Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le développement des infrastructures routières et ferroviaires et la politique des transports face à la crise économique et au plan de relance de l'économie, en Haute-Savoie le 5 décembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le développement des infrastructures routières et ferroviaires et la politique des transports face à la crise économique et au plan de relance de l'économie, en Haute-Savoie le 5 décembre 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration de la section d'autoroute A41 (Villy-le-Pelloux/Saint-Martin-Bellevue-Saint-Julien-en-Genevois) en Haute-Savoie le 5 décembre 2008

ti : Monsieur le Conseiller d'Etat de la République du canton de Genève, Messieurs les Conseillers d'Etat, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, mon cher Bernard, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, il y a quelques instants, lorsque nous arpentions le tunnel, un journaliste parisien m'a demandé : à quoi ça sert de venir inaugurer 17 kilomètres d'autoroute ? Eh bien je vais lui répondre : ça sert d'abord et avant tout à venir rendre hommage au travail de 1.300 personnes, au travail des ouvriers qui pendant deux ans et demi ont réalisé ces ouvrages exceptionnels. J'en ai rencontré quelques-uns tout à l'heure dans le tunnel et ce qui était frappant, c'était de voir la fierté qui était la leur d'avoir réalisé ce travail ; c'est d'abord pour ça que je suis ici.

Et puis c'est ensuite l'occasion pour moi de venir féliciter tous ceux qui ont rendu possible cet autoroute et en particulier les élus au premier rang desquels Bernard Accoyer, qui se sont battus et qui ont mis au point un plan de financement remarquable et c'est aussi l'occasion de dire à quel point nous devons inventer de nouvelles formes de financement des grandes infrastructures publiques ou semi-publiques ; ce qui a été mis en place avec ce partenariat public/privé, c'est l'exemple même de ce qui doit se développer pour continuer l'équipement de notre pays.

Et puis enfin c'est l'occasion pour moi de venir montrer à quel point le gouvernement français est attaché à développer les infrastructures qui relient la Suisse et la France. J'étais la semaine dernière avec le président de la confédération et c'est un des sujets qui a été au coeur de nos discussions : les liaisons avec le bassin de Genève, le développement des relations avec l'aéroport de Bâle-Mulhouse ; tous ces investissements sont de nature à créer des liens économiques et des liens sociaux entre la France et la Suisse encore plus denses que ceux qui existent aujourd'hui au moment même où la Suisse entrant dans Schengen, la circulation qui était déjà aisée, devient quasiment sans aucune contrainte.

Voilà, Mesdames et Messieurs, pourquoi je suis aujourd'hui ici pour inaugurer cette autoroute. Hier, le Président de la République a présenté notre plan de relance économique. Je pense que l'inauguration d'aujourd'hui est le symbole d'une prouesse technologique, je viens de le dire, mais aussi d'une volonté politique qui est plus actuelle que jamais. Dans l'épreuve que nous traversons, dans l'épreuve que traverse le monde, la France est décidée à ne pas subir. Nous ne voulons pas subir la crise. Nous l'avons démontré une première fois en sécurisant notre système bancaire et en repoussant tout risque de krach financier ; eh bien aujourd'hui nous concentrons nos efforts pour relancer notre économie stoppée par les effets de la crise financière. Nous relançons les investissements, nous lançons des grands travaux, nous dopons l'activité des entreprises, nous accélérons la construction, nous défendons l'emploi, nous misons sur l'innovation. Les circonstances sont exceptionnelles, elles appelaient une réponse exceptionnelle. D'une certaine façon, nous avons changé de monde avec cette crise. La décision historique de la Banque centrale européenne hier d'abaisser de 0,75 point son taux de base ; la décision de l'Union européenne de lancer un grand plan de relance de près de 200 milliards d'euros, sont des symboles de ce changement de monde. Qui aurait pu imaginer que ces décisions aient été prises il y a quelques semaines ?

