Interview de M. Xavier Darcos, ministre d el'éducation nationale, à Europe 1 le 10 décembre 2008, sur la journée d'action à l'appel des enseignants contre la réforme du lycée et la suppression de 3000 postes dans les réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre d el'éducation nationale, à Europe 1 le 10 décembre 2008, sur la journée d'action à l'appel des enseignants contre la réforme du lycée et la suppression de 3000 postes dans les réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED).

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier, FOGIEL Marc-Olivier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti : M.-O. Fogiel .-Bonjour X. Darcos.
 
Bonjour.
 
Vous êtes le ministre de l'Education nationale. Aujourd'hui nouvelle journée d'action à l'appel des enseignants, des lycéens et des parents d'élèves. X. Darcos vous vous êtes mis tout le monde à dos, ça ne vous inquiète pas ?
 
Ecoutez tout cela n'est pas complètement nouveau. D'abord nous avons déjà eu, comme vous le savez, des nuits des écoles, des chaînes posées devant les grilles des lycées, des mouvements de toute nature. Je suis suffisamment un ancien dans la maison Education Nationale pour avoir déjà connu des situations comparables.
 
Vous avez vu, mais vos prédécesseurs qui ont connu ça généralement sont partis, on se souvient de monsieur Savary, de monsieur Allègre.
 
Oui mais écoutez, je vais vous dire les choses, il est presque maintenant habituel qu'à la fin de l'année scolaire ce soit difficile, il y a une petite concentration de mécontentements. Mais ce qui m'inquiète beaucoup - moi je respecte le dialogue, la contradiction, voire la contestation...
 
Ce n'est pas ce que vous reprochent... les syndicats disent qu'au contraire vous n'êtes pas du tout dans le dialogue, vous êtes dans le fait d'imposer des choses.
 
Non, tout cela évidemment c'est un propos syndical qui correspond à des tactiques. Mais nous nous voyons, nous nous parlons, nous nous sommes vus toute la semaine dernière, j'ai reçu tous les syndicats. Ce que je voulais dire simplement c'est dialogue, discussion, contestation aussi, je le comprends, mais pas désinformation. Quand je vois par exemple qu'on nous explique qu'on va supprimer l'école maternelle, qu'on me dit qu'au lycée je vais supprimer les mathématiques, l'histoire-géographie...
 
Parce qu'il y a la réforme du lycée, c'est un des...
 
Oui, mais alors il y a un mélange de mensonges, pour dire les choses clairement, ou d'informations erronées, qui sont de nature à affoler les gens, à inquiéter les opinions et qui, je le répète, sont de la véritable désinformation. Moi je comprends qu'on soit contre le Gouvernement mais enfin il ne faut pas mentir, il ne faut pas dire des choses qui ne sont pas.
 
Mais grosso modo et vous allez entendre dans le journal de 8 heures tout à l'heure une maman qui est très inquiète pour l'éducation et pour ses enfants, elle va même peut-être même s'installer dans l'école, le mot d'ordre aujourd'hui c'est : il faut investir dans l'éducation. Et-ce que votre Gouvernement, monsieur Darcos, investit suffisamment dans l'éducation, quand on parle de suppressions de poste en 2009 ?
 
Comme vous le savez, le ministère de l'Education Nationale c'est quasiment le premier budget de la France, c'est 60 milliards d'euros. Lorsque dans les lycées, on ne travaille pas pendant une semaine, c'est 250 millions d'euros qui partent en fumée. Donc ce Gouvernement investit beaucoup dans l'école. Nous avons un nombre d'enseignants et nous avons des crédits très importants qui nous permettent de rendre des services nouveaux, ce qu'on oublie toujours de dire. Depuis un an et demi, nous rendons les services nouveaux, nous faisons de l'accompagnement éducatif pour tous les élèves de collège qui en ont besoin.
 
Oui mais vous supprimez 3 000 postes pour les RASED, les fameuses RASED donc, en même temps là c'est un recul.
 
