Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les questions européennes, à Bruxelles le 8 décembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les questions européennes, à Bruxelles le 8 décembre 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Conseil Affaires générales et Relations extérieures le 8 décembre 2008 à Bruxelles

ti : C'était notre dernier tango. Il y a encore le Conseil européen de jeudi et vendredi, mais je pousse, tout de même, un petit soupir de soulagement : physiquement et intellectuellement c'était dur.

Je voudrais, donc, vous résumer ce que nous avons évoqué aujourd'hui. Nous avons, tout d'abord, tenté de préparer - toute la première partie de notre réunion a été consacrée à cela - le Conseil européen des 11 et 12 décembre prochains avec des sujets particulièrement difficiles : quelle est la voie de sortie du Traité de Lisbonne ? Comment pourrait-on - j'espère que nous pourrons avoir la conclusion vendredi - trouver pour nos amis irlandais, avant la fin de l'année 2009, une possibilité de nous rejoindre et nous de les rejoindre ? Vous en saurez davantage lors de la prochaine session mais je pense que le développement se présente au mieux.

Nous avons évidemment parlé des solutions à la crise économique. Entre les plans de relance de la Commission et les plans de relance nationaux, nous trouverons des complémentarités, et il nous faut les trouver. Ce matin encore, Mme Merkel a présenté une position intéressante pour ce qui la concerne, et ces deux possibilités, européenne et nationale, seront combinées.

Concernant le paquet "énergie-climat" qui reste à la fois ambitieux et difficile à réaliser, vous entendrez tout à l'heure Jean-Louis Borloo qui a siégé toute la journée avec les représentants des vingt-six autres pays. Il vous parlera de la question de l'énergie, en particulier les questions liées au recours au charbon, à la production d'électricité et à la solidarité entre les pays.

Nous avons également parlé de la relance de la défense européenne. Javier Solana vous présentera ce sujet avec un réexamen de la stratégie européenne de 2003. Il vous parlera notamment de l'enjeu d'un engagement collectif, d'une meilleure capacité de planification des opérations et d'accroissement des capacités, etc.

Je passerai, ensuite, la parole à Benita Ferrero-Waldner, à Olli Rehn ainsi qu'à Javier Solana, mais je voudrais, brièvement, vous dire que nous avons aussi abordé des questions liées au domaine des relations extérieures - sortant du simple cadre des affaires générales - avec des sujets qui sont particulièrement délicats. Il s'agissait notamment du Pakistan et de l'Inde.

Nous avons évoqué la nécessité de rendre visite à nos amis pakistanais, de mettre en place au plus vite une Troïka à Islamabad ainsi que d'envisager un sommet entre l'Union européenne et le Pakistan, qui pourrait être organisé au mieux pendant la Présidence tchèque du Conseil de l'Union européenne.

La nécessité liée à l'urgence de l'actuelle situation ne vous échappe pas. La nécessité d'aider les Pakistanais dans la lutte qu'ils entreprennent sous la direction du président Zardari ne vous échappe pas non plus. Nous avons donc considéré que c'était un pays-clé, certes dangereux mais clé, pour toute la région où nous sommes engagés. La France organise, d'ailleurs, à la fin de la semaine une réunion avec les pays voisins de l'Afghanistan.

Le deuxième sujet concernait la situation en République démocratique du Congo. Après des efforts considérables et la visite de chacun d'entre nous - dont entre autres David Miliband et moi-même -, nous avons reconnu les progrès qui ont été faits dans le domaine politique. En effet, c'est avant tout un problème politique et ne croyez pas qu'un engagement militaire supplémentaire pourrait suffire à régler la situation. Même si la sécurisation dans certaines zones et l'accès de l'aide humanitaire à toutes les victimes principalement dans les camps - constitue une nécessité, il y a avant tout une solution politique à trouver.

