Interview de M. Hervé Morin, ministre de la défense, à RTL le 17 décembre 2008, sur la menace terroriste et la présence militaire de la France en Afghanistan. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé Morin, ministre de la défense, à RTL le 17 décembre 2008, sur la menace terroriste et la présence militaire de la France en Afghanistan.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. Ministre de la défense ; FRANCE. Le Nouveau Centre, président

ti :  
J.-M. Aphatie.- Des explosifs ont été découverts hier au magasin parisien Le Printemps. C'est un Front révolutionnaire afghan qui a revendiqué cette action. Aucun spécialiste ne connaît ce Front révolutionnaire afghan. Et du coup, les enquêteurs, ont tendance à ne pas juger "très sérieuse" la piste islamiste. Quelle est votre opinion ?
 
C'est évident que, comme le disait A. Duhamel, la phraséologie, la dialectique, n'est pas la dialectique des mouvements terroristes islamistes. Le mot "révolutionnaire" figurant dans le nom du groupe, le mot "capitalistes" pour désigner des magasins, l'absence de référence à l'islam, au Djihad, font, qu'en effet, la piste islamiste en tant que telle n'est pas la piste première. Mais il ne faut absolument rien négliger par nature, et il nous faut être vigilants, déterminés, prudents, mais aussi parfaitement... avoir la fermeté nécessaire, voilà. C'est, prudence et fermeté, vigilance et détermination, ce sont ça les mots.
 
Un lien est fait dans la revendication entre cet acte, donc le dépôt d'explosifs dans ce magasin et la présence des troupes françaises en Afghanistan. 2.800 Français, militaires français, sont aujourd'hui engagés en Afghanistan. Cet engagement en Afghanistan nous met en danger ? Est-ce que cette circonstance, ce qui se passe, vous conduit à réfléchir et à revisiter les raisons de cet engagement ?
 
La menace terroriste, c'est la grande menace pour l'ensemble de la planète. Ce n'est pas la France, ce n'est pas aux grandes puissances occidentales, cette menace-là, elle frappe partout. Elle frappe en Algérie, à Alger, elle frappe à Casablanca, elle frappe à Bali. Et cette menace-là peut concerner à la fois des grandes puissances ayant un jeu et un rôle sur la scène internationale, comme des pays qui n'ont pas, en tant que tel, un rôle majeur. Je vais vous raconter cette anecdote, je ne citerai pas le pays : un de mes collègues ministre de la Défense, d'un petit pays d'Asie, m'indiquait, qu'il y a quelque temps, on avait déjoué des plans terroristes et un réseau terroriste qui avait en perspective de poser des bombes dans leur métro, et Dieu sait que ce pays n'est pas un pays majeur ou jouant un rôle en Afghanistan.
 
Là, vous parlez du terrorisme sur les territoires. Mais savez-vous pourquoi aujourd'hui, comment l'expliquez-vous, savez-vous pourquoi nous sommes engagés militairement en Afghanistan ? L'action dure depuis huit ans et elle a l'air interminable.
 
Nous y sommes depuis 2001, par une décision conjointe, à l'époque, du président de la République qui s'appelait J. Chirac, et du Premier ministre qui s'appelait L. Jospin. Nous y sommes, avec 25 pays membres de l'Union européenne, tous y sont. Nous y sommes en vertu de résolutions des Nations unies, votées chaque année à l'unanimité, Chine et Russie comprises. Nous y sommes, non pas pour faire la guerre à l'Afghanistan, nous y sommes pour reconstruire la paix et la stabilité d'un pays qui était la base arrière du terrorisme international.
 
Et jusqu'à quand y sommes-nous ? !
 
Et nous y sommes pour, à la fois pour assurer la stabilité et pour donner à l'Afghanistan les moyens d'assurer sa souveraineté. C'est-à-dire que nous sommes en train de construire une armée, et elle prend figure. Je vous invite, J.-M. Aphatie en Afghanistan, j'y vais le 31 décembre, voir les troupes et fêter le 31 décembre avec elles. Je vous y invite, vous verrez à quel point l'armée afghane est en train de prendre corps.
 
Pourtant, les indications semblent indiquer que la situation se dégrade sur le terrain...
 
