Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement, à "LCI" le 23 décembre 2008, sur la gestion de la crise économique par la France avec le plan de relance de l'économie, le soutien au secteur automobile et la prime à la casse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement, à "LCI" le 23 décembre 2008, sur la gestion de la crise économique par la France avec le plan de relance de l'économie, le soutien au secteur automobile et la prime à la casse.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc, REVEL Eric.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement;

ti : E. Revel.- L. Chatel, porte-parole du Gouvernement, secrétaire d'Etat à la Consommation et à l'Industrie. On va commencer avec cette casquette de l'Industrie. N. Sarkozy au Brésil, une visite riche, très riche en contrats pour la France, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu une aussi bonne nouvelle, 8 milliards de contrats. Vous diriez que c'est bon pour le moral des Français, et bon pour le moral des groupes de ce pays ?
Oui, je crois que c'est un bon bol d'oxygène pour l'industrie française, et le Brésil est l'un des pays aujourd'hui cibles pour nos industriels, parce que c'est un pays à forte croissance, c'est un pays où il y a des besoins importants, dans des technologies dont nous avons un réel savoir-faire en France, et les contrats qui vont être signés aujourd'hui par le président de la République en témoignent, notamment dans le domaine de la défense. Je crois que le Brésil sera sans doute un de ses déplacements les plus fructueux, voire le plus fructueux en matière de signature de nouveaux contrats.
Ça, c'est pour, j'allais dire le voyage professionnel du chef de l'Etat, et puis il y aura la partie privée. On sait que N. Sarkozy va passer le réveillon au Brésil. Est-ce que vous ne craignez pas un décalage d'image pour les Français entre un Président sous les palmiers à Copacabana, et des Français, eux, sous la grisaille, face à la crise ?
Je crois que les Français peuvent comprendre que pendant trois ou quatre jours, le président de la République souffle un peu. Il a été particulièrement actif pendant toute cette période, et au moment où l'ensemble des Français va attendre tranquillement en famille l'année 2009, il n'est pas anormal que le président de la République, lui également, pendant trois ou quatre jours, fassent de la sorte.
F. Fillon pendant ce temps-là est en Égypte. Et on se dit : mais qui tient la Maison France ? F. Fillon, le Premier ministre, nous a expliqués que c'était M. Alliot-Marie, mais on croyait qu'il y avait un ministre d'Etat, J.-L. Borloo. Ce n'est pas lui qui aurait dû assurer ce pouvoir ?
D'abord, il n'y a aucune vacance du pouvoir. Le président de la République est 100 % disponible, 100 % aux commandes, partout dans le monde. Et d'ailleurs, c'est bien mal connaître N. Sarkozy que d'imaginer qu'il puisse laisser ses responsabilités vacantes. Donc, il n'y a pas de vacances, les technologies permettent de toucher 24 heures sur 24 le président de la République et le Premier ministre. L'époque où le président de la République pouvait disparaître quelques jours est bien révolue, est bien derrière nous. Donc, le Président et le Premier ministre sont aux responsabilités pendant cette période. Alors, maintenant, en France, il y a une organisation qui prend en compte le fait que c'est donc M. Alliot-Marie, qui est ministre de l'Intérieur...
Et pas J.-L. Borloo ?
...et qui sera particulièrement active, disponible. C'est une période où on a besoin du ministre de l'Intérieur sur le terrain pour rassurer les Français, pour être là, et c'est elle qui aura cette charge pendant cette période de fêtes.
Alors, toujours à propos de politique, J. Dray, d'ailleurs qui va porter plainte contre X pour violation du secret professionnel, J. Dray, soupçonné d'abus de bien social, on sent le PS gêné aux entournures, et curieusement, c'est l'UMP avec F. Lefèvre, l'un de ses porte-parole en tête, qui soutient le député de l'Essonne. Comment expliquez-vous cette contradiction politique, ce front renversé ?
Il faudra peut-être demander au Parti socialiste pourquoi...
C'est l'UMP qui soutient...
Non, l'UMP, moi, enfin, en ce qui me concerne...ce que j'ai dit dimanche, c'est que d'abord, je me gardais en général de commentaires dans ce type d'affaire alors qu'une enquête judiciaire était en cours. Ensuite, ce que j'ai dit c'est qu'il fallait toujours se garder de jugement excessif en la matière parce que dans ce genre d'affaire, il y a toujours beaucoup de rebondissements. Maintenant, le Parti socialiste semble avare de commentaires sur ce sujet, c'est à lui de s'exprimer.
Mais vous, vous soutenez à titre personnel la démarche de J. Dray ?
Non, je respecte un parlementaire que j'ai l'occasion de croiser à l'Assemblée nationale, et avec lequel j'ai eu à partager les bancs à l'Assemblée nationale, même si nous ne sommes pas d'accord sur le fond, même si nous sommes opposés sur un certain nombre de dossiers. Mais chacun a droit dans notre pays à la présomption d'innocence.
Alors, Parti socialiste encore, mais côté politique : les députés socialistes veulent batailler ferme, on le sait, début janvier, sur la loi organique portant sur l'organisation, le travail du Parlement. Les socialistes, l'opposition, disent que c'est une loi qui va limiter en fait le droit des amendements, en fait, qui va bâillonner le Parlement. C'est absurde. J'ai entendu, moi, une candidate à la présidentielle, un Parti socialiste, demander davantage de pouvoirs pour le Parlement.
