Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, en hommage à M. Aimé Césaire, à Fort de France le 20 avril 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, en hommage à M. Aimé Césaire, à Fort de France le 20 avril 2008.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Décès de M. Aimé Césaire, écrivain et homme politique martiniquais, le 17 avril 2008

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C'est avec une profonde émotion que je viens aujourd'hui rendre l'hommage de la nation à Aimé CESAIRE, qui nous a quittés jeudi dernier. Ma place ne pouvait être aujourd'hui que sur cette terre de Martinique, aux côtés de ceux qui sont dans la peine.

Mes premières pensées vont naturellement à la famille endeuillée, qu'avec les ministres je rencontrerai dans quelques instants.

Je sais la peine profonde et le sentiment de vide que ressentent tous les Martiniquais. C'est un chagrin qui vous étreint lorsque l'on a perdu un père.

Aujourd'hui, je suis venu dire à la Martinique que la France entière partage sa douleur et que c'est la nation tout entière qui est en deuil. Nous nous souviendrons toujours de cet homme dont l'épaisseur humaine était si évidente, de cet homme qui malgré l'importance de son oeuvre et sa renommée, savait faire preuve de simplicité et d'humour. De cet homme qui savait recevoir les plus grands et aussi les plus modestes.

C'est un homme de lettres que la France a perdu, qui aura toute sa vie été un amoureux de la littérature. De cette île de la Martinique, si loin de la métropole, est né l'un des plus grands poètes de France et sans doute l'un des plus grands poètes du XXe siècle. Certains de ses ouvrages sont des textes qui franchiront l'épreuve du temps, et qui accéderont à la postérité.

Aimé CESAIRE était également un homme politique. Un homme politique de conviction, un orateur exceptionnel sur les bancs de l'Assemblée nationale, ce qui justifie la présence du Président de l'Assemblée nationale. A sa manière, un peu rebelle, il savait donner le ton à ses discours émouvants et engagés lors de débats très souvent enflammés. La principale leçon de son action est probablement cette certitude affirmée que les véritables avancées de la liberté et de la dignité ne se décrètent pas, qu'elles se conquièrent par le sens de la responsabilité.

On retiendra surtout de sa longue carrière de parlementaire de la nation, le rapporteur de la loi de 1946 sur la départementalisation qui a mis fin au statut des colonies, sans jamais abandonner la question identitaire. Aimé CESAIRE a su entendre la voix des Martiniquais qui souhaitaient le progrès social.

C'était un homme de liberté qui n'a cessé de défendre la valeur et le respect dus à toute civilisation en inventant le concept de négritude avec son ami et compagnon Léopold SEDAR SENGHOR.

Aimé CESAIRE a toujours affirmé sa volonté d'assumer ses racines africaines et, au-delà, la souffrance des peuples. Il fut le défenseur infatigable de la dignité humaine et du respect des droits de l'Homme. Et finalement, tous ceux qui ont lutté pour l'émancipation des peuples au XXe siècle se sont reconnus dans ce combat. Le combat d'Aimé CESAIRE, de ce point de vue, était sans doute universel.

Je veux rendre hommage à ce grand homme tellement attaché à sa terre natale. A cet homme venu du petit village de Basse-Pointe, venu de la Martinique, terroir d'une diversité culturelle qui fera donc de lui un être universel.

En cet endroit des Antilles, où l'on ne nait pas sans identité mais avec une multitude d'identités, Aimé CESAIRE restera l'un des symboles de la lutte pour le respect des peuples. Avec sa disparition, c'est donc un sage qui nous a quittés. Il restera pour nous tous celui qui a su faire progresser les consciences. Il restera celui qui a su, par son combat, porter un message bien au-delà des frontières de notre pays. « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche », aimait-il à répéter, inscrivant ainsi sa parole bien au-delà de la seule France.

Mais la France perd l'un de ses grands hommes. Je veux dire à ceux qui nous écoutent de cet aéroport, déjà baptisé du nom du grand poète, que tous les Français se sentent aujourd'hui Martiniquais dans leur coeur. Que les Martiniquais sachent et comprennent que les 7000 kilomètres qui les séparent de la métropole n'ont jamais, en ce jour, aussi peu comptés. Que les Martiniquais sachent que notre République, une et indivisible, l'est également dans l'amour, dans la peine et dans l'espérance.

C'est un hommage justifié que je suis donc venu rendre au nom de la nation à Aimé CESAIRE qui fût l'honneur de la Martinique, de la France et de tous ceux qui ont partagé ses combats et ses idées.


Je vous remercie.

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