Nous nous sommes félicités de la réunion de Nairobi, baptisée Nairobi 2 qui a repris les conclusions de la première réunion de Nairobi ainsi que les conclusions du Pacte d'engagement de Goma - processus qui avait fonctionné pendant quelques mois l'année dernière avant une nouvelle dégradation de la situation. Que faire ? Comme vous le savez, la situation n'est pas bonne, même si les différences d'appréciations sont nombreuses.

17.000 casques bleus sont aujourd'hui déployés dans l'ensemble de la RDC, dont 9.000 sont aujourd'hui basés dans la région du Nord Kivu. Le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, à la suite de la visite en RDC de M. Alain Leroy qui dirige les opérations de maintien de la paix et de son engagement à Nairobi, nous avait annoncé et avait fait voter au Conseil de sécurité de l'ONU une résolution demandant 3.000 hommes supplémentaires.

Nous avons reçu une lettre - dont Javier vous parlera - qui demandait qu'une intervention des forces européennes soit organisée. Nous avons, ce matin, discuté de cette éventuelle intervention en attendant la venue de 3.000 hommes supplémentaires qui, pour l'instant, n'ont pas encore été trouvés. Ces 3.000 hommes viendraient s'ajouter aux 17.000 déjà présents. C'est, donc, une situation délicate pour laquelle nous avons tiré, après une longue discussion, des conclusions portant notamment sur la nécessité de répondre au plus vite en termes techniques, humanitaires et politiques, mission qui a été confiée à Javier Solana. La discussion fut longue.

Au Zimbabwe, nous avons aussi à faire face à des situations difficilement supportables. Le président Mugabe résiste, il refuse d'accorder au parti majoritaire - arrivé en tête au premier tour des élections, le deuxième tour n'ayant pas eu lieu- dirigé par M. Tsvangirai - que nous avons reçu à Paris et qui a été reçu pendant trois jours lors des Journées du développement de Strasbourg - le ministère de l'Intérieur, c'est-à-dire le ministère de la Police et les possibilités d'agir sur le territoire du Zimbabwe.

Par ailleurs, la situation économique est préoccupante, l'inflation, le moins que l'on puisse dire, est galopante, la devise perd de cent à trois cent fois de sa valeur en une seule journée. Et à cela, vient s'ajouter une situation catastrophique sur le plan épidémiologique et de la santé publique avec une épidémie de choléra qui aurait déjà causé des centaines voire des milliers de victimes. La Présidence s'est vue confier la mission de renforcer les sanctions en fonction de l'évolution de la situation.

Nous avons, également, décidé de nous adresser à l'Organisation mondiale de la Santé, qui comme vous le savez, en cas d'urgence doit pouvoir agir quelle que soit la participation du pays considéré - comme cela fut le cas lors de l'épidémie de maladie pulmonaire, le SRAS. Le choléra est sur la liste des maladies transmissibles pour lesquelles une intervention sanitaire internationale peut-être requise.

Concernant les Balkans, nous avons renouvelé, une fois de plus, les perspectives d'adhésion qui sont plus ou moins proches suivant les pays et nous en sommes conscients. Il faudrait considérer les Balkans occidentaux non pas comme un tout, mais évidemment comme des situations qui certes se ressemblent globalement mais qui présentent aussi des différences d'un pays à l'autre. Nous avons salué le déploiement de la mission civile Eulex dont le jour "J" est demain. Ses membres sont déjà sur place, Javier nous en dira un mot. Eulex représente une étape importante, je dirais même capitale, dans le déroulement difficile, chaotique, mais finalement le déroulement positif de ce problème entre la Serbie et le Kosovo. Cette question n'étant pas une des moindres à laquelle nous avons eu à faire face au cours non seulement de la Présidence française de l'Union européenne, mais depuis près de dix ans, donc la Présidence et le Haut Représentant et la Commission doivent être félicités de ces avancées.