C'est ce que prévoit cette loi organique, puisqu'elle va prévoir que la moitié de l'ordre du jour, dorénavant, sera de la responsabilité du Parlement et non pas du Gouvernement. Il va prévoir également que les nominations dans les postes de responsabilité, au sommet de l'Etat, dorénavant le Parlement aura la possibilité d'émettre un droit de veto. Autre exemple : sur l'engagement des forces armées, le Parlement pourra systématiquement être consulté, émettre un avis, ce qui n'était pas le cas avec "le domaine réservé" aujourd'hui. Donc, il y a plus de pouvoirs au Parlement. Simplement, ce que nous voulons, c'est que le règlement de l'Assemblée nationale soit modifié pour, par exemple, qu'on évite de passer trois semaines sur le même amendement. Parce que, quand on dépose plusieurs centaines de fois le même amendement, ça n'est pas vraiment la démocratie.
On parle de consommation maintenant. Les Français face à la crise, on a du mal à comprendre ce qui se passe au niveau de la consommation et donc de l'économie française. D'un côté, il y a des crédits à la consommation qui plongent, mais en même temps, les paiements par carte bancaire se tiennent plutôt bien. Avez-vous des indices qui nous montrent, qui nous expliquent ce qui se passe dans ce pays au niveau de la consommation ?
D'abord sur un an, on s'aperçoit que la consommation elle se tient, elle est à + 0,7 %, dans un environnement économique qui est particulièrement difficile. Donc, pour l'instant, elle se tient. Nous avions évidemment quelques inquiétudes avec la montée en puissance de la crise économique, après la crise financière. Les premiers indicateurs que nous avons de la fin novembre et du mois de décembre nous laissent à penser que, pour l'instant les fréquentations de magasins et autres sont plutôt comparables à ce qu'elles étaient l'année dernière. Et le chiffre que vous citez sur les paiements par carte bancaire en témoignent puisqu'on est exactement sur la tendance de l'année dernière. Donc, il faut rester extrêmement prudent, il y a beaucoup d'effet psychologique en la matière, et je crois qu'il faut dire aux Français : si vous aviez prévu de passer un bon moment en famille, de consacrer un peu de votre budget aux fêtes de Noël, eh bien faites-le, parce que c'est aussi un acte citoyen, il y a besoin de confiance, il y a besoin de remettre du carburant dans l'économie. Chacun ici peut le faire.
Est-ce que tous les membres du Gouvernement vont dans le même sens ? Le week-end dernier, vous parliez peut-être d'un second plan de relance. Et P. Devedjian, en ce moment sur RTL, explique qu'il n'est pas question d'avoir un second plan de relance dans ce pays. Qui dit vrai, qui a raison ?
Je n'ai jamais parlé de deuxième plan de relance ! J'ai au contraire dit que, si nous avions, dans des délais extrêmement rapides, mis en oeuvre ce plan de relance de 26 milliards d'euros, c'est que nous y croyons. Simplement ce que j'ai dit...et donc, ça veut dire, E. Revel, que, en clair il n'y a pas de "plan B"' sur la table. Les plan B"
... Les 26 milliards d'euros de N. Sarkozy suffiront ?
Les 26 milliards d'euros nous y croyons, nous pensons que c'est par l'investissement et par la politique, qui est sur la table, que nous allons avoir un impact dans l'économie. Simplement, ce que j'ai dit dimanche c'est que cette crise nous a appris deux choses : un, il fallait être hyper réactif, nous l'avons été avec ce plan de relance ; et deux, il fallait ne rien écarter parce qu'on ne sait pas très bien de quoi l'avenir est fait. C'est simplement ce que j'ai dit. Mais encore une fois, il n'y a pas de "plan B"' sur la table.
La prime à la casse pour les voitures, les 1.000 euros, est-ce que c'est de la communication gouvernementale ? On dit que ça commence à frissonner et que, de nouveau, les constructeurs vendent des voitures en France ?
Oui, j'ai réuni les constructeurs automobiles vendredi, et effectivement ils m'ont indiqué que ça commençait à frémir. C'est-à-dire que...et c'était l'objectif voulu par le Gouvernement, c'est de faire revenir les consommateurs dans les concessions ; ils avaient déserté les concessions depuis le mois d'octobre, les commandes s'étaient arrêtées et donc les usines s'étaient arrêtées. La prime à la casse, bien sûr ça a un impact sur les véhicules concernés, de plus de dix ans, mais en même temps ça a un impact, là encore, conjoncturel, de confiance, parce que les constructeurs derrière organisent des offres promotionnelles qui sont particulièrement alléchantes. C'est le moment d'acheter une automobile, E. Revel.
La force de la crise économique dans notre pays et ailleurs, c'est beaucoup plus de chômeurs, on le sait. Il y a des négociations finales aujourd'hui entre patronat et syndicats sur l'indemnisation des chômeurs. Va-t-on vers une procédure plus simplifiée et une amélioration ou pas, de l'indemnisation du chômage ?
Nous le souhaitons fortement, encore une fois c'est aux partenaires sociaux d'en décider. C'est important dans ces moments difficiles, on va avoir des difficultés sur le front de l'emploi et il faut que l'ensemble des acteurs soit totalement mobilisé. Le Gouvernement l'est, il l'a montré, en fusionnant ANPE-Unedic, un service public qui soit modernisé, qui soit vraiment au service à la fois des demandeurs d'emploi et des entreprises. C'est important que les partenaires sociaux envoient le même message d'être aux côtés de ceux qui peuvent rencontrer des difficultés en matière d'emploi en 2009.
Merci à vous d'être venu, L. Chatel.
Merci à vous.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 janvier 2009

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