La situation est en effet...
 
Je cite juste un extrait du Conseil international sur la sécurité et le développement, qui est une organisation que vous devez connaître, et qui, début décembre, écrit ceci dans un rapport : "les talibans - donc, les ennemis des troupes de l'OTAN - sont aux portes de la capitale ; ils s'infiltrent dans la ville, à leur guise. Sur les quatre accès menant à Kaboul, trois sont compromis par l'activité des talibans".
 
À la fois, vous avez ces éléments-là...
 
Que vous ne contestez pas ?
 
Non, il est évident que la situation est plus dégradée qu'elle ne l'était il y a deux ou trois ans. Qui saurait le nier ? Mais en même temps, on a construit 4.000 km de routes, on a scolarisé 6 millions d'enfants, on a fait en sorte qu'aujourd'hui 80 % des Afghans aient accès à la santé alors que moins de 10 à 15 % n'y avaient accès en 2001, quand les talibans étaient au pouvoir. Et en même temps, la solution n'est pas que militaire, ce n'est pas une solution seulement militaire, il faut donner des institutions à l'Afghanistan, et aussi, il nous faut mettre en oeuvre un certain nombre de politiques complémentaires. Puis-je vous les citer ? Parce que...
 
Rapidement...
 
Oui, mais je pense que c'est important. Le premier, c'est qu'il nous faut inventer une gouvernance particulière pour l'Afghanistan. On a voulu plaquer des institutions démocratiques occidentales dans un pays qui n'a jamais eu d'institutions de ce genre. On ne peut pas, dans un pays qui est un pays féodal, fait de chefs de guerre, de chefs de clans, de chefs de tribus, de multi-ethnies, essayer de transplanter une démocratie. Donc il faut qu'on invente un système de gouvernance. Deux, il faut faire en sorte que l'aide internationale arrive réellement chez les Afghans. Et trois, il faut aussi faire en sorte que nous luttions plus efficacement contre les réseaux de narcotrafics qui participent au développement de l'insécurité sur la région.
 
Vous dites que la solution n'est pas que militaire, on vous entend ce matin sur RTL. Mais au début de la semaine, G. Brown, Premier ministre britannique, a annoncé l'envoi de 300 soldats britanniques supplémentaires, et la semaine dernière, les autorités américaines annonçaient l'envoi d'une brigade de 4.000 soldats pour lutter contre la dégradation.
 
Oui, et B. Obama a annoncé 10.000 hommes de plus durant la campagne électorale.
 
Est-ce que la France prendra bientôt des décisions similaires d'augmentation du contingent français en Afghanistan ?
 
La France, d'abord et avant tout, a fait un effort supplémentaire puisque, comme vous le savez, le président de la République avait décidé et ensuite, [cela a été] voté par le Parlement, puis-je vous le rappeler, d'envoyer 700 hommes de plus. Pour l'instant, nous n'avons pas l'intention d'envoyer des hommes supplémentaires. La France a déjà fait un effort. Mais puis-je vous dire, parce que je sais que c'est compliqué...
 
Pas d'augmentation de contingent ?
 
...Je sais que c'est compliqué pour vos auditeurs, mais une partie de notre propre sécurité se joue en Afghanistan. On ne peut pas laisser ce pays revenir dans les mains des talibans, redevenir la base arrière du terrorisme, parce que si vous ne combattez pas le terrorisme là-bas, vous l'aurez un jour chez vous.
 
Sujet moins grave mais aussi important, si vous étiez député du Nouveau centre, vous voteriez aujourd'hui la réforme sur l'audiovisuel ?
 
Oui, parce que j'ai été un de ceux qui ont expliqué aux députés du Nouveau centre que j'étais favorable à la suppression de la publicité, et qu'il fallait, en revanche, faire des propositions alternatives sur le financement de l'audiovisuel public. Et sur ce sujet, le président de la République nous a fait un certain nombre d'ouvertures pour que nous puissions réfléchir à un autre financement que celui qui est prévu.
 
Et l'autre question moins grave : c'est embêtant de faire partie d'un gouvernement qui recule devant des lycéens ?
 
C'est bien d'avoir un gouvernement qui sait écouter.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 18 décembre 2008

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