Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations économiques franco-sud africaines, Le Cap le 29 février 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations économiques franco-sud africaines, Le Cap le 29 février 2008.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel en Afrique du Sud du 27 au 29 février ; allocution devant le Forum des entreprises, Le Cap le 29 février 2008

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame la Présidente,
Chers Amis,


Je voudrais vous dire d'abord que la France a parfaitement conscience que depuis 1994, les progrès économiques de l'Afrique du Sud sont spectaculaires. La France ne vient pas pour vous dire que nous avons des choses à vous donner. La France vient d'abord vous dire que nous admirons ce que vous avez fait sur les quinze ou vingt dernières années.

Vous connaissez la période de croissance la plus longue de votre histoire, vous avez des finances publiques qui nous font envie. Vous avez conduit des réformes difficiles et remarquables. Votre économie, il y a vingt ans, c'était pour l'essentiel de l'extraction minière.

Vous avez procédé à des restructurations industrielles douloureuses. Vous avez réussi. Et votre défi aujourd'hui, c'est celui de la diversification industrielle, de la formation, et de l'émergence d'une classe moyenne qui installe définitivement l'Afrique du Sud dans les grandes économies du monde.

D'ores et déjà, l'économie sud-africaine est l'équivalente de l'économie d'un grand pays européen comme la Pologne. C'est la première chose que la France voulait vous dire. C'est que la France regarde vos succès avec respect et admiration.

Mais je voulais vous dire que vous devez regarder différemment la France aujourd'hui. La France est en train de changer, beaucoup plus que vous ne l'imaginez. La France se modernise; la France accepte les règles de la mondialisation. La France veut être moteur de l'économie globale.

Je veux dire aux industriels français qu'en tant que président de la République, avec le gouvernement, avec Christine notamment, Jean-Marie Bockel, nous avons fait le travail politique qui doit vous permettre de vous déployer, vous, économiquement. Le travail politique, c'est ce qui consistait à lever toutes les barrières et tous les malentendus de l'époque coloniale. Ce travail nous l'avons fait. Nous sommes en train de le faire. La France sera le meilleur avocat de l'Afrique et notamment de l'Afrique du Sud dans les responsabilités internationales immenses que l'Afrique exercera et que l'Afrique du Sud exercera.

La France et l'Afrique du Sud ont travaillé déjà main dans la main pour régler des crises partout dans le monde. Et le rayonnement de l'Afrique du Sud va bien au-delà de la seule Afrique. J'ai dit à Thabo, hier, combien nous avions besoin de l'Afrique du Sud pour régler la question de la crise en Iran. Le monde est devenu un village. Dans ce village, chacun a la parole et les Africains doivent prendre leur part. Ces questions politiques, nous sommes en train de les régler. Cela fait des années que cela vous empoisonne, vous les industriels français. C'est réglé.

Je suis venu ici parler, pas à un ami comme l'on dit, on s'embrasse et puis le lendemain on oublie tout. Je suis venu parler à un partenaire stratégique, avec qui nous allons ancrer, dans le long terme et sur tous les sujets, notre collaboration. Ce n'est pas l'Afrique du Sud qui a besoin de la France, c'est la France aussi qui a besoin de l'Afrique du Sud. C'est ma conception des relations internationales.

Et maintenant, vous, les chefs d'entreprises français, vous devez être plus dynamiques et plus entreprenants ici. Cela progresse. L'Afrique du Sud est notre premier partenaire. Mais quand je regarde les chiffres, on n'est que le sixième investisseur et on n'est que le huitième partenaire commercial. Sixième et huitième, ce ne sont pas des places pour la France. Ce n'est pas plus une place pour les Springbocks, et pour la Coupe du monde pour nous non plus. Soit on est vraiment dernier, soit on est vraiment premier. On n'est pas sixième. Je dis à nos amis industriels et chefs d'entreprises sud-africains, on veut investir dans votre pays.

Il y a toute la question de l'énergie, dont Anne Lauvergeon a parlé. Mais Gadonneix est là, Patrick Kron également. Vous êtes victimes de votre succès. La croissance progresse et il faut que la fourniture d'énergie suive. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé que des ingénieurs, parmi nos meilleurs, viennent tout de suite vous aider, parce que les aides qui sont promises et puis qui n'arrivent jamais, cela appartient au passé aussi. C'est la semaine prochaine que nos équipes viendront vous donner un coup de main. Je le dis au gouvernement sud-africain, on va se battre pour obtenir le marché des centrales, charbon comme nucléaire, parce que nous, on est comme cela. On a compris que tout prendre c'est plus facile que prendre à moitié. Et après tout je vais vous dire une chose. Notre technologie, on a investi massivement. Nous sommes le pays du monde qui a investi le plus dans cette technologie.

