Interview de Yves Jego, secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer, dans "Aéroportuaire Magazine" de décembre 2008, sur les grandes orientations du budget 2009 pour l'Outre-mer et la garantie de la continuité territoriale avec l'Outre-mer. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Yves Jego, secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer, dans "Aéroportuaire Magazine" de décembre 2008, sur les grandes orientations du budget 2009 pour l'Outre-mer et la garantie de la continuité territoriale avec l'Outre-mer.

Personnalité, fonction : JEGO Yves.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'outre-mer

ti : Aéroportuaire Magazine : Vous avez annoncé un budget pour 2009 en hausse de près de 10%. Quels sont les axes prioritaires du développement de l'Outre-Mer ?

Yves Jégo : A la suite du discours du Président de la République sur l'Outre-Mer, j'ai présenté la stratégie de croissance pour l'Outre-Mer le 27 novembre dernier, avec 5 priorités majeures : un développement endogène des territoires basé sur un développement économique de secteurs stratégiques prioritaires propres à chacun ; la formation et l'insertion professionnelle des ultramarins notamment par la mobilité, le logement, une préoccupation majeure de nos concitoyens d'Outre-Mer, le désenclavement aérien, maritime et numérique des territoires et la mise en valeur des potentialités de l'extraordinaire richesse naturelle de l'Outre-Mer. Le budget 2009, qui passera effectivement 15,5 milliards d'euros en 2008 à 16,7 en 2009, est au service de cette ambition nouvelle et cohérente.

Aéroportuaire Magazine : Quelle place attribuez-vous aux aéroports et à leur développement dans votre stratégie de croissance pour l'Outre-Mer ?

Yves Jégo : Les aéroports sont les portes d'entrée principales, sinon uniques, des voyageurs vers l'Outre-Mer, avec des distances avec la métropole oscillant entre 4600km (St-Pierre & Miquelon) et 19500 km (Wallis et Futuna). Ils sont, avec la qualité de leurs services, un élément fondamental de l'image laissé aux visiteurs et un facteur majeur de la compétitivité de la desserte aérienne des territoires.

L'Etat a, sur les plate-formes ultramarines, des responsabilités particulières qu'il n'a plus forcément en métropole, puisque ces portes d'entrée sont toutes restées de sa compétence. L'Etat assumera en la matière pleinement ses responsabilités, tant en qualité d'autorité concédante, par exemple à Tahiti-Faa'a, qu'en tant que partenaires des investissements de développement des plate-formes en investissant 16,6Meuros entre 2006 et 2013.

Aéroportuaire Magazine : La desserte de l'Outre-Mer et la continuité territoriale constituent, donc, un des piliers de la stratégie de croissance de l'Outre-Mer. Comment garantissez-vous ce principe de continuité territoriale ?

Yves Jégo : Le premier moyen de développer la continuité territoriale entre les territoires ultramarins et la métropole est d'avoir des tarifs plus attractifs, toute l'année et pour tout le monde : c'est pourquoi l'une de mes actions prioritaires est de développer la concurrence partout où elle peut ou doit l'être, vous me permettrez certainement d'y revenir.

Ensuite, il s'agit d'améliorer les dispositifs financiers existants en faveur de la continuité territoriale. Ceux-ci ont déjà permis, par exemple en 2007, à 110 000 ultramarins de voyager vers la métropole, mais je souhaite réformer le dispositif pour en renforcer la transparence, car il y a aujourd'hui autant de systèmes que de collectivités gestionnaires, systématiser l'attribution de l'aide sous conditions de ressources et élargir le principe de continuité territoriale aux dessertes intérieures, par exemple en Guyane, au niveau des relations régionales, entre Wallis et la Nouvelle-Calédonie pour ne citer que ce cas, ou des territoires étendus et là je pense à la Polynésie française.

Fort des 60 Meuros que je consacrerai à la continuité territoriale en 2009, je m'emploie actuellement à négocier avec les compagnies aériennes desservant les DOM un tarif social de continuité territoriale couplé à un système de bons de transport qui correspondra à une participation financière de l'Etat au prix du billet d'avion. Je veux un système simple et lisible qui me permette de dire à nos compatriotes ultramarins que je leur mets à disposition depuis tel ou tel département 10 000, 20 000 ou 30 000 billets à prix réduits. C'est à cette condition que la continuité territoriale deviendra une réalité pour eux !