Eh bien dans ce contexte, nous avons voulu avec le Président de la République concevoir un plan qui est un bouclier pour aider nos concitoyens les plus modestes à tenir le choc de la crise et qui est en même temps destiné à préparer la France de demain. Ce plan, ce n'est pas un feu de paille comme aurait pu l'être un plan fondé sur la consommation qui comme tous les plans fondés sur la consommation, se serait terminé par le gel des salaires, par l'augmentation des déficits et par la baisse de la croissance et la diminution de l'emploi. Je n'ai pas besoin de rappeler ce qui s'est passé en 1983 après la relance par la consommation de 1981. Ce que nous avons voulu, nous, c'est une relance par l'investissement, pour créer des emplois qui créent de la richesse, qui créent du revenu, qui créent du pouvoir d'achat et qui en même temps préparent l'avenir de notre pays. Ce choix de la compétitivité, il est cohérent avec notre volonté de réforme qui reste intacte ; il est cohérent aussi avec la nécessaire remise en ordre de nos finances publiques.

Comme l'autorise l'Union européenne, nous allons assumer une dégradation ponctuelle du déficit et cette dégradation ponctuelle du déficit, parce qu'elle est basée sur des investissements, ne remet pas en cause notre volonté d'équilibrer nos comptes. La quasi-totalité des 26 milliards d'euros de ce plan, sont des dépenses qui étaient prévues et que nous allons anticiper. Après un surcroît de déficits publics en 2009, nous reprendrons notre trajectoire de retour à l'équilibre pour atteindre en 2012 l'objectif que nous nous étions fixés, un peu moins de 1% du PIB en niveau de déficit. Et cela se fera d'autant plus vite que les réformes de structures seront amplifiées et notamment celles de l'Etat. En même temps que nous allons investir massivement pour moderniser notre pays, nous allons continuer notre effort pour réduire la dépense publique, la dépense de l'Etat, structurelle. Cette section autoroutière que nous inaugurons aujourd'hui est à l'image de ce volontarisme. Je veux une nouvelle fois féliciter tous ceux qui l'ont rendue possible, les élus de Haute-Savoie et en particulier Bernard Accoyer qui a toujours milité en faveur de ce projet comme il vient de le rappeler. Ce projet d'envergure qui a été réalisé en un temps record illustre d'abord les formidables capacités technologiques et industrielles de notre pays, de ses ingénieurs et de ses ouvriers. Tout a été fait pour mettre au service des usagers les techniques les plus récentes en matière de sécurité comme je viens de le constater en visitant le tunnel du Mont Sion. Tout a été fait aussi - et vous avez eu raison de le rappeler - pour préserver l'environnement. On a limité le déboisement, on a réutilisé les matériaux de déblai, on a préservé les espèces animales protégées. Un tiers du coût du projet est lié au développement durable.

Nous nous situons là dans le droit fil des critères du Grenelle de l'environnement pour la construction des nouvelles infrastructures routières et des nouvelles autoroutes. Dorénavant, avant de construire ces infrastructures, on doit s'interroger sur leur intérêt socio-économique, sur leur impact en matière de développement durable, sur l'existence ou non de projets alternatifs qui rempliraient mieux les objectifs assignés. C'est tout l'objet du schéma national des infrastructures de transports que Jean-Louis Borloo avec Dominique Bussereau est en train d'élaborer.

