Interview de M. françois Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à Europe 1 le 4 décembre 2008, sur les résultats des élections prud'homales et la mise en place du plan de relance gouvernemental face à la crise économique et financière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. françois Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à Europe 1 le 4 décembre 2008, sur les résultats des élections prud'homales et la mise en place du plan de relance gouvernemental face à la crise économique et financière.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
 
M. Grossiord.- Bonjour F. Chérèque. Vous espériez, vous l'aviez dit, améliorer le score de votre syndicat lors de ces élections aux prud'hommes à l'abstention record. Patatras, c'est l'inverse, une baisse de trois points. La nuit a été mauvaise, le sommeil dur à venir ?
 
Ecoutez, après un résultat de ce type, on est déçu. Je suis déçu, c'est évident, et il faut pouvoir le dire. Je suis déçu parce que je sais que les militants CFDT, ce matin, le sont. Ils se sont beaucoup mobilisés avec moi dans ces élections, ils y croyaient. On a eu des meetings qui étaient très dynamiques et très chaleureux entre nous. Le résultat n'est pas là, donc il y a une déception.
 
C'est un désaveu pour un manque de combativité ?
 
Non, ce n'est pas un désaveu. Je crois qu'il faut regarder un fait qui est indéniable aujourd'hui, c'est que le syndicalisme que fait la CFDT, un syndicalisme qui est plus un syndicalisme d'entreprise, c'est-à-dire que c'est dans les entreprises, et d'ailleurs il y a un écart extraordinaire, de tous les côtés, d'ailleurs, entre le taux d'abstention à ces élections, le taux de participation dans les entreprises. On a 70 % de participation aux élections d'entreprises. Et la CFDT c'est pareil. Il y a un écart entre ce qu'on réalise dans les entreprises et ces élections. Ce qui veut dire que l'électorat de la CFDT, les militants de la CFDT ont plutôt un syndicalisme de proximité qui se réalise dans les entreprises, ce qui valide d'ailleurs la décision de la loi de faire que la vraie représentativité demain, ou aujourd'hui d'ailleurs, dès maintenant, sera celle des entreprises.
 
Mais, vous êtes toujours mal compris, F. Chérèque. Est-ce que vous payez toujours aujourd'hui votre soutien à la réforme des retraites en 2003 ?
 
On ne peut pas écarter ce fait-là, ça a participé, mais mal compris, je ne suis pas sûr, je vous le dis. Je prends un exemple : dans les résultats d'élections d'entreprises, on fait jeu égal avec la CGT, ce qui n'est pas le cas à ces élections-là. Ce qui veut dire, je le répète, le syndicalisme aujourd'hui de la CFDT c'est un syndicalisme de proximité, auprès des salariés, qui leur amène des résultats au quotidien.
 
D'accord, mais les élections aux prud'hommes c'est tous les salariés, même si peu, hélas, ont voté, c'est pas bon pour la démocratie sociale, mais quand même cinq millions de votants. La CGT dans les mêmes conditions de scrutin se réjouit, elle, de constater que son bulletin de vote a été perçu comme un bulletin de protestation, pas le vôtre.
 
Alors, d'une part, je dois constater que toutes les grandes confédérations baissent en nombre de voix, tout le monde baisse en nombre...non, mais, c'est important, et il faut surtout souligner qu'on a la confirmation que ce scrutin n'est pas un scrutin qui est valable pour ce type d'élections, c'est-à-dire que c'est une élection qui se fait en dehors de l'entreprise où parfois c'était un vrai gymkhana quasiment pour arriver jusqu'aux bureaux de vote, et les salariés votent dans l'entreprise. Donc, ce qui voudrait dire que le vrai scrutin doit être fait dans les entreprises, je dis bien, c'est le scrutin de représentativité.
 
Alors, vous avez, là, peut-être un terrain d'entente avec X. Bertrand qui veut effectivement simplifier les modalités de vote et envisager l'installation de bureaux dans les entreprises.
 
Oui, mais, enfin, il aurait pu nous entendre avant puisque que ça fait quand même longtemps qu'on le propose, et il faut reconnaître qu'il n'y a pas eu de la part de l'Etat une vraie publicité sur ces élections.
 
Ah ! Il vous a donné beaucoup de moyens, il y a même une polémique à ce sujet.
 
