Déclaration de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, sur les activités et le rayonnement de la Bibliothèque nationale de France, Paris le 5 décembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, sur les activités et le rayonnement de la Bibliothèque nationale de France, Paris le 5 décembre 2008.

Personnalité, fonction : ALBANEL Christine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Colloque la Bibliothèque nationale de France (BNF) 10 ans et après à Paris le 5 décembre 2008

ti :


Messieurs les ministres,
cher Jacques Toubon, cher Jean-Noël Jeanneney,
Monsieur l'Académicien, cher Jean-Pierre Angrémy
Monsieur le Président de la Bibliothèque nationale de France, cher Bruno Racine,
Mesdames et Messieurs les intervenants,
Chers amis,


Au milieu du marathon audiovisuel que je vis depuis plus d'une semaine, je suis particulièrement heureuse de goûter ici - ne serait-ce que brièvement - la douceur du Paradis, si celui-ci est bien , selon le mot de Bachelard, "une immense bibliothèque"...

Je tiens donc, cher Bruno Racine, à vous remercier très chaleureusement de m'avoir proposé de m'associer à la célébration des dix ans de l'ouverture de la Bibliothèque de recherche de la BnF.

Je suis heureuse de cette journée rassemblant tous ceux - acteurs publics, chercheurs, usagers, responsables d'autres grandes bibliothèques nationales - qui contribuent à la vie de nos cultures.
C'est une belle idée que cet anniversaire fêté dans la confrontation des points de vue, dans la réflexion collective sur le parcours entamé et sur les enjeux à venir.

Au regard de l'histoire de la bibliothèque nationale, au regard de nos héritages, dix ans, c'est très peu de chose. Pourtant, au rythme du monde aujourd'hui, au regard de son accélération prodigieuse, c'est une période considérable. Un temps de bouleversements et d'innovations presque sans précédent.

Et dès le début d'ailleurs, car quelle aventure fut la création de la BnF ! Chacun se souvient des polémiques et des difficultés qui ont entouré sa conception. Tout cela fait partie de l'histoire de la BnF et vous l'avez évoqué ce matin. Mais tout cela, ce n'est pas TOUTE l'histoire de la BnF.

Car chacun se souvient aussi des attentes et des espoirs suscités par sa création. En particulier ceux de toute une communauté scientifique, impatiente d'accéder plus facilement aux ressources d'un site Richelieu devenu trop étroit. Mais également ceux de toute une société désireuse d'un accès plus large et plus aisé à son patrimoine culturel.

Aujourd'hui, dix ans après, les aléas du début sont devenus des souvenirs et les espoirs n'ont pas été déçus.

La Bibliothèque nationale de France répond désormais largement aux attentes de tous ses lecteurs. Elle accueille, tous sites confondus, plus d'un million de lecteurs par an. Elle a augmenté de plus d'un tiers la quantité de documents patrimoniaux communiqués aux lecteurs. Et, depuis plusieurs années, les enquêtes auprès des publics démontrent un taux de satisfaction croissant, élevé et solide.

La BnF est aussi devenue un lieu reconnu de diffusion culturelle. 120 manifestations par an, qu'elles soient expositions, conférences ou débats, attirent un public toujours plus large, aux curiosités les plus variées - de l'enluminure à la photographie contemporaine. La BnF est ainsi devenue un lieu ouvert de culture et d'échanges : une institution patrimoniale vivante.

La Bibliothèque nationale de France a également pris place au rang des grandes bibliothèques du monde, gagnant l'estime des plus anciennes comme des plus modernes. La coopération internationale est aujourd'hui une réalité pour la BnF qui a noué des partenariats solides avec de nombreuses bibliothèques.

Enfin, la BnF s'est mise - précocement et avec quel talent ! - à l'heure de la révolution numérique, cette mutation historique de nos usages culturels. Dès 1997, Gallica fait de la BnF l'un des fers de lance de la numérisation : cette impressionnante bibliothèque en ligne permet aujourd'hui l'accès gratuit à plus de 90 000 ouvrages et autant d'images. C'est bien une véritable révolution de l'accès au livre et du métier même de chercheur, permise par la mobilisation de chacun ici, et par l'appui des pouvoirs publics, notamment du Centre national du livre. Et je sais qu' elle entre maintenant que toutes les procédures sont parfaitement maîtrisées, dans une phase de numérisation à grande échelle.

Cette voie a également été poursuivie avec Gallica 2, fruit d'une coopération pionnière entre le public - la BnF - et le privé - le Syndicat National des Editeurs : pour la première fois au monde, des oeuvres sous droit sont proposées légalement en même temps que des oeuvres du patrimoine.

Enfin, une nouvelle page de cette aventure - étape majeure pour l'Europe de la culture - vient de s'ouvrir avec Europeana, ce beau rêve de l'humanisme du XXIème siècle vers lequel Jean-Noël Jeanneney avait ouvert la première piste.

