Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le rôle de la marine nationale dans la lutte contre la piraterie le long des côtes de la Somalie et sur la coopération navale européenne, Toulon le 1er décembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le rôle de la marine nationale dans la lutte contre la piraterie le long des côtes de la Somalie et sur la coopération navale européenne, Toulon le 1er décembre 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement à Toulon (Var), à bord de la Frégate "Surcouf", le 1er décembre 2008

ti : Monsieur le ministre,
Monsieur le Secrétaire général,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs,


Je veux vous dire que j'éprouve une grande fierté à me retrouver en mer parmi les marins de combat de la Force d'action navale. Se dérober au combat de la liberté et de la sécurité, ce n'est pas dans la vocation de la France. Depuis un an, le nombre des actes de piraterie commis au large notamment de la Somalie a été multiplié par trois. Avec courage et avec rigueur, les armées françaises s'efforcent aujourd'hui de les réduire. J'ai voulu vous rencontrer sur votre lieu d'entraînement au large de Toulon pour le constater publiquement et pour le saluer. L'entraînement spectaculaire auquel je viens d'assister démontre votre expérience et votre exceptionnel professionnalisme. Ces capacités sont les clés de notre confiance. Voici quelques heures, vos camarades du Nivôse achevaient l'accompagnement de deux navires vraquiers sur une mer dangereuse. Leur mission a été remplie ; les navires escortés arriveront à bon port. Loin des caméras, là où les crises se nouent et se dénouent, les soldats français assurent de manière performante le succès des missions que l'Etat leur confie. La diversité de ces missions grandit encore l'hommage qui leur est dû. Ces soldats méritent la reconnaissance de la nation. Je suis là, avec le ministre de la Défense, pour leur dire à travers vous notre estime personnelle.

Depuis plus de vingt ans, les peuples somalis ballottés par les guerres intestines se déchirent au Puntland. L'absence d'un Etat fort a permis le développement en leur sein d'activités criminelles ; la misère y a allumé les foyers d'une piraterie organisée. Cette évolution n'est pas excusable. Elle n'est pas tolérable. Elle ne doit pas rester impunie ; elle ne doit pas encore durer. En mer, dans cette zone de désordre, le tiers des approvisionnements pétroliers européens transite aujourd'hui au large de la Somalie. Nous ne pouvons pas admettre que l'audace de quelques criminels compromette la liberté de navigation sur les mers. Nous ne pouvons pas tolérer que des pirates, mus par leur seule avidité, menace les approvisionnements de l'Europe. Le Golfe d'Aden, ce secteur ouvert de passage et d'échanges depuis des décennies, ne doit pas redevenir le terrain de la piraterie.

Notre monde est instable et dangereux ; les risques persistent, les tensions peuvent surgir, les crises peuvent s'enclencher ; les trafics criminels se multiplient, leurs formes et leurs enjeux y évoluent sans cesse à la vitesse de la mondialisation. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité, voulu par le président de la République, établit que les actes de piraterie constituent des atteintes à la sécurité nationale. Pour les réprimer, l'Etat doit disposer de moyens de surveillance et de capacités d'intervention spécifiques, et notamment en haute mer. La loi de programmation militaire, qui sera prochainement soumise au Parlement, prend ces nouveaux besoins en compte. Dans un contexte économique difficile, l'effort de l'Etat pour assurer sa sécurité ne se relâchera pas. Nos armées continueront, comme elles l'ont toujours fait, d'adapter leur organisation pour rester réactives et performantes. Confrontée aux menaces nouvelles, la Défense française fera face. Elle continuera, je le sais, d'affirmer son sens du service et son sens du devoir.


