Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RMC le 9 décembre 2008, sur la crise économique et financière, le chômage et les licenciements, l'assurance chômage et la loi sur l'audiovisuel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RMC le 9 décembre 2008, sur la crise économique et financière, le chômage et les licenciements, l'assurance chômage et la loi sur l'audiovisuel.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
 
J.-J. Bourdin Notre invité ce matin, F. Chérèque, secrétaire général de la CFDT. F. Chérèque, bonjour.
Bonjour.
Merci d'être avec nous. La question sera directe, F. Chérèque. Le Parti socialiste par la voix de B. Hamon propose de refuser tout licenciement dans les entreprises qui font des profits. C'est une bonne idée ou pas ?
C'est une idée qui ne correspond pas obligatoirement à la réalité. Vous avez des entreprises qui ne font pas de profit et qui ne sont pas en difficulté, et vous avez des entreprises qui font des bénéfices et qui sont en difficulté. Je prends l'exemple de l'automobile, il y a des bénéfices ces dernières années et l'automobile est en difficulté. Donc, nous, le débat ce n'est pas tant ce problème-là, c'est comment on utilise les bénéfices des entreprises pour maintenir l'emploi dans les entreprises et pour répartir ces bénéfices au profit aussi des salariés, c'est ça le vrai débat.
Ce qui veut dire que c'est une fausse bonne idée, une idée irréaliste, franchement ?
C'est une idée qui peut amener des difficultés. Imaginez qu'on laisse faire des entreprises qui ne font pas de bénéfice à licencier alors qu'elles n'ont pas raison de le faire, alors inversement...
... donc, vous ne soutenez pas cette idée.
Je ne soutiens pas cette idée, mais ce que je dis c'est qu'il faut qu'on ait un débat dans les entreprises sur l'utilisation des profits des entreprises et des richesses des entreprises. C'est dans l'entreprise, ce n'est pas à l'extérieur que les choses se font, c'est dans l'entreprise, comment on fait en sorte qu'on anticipe les problèmes. En France, on n'anticipe pas, c'est qu'on anticipe, y compris quand les entreprises font des bénéfices, pour faire en sorte qu'on maintienne l'emploi, c'est ça l'important.
Vous faites des propositions, puisqu'on parle d'entreprises, parlons du chômage partiel avec aujourd'hui Peugeot- Sochaux qui commence quatre semaines de chômage partiel, à tel point, le chômage partiel dans l'automobile, qu'au mois de décembre, on ne fabrique pas une automobile en France, ce qui ne s'est jamais vu, F. Chérèque, jamais.
Il y a tellement de stocks, donc a ce problème-là.
Chômage partiel ou chômage technique, c'est pareil. Qu'est-ce que vous proposez ?
Alors, ce qu'il faut savoir c'est que quand les gens sont au chômage partiel ou technique, ils perdent pour certains la moitié de leur salaire. Donc, on propose deux choses : renégocier avec le patronat le niveau d'indemnisation et avec l'Etat parce que l'entreprise et l'Etat qui paient ; et puis ensuite, nous, on a proposé dans la négociation sur la formation professionnelle de mobiliser les excédents de la formation pour former les personnes qui ont le chômage technique, s'ils en ont besoin, et former les chômeurs...
... donc, profiter de ce temps libre pour former les salariés.
Vous savez, souvent dans les entreprises on a un problème de niveau de qualification, c'est un des problèmes en France. Donc faisons en sorte que ces périodes soient mieux indemnisées mais aussi qu'elles servent à former des personnes pour être plus efficaces, pour ensuite aussi pouvoir évoluer au niveau professionnel.
Bon, et que vous répond le Gouvernement sur ces propositions ? Vous en avez parlé ?
Là, le débat il n'est pas le Gouvernement, le débat il est avec le patronat.
Avec le patronat, oui !
Il faut que le patronat dans cette négociation sur la formation professionnelle sorte un petit peu de sa torpeur et aille un peu plus loin sur des propositions concrètes.
Vous le rencontrez aujourd'hui le patronat, sur autre chose, sur l'assurance chômage.
Alors, aujourd'hui, c'est l'assurance chômage, mais hier soir, très tard, il y a eu la négociation sur la formation.
Et alors ?
Le patronat commence à faire des propositions mais on voudrait qu'il mette sur la table les moyens. On a des moyens sur la formation professionnelle, on veut des fonds dédiés pour que les salariés qui ont des difficultés de formation, qui n'ont pas eu de formation suffisante, puissent mieux se former, en particulier en période de chômage.
F. Chérèque, parlons de l'assurance chômage. Cinquième rencontre entre syndicats et patronat. Aujourd'hui, où est-ce que vous en êtes de l'indemnisation des chômeurs ?
Alors, pour le moment, on en est encore, je crois, à des échanges. Maintenant il va falloir qu'on accélère parce que la loi nous donne l'obligation d'aboutir avant la fin de l'année. Alors, la CFDT a une proposition simple : le système est très compliqué actuellement, et il faut travailler trop longtemps pour bénéficier de l'assurance chômage, c'est six mois pour bénéficier de l'assurance chômage. Donc, nous, on propose qu'un salarié...
... donc, il faut travailler six mois pour pouvoir toucher...
... actuellement, c'est le cas, six mois.
... pour pouvoir toucher des indemnités.