Oui, mais attendez, vous avez eu un débat, par exemple, dans les radios sur les élections aux prud'hommes ? Il y a 18 millions d'électeurs, on n'en a pas parlés.
 
Sur Europe 1, beaucoup !
 
Donc, ça c'est un élément qui est important. Mais surtout, je crois qu'on a un accord sur le fait que c'est dans l'entreprise que l'élection positive doit se faire et c'est là que se déplacent les salariés. Donc, le type de scrutin, effectivement, doit évoluer, mais je crois que tout le monde est d'accord sur ce point.
 
Les responsables de syndicats ont été reçus, hier, à l'Elysée, à la mi-journée, F. Chérèque. Est-ce que vous êtes donc entré par la grille du Coq, au fond du jardin, comme le raconte Le Parisien, ce matin ?
 
Oui, il y a eu une rencontre qui était discrète parce qu'on était un jour d'élections, donc on pouvait difficilement faire une publicité par respect pour les syndicats qui n'étaient pas reçus ce jour-là, mais de toute façon, vous savez, toutes les rencontres que nous avons et que j'ai avec le président de la République sont rendues publiques. J'en ai fait un livre d'ailleurs, où je raconte ces entretiens-là.
 
Ah oui, et là vous avez joué la transparence, vous avez tout raconté.
 
Je le fais jusqu'au bout. Oui, on a été reçus hier.
 
Alors, le ton, le climat, les propos du Chef de l'Etat, dites-nous tout.
 
C'est surtout les nôtres.
 
Ah !
 
Parce que le Chef de l'Etat, hier, il était là à notre écoute. Il ne nous a pas annoncé le détail de ses plans et c'est important parce que...
 
Ah bon ?
 
Non, il a réservé ça pour ses auditeurs aujourd'hui.
 
Mais, est ce que quand même vous êtes ressorti, hier, convaincu par le plan de relance que N. Sarkozy va donc présenter ?
 
Je ne peux pas être convaincu sur un plan dont je n'ai pas les détails.
 
Est-ce qu'il vous semble à priori bien ciblé ?
 
Écoutez, il nous a dit qu'il serait ciblé en particulier sur la relance, en particulier dans des secteurs importants, on le sait, de l'automobile, le bâtiment. Donc, ça c'est de choix importants. Mais ce que je lui ai dit c'est que sur l'automobile, par exemple on est d'accord pour relancer, je dirais la construction de voitures mais à plusieurs conditions. La première, c'est qu'on investisse pour avoir la voiture propre, que la France soit le premier pays à avoir cette voiture propre ; mais surtout que si on donne de l'argent à ces grandes entreprises automobiles, il faut des contreparties. Et les contreparties ça doit être...
 
... en matière d'emploi.
 
Les contreparties ça doit être que ces voitures de demain soient construites en France.
 
Pas de délocalisation ?
 
A quoi ça servirait de donner de l'argent à Renault et à Peugeot pour qu'ils fassent des voitures à l'étranger ?
 
Il vous a entendu ?
 
Et surtout, attendez... il m'a entendu, on va voir ça aujourd'hui dans ce qu'il va dire. Il était plutôt d'accord sur ce point. Mais, surtout, qu'il y ait une responsabilité de Renault, Peugeot, Toyota, etc. sur leurs sous-traitants, c'est-à-dire que c'est les sous-traitants qui quittent notre pays et il faut les maintenir en France. Donc, ça, c'est un élément important.
 
Est-ce que selon vous les entreprises, les constructeurs automobiles ont une responsabilité dans la crise actuelle ? Est-ce qu'ils ont manqué par exemple d'adaptation dans les modèles ?
 
Oui, mais toutes les entreprises automobiles au monde ont manqué d'adaptation, on le voit bien. Donc, on a continué à construire des grosses voitures alors que les gens se sont rabattus sur les petites voitures qui consommaient moins. Et je pense que comme beaucoup dans l'industrie française, on n'a pas assez investi dans la recherche, dans le développement et on est en retard sur ce point-là. Mais, je voudrais insister aussi sur le plan, sur un deuxième point, j'ai fait des propositions concrètes au Président de la République et j'espère qu'il m'a entendu, sur en particulier la consommation des plus modestes. Je lui ai fait une proposition concrète, c'est d'avancer l'application du RSA au 1er janvier. Le RSA c'est une aide financière pour les gens qui travaillent et qui ont des petits revenus, et si on l'avance au 1er janvier ça fera concrètement pour certains 200 euros par mois en plus.
 