Mesdames et messieurs,

La France s'est engagée avec détermination pour la paix et la sécurité en Somalie. Les premiers, nous avons décidé de protéger les navires du Programme alimentaire mondial, qui apportent en Somalie les denrées indispensables aux populations affamées, et dont il est navrant de voir qu'ils étaient les premières cibles des actes de piraterie. Les premiers, nous avons constitué des convois protégés pour accompagner les navires de commerce français et européens dans leur traversée du Golfe d'Aden. Sous notre protection, assurée avec constance depuis trois mois, aucun navire n'a été attaqué. Chaque fois que la sécurité de nos concitoyens s'est trouvée mise en jeu, la réaction du président de la République et du Gouvernement a été ferme, rapide, intransigeante. Ce courage politique, suivi par les interventions de nos militaires, et en particulier de nos forces spéciales dont je veux saluer l'action, a permis le dénouement heureux des prises d'otages des voiliers Ponant et Carré d'as. Et je veux vous dire, pour avoir minute par minute, au coté du président de la République, avec le ministre de la Défense, suivi le déroulement de ces opérations, d'abord que nous ne les avons pas engagées à la légère. Nous savions en les engageant qu'il y avait des risques pour ceux qui allaient intervenir. Et en même temps, je veux vous dire que nous avons ressenti une très grande fierté devant la qualité exceptionnelle de ceux qui ont réussi à libérer les otages de ces deux bateaux.

Ces interventions avaient valeur d'exemple. Les pirates savent désormais que, lorsque l'on s'en prend au drapeau français, nous ripostons. Il n'y a pas de trêve, il n'y a pas de compromis, il n'y a pas d'impunité possible. Nous avons voulu mettre un terme à ce cercle infernal qui consistait, parce que les armateurs acceptaient les rançons, parce que les Etats n'intervenaient pas, à rendre ce commerce de plus en plus fructueux et à multiplier le nombre des actes de pirateries.

Bien entendu, la France n'agit pas seule. Consciente de l'ampleur de la tâche, elle n'a cessé de mobiliser contre le fléau de la piraterie les nations amies, les organisations, les autorités de toutes sortes. D'abord, nous sommes soucieux d'agir dans un cadre légitime. Nous avons donc porté et défendu les résolutions de l'Organisation des Nations Unies qui permettent d'adapter le droit international à ce défi résurgent. Nous soutenons sans réserve l'action volontaire de l'OTAN, des coalitions et des Etats qui s'engagent à fournir des moyens plus nombreux pour sécuriser l'Océan Indien.

La présidence française de l'Union européenne en particulier, a fait en sorte que l'Europe prenne le premier rang de cette lutte. Et c'est avec une satisfaction toute particulière que je vois naître en ce moment même l'opération "Atalante". Depuis quelques jours, dans quelques jours, cette opération engagera les Européens à nos côtés, au large de la Somalie. Ce sera la première opération navale de l'Union européenne.

Ce sera aussi la première opération européenne sous commandement britannique et je veux saluer l'engagement de nos alliés d'outre-Manche. Grâce à ces moyens puissants, "Atalante" offrira en particulier une meilleure protection aux flottilles de pêche européennes qui opèrent au large de la Somalie et du Kenya. Je veux à cet instant rendre hommage aux partenaires européens qui y prennent part. Le niveau de leur contribution nous assure d'ores et déjà du maintien de l'opération dans la durée, à tout le moins sur l'ensemble de l'année 2009.

Certes, la sécurité de l'Océan Indien n'est pas entièrement ni définitivement acquise, mais on voit que, chaque jour, des progrès se dessinent. Seule une coopération régionale et le rétablissement d'un Etat fort en Somalie permettront, à terme, de garantir de façon durable la sécurité des eaux. Mais en attendant, je ne doute pas que l'action de la France, que l'action de l'Europe, que l'action de toutes les nations engagées démontre son efficacité pour la rétablir peu à peu.

Je fais confiance à la Marine nationale pour réussir l'opération "Atalante". Cette opération, par son ampleur, par la densité de ses forces, par la puissance de ses moyens, représente un instrument de dissuasion considérable qui contribuera à assurer la sécurité dans cette zone.

Marins de combat, vous êtes les héritiers d'une grande tradition militaire que vous renouvelez au présent. Vous portez avec honneur les couleurs du pavillon national sur toutes les mers du globe. Votre réputation est élevée et vous savez qu'elle dépasse largement nos frontières. Vous êtes les protecteurs de notre sécurité, vous servez les valeurs qui sont celles de la République française.


Vivent les armées françaises et vive la France !


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 3 décembre 2008

Rechercher