Cette activité élargie, renouvelée, de la BnF ne s'est pas faite, je tiens à le souligner, au détriment des activités traditionnelles et fondamentales d'une grande bibliothèque : le dépôt légal, le catalogage et la conservation des collections, les acquisitions - et je pense ici au manuscrit des Mémoires d'Outre-Tombe, acquis en 2000 sous la présidence de Jean-Pierre Angrémy, ou au manuscrit de Du côté de Guermantes, acquis en juin dernier, grâce à l'appui de nombreux donateurs.

Tout cela est assuré avec un soin et une compétence remarquables. Tout comme le sont les nouvelles missions de la BnF liées à l'évolution de nos sociétés et de nos pratiques culturelles.

C'est le cas, en particulier, de la collecte du dépôt légal pour les sites Internet français. Et là est une question cruciale car sans cet archivage et cette préservation, nous priverions les générations futures de tout un pan de notre histoire.

Ces avancées considérables, nous les devons aux équipes de la Bibliothèque, à tous les niveaux, et à ses dirigeants successifs.

Je tiens aujourd'hui à les remercier chaleureusement.

Vous tous, tour à tour et ensemble, avez permis les premiers pas puis les progrès et les mutations cette bibliothèque. Par delà les clivages politiques, dans le souci commun de la continuité du service public et de l'engagement de l'Etat en faveur de la culture.

Nous les devons également, je ne l'oublie pas, aux chercheurs et au public, qui contribuent à faire vivre cette belle institution et qui en ont partagé toutes les évolutions.

Au-delà du bilan, cependant, cet anniversaire nous porte vers demain. C'est le sens de cette journée et c'est ce sur quoi je voudrais conclure.

Car les défis, à l'évidence, ne manquent pas.

Au premier plan, il y a la consolidation du rôle pilote de la Bibliothèque nationale de France dans le domaine, si vaste et si complexe, du numérique, dont vous aborderez les enjeux cet après-midi.

Nous le savons tous, la révolution numérique n'en est qu'à ses débuts.

Pourtant, déjà, elle bouscule nos usages : nos institutions patrimoniales, nos modes d'archivages, de conservation et de diffusion ; le rôle de tous les acteurs du savoir et de la culture, qu'ils soient chercheurs, éditeurs, auteurs, libraires, conservateurs ; nos façons de lire, enfin.

Et les questions sont là : fin du livre papier ? rôle révolu des bibliothèques ? ère immatérielle de la culture ? Sans doute pas, et je ne le pense pas, mais il nous faut penser avec cette révolution en marche.

C'est pourquoi la mission que je vous ai confiée, Cher Bruno Racine, d'élaborer dans une large concertation un schéma numérique pour les bibliothèques à échéance de fin 2009, est majeure à mes yeux.

Dans cette grande entrée de la culture dans l'âge numérique il importe en effet que toutes les bibliothèques françaises puissent jouer leur rôle, selon la diversité de leurs collections, de leurs publics, de leurs missions.

Parmi nos défis, il y a également la rénovation du site historique de la Bibliothèque, le quadrilatère Richelieu, qui héberge et communique manuscrits, estampes, photographies, cartes et plans, et tous les documents spécialisés si précieux pour notre histoire et notre mémoire.

La Bibliothèque nationale de France est un grand arbre, dont deux racines fortes sont situées de part et d'autre de la Seine. Mais si la bouture de la rive gauche est désormais solide, la racine de la rive droite, infiniment plus ancienne et plus profonde, est menacée par la vétusté de ses installations.

Je sais quel soutien vous attendez de mon ministère pour cette rénovation. Je peux vous assurer de ma mobilisation sur cette question : nous travaillons ensemble pour assurer le financement de ce chantier indispensable. Car c'est bien une priorité pour moi, que le rayonnement de ces deux grands sites parisiens de la BnF.

Je sais que l'établissement s'est donné d'autres grands chantiers.

Ainsi de la rénovation de la Bibliothèque d'étude, dite du haut-de-jardin, innovation essentielle de la BnF et vecteur de démocratisation culturelle.

Ainsi, également, de l'adaptation du bâtiment de Dominique Perrault aux exigences d'une société plus soucieuse de son environnement et de la préservation de nos énergies. Cela en collaboration étroite avec Dominique Perrault lui-même.

Tous ces projets rejoignent les préoccupations des pouvoirs publics.

Il a fallu dix ans pour concevoir la Bibliothèque nationale de France, un délai exceptionnellement court.

Il a fallu à peu près dix ans pour en faire une institution performante et reconnue, qui a fini par convaincre les plus nostalgiques de ses chercheurs et a emporté l'adhésion d'une nouvelle génération scientifique.

Aujourd'hui, s'annonce un temps d'équilibres nouveaux : entre services, et usages, sur place ou à distance ; entre matériel et virtuel ; entre proximité et mondialisation.

Ce temps, nous le savons tous, sera exigeant autant que passionnant.

Je souhaite à la Bibliothèque nationale de France de le vivre avec l'imagination et le talent dont elle a fait preuve dans sa décennie inaugurale. Dans la réinvention courageuse et respectueuse de nos pratiques culturelles.


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 8 décembre 2008

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