Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à France Info le 9 décembre 2008, sur la profanation d'un cimetière militaire musulman, l'arrestation d'un dirigeant d'ETA et la publication du rapport d'A. Bauer sur les fichiers de personnes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à France Info le 9 décembre 2008, sur la profanation d'un cimetière militaire musulman, l'arrestation d'un dirigeant d'ETA et la publication du rapport d'A. Bauer sur les fichiers de personnes.

Personnalité, fonction : ALLIOT-MARIE Michèle, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales;

ti : R. Duchemin.- La question du jour, on la pose ce matin à la ministre de l'Intérieur ; bonjour, M. Alliot-Marie !
Bonjour !
Merci d'être en direct ce matin avec nous sur France Info. On va évidemment revenir sur les arrestations des ETA, mais d'abord je voudrais qu'on s'intéresse à ce qui s'est passé au cimetière Notre-Dame-de-Lorette, près d'Arras, vous avez aussi en charge dans votre ministère les cultes ; que peut-on faire pour que cessent aujourd'hui les profanations de cimetières ?
Eh bien, ce qu'il faut d'abord c'est pouvoir identifier, interpeller et déférer à la justice les auteurs de ces profanations scandaleuses. Cette action est totalement révoltante et j'ai d'ailleurs demandé une mobilisation générale des forces de gendarmerie pour pouvoir découvrir ceux qui ont procédé à cela. D'autant que ce n'est pas la première fois. C'est la troisième fois que dans cet immense cimetière militaire il y a des profanations de ce type avec des inscriptions injurieuses et vraiment c'est une atteinte qui touche beaucoup et qui révolte. Il y a déjà eu des condamnations pour notamment des actes qui avaient été commis au mois d'avril 2007 ; il y a eu la condamnation de deux adultes à 2 ans de prison ferme, d'un mineur de 16 ans également à 7 mois de prison, mais visiblement cela n'a pas suffi...
Ça ne suffit pas.
Ce que je souhaite, c'est qu'après leur interpellation, eh bien il y ait des sanctions tout à fait exemplaires.
Ça passe aussi par une meilleure sécurisation peut-être. J.- M. Bockel disait, hier : meilleur contrôle, plus de contrôle technique, thermique par exemple, aux abords des cimetières ; c'est une des solutions ?
D'abord il faut savoir qu'il y a une surveillance renforcée des cimetières, mais comme on se trouve sur un terrain absolument immense, il est évident que même des patrouilles ne peuvent pas suffire à totalement sécuriser. Alors peut-être faudra t-il en arriver à des extrémités telles que celles-là ; c'est quand même quelque chose qui est tout à fait atterrant, que de voir que l'on est obligé pour protéger le respect dû à des morts, et surtout, je dirais, en plus à des morts qui ont combattu pour sauver notre pays, pour faire que nous soyons dans un pays de liberté aujourd'hui, c'est vraiment quelque chose de très dommageable. Alors ce sont peut-être des gens qui ne sont pas très, de toute évidence, mais de toute façon c'est quelque chose que nous ne laisserons pas passer. Et encore une fois tous les moyens, et notamment les moyens de police technique et scientifique de la gendarmerie sont à pied d'oeuvre pour découvrir des traces et pour remonter jusqu'aux auteurs.
M. Alliot-Marie, l'autre information ce matin c'est évidemment cette nouvelle vague d'arrestations dans les milieux séparatistes basques, en France mais aussi en Espagne, cinq personnes au total, dont celui que l'on surnomme Gurbitz, le nouveau chef présumé de l'ETA, c'est un nouveau coup porté à l'appareil armé de l'organisation ; on a le sentiment qu'on porte des coups régulièrement mais que ça ne suffit jamais.
Oui, mais ce qui est vrai c'est que l'on s'approche de plus en plus des grands responsables ; Txeroki, on le recherchait depuis des années et des années. Là, il a suffi de quelques semaines pour que son remplaçant présumé soit effectivement interpellé. D'ailleurs ce que je peux vous dire ce matin, c'est que les deux arrestations, en France et en Espagne, sont extrêmement liées puisque au moment où on a procédé aux arrestations en France, sur la base d'un renseignement lié d'ailleurs à l'arrestation de Txeroki, on avait constaté que... nous savions qu'il devait y avoir une tentative d'exfiltration de certains ETA qui étaient en France pour l'Espagne et nous avons constaté au moment de l'arrestation, qui s'est faite sur la place du village, qu'il y avait une voiture qui s'était échappée et c'est cette voiture qui a été arrêtée en Espagne et qui a permis de procéder aux arrestations en Espagne. C'est donc une même opération, si vous voulez, dans laquelle la coopération franco-espagnole a été tout à fait exemplaire...
Joue à plein.
Et c'est là où l'on voit que l'accord bilatéral que j'avais signé avec mon homologue au mois de janvier de cette année, eh bien nous permet d'avancer. C'est donc un élément qui permet, encore une fois, de faire des progrès pour essayer de neutraliser l'ETA, qui sur le territoire espagnol, je le rappelle, a commis des crimes, a procédé à un grand nombre d'attentats et qui sur le territoire français lui-même, a commis plus de 130 faits en 2007, puisqu'il y a eu à la fois des vols à main armée, il y a eu la découverte d'explosifs extrêmement importante et puis l'assassinat des deux jeunes gardes civils.
