Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à La Chaîne Info le 10 décembre 2008, sur la durée du débat sur le projet de loi sur l'audiovisuel et sur celui du travail le dimanche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à La Chaîne Info le 10 décembre 2008, sur la durée du débat sur le projet de loi sur l'audiovisuel et sur celui du travail le dimanche.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, BARBIER Christophe.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : C. Barbier.- J.-F. Copé bonjour.
 
Bonjour.
 
« J'ai eu tort de demander un secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme » affirme B. Kouchner dans Le Parisien, en ajoutant qu'il y a une contradiction permanente entre les Droits de l'homme et la politique étrangère d'un pays. Approuvez-vous ce diagnostic ?
 
On peut discuter du diagnostic. Personne n'a jamais pensé que nommer un secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme règlerait le problème des Droits de l'homme sur la planète. En même temps, moi je pense qu'un secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, c'est utile.
 
Il faut le garder ?
 
Parce que c'est une manière aussi d'exprimer parfois une voix différente, alors certes, au sein d'une équipe gouvernementale, mais je trouve que cette musique-là, il est toujours important de l'entendre dans un grand pays comme le nôtre. Donc je ne partage pas ce diagnostic.
 
Est-ce que le vrai problème ce n'est pas le secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme mais sa titulaire, à savoir R. Yade qui a souvent mis les pieds dans le plat et qui a multiplié son côté poil à gratter ?
 
De ce point de vue, elle a fait son travail.
 
Et donc vous la maintiendriez dans ce poste et vous conserveriez le poste ?
 
Moi je ne suis pas président de la République. C'est au président de la République de le faire. Chacun a son avis mais c'est au président de la République de le faire. Moi je n'ai pas d'avis là-dessus.
 
Accueillir un ex guérillero repenti des FARC comme on va le faire aujourd'hui, c'est une bonne manière de vanter les droits de l'homme ?
 
Pardon, qui ?
 
Il arrive le guérillero des FARC qui avait libéré des otages, il va arriver en France.
 
Je ne sais pas, je n'ai pas d'élément là-dessus, je ne peux pas vous répondre.
 
 
L'obstruction parlementaire se poursuit à l'Assemblée contre votre texte sur la réforme de l'audiovisuel public. Pourquoi ne passez-vous pas par le 49-3, ce serait réglé ?
 
Parce que ce n'est plus l'esprit de nos institutions, parce que quand on peut l'éviter, c'est toujours mieux. Pour autant, ce spectacle d'obstruction donné par la gauche est absolument lamentable, complètement décalé en plus par rapport à la fois à la réalité de ce texte, qui est très important mais qui ne justifie pas des centaines d'amendements égrenés pendant des heures par des socialistes, qui sont incapables de faire une proposition. Et puis en même temps pas justifié par le fait qu'il y a bien d'autres textes à adopter en cette période de crise dans la succession même de la loi télé. Autant je peux comprendre qu'on consacre une huitaine, une dizaine de jours à la loi télé, autant nous entrons maintenant dans la troisième semaine, c'est une histoire de fou.
 
Vous allez travailler samedi, voire dimanche, pour débattre de ce texte ou vos députés ne veulent pas ?
 
Je ne sais pas encore. Travailler dans ces conditions est très difficile. Le samedi et le dimanche, les députés, je peux en témoigner, sont dans leur circonscription avec leurs administrés. C'est donc toute une organisation. Ce que je peux dire simplement, c'est que cette attitude est ridicule, incompréhensible, aussi bien pour les salariés de France Télévisions, pour les Français eux-mêmes, surtout de la part d'une gauche à qui on propose quand même, je le rappelle, de supprimer la publicité sur France Télévisions. C'est-à-dire très exactement ce qu'eux-mêmes ont préconisé pendant des années. C'est dire l'état de délabrement de notre opposition française aujourd'hui.
 
Néanmoins, la majorité n'est pas très en forme. Le quorum n'était pas atteint lundi soir, la séance a été suspendue.
 
Je vous mets à l'aise, le quorum n'est jamais atteint puisque le quorum ça veut dire avoir plus de la moitié des députés sur les textes. Ce n'est jamais le cas et c'est ainsi.
 
Approuvez-vous B. Accoyer qui veut suspendre ou sanctionner les députés qui ne respectent pas leur présence, qui font de l'absentéisme ?
 