Et est-ce qu'il vous a confirmé la distribution d'une prime spéciale crise pour les Français qui sont le plus dans la peine ?
 
Oui, mais j'espère que cette prime ça ne sera pas une petite prime temporaire. Moi, ce que je veux c'est qu'il y ait une prime pour... oui, le RSA c'est par exemple pour certains 200 euros par mois en plus pour des gens qui sont à temps partiel. Si on le fait le 1er janvier....
 
... mais là, on parle d'une prime de Noël.
 
Oui, mais, attendez, prime de Noël, les difficultés c'est pas uniquement à Noël, c'est toute l'année.
 
Bien sûr, bien sûr !
 
Et si on fait le RSA au 1er janvier, c'est inévitablement 1 200 euros pour ces personnes de plus dans l'année, c'est important.
 
Est-ce que vous pensez que ces aides que vous évoquez, que vous avez réclamées au Chef de l'Etat, hier, est-ce qu'elles vous semblent aujourd'hui indispensables pour prévenir demain d'éventuels troubles sociaux dans notre pays ?
 
C'est surtout indispensable pour éviter que des personnes tombent dans la grande pauvreté, c'est-à-dire que là-dessus, il faut aussi une action sur les prêts. Ces personnes qui ne peuvent pas consommer, ils ont besoin de commencer, ils ont besoin de manger, ils ont besoin de s'habiller.
 
Bien sûr, on les entend.
 
Qu'est-ce qu'il faut ? Attendez, ils prennent des crédits qui sont des crédits très chers, qui sont à plus de 20 %, donc c'est le grand endettement de demain, c'est ça qu'il faut éviter.
 
Est-ce que vous avez senti chez le Chef de l'Etat, encore une fois, une crainte évidente pour d'éventuelles troubles, une agitation sociale.
 
Mais, quand on est face à une crise de ce type on ne peut que craindre des troubles.
 
Vous-même ?
 
Moi, je ne crains pas les troubles. Je ne crains pas les troubles, mais nous on doit exprimer, je dirais la justice et ce besoin des salariés d'avoir une réponse face à cette crise et de besoin d'être aidé. Donc, c'est pour ça que je pense que les salariés font naturellement des efforts de la crise, mais je propose que ces aides soient financées aussi par une suspension du bouclier fiscal, parce qu'il n'est pas normal que ce soit les plus pauvres qui fassent les efforts, il faut aussi que les plus riches participent à la solidarité.
 
Vous l'avez dit, vous l'avez rappelé, F. Chérèque, dans votre dernier livre, et vous jouez la carte de la transparence, vous racontez tout de vos déjeuners avec N. Sarkozy. Comment est-ce que vous l'avez vu, hier ? Il était habité par son plan, toujours animé par une grande volonté...
 
 ... je ne sais pas s'il est habité, mais il est volontaire. Il est volontaire, c'est son habitude. Maintenant, moi, je ne le juge pas sur une impression, je jugerai sur ce qu'il dira concrètement pour les plus modestes. D'accord.
 
Et sur l'investissement, en particulier pour qu'on maintienne les emplois dans notre pays.
 
Dernier point, vous lui avez parlé de la bataille du dimanche ? On entend même aujourd'hui certains députés UMP, frondeurs, parler d'une régression sociale. Est-ce que vous pensez pouvoir gagner votre combat du dimanche ?
 
On voit déjà que ça ne passe pas naturellement, que les députés sont obligés de changer la loi, et faire une loi d'exception pour quelques zones commerciales ce n'est pas normal, d'autant plus qu'on a trois millions de salariés qui travaillent tous les dimanches, et eux on ne parle pas de leur doubler leurs salaires le dimanche. Donc, on voit bien qu'on va créer une nouvelle injustice si cette loi passe.
 
F. Chérèque, on pourrait vous imaginer fragilisé après ce mauvais résultat aux prud'hommes. Là, vous repartez au combat la fleur au fusil.
 
Mais, écoutez, j'assume. J'assume le résultat des élections mais surtout j'ai confiance dans les militants CFDT qui dans les entreprises, je le répète, ont la confiance des salariés.
 
F. Chérèque, merci.
 
Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 4 décembre 2008

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