Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "LCI" le 3 décembre 2008, sur la politique pour l'emploi du gouvernement avec la fusion ANPE et ASSEDIC, l'offre raisonnable d'emploi, et les pistes pour la relance économique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "LCI" le 3 décembre 2008, sur la politique pour l'emploi du gouvernement avec la fusion ANPE et ASSEDIC, l'offre raisonnable d'emploi, et les pistes pour la relance économique.

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent, BARBIER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi;

ti : C. Barbier.- Avant de parler économie, relance, emploi, trois des cinq suspects du sabotage anti-TGV ont été libérés. Alors, est-ce que l'enquête a été précipitée ? Est-ce que la ministre de l'Intérieur a été aveuglée par sa crainte des réseaux ultragauchistes ?

Non, je pense juste qu'il y avait des attentats qui ont été perpétrés sur du réseau du service public. C'est normal de réagir tout de suite. Après, on voit comment se déroule l'enquête. Il y en a quand même deux qui sont encore là.

Abstention maximale prévue aujourd'hui pour les élections prud'homales. Le Gouvernement a-t-il organisé ce scrutin dans la pagaille, comme l'a dénoncé L. Parisot, la patronne du Medef ?

C'est un peu facile ! On a des élections prud'homales sur lesquelles depuis longtemps on a un taux d'abstention fort, qui nous renvoie d'ailleurs à une question de fond : comment réussir à fortifier la place des syndicats dans son pays ? C'est une des dernières élections prud'homales veille version. Après, on va basculer dans le nouveau logiciel qu'a mis en place X. Bertrand pour renforcer la représentativité des syndicats. Donc, je pense que d'ores et déjà il faut qu'on se projette dans ce que sera l'après et comment fortifier les syndicats forts. Un gouvernement a toujours besoin de syndicats en face de lui.

C'est-à-dire que s'il y a beaucoup d'abstention, selon vous, c'est que les syndicats ne font pas leur travail, ils représentent mal les salariés.

Non, c'est juste qu'on a un vieux système qui est un vieux système syndical en France, qui se traduit aux prud'homales par un faible taux de participation. Donc, c'est ce logiciel-là qu'il faut qu'on arrive à changer en fortifiant la présence des syndicats directement au coeur des entreprises. Et c'est tout le travail qui a été enclenché par X. Bertrand.

Alors, le Président de la République présentera demain son plan de relance à Douai. Relance de quoi ? Relance du pouvoir d'achat ou relance des entreprises ?

Non, si... on voit bien l'alternance entre les deux choix. Le premier choix c'est celui qu'a fait l'Angleterre, de baisser de façon uniforme son taux de TVA...

... ça relance la consommation.

Cela relance la consommation, mais quand vous avez des pays tels que les nôtres où il y a toute une partie de ces produits qui sont fabriqués en Chine, en Turquie, dans les pays de l'Est, le résultat c'est que en moins de deux tours de consommation, toute une partie de l'argent que vous avez investie part en réalité en direction de ces économies. A notre sens, c'est un mauvais choix parce que ce qu'il faut c'est prendre appui sur la crise, réagir, mais réagir de façon intelligente, en misant sur ce qu'est l'investissement, en allant fortifier directement des secteurs industriels qu'on veut conforter, comme l'automobile ou comme le logement, ou en essayant d'améliorer la trésorerie des PME. Donc, c'est plus sur ce volet qui est un plan de relance d'investissement ciblé, cherchant à garder l'essentiel de l'argent qu'on mettra sur la table au service de l'économie française.

Alors, l'automobile, par exemple, y aura-t-il, confirmez-vous qu'il y aura une prime à la casse de 1 000 euros pour ceux qui changeront de voiture ?

Je suis désolé, mais même si je vous aime beaucoup, je ne grillerai pas les annonces du président de la République qui sont demain...

C'est une bonne idée ?

Par contre, ce que je peux vous dire c'est qu'il y aura effectivement un plan d'action sur l'automobile parce que... pour une raison simple, qui est une conviction du Président : un grand pays qui veut conserver son emploi ne peut pas voir disparaître ses industries - choix qui a été fait à un moment par l'Angleterre. La France ne veut pas rentrer dans ce choix-là. On a besoin de garder une industrie automobile, on a besoin de garder une industrie de l'aéronautique, on a besoin de garder des sous-traitants qui sont solides. Donc, tout le travail aussi de ce plan de relance est de ne pas seulement de faire de la relance artificielle, poudre aux yeux, mais de prendre appui sur la crise pour fortifier la compétitivité de ces secteurs.

