Maghreb - est-elle assurée ?

R - Le niveau d'insécurité n'est pas tel qu'un ministre devrait déconseiller aux gens de voyager, ou commencer à rapatrier nos ressortissants. Quand il y a des risques collectifs - la sécurité d'un rallye, une colonne de véhicules sur plusieurs centaines de kilomètres - c'est autre chose. Nous pouvons intervenir. Se mettre à paniquer ne servirait que les terroristes. En revanche, oui, certaines zones - la Mauritanie à cause du terrorisme, ou le large de la Somalie, à cause des pirates - sont à déconseiller. Mais nous ne pouvons pas interdire aux gens de prendre des risques.

Q - Quel est le plus grand défi pour une démocratie ?

R - La compréhension de la menace ; ne pas céder à la panique, ni à l'insouciance, ni à l'aveuglement. Nos compatriotes ont du mal à accepter que notre défense passe aussi par l'Afghanistan. Les Anglais, eux, ont subi le terrorisme et comprennent qu'ils doivent se défendre loin de leurs bases. Nous, heureusement, n'avons pas connu d'attentat depuis des années. Mais je n'ai pas besoin d'en faire l'expérience pour savoir qu'il faut se défendre.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 décembre 2008

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