L'enjeu, c'est de penser une nouvelle organisation des transports pour le 21e siècle. Il s'agit de revoir notre conception de la voiture, notre conception de la route, notre conception des transports en commun. Pour cela, il faut notamment favoriser le report modal de la route vers le rail ou de la route vers la voie d'eau avec le projet ferroviaire Lyon-Turin dont nous avons décidé, dans le cadre du plan de relance, d'accélérer la réalisation, nous nous donnons des moyens pour appliquer cette stratégie. Ce projet étant la seule alternative au fret routier dans les Alpes. Vous savez qu'il fait l'objet maintenant d'un engagement fort des gouvernements français et italien. Nous venons de notifier à la Commission l'avancement du projet et son calendrier de réalisation afin de bénéficier des 672 millions d'euros de subventions qui ont été octroyés dans le cadre du programme pluriannuel de réseau transeuropéen de transports. Avec les transports en commun en site propre, nous voulons également développer les alternatives à la voiture dans nos villes ; l'appel à candidature vient d'être lancé par le gouvernement avec une première enveloppe de 710 millions d'euros pour cofinancer des projets avec des collectivités. Nous avons voulu également que cette politique de transports et d'infrastructures soit un des leviers majeurs du plan de relance. Le secteur des travaux publics ne se réduit pas aux trois grands groupes de BTP que tout le monde connaît. Ce sont 8.000 entreprises, 260.000 emplois directs qui construisent et qui entretiennent les équipements. Eh bien les grands projets de transports qui ont été annoncés hier par le Président de la République représentent un total de 19 milliards d'euros de travaux sur les cinq prochaines années. En matière routière, nous allons engager sans tarder trois projets autoroutiers pour un peu plus de 800 millions de travaux. L'A63 entre Salles et Saint-Geours-de-Maremne dans les Landes ; l'A 150 entre Ecallès-Alix et Barentin et l'A355, autrement dit le « Grand contournement ouest de Strasbourg ». Des mandats ont été donnés aux préfets de région pour élaborer les plans de développement et de modernisation des itinéraires sur 2009-2013 . Il s'agit d'un ensemble d'opérations d'aménagement sur le réseau routier national pour lesquels l'Etat s'engagera à hauteur d'un milliard d'euros en 2009, soit 200 millions d'euros de plus que ce que nous avions initialement prévu et avec un effort particulier sur la sécurisation des tunnels. L'Etat accélèrera également les travaux d'entretien du réseau routier national pour 200 millions d'euros supplémentaires par rapport aux crédits prévus en loi de finances. Ces mesures permettront de faire travailler dès 2009, parce que beaucoup de ces projets sont prêts à démarrer, des PME régionales et locales sur l'ensemble du territoire français et elles permettront de donner de la visibilité sur les cinq prochaines années au secteur du bâtiment et des travaux publics. En matière ferroviaire, nous avons décidé de lancer trois actions de fond, d'abord nous allons accélérer les travaux préparatoires au lancement de la ligne à grande vitesse Bretagne - Pays de la Loire (qui doit rapprocher la Bretagne de la capitale de près de quarante minutes) ; et de la 2ème phase de la ligne à grande vitesse TGV Est qui mettra enfin la capitale alsacienne et européenne à moins de deux heures de Paris. Nous allons accélérer la maintenance et la régénération du réseau ferré ainsi que les travaux d'accessibilité des gares, avec 250 millions d'euros supplémentaires. Nous avons demandé avec Dominique BUSSEREAU, à la RATP et à la SNCF d'engager immédiatement un plan d'investissement complémentaire respectivement de 450 millions d'euros et de 300 millions d'euros. Il s'agit de renouveler le matériel roulant ferroviaire, les matériels régionaux et interrégionaux de la SNCF, le RER et les métros de la RATP. Mais il s'agit aussi d'améliorer l'accessibilité des stations et des gares en les modernisant.

Enfin en matière fluviale, nous avons décidé de la modernisation des ouvrages de navigation à hauteur d'une dotation budgétaire complémentaire de 100 millions d'euros ; et enfin nous avons décidé que les travaux préparatoires au projet de canal Seine Nord Europe seraient accélérés. En matière maritime, dans la foulée de la réforme portuaire qu'a conduite avec beaucoup d'intelligence, beaucoup de détermination Dominique BUSSEREAU, nous mobiliserons 50 millions d'euros supplémentaires pour des travaux d'aménagement et de dessertes réalisables dès l'année 2009 dans les sept grands ports maritimes français.