M. Alliot-Marie, puisqu'on parle justement de terrorisme, certaines sources affirment qu'on est peut-être allé un petit peu vite dans l'affaire de Tarnac. Ce matin, dans Libération, il y a une interview exclusive qui est donnée par B. Rossoux, qui dit : « Nous ne sommes pas des terroristes. » Alors est-ce qu'il peut y avoir pour certains d'entre eux une requalification des faits ?
Ecoutez, ça c'est le problème de la justice, ça n'est pas la police qui a qualifié ou qui qualifie en quoi que ce soit les gens de terroristes. Nous, nous interpellons des personnes qui sont présumées avoir commis un certain nombre d'actes, avec d'ailleurs des données...
Mais qui sont gardées à vue dans le cadre d'une enquête antiterroriste, 96 heures.
Mais, attendez, avec des données très particulières, avec des documents, avec un certain nombre d'éléments de preuve ou de présomption, mais ceci se fait dans un cadre judiciaire, les interpellations sont faites avec l'accord d'un juge et c'est ensuite le juge qui effectivement donne la qualification. Et je rappelle que dans cette affaire, il y a neuf personnes qui ont été interpellées, qui sont mises en examen par des qualifications qui ont été choisies par le juge en fonction des éléments qui ont été fournis par la police. Il y a encore une personne qui est en détention provisoire, ce qui est quand même quelque chose d'extrêmement rare en France. De toute façon, toutes les personnes sont placées sous contrôle judiciaire. Cela veut dire effectivement que le juge a suffisamment d'éléments pour considérer que ce sont des personnes qui représentent un danger pour la société.
Mais ce ne sont peut-être pas les mêmes terroristes que ceux dont on parlait juste avant, c'est-à-dire les terroristes basques de l'ETA, par exemple ; est-ce qu'on peut les comparer ?
Non. Je crois qu'il faut bien voir une chose : jusqu'à présent, j'ai eu l'occasion de le dire, je ne pense pas qu'il y ait eu des personnes qui aient été visées, qu'il y ait eu de projet d'assassinat ; en revanche il y a eu des attentats contre des voies de circulation de TGV, ça c'est une réalité.
Donc l'ultra gauche c'est un réel danger aujourd'hui pour vous, M. Alliot-Marie ?
Eh bien, écoutez, l'ultra gauche dit très clairement - et d'ailleurs cela est dans les écrits de monsieur Coupat - qu'on refuse le dialogue démocratique et qu'il faut faire des actes s'en prenant directement à tout ce qui permet le fonctionnement de l'Etat et notamment aux voies de communication ou à tout ce qui peut permettre la vie quotidienne. Moi mon rôle c'est de protéger les personnes, de protéger les biens, de protéger les libertés individuelles et il est évident que pour protéger ces libertés, ce sont celles de tous les Français, ces libertés elles peuvent être mises en cause lorsqu'il y a un certain nombre d'attentats, par exemple, celles qui ont bloqué 200 000 personnes et qui leur ont interdit, qui les ont empêché d'aller à des rendez-vous professionnels, de mener une vie normale.
Dernière question, il nous reste très peu de temps, M. Alliot-Marie, je suppose que ces personnes, dont on vient de parler, vont se retrouver dans les fichiers de police évidemment ; fichiers qui font beaucoup depuis pas mal de temps déjà. Aujourd'hui, A. Bauer doit vous remettre un rapport précisément sur le fichage dans les services de sécurité. Visiblement il y a pas mal de choses qui sont contestées, notamment, notamment le nombre de fichiers qui explose ; 45 aujourd'hui contre 34 en 2006. Pourquoi ? Comment ?
Parce que je suis en charge de protéger les libertés, que j'y suis très attachée, j'ai voulu effectivement que l'on fasse le point sur les fichiers et sur l'ensemble des fichiers, de façon à rassurer les gens. Alors aujourd'hui je vais avoir, mais je ne l'ai encore, je devrais avoir d'ici quelques jours le rapport qui a été fait et cela va me permettre de faire le point, de pouvoir contrôler ce qu'il en est, d'avoir un souci de transparence, d'ailleurs j'ai dit que ce rapport serait rendu public parce que moi je n'ai rien à cacher et je veux que les choses soient très claires, que les Français se sentent protégés et non pas soupçonnés. Ce que je veux aussi c'est que nous arrivions à travailler avec plus d'efficacité, mais dans un respect toujours garanti des libertés individuelles. Donc sur certains points du rapport, j'ai d'ores et déjà fait savoir qu'en aucun cas je ne suivrais certaines recommandations, notamment s'il devait y avoir un fichage combinant des classifications ethno-raciales ou des choses comme ça, ça il n'en est pas question. Je veux aujourd'hui qu'on sache combien il y a de fichiers, comment ils fonctionnent, améliorer leur fonctionnement pour qu'ils soient efficaces, mais également pour qu'ils protègent les libertés publiques.
Merci, M. Alliot-Marie, d'avoir été en direct avec nous sur France Info.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 décembre 2008
 

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