On construit des voitures partout dans le monde. Est-ce qu'il faudra limiter les aides aux voitures produites en France avec des emplois français ?

Bien entendu, on ne peut pas le faire ! Par contre, on a des façons plus intelligentes de raisonner. Par exemple, est-ce qu'on peut prendre appui sur des véhicules avec des technologies propres et inciter nos constructeurs à les développer sur le territoire ?

Les dirigeants de Ford, aux Etats-Unis, suppriment leurs bonus, leurs primes, réduisent leur train de vie. Est-ce un exemple à suivre pour les dirigeants des firmes automobiles françaises ?

En tout cas, je pense que cet exemple-là est bon, oui. D'avoir un dirigeant qui a un discours qui est conforme, qui consiste à dire : « on a des efforts à faire mais je me les applique à moi-même », c'est pour moi une de grandes leçons aussi de ce qui s'est passé pendant cette crise. On ne peut pas avoir d'un côté un capitalisme ultra débridé, qui donne l'impression de se servir lui-même, et de l'autre côté le sentiment d'une déconnexion complète avec soit les PME, soit la réalité des salariés sur le terrain.

Pour aider le secteur du logement, de l'immobilier, faut-il doubler le plafond limitant l'accès au prêt à taux zéro ?

On a déjà tout un certain nombre de mesures qui ont été prises : éviter que le plan de 30 000 logements se retrouve sur la casse aujourd'hui ; il y a aussi, je le rappelle, toutes les mesures qui avaient été mises dans le paquet du Travail, Emploi, Pouvoir d'Achat, pour soutenir l'accession à la propriété. On verra par ailleurs ce qu'on annoncera demain, mais il y aura également des volets importants sur ce sujet.

Alors, vous vous occupez des chômeurs. « Pas d'aide aux chômeurs dans ce plan de relance sans contreparties », a prévenu F. Fillon. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Ce que cela veut dire c'est qu'il est totalement absurde de faire un dispositif dans lequel vous faites de l'indemnisation passive. C'est ce à quoi on s'est amusé depuis vingt ans en matière de politique de l'emploi. En fait, on n'a pas fait de politique de l'emploi, on a fait une politique d'indemnisation du chômage. Là, ce qu'on veut faire, prenons un exemple simple, le contrat de transition professionnelle. Vous avez quelqu'un qui a perdu son emploi dans un secteur qui licencie... je rencontrais la semaine dernière, à Valenciennes, un chômeur qui avait été licencié d'une entreprise de fruits et légumes, pas facile de rebondir dans ces cas-là. On lui a financé une formation, financé un contrat de transition qui lui a permis de rebondir mais sur une base de droit et de devoir. Lui, en contrepartie, toutes les semaines venait, faisait un bilan, suivait une formation, allait voir, regardait les offres qui étaient là. Et c'est un peu cet équilibre qu'on veut trouver, mettre tout le paquet pour aider les demandeurs d'emploi, mais en contrepartie demander un effort.

Alors, il y avait déjà les offres raisonnables d'emploi qui allaient dans ce sens-là, est-ce qu'il faut passer de deux à une seule, on propose un emploi et le chômeur est obligé de l'accepter ?

Non, je le dis clairement ce serait déraisonnable.

La fusion ANPE/ASSEDIC passe mal. Pourquoi braquer les fonctionnaires qui s'occupent des chômeurs au moment même justement où l'emploi s'effondre ?

Vous savez, je suis très souvent dans les agences. J'ai commencé cette semaine un tour de l'ensemble des régions pour faire le point sur la mise en place de Pôle emploi. C'est vrai qu'on demande des gros efforts aux agents : faire face à cette crise, réussir la fusion entre ANPE et ASSEDIC, et en même temps changer le logiciel, parce que c'est pas seulement mettre un toit commun sur deux maisons, c'est pas un changement administratif, c'est un changement du service rendu. Et ce n'est pas pour me faire plaisir qu'il faut aller vite. On a une période de crise, qu'est-ce qu'on va dire ? On dirait, « oh, Pôle emploi, on peut attendre deux ans, trois ans, pour améliorer le service aux chômeurs », non, c'est maintenant qu'on a besoin d'un service qui soit amélioré. Donc, ce qu'on essaie de trouver c'est au contraire tous les moyens d'améliorer, d'accélérer cette fusion tout en respectant les attentes de terrain des agents. On s'est donné les moyens, c'est une réforme où on gardera tout le monde sur le pont, tous les effectifs. On s'est également donné les moyens en termes de statut. Mais par contre, j'ai besoin d'un service public de l'emploi en ordre de marche, plus efficace, tout de suite, et là je ne ralentirai pas.