Je veux enfin vous parler de notre soutien au secteur clef de l'automobile où tant d'emplois sont en jeu et tant de savoir-faire ; vous êtes ici en Haute-Savoie le leader français de la technique du décolletage dont l'un des principaux utilisateurs, chacun le sait, est l'industrie automobile. Vous connaissez donc tous les enjeux des dispositifs que nous mettons actuellement en place pour redresser la situation de ce secteur. Là encore, il faut faire à la fois une réponse à la crise conjoncturelle liée à la crise du crédit, liée à l'inquiétude que les Français manifestent devant l'avenir du fait de la crise économique mondiale ; et en même temps favoriser une mutation structurelle. Nous voulons consolider notre filière automobile. Nous allons le faire par la mise en oeuvre d'un fonds d'investissement, fonds d'investissement qui permettra d'aider et de soutenir, d'accompagner l'ensemble du secteur de la sous-traitance ; ce fonds d'investissement sera financé à la fois par l'Etat et par les grands constructeurs automobiles français. RENAULT et PEUGEOT ont déjà accepté de mettre 100 millions d'euros dans ce fonds. Nous avons mis en oeuvre il y a quelques mois un dispositif analogue pour le secteur aéronautique qui subissait une crise grave, ce avec beaucoup de succès.

Par ailleurs, 150 millions d'euros seront mobilisés sur la formation des salariés et sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ; nous allons accentuer les efforts pour préparer l'avenir en accompagnant la recherche et le développement et l'innovation, pour être au premier rang des nations qui produiront les véhicules propres de demain. Ces efforts représentent un total de 1,7 milliards d'euros sur 5 ans notamment en faveur du « véhicule décarboné ». Avec ce qu'on appelle la prime à la casse, nous voulons à la fois écluser les stocks qui paralysent aujourd'hui l'activité de l'industrie automobile et en même temps accélérer l'évolution vers une automobile plus conforme à nos objectifs de développement durable. Nous atteindrons donc grâce à la prime qui a été mise en place et qui fonctionnera à compter du 4 décembre et jusqu'à la fin 2009, cet objectif : renouveler le parc automobile, relancer l'activité, permettre que nos concitoyens roulent dans des véhicules plus respectueux de l'environnement. Cette mesure vient compléter le dispositif de bonus, opérationnel depuis le 1er janvier dernier. Le soutien total combinant la prime à la casse et le bonus écologique pouvant ainsi atteindre 2.000 euros ; je rappelle également que nous avons mis en place un bonus de 5.000 euros pour l'acquisition d'un véhicule électrique. Nous avons également décidé d'étendre le bonus aux véhicules utilitaires légers.

Enfin Mesdames et Messieurs, nous avons décidé de refinancer les établissements de crédit détenus par les grands constructeurs automobiles pour que ces derniers puissent continuer à offrir des conditions de crédit satisfaisantes à nos concitoyens en matière de crédit à la consommation.

Voilà Mesdames et Messieurs, vous pouvez le constater, la mobilisation du gouvernement face à cette crise est sans précédent. Nous ne voulons pas être sur la défensive ; nous voulons redoubler d'efforts à la fois pour aider nos concitoyens à passer cette passe difficile mais en même temps pour préparer l'avenir. Notre résolution est encore plus forte ; notre rythme doit s'accélérer ; le changement doit être notre réflexe permanent. Au fond dans le passé, face à des crises comme celle-là, le réflexe habituel, c'était soit de faire le dos rond, soit de mettre en place des mesures permettant ponctuellement de faire face à quelques difficultés et à la sortie de la crise, on se retrouvait toujours dans une situation moins bonne qu'à l'entrée, avec un endettement accru, avec moins d'équipement, avec moins de croissance, avec plus de chômage. Eh bien nous avons décidé cette fois-ci de faire exactement le contraire, de miser sur l'avenir, de miser sur la modernisation de notre pays, de miser sur la capacité des Français à réagir face à l'une des crises les plus graves auxquelles notre pays ait eu à faire face depuis bien longtemps. Je suis convaincu que nos concitoyens sauront faire preuve d'unité, d'unité pour surmonter cette crise, que nous saurons mettre de côté nos querelles subalternes pour nous rassembler autour d'un même objectif qui est celui de l'intérêt général de notre pays. Nous avons beaucoup d'atouts pour tenir le choc ; nous avons beaucoup d'atouts pour nous redresser dès que la conjoncture internationale le permettra et d'une certaine façon, l'inauguration de cet autoroute et des ouvrages d'art remarquables qu'il comporte était une belle occasion pour lancer cet appel à l'unité et pour lancer cet appel à l'effort de chacun.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 8 décembre 2008

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