Sur le Proche-Orient, il y a un débat important. Un certain nombre de recommandations vont être renouvelées lundi prochain à New York, quelle que soit l'évolution de la situation, des difficultés électorales avec l'élection israélienne, le 10 février prochain.

A propos du Processus d'Annapolis, où en sommes-nous ? Peut-il se poursuivre ? Y aura-t-il d'autres rencontres ? Je le crois, même pendant la période électorale en Israël. En tout cas, New York a été choisie pour ce dernier Quartet parce que nous voulons dire à nos amis américains qu'il faut nous considérer comme un partenaire, non seulement dans le domaine économique mais également dans le domaine politique. Vous savez que dès la nomination de la secrétaire d'Etat, nous avons envoyé au président Obama et aux membres de son gouvernement un document des vingt-sept qui demande précisément que l'administration de M. Obama se consacre au Processus d'Annapolis sans attendre. Des résultats positifs ont été obtenus même s'il y a des aspects encore extrêmement négatifs.

Nous avons également renforcé notre relation vis-à-vis d'Israël, avec l'"upgrade", pendant que nous maintenions notre proposition de renforcement vis à vis de la Palestine, même si c'est un peu plus compliqué parce que ce n'est pas encore, hélas, un Etat. Nous proposons la même chose, comme nous l'avions d'ailleurs proposé au Maroc et comme cela avait été obtenu. Nous avons accepté cet "upgrade" vis-à-vis d'Israël et nous proposons un "upgrade" semblable vis-à-vis des Palestiniens. Nous proposons également qu'il soit tenu compte de l'initiative arabe de paix puisqu'elle est de nouveau sur la table des négociations et que le président d'Israël, M. Shimon Pérès, le Premier ministre, M. Ehud Olmert et M. Ehud Barak ont tous souhaité qu'elle soit considérée.

Je crois que j'ai résumé cette dernière et passionnante réunion du Conseil Affaires générales et Relations extérieures. Ce fut passionnant, excitant, difficile et formidablement dynamique ; nous avons fait exister l'Europe. L'Europe a existé dans les situations d'urgence ; finalement c'est toujours dans l'urgence que l'on se réunit le mieux, hélas...

(...)

Q - Sur le processus de libéralisation des visas pour la Macédoine, la France soutien-elle une libéralisation dans le courant de 2009 ?

R - Je ne peux pas m'empêcher de vous dire que le problème de la Macédoine, c'est le nom. Vous pouvez me questionner sur les visas mais tant que l'on n'a pas réglé le problème du nom, vous vous adressez à la mauvaise porte. La situation après tant de longs mois me semble quand même très compliquée pour un problème aussi simple. Il faut que ce problème soit réglé, je n'en dis pas plus.

Q - J'ai une question sur la Croatie tout d'abord à Monsieur Kouchner. La Présidence française veut ouvrir la majeure partie des chapitres restants le 19 décembre. Dans quelle mesure la Présidence française a-t-elle essayé de résoudre le problème de la Slovénie qui bloque encore l'ouverture de ces chapitres ? Pensez-vous voir résoudre cette difficulté avant le 19 décembre ?

Sur le Kosovo, vous vous ralliez à l'idée de la Commission d'avoir une étude l'année prochaine. Quel type d'étude ? Pourquoi ne parle-t-elle pas d'étude de faisabilité si vous avez promis au Kosovo la perspective européenne comme au reste de la région d'ailleurs ?

R - Nous leur avons en effet proposé, mais cela va prendre du temps. Comme nous vous l'avons dit, Eulex sera déployé demain et c'est un énorme pas en avant ; c'est vraiment l'étalon qui nous permettra de passer à une autre perspective, pour l'ensemble des Balkans et pas uniquement pour le Kosovo.

Très franchement, nous avons été surpris au sujet de la Croatie et de la Slovénie. C'est un problème qui concerne 25 km de côtes et qui doit être résolu. Je pense que l'on peut y parvenir avec un peu de bonne volonté.

