Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, lors de la conférence de presse conjointe avec MM. Rangin Dadfar Spanta, ministre afghan des affaires étrangères, Kai Eide, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Afghanistan, Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire européen chargé des Relations extérieures et de la politique de voisinage..., sur la situation en Afghanistan, Paris le 14 décembre 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, lors de la conférence de presse conjointe avec MM. Rangin Dadfar Spanta, ministre afghan des affaires étrangères, Kai Eide, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Afghanistan, Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire européen chargé des Relations extérieures et de la politique de voisinage..., sur la situation en Afghanistan, Paris le 14 décembre 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Réunion informelle sur l'Afghanistan en présence des ministres afghan, pakistanais, ouzbek, tadjik et du vice-ministre indien des affaires étrangères, et des représentants de l'ONU et de l'UE à La Celle Saint-Cloud le 14 décembre 2008

ti : Mesdames et Messieurs,


Nous nous sommes réunis hier et aujourd'hui à la Celle St Cloud autour de l'Afghanistan et de ses voisins, à l'invitation de la Présidence française du Conseil de l'Union européenne, du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l'Afghanistan et du ministre afghan des Affaires étrangères, pour parler de notre engagement aux côtés de l'Afghanistan et de ses voisins et pour déterminer ensemble ce que nous pouvions faire.

Je suis très heureux que la Présidence française du Conseil de l'Union européenne, avec le Commissaire européen, Mme Benita Ferrero Waldner et avec le Secrétaire général et Haut représentant de l'Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune, M. Javier Solana - qui vient de partir pour New York où je me trouverai moi-même demain - ait pu organiser ces séances.

Aujourd'hui, je suis entouré du ministre indien des Affaires étrangères et du ministre pakistanais des Affaires étrangères qui sont assis l'un près de l'autre. Je suis également entouré de mon ami, le ministre afghan des Affaires étrangères, du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l'Afghanistan, M. Kai Eide, de la Commissaire européenne, Mme Benita Ferrero-Waldner, du ministre tadjik des Affaires étrangères et du ministre ouzbek des Affaires étrangères.


Mesdames et Messieurs,

C'était une réunion difficile dans un moment très particulier car, non seulement il y a le contexte général de l'Afghanistan, où nous sommes tous engagés, mais il y a eu également récemment les actes de barbarie perpétrés à Bombay, en Inde.

Par conséquent, il n'était pas très aisé d'envisager cette réunion. Néanmoins, tous les voisins de l'Afghanistan étaient présents, à l'exception d'un seul, qui avait indiqué hier qu'il serait à nos côtés, le ministre iranien des Affaires étrangères. Nous avons, donc, fait sans lui - même nous avons fait comme s'il n'était pas là, si je puis me permettre.

Je voudrais remercier non seulement les personnes qui se trouvent à cette tribune, mon ami Kai Eide, mon vieux complice le Docteur Rangin Dadfar Spanta, mais aussi tous ceux qui sont présents ici. Je voudrais les remercier pour la manière dont ils ont parlé les uns avec les autres. De nombreuses personnes nous ont interrogés sur la déclaration finale que nous avons obtenue et qui consacre un certain nombre de principes, dont Kai Eide, Benita Ferrero Waldner et le Docteur Spanta vous parleront certainement.

Je suis particulièrement fier que la Présidence française ait pu accueillir cette réunion. Cela n'a pas été toujours facile mais cela a toujours été fraternel. Il y a eu des mots très difficiles à entendre parce que ce sont des mots qui révèlent la réalité. Il n'y a pas à comparer les souffrances, il y a des souffrances qui sont incomparables parce qu'elles sont trop fortes. Il y a des barbaries, des atrocités qui n'ont pas besoin d'être qualifiées les unes par rapport aux autres, tant elles sont évidentes, cruelles et qu'elles atteignent tous les démocrates du monde.

Nous avons besoin de parler de la situation de cette région. Je voudrais vous transmettre deux conclusions avant de passer la parole à mes deux amis, ici présents.

Q'avons-nous finalement exprimé ? C'est assez simple. Il ne peut y avoir de stabilité, de sécurité durable et de paix dans la région sans un Afghanistan stable, en sécurité, prospère et démocratique. Il ne peut y avoir d'Afghanistan prospère, démocratique et stable, sans que la région le soit aussi.

Cela paraît évident mais c'est la première fois qu'il y avait véritablement une prise en charge à l'échelle régionale, avec des protagonistes parlant les uns avec les autres et nous expliquant comment les choses se passent. Il y a eu des propositions, pour certaines très précises, et nous allons vous en parler.

Mais, il y a surtout eu une atmosphère et un engagement, une détermination qui tenaient à deux raisons. Le terrorisme et l'extrémisme ne triompheront jamais. Nous sommes décidés à nous battre par tous les moyens et d'abord par la paix. Nous sommes déterminés à ne pas tomber dans le piège de l'extrémisme et de la barbarie qui voudrait que les démocraties naissantes ou que les démocraties les plus anciennes du monde se querellent les unes avec les autres. Il y a une vraie détermination commune à se battre pour la démocratie et la liberté des peuples, qu'ils soient lointains ou qu'ils soient proches. Les peuples qui souffrent de la barbarie sont tous proches.

Le second grand mouvement, celui du coeur mais aussi celui de l'esprit, c'est de tout faire pour que l'entente et le dialogue triomphent.