Aéroportuaire Magazine : Les premières assises du Tourisme d'Outre-Mer se sont déroulées à Paris le 21 novembre, quelle est votre stratégie de promotion pour les douze destinations ultramarines qui connaissent un recul important de leurs parts de marchés et du nombre de touristes ?

Yves Jégo : Le secteur du tourisme constitue la première recette d'exportation dans la plupart des départements et collectivités d'Outre-Mer et malgré le caractère exceptionnel des sites et la richesse culturelle des territoires, constat d'un recul important des destinations ultramarines, en terme de parts de marché, voire en nombre de touristes pour certaines destinations.

C'est pourquoi j'ai mis en place un plan d'action global pour dynamiser ce secteur stratégique reposant notamment sur un positionnement marketing clair de chacune de nos destinations, des aides financières à l'investissement ou à la rénovation des outils touristiques ou encore la création en 2009 d'une plate-forme de promotion et de commercialisation en ligne. Bien entendu la poursuite des actions visant à renforcer la concurrence entre compagnies aériennes et à favoriser la desserte aérienne répond autant aux préoccupations des professionnels du tourisme qu'à celles de nos compatriotes ultramarins !

Aéroportuaire Magazine : Vous avez annoncé la mise en place d'actions visant à renforcer la concurrence entre compagnies aériennes et à favoriser la desserte aérienne. Mais encore ?

Yves Jégo : Nicolas Sarkozy a pris l'engagement durant la campagne présidentielle de baisser le prix des billets d'avion de et vers l'Outre-Mer et cet engagement, nous le tiendrons. Les ultramarins y sont très attachés ! J'ai la conviction que c'est de la multiplication des actions que peuvent naître des progrès significatifs dans la desserte de nos territoires d'Outre-Mer.

Réforme des congés bonifiés pour lisser l'effet de pointe qu'ils génèrent, défiscalisation du coût d'acquisition des avions dans le cadre d'une amélioration de desserte aérienne, comme cela a été le cas pour Air Caraïbes dans sa nouvelle liaison Paris-Cayenne inaugurée le 15 décembre 2008, négociation avec les compagnies aériennes pour garantir des tarifs réduits dans les périodes les plus fréquentées, sont autant d'actions aujourd'hui dans mon agenda. Il ne faut pas non plus s'interdire d'être imaginatif en étudiant avec les territoires et les compagnies des schémas nouveaux, comme le développement de certaines dessertes vers des hubs régionaux (Wallis-et-Futuna vers Fidji), ou leur renforcement (Tahiti vers Hong Kong ou Los Angeles). Et puis, je souhaite développer une offre low cost vers et depuis l'Outre-Mer.

Aéroportuaire Magazine : Pensez-vous que le développement du trafic low-cost est réellement possible vers les territoires d'Outre-Mer ?

Yves Jégo : Bien entendu et je vais m'employer à le démontrer dans les prochains mois ! Je vais engager une série de contacts avec les compagnies low cost pour examiner avec elles leurs possibilités de développement Outre-Mer, certes sur des lignes régionales où le modèle me paraît parfaitement exportable, mais aussi sur des moyens ou longs courriers où je veux définir avec elles les conditions du succès de leur implantation.

Aéroportuaire Magazine : Vous envisagez de simplifier les OSP imposées aux compagnies aériennes. Est-ce un moyen efficace de dynamiser le trafic charter Outre-Mer ?

Yves Jégo : Des modifications ont eu lieu en octobre 2007 et ont notamment supprimé vers nos départements d'outre-mer l'obligation d'une desserte tout au long de l'année et d'un lien quantitatif entre la capacité haute saison et celle basse saison. Le but est de favoriser l'arrivée de nouveaux acteurs en période de pointe et les charters en font effectivement partie. D'une manière générale, et je vous l'ai déjà indiqué, j'engagerai toute action permettant d'offrir à nos compatriotes ultramarins des conditions de voyage abordables financièrement. C'est là quelque chose auquel ils sont très attachés !

Aéroportuaire Magazine : Qu'entendez-vous par « avoir une vision mondiale du tourisme » ?

Yves Jégo : Dans un contexte de concurrence exacerbée, chaque destination ultramarine doit avoir un positionnement marketing qui fasse clairement apparaître ce que l'on pourra trouver chez elle, certes, mais aussi ce que l'on ne trouvera pas ailleurs. Comment, par exemple, penser que la cuisine créole n'est pas un atout majeur de nos départements d'Amérique à mettre plus en valeur ? C'est ce positionnement en terme d'offre qui doit structurer les actions des différents acteurs du secteur touristique.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 29 décembre 2008

Rechercher