Déclaration de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, sur les mutilations sexuelles féminines, Paris le 27 novembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, sur les mutilations sexuelles féminines, Paris le 27 novembre 2008.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative

Circonstances : Journée de lutte contre les violences faites aux femmes le 27 novembre 2008

ti : Cher Robert Toubon,
Chère Linda Weil-Curiel,
Cher Professeur Henrion,
Cher Docteur Pierre Foldès,
Mesdames et Messieurs,


Il est un combat auquel je resterai toujours profondément attachée : mon combat en faveur des droits des femmes.

Attenter à la dignité et à la liberté des femmes, établir, au nom d'une différence de fait, une discrimination de droit cela m'est insupportable. Les mutilations sexuelles féminines constituent une violence corporelle qu'il nous est impossible de tolérer. La violence, qui plus est, ne se limite pas à cet aspect physique : violence et violation sont toujours inextricablement liées.

Mutiler de la sorte, c'est violer, en effet, le droit de chaque femme à disposer de son corps. C'est violer, irais-je jusqu'à dire, son droit à être femme.

Nous ne pourrons jamais assez mesurer, au-delà même des complications physiques, le traumatisme psychologique que ces pratiques induisent.

Aussi, il me semble important de sensibiliser, mobiliser, informer et former les professionnels de santé, médecins généralistes, gynécologues obstétriciens, sages-femmes, infirmières, ou encore puéricultrices.

Telles étaient les recommandations adoptées par l'Académie nationale de médecine il y a 4 ans.

Aujourd'hui ce colloque, dont je tiens à remercier l'ensemble des initiateurs, doit nous permettre de réaffirmer notre détermination en ce sens.


En France, entre 42 000 et 61 000 femmes seraient excisées.

Ces pratiques reconnues illégales sont lourdes de conséquences sur la santé des femmes et des enfants.

Immédiates ou à long terme, variables selon le type et la gravité de la mutilation pratiquée, ces conséquences sont, hélas, souvent graves, nombreuses, et parfois mortelles : douleurs intenses, hémorragies, complications obstétricales et, chez les nouveau-nés, réanimations et surmortalité plus fréquentes.

Nous sommes là confrontés à un problème sanitaire majeur.

Notre devoir est de prévenir la survenue de nouvelles MSF, de dépister et de mieux prendre en charge les femmes qui ont été mutilées et qui en subissent les conséquences au quotidien.

Or, pour mieux agir, nous devons mieux connaître l'impact des MSF sur la vie des femmes.

C'est pourquoi mon ministère participe à une enquête sur les conséquences sanitaires et sociales des mutilations sexuelles, en collaboration avec l'Agence nationale pour la recherche (ANR) et l'Institut national des études démographiques (INED).

Cette enquête, lancée en 2007 dans 5 régions, auprès de 3 000 femmes adultes, nous livrera ses résultats à la fin du premier trimestre 2009.

Nous disposerons ainsi d'informations inédites, utiles à l'élaboration d'un protocole de prise en charge plus systématique de ces questions à l'avenir.

La responsable scientifique de l'enquête, Mme Armelle Andro (chercheur à l'INED), vous en parlera plus longuement tout à l'heure.


Nos connaissances sur l'excision, son histoire et ses conséquences en termes de santé et de qualité de vie doivent par ailleurs être diffusées le plus largement possible.

Les différents colloques tenus depuis deux ans, au niveau national puis dans les 8 régions les plus touchées, ont permis d'ancrer les MSF dans les préoccupations et les pratiques quotidiennes des différents acteurs.

Ils ont eu l'immense mérite d'associer à une même tribune nombre de professionnels, issus en particulier des services des droits des femmes, des services de protection maternelle et infantile, de l'Education nationale, de la santé et des secteurs social et associatif.

Je tiens à remercier les services déconcentrés, qui ont réussi à mobiliser dans les régions tous ces intervenants.

Le 9e colloque se déroulera en Champagne-Ardenne le 2 décembre 2008.

En diffusant ces informations, en partageant nos expériences, nous pourrons améliorer les conditions de prise en charge des femmes victimes de MSF.

Il est impératif, en ce sens, de mettre à disposition des professionnels des supports d'information maniables pour l'exercice quotidien.

C'est pourquoi mes services élaborent une plaquette d'information sur la conduite à adopter en cas de mutilation avérée ou en cas de menace de mutilation.

Ce texte, écrit en collaboration avec l'INPES, est soumis à la validation du secteur associatif et des différents départements ministériels concernés.


Une meilleure formation des professionnels est, par ailleurs, indispensable.

Il nous faut intégrer la prévention, le dépistage et la prise en charge des MSF dans le cursus de formation des médecins, des sages-femmes, des infirmières et des puéricultrices.

En 2008, 400 étudiants sages-femmes et infirmiers ont ainsi pu bénéficier de cette formation initiale, et 400 professionnels de santé ont été formés pour être à leur tour formateurs.

Je voudrais remercier toutes les associations qui viennent en appui de ces programmes.

Je souhaite que nous poursuivions nos efforts dans ce domaine.

Enfin, comme pour toute question de santé, la prise en charge des MSF ne peut s'entendre que comme une prise en charge globale : je suis de ce fait particulièrement attachée à ce que les femmes et les fillettes puissent trouver localement aide, écoute et conseils.

Le rôle des associations, qui offrent des dispositifs d'accueil et d'écoute, est fondamental. De même, effectuer une prise en charge améliorée et globale, c'est proposer, à celles qui le souhaitent, la possibilité de réparer.

Grâce à la technique de réparation chirurgicale mise au point par le docteur Pierre Foldès, que je salue, grâce à son implication pour former ses confrères afin qu'une telle prise en charge soit possible ailleurs qu'en région parisienne, c'est une nouvelle dignité, la dignité du corps retrouvé, qui leur est offerte.

13 équipes sont aujourd'hui réparties sur le territoire, assurant un suivi pluridisciplinaire, qui associe chirurgien, psychologue, sexologue, ou encore sage-femme.

De telles initiatives sont remarquables. Elles sont essentielles pour progresser dans notre prise en charge des femmes victimes de MSF.


Ainsi, la lutte contre les MSF bénéficie à la fois de la mobilisation des associations militantes sur le terrain et de celle des professionnels, notamment de « Gynécologie sans frontières ». Je voudrais saluer ici la qualité de leur engagement.

En outre, la lutte est à la fois régionale et nationale.

Sur le plan national, il s'agit d'un travail interministériel, qui va bien au-delà du champ sanitaire. Je pense en particulier à l'action de ma collègue Valérie Létard.

Mon ministère chargé de la santé contribue, dans son champ de compétences, à la prévention de la survenue de nouvelles MSF et à l'amélioration de la prise en charge des femmes qui en sont victimes.

Certaines régions, qui, en France, étaient dans les deux dernières décennies peu touchées, ont, en effet, connu une augmentation de ces pratiques.

Mon ministère continuera à assurer, auprès des professionnels de santé, une vigilance déterminée et proposera les adaptations nécessaires pour un meilleur accompagnement des femmes, en particulier à partir des résultats de l'enquête menée par l'INED et l'ANR.

Je sais pouvoir compter sur vous dans cette mobilisation de tous les instants au service de la dignité et de la santé des femmes.


Je vous remercie.


Source http://www.sante-jeunesse-sports.gouv.fr, le 3 décembre 2008

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