La question des RASED, il y a 11.000 professeurs sur 380.000 professeurs du premier degré qui contribuaient à repérer la difficulté scolaire. 3 000 d'entre eux vont être affectés dans des établissements où cette difficulté scolaire est concentrée. Ca veut dire qu'il en reste quand même plus de 8 000, au mieux 380.000 enseignants qui font deux heures de soutien tous les jours. On ne peut dire qu'on....
 
Monsieur Darcos, concrètement, vous dites quoi aux gens qui sont inquiets, qui vont descendre dans la rue, qui vous ciblent ce matin, qui vous reprochent de ne pas les écouter ? Vous leur dites quoi concrètement ? Est-ce que vous allez reculer sur certains points ?
 
Je leur dis qu'ils écoutent ce que nous disons vraiment et qu'ils ne croient pas qu'on va supprimer la maternelle, qu'on ne va plus s'occuper des élèves en difficulté, que le lycée va être un moyen de supprimer des disciplines, que le baccalauréat va disparaître. Que sais-je ? Qu'ils ne croient pas ce qu'on leur dit et surtout qu'ils restent dans le dialogue et qu'ils n'encouragent pas des mouvements disparates notamment dans les lycées parce que les lycéens ils peuvent exprimer des mécontentements, moi je ne veux pas discuter de l'inquiétude d'adolescents, mais dans le même temps autour de tout cela, on voit des mouvements de casseurs, on voit des gens qui...
 
Alors justement, sur ces mouvements de casseurs, on en a entendu tout à l'heure dans le journal de 7 heures, notamment donc ces mouvements qui se radicalisent. Est-ce que ça vous inquiète la violence, des professeurs blessés ?
 
Bien entendu ça m'inquiète, d'abord parce que ça atteint nos personnels qui sont très courageux. En même temps, il y a des choses qui nous rassurent. Par exemple, j'ai vu à Brest, il y a eu des casseurs qui sont venus casser le matériel informatique, brutaliser les gens, ce sont des lycéens qui ont défendu leur proviseur. Donc je ne confonds pas les lycéens qui se posent des questions sur leur avenir, comme il est normal lorsqu'on a 16 à 18 ans, avec des bandes radicalisées qui viennent tout casser.
 
Sur le fond, monsieur le ministre, la réforme du lycée, la nouvelle seconde que vous allez préciser la semaine prochaine, la suppression d'une partie des RASED, les Réseaux d'Aide donc Spécialisés aux Elèves en Difficulté, le jardin d'éveil, est-ce que tout cela était-il nécessaire ? Est-ce que vous n'avez pas été obligé de trop faire des choses trop vite et peut-être être obligé aujourd'hui de reculer ?
 
Non, d'abord parce que je le répète sur les maternelles il n'y a aucun projet particulier de modification. La question de savoir si on créera des jardins d'éveil ou pas, c'est une question qui est débattue, mais pour l'instant rien ne concerne la maternelle. Et concernant le lycée, cette réforme est absolument nécessaire, je rappelle que nous perdons 150.000 élèves chaque année qui partent sans aucune qualification et qu'un bachelier sur deux au bout de trois ans n'a aucun diplôme. Ce sont ça les vrais questions. Et que la réforme que nous proposons est une réforme qui a été faite dans l'intérêt des élèves avec d'ailleurs l'accord des organisations syndicales à l'origine et sur des conseils des représentants de lycéens.
 
Donc vous nous dites, là, monsieur le ministre, ce matin, que vous êtes une exception à la règle : vous êtes le ministre qui va faire passer les réformes de l'Education nationale, contrairement aux autres qui se sont cassé les dents au dernier moment ?
 
Je ne suis pas le ministre de l'hésitation nationale, je ne suis pas le ministre de l'hésitation nationale. J'ai un devoir vis-à-vis des générations futures, c'est ainsi que j'agis. Il ne s'agit pas du tout pour moi de chercher à être désobligeant, brutal, de créer du conflit, il s'agit de réformer dans un pays qui en a besoin.
 
Et vous avez le soutien du président de la République ?
 
Je crois que j'ai le soutien du président de la République, je peux même vous dire que j'en suis certain.
 
Merci monsieur le ministre.
 
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 11 décembre

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