Moi je me suis longuement exprimé là-dessus. Vous savez qu'on y travaille. Quand je vais vous quitter, je vais d'ailleurs présider un groupe de travail au sein de mon groupe politique sur la question de la modification de notre règlement intérieur, parce que l'image que nous donnons est absolument désastreuse et surtout incohérente avec le renforcement des pouvoirs dont va disposer le Parlement français à partir du 1er mars prochain, puisqu'on a révisé la Constitution. Donc, très concrètement, ça veut dire qu'il faudra ré organiser notre travail. Moi je milite de toute façon pour transformer en profondeur le travail du député dès lors que nous avons des nouveaux pouvoirs. Quand, par exemple, très concrètement, nous allons partager à 50% l'ordre du jour avec le Gouvernement, quand nous allons contrôler l'action gouvernementale, évidemment qu'il faut une autre organisation et on y travaille.
 
La suppression de la publicité sur France Télévisions peut être décidée par décret pour que ce soit opérationnel au début de janvier. Le demandez-vous là aujourd'hui au Gouvernement ?
 
Ecoutez ça se justifie puisque tout a été fait par la gauche pour empêcher que ce texte soit adopté dans les temps. Mais vous savez que notre loi, son point essentiel ce n'est pas la suppression de la pub. Ca c'est du domaine règlementaire à la limite. Le point important de notre loi, c'est comment on compense par cette taxe que nous créons sur les fournisseurs d'accès téléphones mobiles et les chaînes privées. Et ça on ne peut le voter que par la loi. Comme d'ailleurs est prévu dans la loi, la création d'une entreprise unique, là où France Télé n'est en fait une galaxie de 49 sociétés qui n'ont pas de véritable connexion entre elles. Notre idée c'est de faire une vraie télévision publique pour y voir des programmes qu'on ne voit pas ailleurs.
 
Il y a pas que la gauche qui résiste, il y a le groupe Nouveau centre, membre de la majorité présidentielle, qui votera contre ce texte comme le disait hier, à votre place, F. Sauvadet, son président. Comment pouvez-vous les convaincre de changer d'avis ?
 
J'y ai déployé une énergie folle. J'ai vu longuement bien sûr mon ami F. Sauvadet mais aussi un certain nombre des membres de son groupe. Ecoutez, je crois qu'il y a un moment où chacun doit prendre ses responsabilités. Nous avons, nous, avec l'UMP, la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Nous soutenons ce texte. Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'ailleurs en notre sein aussi quelques débats et moi je souhaite que les débats aient lieu. Ce n'est pas un drame qu'il y ait des débats et des différences et des divergences au sein de notre groupe parlementaire. Moi, j'en suis quelque part le garant, parce que j'estime qu'on doit soutenir le Président à 100%. Mais moi je suis garant de 100% de liberté de débat.
 
Vous pourriez retirer votre texte et puis on finance l'audiovisuel public sur les fonds de l'Etat, sur le budget ?
 
Alors ça, il faut s'arrêter là parce que moi en ce qui me concerne, les choses sont claires : ce texte est excellent dans le sens où il permet de proposer un vrai "business plan" comme on dit maintenant, pour France Télévisions, d'en faire une vraie télé publique avec des moyens comme elle en a jamais eus, quoi que dit la gauche ou certains qui s'inquiètent. D'ailleurs on peut comprendre, vous savez dans notre pays, tout le monde s'inquiète souvent pour des choses. On a fait la démonstration inverse. Donc je crois qu'on a un vrai bon projet. A nous d'y aller.
 
Le retard pris sur l'audiovisuel va pousser jusqu'en 2009 l'examen du texte sur le travail du dimanche. Ca vous soulage. Là aussi, votre groupe est divisé.
 
Vous savez, moi je ne suis pas quelqu'un qui se cache derrière son petit doigt. Donc j'ai entendu cette question, on est soulagé, pas soulagé. De toute façon, c'est un engagement présidentiel. Donc ce texte, nous allons l'examiner. La seule chose c'est qu'il a révélé - c'est ça qui m'a paru intéressant, je le dis d'autant plus que moi je suis favorable à ce texte qui est un texte technique, qui a révélé - au sein de notre groupe un vrai débat de fond. Un débat d'abord sur les valeurs, sur les valeurs familiales, sur la question du repos dominical, un débat de fond aussi, et je crois que c'est important de le noter, entre ceux qui sont plus libéraux, ceux qui sont plus sociaux. Et ça aussi c'est un débat qui doit exister. Et puis enfin un débat Paris/province. Et je pense qu'on sous-estime souvent cette dimension-là dans nos débats en France.
 