La polémique continue notamment au sein de l'UMP sur le travail du dimanche. Alors, ne faut-il pas reporter le vote de ce texte un peu précipité, il est prévu pour le 11 décembre ?

Il y a aujourd'hui la présentation à la Commission des Affaires sociales, qui est un moment important, c'est un moment où il y a du débat qui s'exprime sur ce thème qui, voilà, qui renvoie aussi à une certaine conception du travail, et peut-être une approche un peu plus pragmatique de ce qu'est la place du travail dans notre société. On va voir ce que va donner le débat ce matin.

Et vous n'envisagez pas de conseiller au président, de conseiller au Premier ministre, de reporter au début de l'année prochaine ce texte, que les esprits s'apaisent ?

Non, parce que là encore j'entends bien ce discours qu'on voit en ce moment dans la période de crise qui consiste à dire : « prenons du temps, remettons tous les projets au frigidaire », non, on a une crise. Dans une période de crise, il faut avancer. On a des gisements d'emplois à trouver, notamment dans le secteur touristique sur le travail le dimanche, il faut qu'on y aille.

Ah ben, alors limitons à l'Ile de France et à Paris, c'est là qu'il y a l'essentiel des touristes, épargnons Lyon, Marseille et Lille.

Vous êtes un peu dur pour les autres territoires qui ont du tourisme important.

Il y a du tourisme mais moins quand même qu'à Paris.

Non, un autre exemple : à la frontière avec la Belgique, tous les consommateurs le dimanche vont en Belgique pour faire leurs courses. C'est de la consommation qui est perdue, c'est de l'emploi qui est perdu. Là encore on a des choses pour avancer.

Si vous étiez député, au nom de la défense du petit commerce du Puy en Velay, votre ville, est-ce que vous ne voteriez pas non ?

Non, je pense que là encore on a un équilibre à trouver. Sur un territoire comme le mien, le travail le dimanche a peut-être moins de signification que si on est dans le Midi ou que si on est à la frontière avec la Belgique. Juste ce à quoi ça renvoie c'est évitons d'avoir des raisonnements comme on a trop eus, par exemple avec les 35 h, où on plaque une même législation du travail sur l'ensemble du territoire. On a des territoires différents, il y a des endroits où ça peut servir pour l'emploi, il y a des endroits où ça n'est pas utile. Essayons d'être un peu concrets.

Est-ce que les aspects sociétaux, de valeur, de cette polémique vous touchent ? Le dimanche c'est aussi réservé à la famille, à la vie spirituelle, vous qui avez été proche de Soeur Emmanuelle est-ce que vous n'êtes pas sensible à ces arguments ?

Si, c'est pour ça que personnellement je n'aurais pas voté une généralisation du travail le dimanche qui aurait consisté à faire du travail le dimanche une règle. Mais dans le projet est clairement affirmé que le travail le dimanche ne peut être qu'une exception. Et là, je pense qu'on arrive à articuler à la fois ce qui est une conception de la société et en même temps la volonté d'agir et d'avancer sur un sujet qui peut apporter des emplois.

« L'Etat ne laissera pas faire n'importe quoi », avez-vous prévenu au sujet des 1 400 postes supprimés par Arcelor Mittal. Alors, qu'allez-vous faire ?

Il y a deux choses sur lesquelles on va regarder de très près, parce que moi je ne veux pas laisser des entreprises prendre alibi sur la crise pour faire des plans de licenciement qui ne sont pas justifiés. D'abord, ils nous disent qu'ils vont faire un plan de départs volontaires, on va regarder, et on va regarder ce qu'ils mettent clairement sur la table en termes de reconversion parce que les plans de départs volontaires où on se contente de dire « voilà le chèque, et prenez la valise », ne sont pas bons. Deuxième chose, quelles possibilités de revitalisation des territoires et de l'emploi derrière ? J'étais hier à Marseille, il y a une zone franche, on peut créer de l'emploi, qu'Arcelor Mittal soutienne aussi ces initiatives.

En un mot, le RSA - le Revenu de Solidarité Active - en marche dès le 1er janvier au lieu du 1er juillet comme le demande la CFDT, c'est possible ?

C'est compliqué parce que le RSA est une vraie mécanique. Par contre, dès le 1er janvier il faut qu'on avance et c'est l'objet du déplacement aujourd'hui du Président pour la lutte contre la pauvreté.

L. Wauquiez, merci, bonne journée.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 4 décembre 2008

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