Pour une raison simple que vous pouvez comprendre, c'est que nous n'avons pas de gaz. Nous n'en avons plus. Nous n'avons pas de pétrole. Donc il a fallu qu'on fasse avec notre intelligence. Et c'est pour cela que nous sommes en avance. C'est parce que la nature a fait en sorte que nous n'avions pas d'autre choix. Nous voulons mettre cette technologie à votre service.

Je sais également tous les problèmes de transport. Nous sommes spécialistes en matière de transport. L'Afrique du Sud est un pays considérable, presque 50 millions d'habitants. Nous sommes les meilleurs au monde pour les trains à grande vitesse, pour les systèmes de métro, pour les transports en commun. Pourquoi ? Parce que nous avons connu ces problèmes nous aussi. Et nous voulons mettre notre technologie à votre service.

Mais comprenez-moi bien, il ne s'agit pas pour nous de considérer l'Afrique du Sud comme une banque, de venir, de vendre et de repartir. Nous voulons investir chez vous. Et j'encourage Renault à investir dans la production de véhicules pour le marché intérieur d'Afrique du Sud, mais également pour l'exportation d'Afrique du Sud en Afrique. J'ai annoncé hier que nous créons des fonds d'investissement pour développer - 2,5 milliards d'euros - pour développer les entreprises africaines. Je souhaite que se crée à partir de ce que j'ai dit hier, un premier fonds d'investissement franco sud-africain ici pour donner du concret tout de suite. On ne veut pas simplement vous vendre nos produits, on veut être associé avec vous. On veut être des partenaires politiques et des partenaires économiques.

On veut également participer à la formation de vos jeunes. Nous avons, un intervenant le disait il y a quelques instants, les meilleures écoles de formation d'ingénieurs, les meilleures écoles économiques. Je souhaite qu'on crée des antennes et des partenariats chez vous, en Afrique du Sud. Parce que notre intérêt, c'est que les jeunes d'Afrique trouvent du travail en Afrique. L'intérêt de l'Europe, c'est que vos jeunes puissent se dire qu'ils pourront continuer à vivre dans leur pays, occuper des emplois de haut niveau. Et la France est prête à accompagner massivement cet effort de formation.

Comprenez-moi bien et je voudrais en terminer par-là. Ce n'est pas simplement de la générosité ou de l'intérêt commercial, c'est une réflexion sur ce qu'est devenu le monde. Nous ne pouvons pas nous permettre la faillite économique de l'Afrique. Quand je dis nous, c'est le monde entier. En Afrique du Sud, un rôle particulier, vous êtes les premiers en Afrique. Si vous réussissez, c'est un exemple pour tout le continent - 1 milliard d'habitants - que l'Afrique n'est pas condamnée à la fatalité de la misère, de la pauvreté, de la corruption et de la mauvaise gouvernance.

Ce qui se passe ici va bien au-delà des seules frontières de votre pays. Moi, je ne me suis pas dit, en venant ici, cher Thabo : "ah, c'est un pays de tradition anglophone". Parce qu'anglophone ou francophone, c'était le passé. Je suis venu ici parce qu'ici se passe l'espérance de l'Afrique. C'est donc ici qu'il fallait être pour envoyer ce message d'espoir, alors qu'on ne cesse de désespérer les Africains. Vous n'êtes pas condamnés au malheur. Vous n'êtes condamnés à l'échec. Vous n'êtes pas condamnés à la fatalité. Vous n'êtes pas condamnés à l'absence de démocratie. Ici, il y a des gens qui travaillent, il y a des gens qui investissent, il y a des gens qui croient dans l'avenir. Eh bien la France va accompagner cette formidable bonne nouvelle pour le monde - et il n'y en a pas tant que cela - qu'est le développement de l'Afrique du Sud.

Voilà la raison pour laquelle je conduisais cette importante délégation politique et économique. On a même - je les en remercie - fait en sorte que l'équipe de France de l'énergie soit parfaitement unie pour l'Afrique du Sud. Ce n'est pas si simple. On a mis les meilleurs ensemble, Alstom, Bouygues, EDF, Areva. Et croyez bien, cher Thabo, que pour nous c'est un investissement de long terme, à la fois sur le plan économique et sur le plan politique.

Bien sûr il y a la coupe du monde. Vous savez, en France, la Coupe du Monde de football 98, cela a été pour nous exceptionnel. Cela a donné beaucoup de joie, beaucoup d'enthousiasme, beaucoup de croissance. Je le dis devant un certain nombre de grands sportifs dont Basile Boli, Bernard Lama, Bernard Laporte, le sport c'est plus important que le sport. Le sport cela peut entraîner tout un pays. Et croyez bien que la Coupe du Monde de football, je crois que c'est 2010, ici, ce sera un événement considérable pour l'Afrique du Sud. Tout ce que nous pourrons faire pour vous aider à en faire un succès, on le fera. Moi j'ai un calendrier très chargé : 2008, les Jeux Olympiques à Pékin, 2010, la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Vraiment, être président de la République française, c'est un sacré boulot.


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