Q - Sur le Zimbabwe : y a-t-il eu un accord sur la liste qui était préparée pour ajouter onze noms à la liste de sanctions et en enlever un ? Et deuxième question : vous avez dit que la Présidence s'est vue confier la nécessité de renforcer les sanctions au jour le jour, qu'est ce que cela veut dire exactement ?

R - On va voir mais, en tout cas, pour ce concerne les onze personnes à ajouter sur la liste des sanctions, c'est fait.

Si la situation devient encore plus difficile, du fait du manque d'eau ou de nourriture, il faudra bien que l'on fasse quelque chose. Nous allons ajuster notre "réponse", si je peux me permettre cette expression. Il ne faudra pas attendre la convocation d'une réunion plénière pour que la réponse puisse être apportée. Nous allons aussi saisir l'OMS parce que ce qui devient véritablement crucial dans ce pays, en dehors des cruautés de la situation politique, c'est la situation sanitaire, la situation de la santé publique.

Q - Vous avez parlé de l'OMS et vous lui demandez d'agir. Pouvez-vous nous préciser ce que vous demandez exactement ?

R - Je laisserai l'OMS apporter des précisions à ce sujet mais il existe des situations d'urgence internationale prévues dans la Charte de l'OMS. Il y a une liste des maladies contagieuses qui représentent des dangers pour la santé publique en général ; le choléra figure sur cette liste.

Q - Vous étudiez depuis deux mois les éléments de réponse technique et humanitaire sur le Congo. Dans combien de temps allez-vous rendre le rapport ? Quels sont ces éléments de réponse ?

R - Je partage votre indignation. Soyons bien clair, je ne pense pas qu'une intervention pourra régler politiquement le problème. Mais je dis depuis le début de cette crise qu'il faut intervenir pour des raisons humanitaires. Malheureusement, cette indignation n'est pas partagée par l'ensemble des vingt-sept pays et elle est, dans ce cas précis, tempérée par la présence, d'ores et déjà, de 17.000 casques bleus dont la situation n'est pas bonne.

Cela fait quatorze ans que cela dure. L'élément nouveau, c'est qu'aujourd'hui, nous nous devions de répondre à la lettre du Secrétaire général des Nations unies. Si l'Europe - cet ensemble de 500 millions d'habitants le plus riche du monde, cette aventure politique mais morale aussi, qui est née de la guerre - ne répond pas à une situation aussi cruellement ressentie par toutes les opinions publiques européennes et, surtout, par des millions de Congolais, alors qu'est-ce que c'est que l'Europe ? Nous avons donc chargé le Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune d'y répondre, techniquement, humanitairement et politiquement. Ce qui a changé, par rapport à la position d'autres pays des Vingt-sept, c'est cette demande pressante de M. Ban Ki-moon - je dirais " heureusement ", d'une certaine façon. Je ne connais cependant ni l'ampleur de la réponse ni la possibilité d'être efficace dans ce cas-là.

Il y a une demande très précise de 3.000 hommes. Ce qui est évoqué dans la lettre, c'est l'opération Artémis, une opération provisoire, courte et temporaire qui se situerait entre l'efficacité actuelle des troupes de casques bleus et la venue des 3.000 autres casques bleus. Dans cette perspective, les forces européennes seraient utiles. La lettre de M. Ban Ki-moon est adressée à tout le monde. Pour le moment, il n'y a pas de réponse particulière ; nous allons voir.

Q - Comment Eulex pourrait-il être efficace en assistant les autorités kosovares pour appliquer la loi alors qu'il y a trois lois dans ce pays : les lois adoptées par les autorités kosovares, les règlements de la MINUC, des lois qui demeurent de l'ex-Yougoslavie et que, dans le Nord, des lois serbes dominent. Ne va-t-on pas vers la création de deux législations différentes : une pour les Albanais et une pour les Serbes ?

