Interview de Mme Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille, à France 2 le 16 décembre 2008, sur les mouvements lycéens contre la réforme de la classe de seconde, le pouvoir d'achat et les avantages des titulaires de cartes de familles nombreuses. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille, à France 2 le 16 décembre 2008, sur les mouvements lycéens contre la réforme de la classe de seconde, le pouvoir d'achat et les avantages des titulaires de cartes de familles nombreuses.

Personnalité, fonction : MORANO Nadine.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la famille

ti :
 
 
 
F. Laborde.- Bonjour à tous. Avec N. Morano, ce matin, nous allons évidemment parler de la famille, mais nous allons peut-être commencer par parler de la famille, disons politique, voire de la famille gouvernementale. Bonjour N. Morano.
 
Bonjour.
 
Merci d'être avec nous. Ce qui est au coeur de l'actualité, disons, ce matin, c'est tout de même le changement de cap, supposé ou réel, vous allez nous le dire, de la gestion de la crise par N. Sarkozy, le président de la République, sur le dossier à la fois de la réforme de l'Education nationale et sur le dossier du travail le dimanche. Es-ce que oui ou non c'est une reculade ? Est-ce que oui ou non il y a un changement de cap dans la gestion de crise de N. Sarkozy ?
 
Il n'y a pas de changement de cap, il n'y a pas de reculade non plus. Je dirais tout simplement qu'il y a une adaptation. Vous l'avez vu que s'agissant du travail du dimanche, le président de la République a toujours été quelqu'un d'ouvert au dialogue, a reçu les parlementaires et nous sommes arrivés à une solution de compromis, qui correspond à une attente de chacun, à la fois plus de souplesse mais à la fois une adaptation de terrain et de réalité. Donc, vous le voyez, chez nous à l'UMP et dans notre majorité, le débat n'est pas le combat.
 
Oui, parce que les députés de l'UMP étaient très opposés à cette idée d'ouvrir le dimanche trop régulièrement.
 
Pas tous les députés UMP.
 
Un certain nombre.
 
Une minorité de députés UMP souhaitait les aménagements de ce texte de R. Mallié. Il s'agit maintenant de permettre l'ouverture des commerces...
 
Dix dimanches par an.
 
...non pas cinq dimanches par an, mais dix dimanches par an, et surtout d'adapter aussi, je dirais, aux faits constatés, je pense par exemple à Plan de Campagne à Marseille, qui ouvre le dimanche depuis de nombreuses années. Je pense au secteur touristique, je pense aussi au secteur frontalier comme à Lille. Donc, c'est vraiment une démarche d'adaptation, d'assouplissement...
 
Pragmatique. Alors, est-ce que c'est le même pragmatisme qui prévaut dans le retrait, le recul, la mise au réfrigérateur de la loi Darcos ? Comment vous le qualifieriez, vous ?
 
Non, moi je pense que, pour avoir bien observé le mouvement qui est en train de naître et de grandir et de croître, d'ailleurs, chez les lycéens, je pense que pour bien avancer, il faut d'abord faire reculer le mensonge. Et s'agissant de la réforme de X. Darcos, on voit bien qu'il a réformé depuis 20 mois, énormément, entre le service minimum d'accueil, la réforme des programmes des primaires, s'agissant aussi des maternelles. Donc, c'est quelqu'un qui avance. Mais pour faire reculer le mensonge, et la désinformation qui circulent parmi les lycéens, eh bien il vaut mieux beaucoup plus de transparence, dialoguer aussi avec les partenaires tel qu'il le fait et informer les parents.
 
Est-ce que ça veut dire qu'il n'y avait pas eu assez de dialogue avant la mise en place de cette réforme ?
 
Je pense qu'il y en a eu, mais que nous sommes dans une situation où il faut savoir s'adapter. Il y a des mouvements, forts, il y a une situation économique qui est beaucoup plus fragile et donc N. Sarkozy, qui est un bon pilote, aussi, vous l'aurez remarqué, qui sait accélérer quand il faut, parce que nous avons fait énormément de réformes, eh bien il faut, lorsque vous avez un virage plus difficile à prendre, savoir adapter sa vitesse, savoir écouter, savoir être pragmatique, savoir...
 
Et ce n'est pas un virage à 180°.
 
Non, c'est un virage pris avec précautions, parce qu'il faut préserver la jeunesse, il faut lui dire que lorsqu'on réforme, c'est pour elle. Nous avons la nécessité d'adapter le lycée. Nous avons la nécessité de mieux former les lycéens, et moi, pour avoir vécu la réforme Devaquet, lorsque j'avais une vingtaine d'années, je peux vous dire que lorsqu'on recule, on ne fait rien pendant 20 ans. Et donc, il ne s'agit pas de reculer, mais bien de dire : « Prenons un peu plus de temps, nous ne sommes pas à trois mois près, mais continuons à réformer et surtout, informons les parents », parce qu'on voit bien qu'il y a beaucoup de lycéens qui sont dans les rues et qui ne savent pas vraiment quel est le contexte de la réforme et il faut que les parents sachent quel est le contenu de la réforme, ainsi que les lycéens et ainsi que les professionnels de l'Education.
 
Est-ce que l'on a pu redouter une contagion de ce qui se passe en Grèce ? On a vu ces images de manifestations extrêmement violentes ; est-ce que, à votre connaissance, le président de la République s'est dit : « attention, il y a là un climat qui pourrait, en effet, venir chez nous » ?
 