Six mois dans les deux dernières années. Nous ce qu'on propose c'est de simplifier le système, c'est que tout salarié qui aura travaillé au moins quatre mois dans les trois dernières années ait une indemnisation qui correspond à sa durée de travail, c'est-à-dire quand on a travaillé un mois, on a un mois d'indemnisation, quand on a travaillé un an on a un an d'indemnisation, ce jusqu'à une durée de deux ans. Ca, c'est un système simple qui fait que beaucoup plus de salariés au chômage pourront bénéficier de ça. Ensuite, on propose que lorsqu'un salarié reprend du travail avant la fin de son indemnisation, il garde le bénéfice de qu'il a cotisé pour que s'il a de nouveau un problème, il puisse avoir une indemnisation puisque jusqu'à présent il repart à zéro. Donc, ça, c'est un système simple, plus de personnes indemnisées, plus de précaires, c'est-à-dire que les CDD seront mieux indemnisés, et un système qui permet aux personnes de reprendre du travail sans prendre le risque de se retrouver en difficulté.
Et que dit le patronat ?
Alors, le patronat est plutôt intéressé par ces mesures-là, mais le patronat voudrait en profiter pour baisser la durée d'indemnisation et baisser le niveau des indemnisations. C'est pas aujourd'hui qu'il faut baisser la durée des indemnisations, on voit bien qu'on a beaucoup de chômeurs qui arrivent dans le chômage, donc nous on veut maintenir une durée d'indemnisation au minimum de deux ans et jusqu'à trois ans pour ceux qui ont plus de 50 ans, c'est ceux qui ont le plus de difficulté, mais surtout un système plus simple pour que les plus précaires soient indemnisés, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Le projet de loi sur l'audiovisuel retarde tout le travail parlementaire. Est-ce que vous le regrettez ?
Si c'est du travail utile, c'est regrettable, mais ceci dit que ça retarde la loi sur le travail du dimanche, je ne le regrette pas du tout parce que je suis contre cette loi.
Vous êtes contre vous aussi.
Oui, parce qu'on est dans une espèce de faux débat et un marché de dupes, un marché de dupes.
Mais, vous le savez bien, mais j'imagine que beaucoup d'adhérents de la CFDT vous le disent, il y a des Français qui veulent travailler le dimanche.
Mais ils veulent travailler pourquoi ?
D'abord, l y a six millions de Français qui travaillent déjà le dimanche, ou sept millions.
Oui, mais attendez, mais ils ne sont pas concernés par la loi.
Oui, justement !
Mais c'est là que c'est un marché de dupes. Mais attendez, on est en train de faire une loi pour 2-3 zones commerciales soi-disant, et on oublie les deux millions de Français qui travaillent tous les dimanches et on oublie les six millions qui travaillent d'une façon alternante. Pourquoi la proposition de loi ne prévoit pas de doubler le salaire pour les gens qui travaillent dans les hôtels, cafés, restaurants ? Pourquoi elle ne le prévoit pas pour les hôpitaux ?
Mais parce que les hôtels, cafés, restaurants feront faillite.
Eh bien, voilà !
S'ils sont obligés de payer double le dimanche, F. Chérèque.
On sait très bien que c'est une question... on sait très bien, et votre boulanger, son employé boulanger, pourquoi il ne peut pas doubler son salaire ? Parce que financièrement ce n'est pas possible. Donc, là, on est en train de créer un marché de dupes, on est en train de faire en sorte pour quelques zones commerciales de permettre de travailler le dimanche en doublant les salaires alors qu'on ne le fait pas pour l'ensemble de la société, parce que financièrement ce n'est pas possible. Et nous, on n'est pas d'accord de modifier l'organisation de la société à travers 2-3 zones qui ensuite sera une dizaine de zones, et ensuite ça sera tout le pays. Et à ce moment-là, on verra qu'on ne peut pas payer double les salariés le dimanche.
Mais le texte donnera le droit aux salariés de refuser de travailler le dimanche.
Mais vous plaisantez ! Pourquoi les gens travaillent le dimanche ? Parce qu'ils ont des problèmes financiers. J'ai rencontré beaucoup de jeunes personnes qui travaillent dans des supermarchés, ils disent d'une part : « nous, on est à temps partiel et on voudrait déjà travailler plus la semaine, donc faisons en sorte qu'on travaille plus la semaine, et lorsque le travail du dimanche sera fait, on ne pourra pas refuser ». Imaginez... en plus, on est en train de nous dire, les salariés pourront décider d'arrêter de travailler le dimanche. Vous imaginez un magasin, si la moitié des salariés qui veulent arrêter. Ca ne marchera pas. On voit bien le patronat qu'est-ce qu'il dit, dans une entreprise ça n'a jamais été le salarié qui a décidé. Donc, arrêtons ces fausses promesses, elles ne pourront pas tenir.
Donc, c'est du mensonge, là, on nous enfume ?
Oui, non, non. C'est une expression que j'avais prise pour un autre sujet.
Mais oui, non mais je sais que vous l'aimez, vous l'aimez.
Non, je dis simplement qu'on a des responsables politiques qui ne connaissent pas le fonctionnement de l'entreprise. Dans les entreprises, quand elles sont ouvertes le dimanche, les salariés n'ont jamais le choix.
Bien, il est 8 h 41. On va revenir sur le sujet avec F. Chérèque, d'autres sujets. On va parler du plan de relance, tiens, par exemple, du Gouvernement dans deux minutes. [...]
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 décembre 2008
 

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