R - J'ai connu cela. Il y en avait quatre à cette époque et cela s'est finalement un peu uniformisé. Je comprends votre inquiétude mais il y a la loi internationale, c'est-à-dire la conception internationale de la loi et les lois kosovares. Dans la mesure où ce pays est maintenant reconnu comme indépendant et qu'il a été soutenu par cinquante nations dans le monde, c'est évidemment la loi du Kosovo qui serait applicable.

Je sais qu'il y a des difficultés dans le Nord, et ailleurs aussi. Il y a une position de la Serbie avec laquelle nous discutons. Nous avons réussi à lancer l'opération Eulex qui va permettre, je l'espère, non seulement d'unifier la réponse à votre question mais, surtout, de préciser dans quel cadre elle se situe. Encore une fois, nous souhaitons très fortement que tout cela se fasse avec l'accord de la Serbie. En dépit des difficultés, c'est avec l'accord de la Serbie et du Kosovo que l'opération Eulex est déployée. C'est un grand soulagement pour tout le monde.

Vous savez, tout cela ne date que de 1999. Si cette opération réussit, elle aura été rondement menée par rapport aux opérations habituelles des Nations unies et des conflits dans cette région.

Q - Monsieur le ministre, pensez-vous qu'il y ait un sentiment général au niveau de l'Union européenne selon lequel le président Mugabe doit partir?

R- Je ne connais pas précisément le sentiment général. Je pense qu'il y a un sentiment extrêmement négatif concernant les conséquences des décisions de M. Mugabe. A cet égard, l'opinion mondiale condamne ce que M. Mugabe a fait lorsqu'il a obligé le parti de M. Tsvangirai à renoncer au deuxième tour des élections présidentielles.

Je ne sais pas très bien ce qu'il en est de l'utilisation du choléra par M. Mugabe. Nous avons entendu qu'il était en train d'utiliser des produits toxiques ; je ne sais pas si c'est exact et d'ailleurs je ne vois pas dans quels buts. Mais les conséquences sont qu'aujourd'hui, le prix à payer par le peuple zimbabwéen est beaucoup trop élevé. Comment trouver une solution ? Envisager des sanctions ? Contre qui ? Contre lui ? Pas contre le peuple zimbabwéen, ils ne sont pas responsables. Au contraire, ils souffrent de l'inflation, du manque d'alimentation, du choléra. Il faut aider ces personnes et j'espère que nous pourrons y parvenir.

Q - La Serbie a-t-elle donné des preuves de coopération ? Les membres de la mission Eulex viennent de partir, et vous avez dit que c'était une très bonne chose. Le nouveau gouvernement pro-démocratique et pro-européen a fait beaucoup de choses sur le plan de la coopération avec La Haye. La fin de l'année est arrivée et il n'y a aucun geste palpable de l'Union européenne par rapport à l'orientation pro-européenne du gouvernement. Le ministre serbe s'est même un peu plaint et plusieurs pays ont fait part de leur mécontentement. Dans l'Union européenne, où on en est-on avec la question de la Serbie ?

R- Tout d'abord, je partage votre analyse : le gouvernement a fait tout ce que vous venez de dire. Qu'il soit pro-européen, qu'il soit démocratique, il n'y a aucun doute là-dessus. D'une certaine façon, nous avons pu y contribuer, vous vous souvenez comment nous l'avons fait, il n'y a aucun doute que l'avenir de la Serbie est en Europe. Même si pour le moment, je suis à la Présidence du Conseil de l'Union européenne, je le répète officiellement, l'avenir de la Serbie est dans l'Union européenne.

Nous l'avons dit, nous l'avons promis. Des difficultés persistent parmi lesquelles la question des mandats d'arrêt contre le général Mladic. Il nous faut par ailleurs à la fois comprendre ce qui anime un certain nombre de pays de l'Union et, en même temps, tenter de les convaincre ; nous le faisons.