Le Président reçoit les députés UMP aujourd'hui à déjeuner. Vous attendez de lui qu'il leur dise cela : "attention, prenons notre temps, cela a révélé des débats", ou qu'il tape du poing sur la table en disant : "vous votez ce texte sur le travail du dimanche ?"
 
Je ne sais pas du tout ce qu'il a prévu de nous dire. D'abord, c'est un rendez vous qui est très régulier maintenant. Nous nous voyons à peu près tous les deux, trois mois avec le président de la République et l'ensemble de notre groupe. Moi je m'en réjouis parce que c'est l'occasion aussi de parler très librement avec lui et puis de l'écouter aussi nous dire quelles sont les perspectives pour l'action qu'il entend conduire pour notre pays. Donc tout ça est très bien. Moi je souhaite que ce soit l'occasion pour nos amis députés de s'exprimer très librement avec lui comme on l'a toujours fait.
 
 « Tu as prévu de filer les clés de l'UMP à X. Bertrand, tu devrais en garder un double ». Pourquoi avez-vous dit cela à N. Sarkozy, en plus de vouloir décrocher le prix de l'humour politique qui vous est quasiment promis désormais ?
 
Oui j'ai appris ça, j'ai trouvé ça sympathique. Pour le reste, d'abord moi j'ai dit les choses très clairement. D'abord premier point, c'est le président de la République qui dans les faits nomme le responsable de l'UMP. Moi j'ai toujours dit que son choix quel qu'il soit serait le bon. Et j'ai d'ailleurs souhaité à X. Bertrand tous nos voeux de succès dans cette entreprise. Deuxièmement, je l'ai dit parce que de manière générale, je pense que lorsque nous menons une action comme celle-la, avec l'importance des responsabilités que l'on peut avoir les uns et les autres, je crois qu'il faut toujours rester vigilant et moi j'ai toujours fait mienne cette idée d'être à la fois en souci de déléguer, de faire confiance et puis en même temps d'être vigilant.
 
Alors vous êtes officiellement clairement en lice, vous, pour la présidentielle 2017. C'est votre horizon. Vous considérez-vous en compétition naturelle avec X. Bertrand qui est de la même génération ?
 
Sur cette question de 2017, j'ai eu l'occasion de m'exprimer une fois et une seule il y a déjà un an. Et j'ai pris la décision de ne pas l'évoquer régulièrement parce que ce n'est pas le sujet. Le sujet aujourd'hui, c'est la mission pour les Français. Et je vous dis ça, c'est pas du tout pour tourner autour du pot, vous savez que je suis quelqu'un d'extrêmement direct, mais parce que je crois que la politique c'est un parcours initiatique dans lequel la première chose que les gens attendent de vous, c'est d'accomplir la mission pour laquelle vous vous investissez.
 
C'est ce que fait X. Bertrand ou alors c'est un enfant gâté, comme on le dit ?
 
Vous m'avez posé une question me concernant et je vous réponds simplement là-dessus.
 
Vous mais aussi sur la compétition avec X. Bertrand. Même génération, deux talents.
 
Sans doute. Il n'y a pas de sujet là-dessus. Bien sûr que je pense que c'est important le talent mais je crois que ce qu'il y a derrière ça surtout, c'est l'idée qu'on doit chacun accomplir notre mission telle qu'elle nous est confiée par ceux qui, justement, attendent de nous du résultat.
 
Votre mission avec "Génération France", votre club qui se réunit ce soir pour parler de la diversité, c'est de bâtir une UMP personnelle, un contre parti ?
 
Pas du tout, c'est de faire en sorte qu'il y ait en France un club, et pas seulement un parti politique, qui soit dédié au débat parce que vous savez, à droite, on a tendance à solliciter les électeurs la veille des élections et pas suffisamment à débattre. Et donc Générationfrance.fr ça doit être, comme disent les Américains, un "Think tank" dédié aux débats.
 
n débat plus que l'UMP ?
 
En tous cas, on y apporte notre contribution et pour ce qui me concerne, je le ferai avec beaucoup de détermination parce que je crois que les Français veulent de plus en plus participer au débat. Et ce soir, on va parler du lien entre l'identité nationale et la diversité.
 
J.-F. Copé, merci, bonne journée.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 11 décembre 2008
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