Ces deux évidences sont-elles contradictoires ? Je vous laisse apprécier.

C'est par la paix et par l'entente des démocrates, par la démocratie et l'entente -je le répète, ce n'est pas un pléonasme -, que nous parviendrons à vaincre le terrorisme et la barbarie.

Nous y sommes déterminés : voilà ce que nous avons décidé aujourd'hui.

Vous venez d'entendre déjà quatre des protagonistes de cette réunion informelle sur l'Afghanistan. Je vous rappellerais seulement qu'il y avait également autour de la table les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, y compris la Chine, soit un ensemble de quinze représentants avec Benita et Javier. Seul manquait à l'appel, parmi les voisins de l'Afghanistan, le représentant iranien.

Je vous saurais gré d'adresser en priorité vos questions aux ministres indien, pakistanais, afghan, ouzbek ou tadjik, parce que ce sont eux les protagonistes et les voisins de l'Afghanistan.


Q - Monsieur Kouchner, dans le document sur les relations transatlantiques que vous êtes allé porter à Washington il y a quelques temps, un chapitre entier était consacré à l'Afghanistan ainsi qu'au renforcement des relations avec les Etats-Unis pour, précisément, assurer ce qui vous a occupé aujourd'hui, c'est-à-dire la stabilisation de l'Afghanistan et des relations entre Kaboul et Islamabad.

On comprend très bien que dans l'attente de l'arrivée de l'administration de M. Obama à la Maison Blanche, il y ait, en quelque sorte, comme une parenthèse.

Cette réunion n'intervient-elle pas un peu tôt et comment prenez-vous en compte le fait que nous ne connaissons pas encore précisément les positions d'un acteur-clef, les Etats-Unis ?

R - Le calendrier de la Présidence française ne tient pas compte seulement de l'arrivée de M. Obama. La Présidence française prendra fin mardi prochain, lors de la dernière séance devant le Parlement européen. Nous avions donc ce dernier week-end, pour organiser, sous Présidence française, ce qui a été - de mon point de vue - l'une des plus fortes et l'une des plus émouvantes réunions à laquelle je n'avais jamais assisté.

Comme l'a dit Kai, nous avons évoqué les questions liées à la région. Nous n'avons parlé ni précisément de la position américaine -laquelle était très bien représentée - ni de la position précise de M. Obama, qui a appelé au dialogue mais qui a aussi appelé au renforcement des troupes. Avant hier, le Secrétaire américain à la défense, M. Robert Gates, a annoncé l'envoi de 12.000 soldats américains supplémentaires d'ici la fin du printemps.

Voilà dans quel contexte nous avons tenu à réunir toutes ces personnes. Certes l'attitude américaine est à prendre en considération, mais les amis et la réalité du terrain sont aussi très importants. Nous attendons mais vous savez très bien que rien ne se déroulera avant le 20 janvier.

Nous avons envoyé un document très précis émanant des vingt-sept pays de l'Union européenne. Nous étions, en tant que Présidence du Conseil de l'Union européenne, comptables de l'attitude des Vingt-sept. Les Vingt-sept ont, donc, fait parvenir ce document à toutes les personnes - dès qu'elles ont été nommées - qui étaient concernées par la sécurité nationale et par les affaires extérieures des Etats-Unis d'Amérique.

Nous n'avons pas été surpris de ne pas recevoir de réponse, car, de mon point de vue, l'équipe du président Obama se manifestera seulement après la date officielle du 20 janvier. Ce que nous avons eu l'impression d'entendre, c'est que l'existence de l'Europe ne fait pas de doute pour l'équipe de M. Obama. C'est peut-être une nouveauté.

Q - Tout le monde est d'accord pour lutter contre le terrorisme, mais concrètement, y a-t-il un projet commun entre l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde par exemple ?

Quels sont les projets communs pour lutter contre le terrorisme, et, où en est-on concernant l'implication de l'Arabie Saoudite dans un dialogue avec les Taliban ?

R - J'ajouterais, par exemple, que certains projets concernaient le Pakistan et l'Afghanistan, et que Benita Ferrero Waldner accepte, désormais, de les étendre à toute la région. Je pourrais vous donner un autre exemple - les exemples sont nombreux -, concernant la circulation des biens, c'est-à-dire tout simplement au commerce. Je ne vous parle même pas du problème de l'eau, problème majeur dans la région qui a été abordé très librement.

A propos de la circulation des camions qui transitent par cette région, il y a des accords douaniers, il y a des accords légaux à mettre en place. Or pour le moment, rien ne passe ou très peu dans la région. On parle de chemins de fer, de grands projets, mais, la réalité quotidienne n'est même pas assurée et nous sommes déterminés à le faire.

Il y a ainsi de nombreux exemples que nous pourrions vous donner.

Q - L'Inde et le Pakistan sont ici présents, il y a moins d'une semaine, ils échangeaient des menaces. Cela veut-il dire que le début de la coopération en terme de sécurité va commencer à partir de l'Afghanistan entre les deux grands pays de la région ?

Ma seconde question porte sur le fait que vous parlez de projets, mais vous ne parlez pas des Taliban et de la situation militaire pour laquelle tous les rapports indiquent que la situation militaire sur le terrain n'est pas aussi "rose" que vous voulez bien le dire.

R - Les gens se parlent et c'est mieux que lorsqu'ils ne se parlent pas.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 décembre 2008

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