Quoiqu'il en soit, sur le fond, je partage votre analyse et je me réjouis qu'il y ait une participation de la Serbie à "l'apaisement", notamment dans la vie quotidienne des Kosovars ainsi qu'à l'égard de la reconnaissance du fait que le Kosovo constitue une entité différente dont l'avenir, comme celui de la Serbie, sera européen ; il n'y a aucun doute là-dessus.

Cependant, je dois vous dire qu'il existe des étapes à respecter et c'est au Commissaire chargé de cette question de les proposer. J'ajoute que le Traité de Lisbonne n'est pas en vigueur actuellement ; nous sommes en effet régit par le Traité de Nice et, dans ce cadre, l'élargissement est rendu plus difficile. Nous souhaitons, tout en maintenant cette attitude, la bienvenue à la Serbie. Nous nous efforçons - et nous en avons parlé avec nos amis irlandais - de trouver une solution à ce problème. Comptez sur nous, nous continuerons dans ce sens.

Q - L'Union européenne a accordé une aide importante au Pakistan et à l'ensemble de la région, notamment à l'Afghanistan. Toutefois, l'Union joue un rôle politique moins important qu'auparavant dans la région. En Afghanistan, par exemple, votre aide est importante mais finalement on voit peu l'Union européenne. La semaine dernière, lorsque l'on s'est rapproché de la guerre, on ne vous a pas vu arriver directement à Islamabad comme les Américains l'ont fait. Quand allez-vous jouer un rôle plus important dans la région pour pouvoir résoudre les problèmes ?

R - Je voudrais dire que certains pays de l'Union européenne, comme le Royaume-Uni entre autres, jouent un rôle important dans la zone et au Pakistan. Au cours des prochains jours, nous allons envoyer notre Troïka là-bas parce que vous avez raison, on n'a peut-être pas joué un rôle suffisamment important dans cette zone.

Le voisin du Pakistan est l'Afghanistan et, là aussi, nous tentons de jouer un rôle aussi important que possible. Vous avez cependant raison, nous devons nous engager auprès de nos amis pakistanais et indiens. Nous voulons leur permettre d'équilibrer leur relation. Nous sommes très heureux que le président Zardari ait envoyé une personne en Inde. Je crois qu'il y a de l'espoir.

Après les crimes de Bombay, après la dévastation, la barbarie à laquelle on a assisté là-bas, il faut bien sûr que nous réfléchissions à la façon dont nous pouvons apaiser la situation dans la région le plus rapidement possible.

Avant de vous laisser poser la dernière question, je voudrais saluer la dernière apparition de Jean-Pierre Jouyet en qualité de secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes. Je le connais depuis près de 30 ans. On dit qu'il faut se méfier des amis de 30 ans, mais lui c'est mon copain. J'ai travaillé avec lui et, tous les jours, j'apprenais quelque chose sur l'Europe. Je me demande comment il fait pour tout connaître. J'ai été parlementaire européen durant de nombreuses années et lui directeur de cabinet de Jacques Delors. C'est la personne qui connaît le mieux le détail des complexités européennes. J'ai été très fier de travailler à ses côtés. Cela nous embête un peu de le perdre mais que voulez-vous, après tout, chacun vit sa vie ; merci Jean-Pierre.

M. Jouyet - Je voudrais surtout remercier Bernard Kouchner. Il m'a appris beaucoup plus de choses. Il m'a appris les valeurs, le courage dans un certain nombre de domaines. On a partagé aussi beaucoup de choses avec Benita, avec Javier... Je les remercie de leur coopération. Et Olli, j'allais finir là-dessus : avec Bernard, nous partageons l'essentiel, notamment en ce qui concerne l'élargissement de l'Europe. Ce qui a été dit sur la Serbie par Bernard Kouchner, Monsieur, croyez bien que nous le partageons fortement. Ce qui a été dit également sur d'autres pays, mais que nous n'osons pas dire trop fort, nous le partageons avec Olli et avec Bernard.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 décembre 2008

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