Nous ne sommes pas du tout dans le même contexte que la Grèce. D'abord, s'agissant du contexte politique, avec une majorité extrêmement fragile du gouvernement grec, avec une voix de majorité, avec un contexte économique et en même temps de situation des jeunes qui n'a rien à voir avec la nôtre, il y a simplement les images qui peuvent être importées, mais nous ne sommes pas du tout dans la même situation, donc il ne faut pas faire d'amalgame et il faut surtout regarder que nous avons un président de la République et un gouvernement qui a été, même sur les situations de crise, je pense à la crise financière, à la crise économique, où le gouvernement et le président de la République sont en initiative permanente et continue...
 
Et être capable de changer, d'ailleurs, et d'adopter des mesures qui ne sont pas forcément les mesures que l'on aurait pu imaginer qu'il prenait dans la... en première analyse ; sur la crise économique, on l'a vu faire, en effet, preuve de pragmatisme.
 
Oui, de pragmatisme, de courage, d'adaptation, et je crois que quand la situation le nécessite, eh bien il faut savoir dire : « Là, prenons un virage, de clarté de transparence ».
 
Toute dernière question sur ces mouvements de jeunes : est-ce que vous faites partie de ceux qui disent « ces jeunes sont manipulés » ?
 
Il y a beaucoup de jeunes qui sont manipulés, je ne vais pas vous dire le contraire. Je l'ai été, vous l'avez sans doute été, et beaucoup de jeunes lycéens préfèrent sans doute passer une journée à l'extérieur à rigoler avec leurs amis, que d'être en cours. Beaucoup. Beaucoup c'est une majorité. Beaucoup, aussi, se font du souci sur leur avenir.
 
Est-ce qu'ils sont infiltrés par des mouvements plus durs, d'extrême gauche, comme certains le laissent dire ?
 
Il y en a, évidemment, mais c'est pour ça que l'objectif du Gouvernement, c'est bien d'agir dans la transparence, dans la lisibilité de sa réforme, dans l'explication, et je crois que vraiment ceux qui doivent être le mieux informés, ce sont évidemment les lycéens et les enseignants, mais également les parents, qui doivent prendre la mesure que lorsqu'on réforme, ce n'est pas pour le plaisir de réformer, c'est parce que c'est nécessaire pour notre jeunesse. Le lycée nécessite d'être réformé, nécessite d'être mieux adapté, et tout ce que l'on a entendu sur le fait que nous allions brader les mathématiques, ou l'histoire, que nous allions aussi escamoter les sciences économiques, tout cela est faux. Donc, il vaut mieux avoir un vrai discours de vérité, une explication, et je le dis là encore, les parents ont leur rôle à jouer, de dialogue avec leurs enfants sur les réformes nécessaires à adapter le lycée.
 
Alors, on va revenir justement aux parents et aux familles, avec deux choses qui sont dans votre actualité. D'abord, alors, c'est presque un coq à l'âne : la carte de famille nombreuse, la voici, la voilà. Cette carte de famille nombreuse, elle existe depuis très longtemps, mais elle ne sert pas uniquement pour les transports en commun, si je puis dire.
 
Non.
 
Et vous avez fait une liste de toutes les enseignes, les boutiques, où en effet on peut avoir des réductions grâce à cela.
 
Il y a près de deux millions de personnes qui sont titulaires de la carte famille nombreuse et donc qui voyagent avec cette carte. Beaucoup, pour la plus grande majorité, ignorent qu'avec cette carte, ils peuvent bénéficier d'offres commerciales dans plus de 65 enseignes. Donc, le ministère en charge de la famille...
 
Grande distribution, enfin, tout confondu.
 
Voilà, le ministère en charge de la Famille, donc, signe des conventions avec ces enseignes, qui font des offres intéressantes pour les familles nombreuses et j'ai décidé de lancer une grande campagne d'information pour que les familles le sachent. Et donc, il y aura maintenant, sur les diffusions de tous les supports de promotion et d'information et à l'intérieur même des enseignes, l'information que, avec la carte famille nombreuse eh bien les familles peuvent bénéficier de réductions, d'offres commerciales ciblées et nous ferons...
 
Il y aura ça, donc, à l'entrée des magasins.
 
Voilà, qui sont partenaires de la carte famille nombreuse, parce que s'agissant du pouvoir d'achat, il me semblait intéressant de donner aux familles cette information, parce qu'il y a des offres promotionnelles sur une longue durée et ponctuelles, qui seront mises en avant dans l'entrée des magasins.
 
Toute dernière question, justement, en terme de pouvoir d'achat. Il y a eu un débat sur, en terme d'impôts, vous savez, la ½ part supplémentaire que toute femme qui a élevé seule ses enfants, dont elle bénéficie...
 
Une personne qui a élevé seule ses enfants ou qui élève seule ses enfants.
 
Une personne, qui élève seule ses enfants, exact.
 
Oui.
 
Cette part supplémentaire, il était question de la supprimer, finalement cette nuit, députés et sénateurs ont dit : « eh bien non, ce n'est pas une bonne idée, parce que ça touche souvent des personnes isolées, justement ».
 
Oui, sur le principe, il y avait une logique, c'est-à-dire qu'à partir du moment où vous n'avez plus les enfants à charge, il est normal de ne plus avoir la part, parce qu'en plus ils se déclarent eux-mêmes à part. Mais, s'agissant du fait d'avoir été une personne seule à élever pendant plus de 5 années un enfant, il nous semblait légitime pour l'instant de revenir à la proposition qui avait été faite par les députés et de maintenir cette ½ part avec cette condition. Donc, voilà, c'est ce qui a été décidé cette nuit et je dois dire qu'à titre personnel, je m'en réjouis.
 
Merci N. Morano d'être venue nous voir ce matin.
 
Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 16 décembre 2008
 


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